Déclaration du Secrétarlat uniflé de la ive Internationale
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La démocratie socialiste
• Le Secrétariat unifié de la IVe Internationale salue les étudiants, les intellectuels et les travailleurs de la République socialiste de Tchécoslovaquie qui, depuis des mois, ont impulsé un puissant mouvement en faveur de la démocratie socialiste dans leur pays. Il salue l'initiative des étudiants qui, en descendant dans la rue pour leurs revendications immédiates et en protestation contre les brutalités policières, ont considérablement accéléré le processus de différenciation au sein du PC tchécoslovaque. Il salue les intellectuels qui ont demandé la liberté de création artistique et culturelle, ainsi que la liberté de presse et de critique qui, pour des courants respectant la constitution socialiste et la propriété collective des moyens de production, doit être un droit élémentaire dans toute société ayant aboli le capitalisme. Il salue les efforts des travailleurs pour éliminer la bureaucratie syndicale et élire leurs propres dirigeants syndicaux au niveau des entreprises et des branches d'industrie.
Il salue la « marche pour le Vietnam », la solidarité avec les étudiants et intellectuels polonais, les actions d'appui aux étudiants de Berlin-ouest et d'Allemagne occidentale que les étudiants tchécoslovaques ont organisés au cours des dernières semaines, qui les démarquent nettement. de leurs faux «amis» tant dans la presse et l'opibourgeoise d'Occident que dans les partis communistes d'inspiration pro-Moscou, et qui ouvrent la voie à un renouveau d'esprit intemationaliste.
LA TCHECOSLOVAQUIE EST MURE POUR UNE VERITABLE DEMOCRATIE SOCIALISTE
De tous les Etats qui ont aboli le capitalisme, la Tchécoslovaquie est, avec la République démocratique allemande, celui dont la structure sociale est la plus favorable au socialisme. La paysannerie n'y est qu'une minorité réduite de la population active; le prolétariat représente la grande majorité du peuple. Il dispose d'une tradition et d'une démoralisés.
Certes, dans ce pays industrialisé aussi, la tentative stalinienne d'imposer la dictature non du prolétariat mais de la bureaucratie, à l'aide de procédés ignobles tels que la terreur, des procès en sorcellerie, l'in ternement des opposants, la repres sion brutale de toute revendication ouvrière ou estudiantine, la manipulation de l'appareil d'Etat au moyen de la corruption, les farces électorales, a profondément discrédité le marxisme-léninisme auprès d'importantes couches de jeunes et même de travailleurs. Mais l'activité résolue d'une avant-garde décidée à se battre pour la démocratie socialiste a commencé à modifier la situation. Les défaites subies par l'impérialisme américain au Vietnam et l'ébranlement de la stabilité économique temporaire du monde capitaliste augmentent les chances de reconnaissance d'un communisme révolutionnaire et internationaliste, s'appuyant résolument sur la démocratie socialiste, dans la République socialiste de Tchécoslovaquie. Les travailleurs et les jeunes réapprendront vite, dans les semaines et les mois à venir, que le véritable marxisme-léninisme n'a rien de commun avec la caricature repoussante que les Novotny et Lenart en ont dessinée. Ils iront rapi dement aux sources pour redécouvrir le sens véritable et profond de la révolution socialiste, avant tout chez Marx et Lénine eux-mêmes.
Objectivement et subjectivement, la Tchécoslovaquie devient mûre pour la création d'une véritable démocratie socialiste qui pourrait exercer une influence profonde sur l'évolution de tous les Etats ouvriers et donner une impulsion puissante aux luttes révolutionnaires anti-impérialistes et anticapitalistes à l'Ouest.
Mais il serait illusoire de croire qu'une telle démocratie socialiste s'établira automatiquement, qu'elle pourrait résulter de luttes internes de cliques au sein de la bureaucratie, qu'elle pourrait être consolidée définitivement contre ses adversaires de l'intérieur et de l'extérieur par de simples réformes mineures du système de gouvernement en vi gueur dans le pays depuis février 1948.
La IVe Internationale, fondée par Léon Trotsky, le collaborateur le plus proche de Lénine dans la victoire de la grande Révolution d'octobre, et qui a tenu haut le drapeau du léninisme et de la démocratie soviétique pendant les années les plus
sombres de la réaction stalinienne, lance à ce sujet un avertissement impérieux.
Consolider la démocratie socialiste - qui n'a rien à voir avec la démocratie bourgeoise - cela signifie conserver les conquêtes positives de 1948, conserver la propriété collective des moyens de production et d'échange, conserver la planification économique et le monopole étatique du commerce extérieur. Si on laissait toucher à ces conquêtes, la République socialiste de Tchécoslovaquie risquerait de retomber petit à petit sous la coupe du Capital international, et les travailleurs tchécoslovaques de travailler à nouveau pour enrichir les trusts de la Ruhr, de Paris, de Wall Street et de la City de Londres.
Consolider la démocratie socialiste ne signifie en aucune façon rendre une parcelle de pouvoir aux représentants de l'ancienne bourgeoisie et des partis bourgeois qui restent fermement opposés à la structure socialisée de l'économie du pays.
Mais consolider la démocratie socialiste signifie admettre la liberté de critique, de presse, d'organisation et de manifestation pour toutes les tendances et tous les partis qui affirment se placer dans le cadre de la constitution socialiste, qui ont dans leur programme la défense du mode de production socialisé, et qui ne peuvent être accusés devant les tribunaux, sur la base du droit écrit, d'actes de collusion avec la contre-révolution intérieure et exté-
Consolider la démocratie socialiste signifie avant tout assurer que le pouvoir soit exercé par le peuple travailleur directement. Cela signifie appliquer le programme élaboré par Lénine dans « L'Etat et la Révolution» et donner tout le pouvoir à un congrès de conseils ouvriers (soviets) élus dans toutes les entreprises du pays.
Seul un pouvoir de nature authentiquement soviétique rassemblera la grande majorité du peuple autour de l'Etat ouvrier et constituera un barrage infranchissable à toute tentative contre-révolutionnaire, nationale et internationale.
LES DANGERS QUI MENACENT LA NAISSANCE DE LA DEMOCRATIE SOCIALISTE EN TCHECOSLOVAQUIE
La contre-révolution tchécoslovaque est extrêmement faible; la conjoncture internationale n'est guère favorable à son renforcement. Le danger pourrait venir de la déception des immenses espoirs qui se sont levés aujourd'hui au sein du peuple tchécoslovaque, si le mouvement pour la démocratie socialiste, au lieu de s'amplifier, de se généraliser, de passer du stade des réformes à celui des transformations révolutionnaires profondes dans le domaine de l'Etat et de toute la superstructure, se trouvait étouffé et écrasé dans l'œuf.
Les représentants directs de la bureaucratie soviétique en Tchécoslovaquie, les hommes de Novotny et du Kremlin, le savent parfaitement. Leur but, c'est de susciter le scepticisme et la méfiance à l'égard de la démocratie socialiste dans les milieux populaires, et de chercher une justification, même dans des phénomènes tout à fait isolés, à une intervention et à un écrasement du mouvement de masse. Les manœuvres que l'armée soviétique effectue aux frontières de la Tchécoslovaquie constituent à ce propos un avertissement éloquent.
La bureaucratie soviétique craint la contamination qui pourrait résulter d'une affirmation triomphe de la démocratie socialiste en Tchécoslovaquie sur les masses laborieuses des autres Etats ouvriers, avant tout sur celles de la Pologne, de la RDA et de l'URSS elle-même. La véritable panique devant intellectuels soviétiques non conformistes que les discours de Brejnev à Moscou sur les travaux du récent Plenum du CC du PCUS ont reflétée ne s'explique guère par l'ampleur ou la vigueur que le mouvement en faveur de la démocratie soviétique aurait déjà atteint en URSS. Ce mouvement est aujourd'hui encore faible et embryonnaire. Mais elle s'explique parfaitement par la peur ressentie au Kremlin, surtout depuis l'expérience de 1956 et depuis l'éclatement du conflit sino-soviétique, d'un véritable mouvement en boule de neige dans l'ensemble de ce qui hier était encore
Aujourd'hui, la bureaucratie soviétique a perdu son pouvoir de contrôle déjà sur la moitié des pays qui ont aboli le capitalisme : la RP de Chine, la R.D du Vietnam, la RP de Coree, Cuba, la Yougoslavie, la Roumanie et Albanie. Cette évolution n'a certes pas toujours été unilatéralement favorable. A côté des forces authentiquement révolutionnaires comme celles qui gouverent aujourd hui au Vietnam et à Cuba, ou de forces qui ont introduit certaines réformes historiquement favorables à la démocratie socialiste, il y a pas mal de forces retardataires ou favorables à des compromis avec l'impérialisme qui se manifestent dans plusieurs des pays mentionnés plus haut.
Mais les représentants du Kremlin mentent, et mentent sciemment, quand ils affirment que cette désintégration de leur pouvoir de commander autoritairement à l'ensemble des forces anticapitalistes et anti-impérialistes dans le monde,affaiblit celles-ci face à l'impérialisme. L'exemple de Cuba et celui du Vietnam - deux pays dont les dirigeants n'acceptent guère les ukases idéologiques et politiques de Moscou et qui n'ont pas participé à la récente conférence de Budapest - démontrent clairement le contraire. Ce qui affaiblit avant tout l'élan des forces révolutionnaires devant l'impérialisme, c'est l'absence d'une stratégie globale anti-impérialiste, et la grande responsable de cette absence, c'est la bureaucratie soviétique avec sa politique de « coexistence pacifique » et de défense du statu quo. Ce qui l'affaiblit également, c'est le nationalisme égoïste, étroit, d'une série de bureaucraties au pouvoir dans les Etats ouvriers qui empêchent la constitution d'un véritable front unique anti-impérialiste résolument révolutionnaire contre l'agression yankee au Vietnam.
C'est tout ce contexte international qui explique pourquoi le Kremlin craint à tel point le mouvement d'émancipation et veut l'enrayer par tous les moyens à sa disposition. Parmi ces moyens, la tentative d'opposer les ouvriers aux étudiants et aux intellectuels qui ont mis en branle l'actuel mouvement de réforme est une arme de choix. L'avant-garde tchécoslovaque qui est à la pointe du combat pour la
démocratie socialiste doit prendre conscience des bases réalistes de cette manœuvre et trouver le moyen de la contrecarrer à temps. POUR L'AUTOGESTION OUVRIERE DEMOCRATIQUEMENT CENTRALISEE
Les travailleurs n'ont guère de sympathie pour Novotny et la clique de profiteurs qui l'ont aidé à gouverner le pays en étouffant systématiquement toute expression de volonté ouvrière pendant si longtemps. Mais ils se méfient en même temps des technocrates qui s'apprêtent à prendre en main la gestion de l'économie à la suite des « réformes économiques » prônées par Ota Sik.
Aussi bien les porte-parole de la clique de Novotny et les agents du Kremlin que les représentants de la tendance « libérale » technocratique présentent les choses comme si les travailleurs tchécoslovaques n'avaient de choix qu'entre une gestion hypercentralisée et bureaucratique de l'économie socialiste et un retour à « une économie de marché » baptisée « socialiste » pour la circonstance. La clique de Novotny sabote cette « économie de marché », parce qu'elle désire à tout prix revenir à la centralisation bureaucratique. Mais les adversaires, sincères ou non, de celle-ci disent qu'il n'y a pas d'autre solution de rechange que «l'économie de mar-
En réalité, les travailleurs ne sont attirés ni par l'un ni par l'autre de ces modèles. Dans le premier cas, ils savent que ce qui les attend, c'est un niveau de vie médiocre, des biens de consommation peu abondants et peu soignés, peu ou pas de droits dans les entreprises. Dans le second cas, ils craignent à juste titre (l'exemple de la Yougoslavie le prouve), le retour du chômage, de la vie chère, de l'inégalité qui s'accentue dans la société. En outre, les réformes économiques prônées par l'actuelle direction risquent d'augmenter le pouvoir des directeurs d'entreprise, y compris celui de licencier les travailleurs et de réserver le gros des primes prévues au personnel de cadres.
Mais la solution ne se trouve pas dans ce choix entre deux maux. Un mouvement qui vise à instaurer une véritable démocratie socialiste en Tchécoslovaquie peut et doit bouleverser de fond en comble le système de gestion bureaucratique et conservateur établi à l'époque stalinienne, mais il peut et doit le faire en se basant sur l'initiative et le pouvoir des producteurs, des travailleurs, plutôt qu'en recherchant une gestion par une technocratie largement privilé-
Election de conseils ouvriers dans toutes les entreprises; pouvoir économique suprême exercé par ces conseils au sein de l'usine, y compris celui de nommer et de congédier le directeur et le personnel didirigeant; participation des collectifs d'usine aux résultats obtenus non par la voie d'une concurrence sur le marché, mais par la recherche systématique d'une réduction des frais de production; garantie du plein emploi pour tous les travailleurs; élaboration du plan de maniè re controversée par un congrès des conseils ouvriers qui aura le droit de modifier les projets élaborés par des entreprises qui seraient contraires à l'intérêt collectif des masses laborieuses tchécoslovaques; subordination des autorités de planification à ce congrès, dont les délégués doivent être en grande majorité des travailleurs ne gagnant pas plus que le salaire d'un ouvrier qualifié, afin d'éviter la manipulation du congrès par les technocrates; déclenchement d'un vaste mouvement de contrôle et de recensement des stocks et des réserves de l'économie par les travailleurs à la base; garantie d'une augmentation proportionnelle du niveau de vie des travailleurs avec laugmentation du revenu national; et, sur la base de toutes ces transformations, déclenchement vaste mouvement d'initiative et d'enthousiasme créateur par la classe ouvrière - telle est la véritable solution des problèmes économiques de la Tchécoslovaquie allant résolument dans la voie de la démocratie
POUR UNE RENAISSANCE DU LENINISME, DU MARXISME REVOLUTIONNAIRE AUTHENTIQUE
D'instinct, les masses tchécoslovaques en lutte pour la démocratie socialiste ont compris qu'il ne sera pas possible d'assurer la victoire de celle-ci si le peuple ne fait pas table rase de tous les crimes et dénis de justice qui ont souillé le passé récent de la • Tchécoslovaquie. Les peuples révolutionnaires ont bonne mémoire. C'est pourquoi il est juste de faire toute la lumière sur le procès Slansky et sur toutes les injustices commises après 1948 sur des militants ouvriers (y compris par Slansky lui-même). C'est pourquoi il est juste de réhabiliter toutes les victimes de la terreur stalinienne. C'est pourquoi il faut attacher une importance particulière à la réhabilitation de militants révolutionnaires comme Kalandra qui faisaient une critique de gauche du régime et pour la réhabilitation desquels les actuels gouverants montrent bien moins d'empressement que pour s'occuper de représentants de la bourgeoisie libérale.
La lutte pour la démocratie socialiste dans le cadre d'une société ayant aboli le capitalisme, en combinaison avec une orientation révolutionnaire et internationaliste, a elle aussi une tradition déjà longue. Les masses tchécoslovaques ne pourront combattre efficacement pour leurs objectifs progressistes que si elles réassimilent toutes ces leçons du passé. Surtout la jeunesse assoiffée de savoir et de vérité, qui rejette les légendes, les mythes et les mensonges officiels, désire renouer avec la véritable tradition révolutionnaire et internationaliste du communisme régénéré.
Elle doit exiger la reproduction et le libre accès à tous les documents historiques du Parti communiste tchécoslovaque, de l'Internationale communiste et du mouvement communiste révolutionnaire internationale. Il faut publier et étudier sur une large échelle non seulement toutes les œuvres de Lé nine, mais aussi celles de Trotsky, auteur des Manifestes adoptés par les quatre premiers congrès l'Interationale communiste,