d'un redressement de la politique soviétique, qui se traduirait par la défense du Vietnam, de Cuba, ete.
Le Secrétariat unifié de la IVe Internationale a montré dans d'autres documents qu'il n'y avait pas de danger de restauration du capitalisme en Tchécoslovaquie. On ne saurait identifier un cours droitier, et même une politique internationale réactionnaire comme celle la Yougoslavie l'égard de plusieurs pays d'Amérique latine par exemple, avec un danger de restauration capitalisme. danger ne peut provenir que de forces sociales dans le pays suceptibles de s'organiser pour imposer par la force la restauration de la propriété privée capitaliste - ce qui n'était pas le cas en Tehécoslovaquie.
Au contraire, les masses tchécoslovaques dans leur ensemble sont atta chées au maintien et au développement des formes de propriété collectivisées. Ces masses se sont mobilisées pour transformer le cours de « libéra lisation » introduit après l'éliminatior de Novotny en un cours aboutissant à une véritable démocratie socialiste.
Ce n'est pas la défense du « camp socialiste » qui a fait agir le gouvernement soviétique à l'égard de l'impérialisme américain. Cette interven tion a été faite avec la certitude que le gouvernement américain ne verrait en elle qu'une manifestation de politique de puissance désireuse de maintenir «l'ordre » chez soi, qu'il se bornerait à des déclarations propagandistes de condamnation, qu'il ne ferait rien pour faire monter la tension internationale et qu'il poursuivrait la recherche d'ac
Liberté pour F
Rudolf Bahro est nécessaire pour Alain BROSSAT
Il ne fait pas bon, dans le pays du «socialisme réellement existant», être communiste. Après le bannissement de Wolf Biermann, celui de dizaines d'autres jeunes travailleurs, écrivains, artistes se réclamant du socialisme et du marxisme, la mise en résidence surveillée de Robert Havemann, la condamnation de Rudolf Bahro à huit ans de prison vient en administrer la preuve.
C'est pour «espionnage» que vient d'être condamné Bahro, honteusement, en catimini. Ce simple fait suffirait à exprimer l'extrême faiblesse, sur le plan moral comme politique, de la bureaucratie est-allemande lorsqu'elle se trouve confrontée à des opposants communistes. C'est à juste titre que Wolt Biermann indiquait, au lendemain rudolf Bahro !
n'est pas seul...
A travers lui, c'est une partie de la jeunesse allemande et son niveau de conscience politique croissant, que les bureaucrates de l'ex-Stalin-Allée visent...
Une campagne internationale que Bahro soit libéré de la condamnation de Bahro, que la critique des éléments favorables à une restauration du capitalisme en RFA ne faisait pas très peur à ces bonzes; que celle de chrétienne l'irritait, l'opposition mais qu'à la rigueur, elle pouvait s'en accomoder. Or, à l'inverse, dès que se manifeste une opposition communiste, retournant contre les bureaucrates la lettre comme l'esprit du marxisme, engageant le dé bat sur le terrain même de la doctrine officielle et prétendant à la légitimité du communisme, les fonctionnaires réagissent avec une brutalité qui finalement n'est qu'une manifestation de panique.
Le mensonge, les procédés machiavéliques minables, le cynisme étroit sont alors leur seul recours.
Pour mettre hors circuit un Bahro,
Biermann, un Havemann, sont prêts à tout : prêts à susciter une levée de boucliers parmi la jeunesse et l'intelligentsia de leur pays; prêts à aggraver à l'étranger une image de marque déjà déplorable, prêts à payer le prix d'un isolement plus rigoureux encore, la neutralisation de ces gêneurs. Prêts à faire passer pour un « espion » le rédacteur d'un des plus grands livres théoriques marxistes de l'après-guerre; prêts à affirmer qu'un vétéran du communisme, de la résistance à l'hitlérisme comme Havemann est un vendu à l'ennemi de classe; prêts à jurer que Biermann a calomnié en RFA sa patrie socialiste alors que des millions d'Allemands de l'Est et de l'Ouest ont, à la télévision, assisté à la retransmission du concert incriminé au cours duquel il ne cessa de défendre la RDA comme « la meilleure partie» de l'Allemagne...
Et s'ils sont prêts à toutes ces forfaitures, c'est pour bien simple : c'est qu'un Biermann,
Havemann, un Bahro populaires dans leur pays. Que depuis des années et des années, les cassettes de Biermann circulaient par centaines, pour des centaines de milliers de jeunes en RDA; et que ces chansons, tout en dressant un impitoyable et cinglant réquisitoire contre la bureaucratie, proposent autre socialisme, espoir communiste, une autre vision communiste du monde, que celle des bonzes de l'ex-Stalin-Allee. Que le livre de Rudolph Bahro, «solution de rechange», publié par une maison d'édition liée aux syndicats ouest-allemands, interdit en RDA, trouve son chemin vers les bibliothèques clandestines du communisme, est actuellement lu, discuté, recopié dans ce pays, comme ne le sera jamais aucun texte de Brejnev ou Honecker.
Bref, les bureaucrates ont une peur bleue (ou rouge) de ce courant parce que, même si l'activité politique de la classe ouvrière de RDA est très faible, ils savent qu'il représente une alternative vraie, un espoir pour des milliers de jeunes, mille fois plus dangereux pour les veilleurs de nuit du socialisme bureaucratique que les vélléités de passer à l'Ouest de quelques milliers de citoyens de RDA. Que cette alternative existe, faible, encore incertaine, bien sûr, c'est ce que montrent, par exemple, les réactions suscitées en RDA par l'invasion de la Tchécoslovaquie il y a dix ans, pas seulement les protestations d'intellectuels connus comme Havemann (ou son fils Floria qui accrocha un drapeau tchèque à sa fenêtre), mais des manifestations plus émouvantes encore, telle que celle que rapporte dans son livre
APPEL POUR RUDOLF BAHRO Le « Times» a rendu publique le ler février 1978 la lettre suivante de Heinrich Böll, Graham Greene, Carola
Ster et Mikis Théodorakis :
« L'année des prisonniers politiques a pris fin en décembre 1977. Mais la sisuation accablante des prisonniers politiques demeure à l'ordre du jour. Alors que la conférence de Belgrade touche a sa fin, les signataires appellent l'opinion publique mondiale à exiger la libération de Rudolf Bahro.
Depuis le 23 août 1977, Bahro est prisonnier des services de sécurité intérieure de la RDA. C'est un prisonnier politique. Il est clair que le prétexte employé pour justifier son arrestation a un caractère mensonger et calomd'activités d'espionnage". : La cause véritable de l'arrestation de Bahro est son livre : « pour une solution de rechange - contribution à la critique du socialisme réellement existant». Il a
Men République par une édition des syndicats (Euro peische Verlagsanstait) et sera prochainement accessible en anglais, français, italien, espagnol et danois. En fait ce livre ne fait preuve de rien d'autre que des convictions socialistes et de la écrivain politique. Rudolf Bahro est actuellement dans une prison de RDA, que, continuant la pensée de
Karl Marx, Friedrich Engels et Rosa
Luxembourg, il s'est confronté dans
«socialisme réellement existant ». R. Bahro est en prison dans une société qui se dit socialiste parce qu'il s'est engagé en tant que communiste pour le progrès social. Nous estimons qu'il faut rappeler aux autorités de RDA que la nécessité de libérer
Bahro s'impose comme une évidence».
BEAUVOIR,
BOURDET, Yvon BOURDET, Roger
ELLEINSTEIN, FAYE,
Gérard SOULIER, Madeleine REBERIOUX, Jean-Marie BROHM, Jean-
Pierre VERNANT, Jacqueline PLUET,
Pierre HALBWACHS, Vladimir JAN-
KELEVITCH, Alain KRIVINE, Daniel
BENSAID, Joseph FISERA, Michel
TUBIANA, Jeanne et Daniel SINGER.
Comité français pour la défense de
R. Bahro : 46, rue de Vaugirard, Paris
(récemment traduit en français), Les années merveilleuses, l'écrivain est-allemand Reiner Kunze: les fleurs posées par des mains inconnues devant la porte d'une femme d'origine tchèque... Ou encore, la véritable rébellion des intellectuels qui suivit le bannissement de Biermann en novembre 1976 et dont les effets se font encore sentir, dans les milieux artistiques notamment.
Un régime qui contraint à la fuite ou déporte lui-même non pas tous (comme voudrait le faire croire une certaine propagande occidentale), mais les meilleurs de ses artistes, de ses intellectuels, comme le fait celui de RDA, se juge lui-même. Un écrivain comme Sarah Kirsch qui fut active dans le SED (parti communiste), qui n'a jamais été comme Biermann une opposante au verbe haut, qui s'efforçait loyalement, dans la sphère culturelle, d'apporter sa pierre à l'édification de la nouvelle société, a dû partir: dans l'incertitude pouvoir travailler librement, éditée... D'autres se taisent, d'autres ont cessé d'être communistes et sont partis, comme Rainer Kunze. BETISE CRASSE
Dans leur bêtise crasse de fonctionnaires, les bureaucrates est-allemands ne comprennent pas que les temps ont changé depuis l'affaire Kravchenko; que tout opposant banni, réfugié à l'Ouest, ne devenait pas automatiquement un otage de la CIA ou de la propagande occidentale. Wolf Biermann habite à Hambourg et ses convictions communistes ne se sont pas altérées; ses chansons trouvent toujours leur chemin vers Berlin, Leipzig et Iéna; plus récemment, le gouverement a exilé un groupe de jeunes travailleurs d'Iéna et le jeune écrivain Jürgen Fuchs, deux chanteurs, Kunert et Panach, qui tous avaient eu le tort de cracher dans la soupe froide du socialisme à la Honecker. Tous étaient à Paris, il y a quelques semaines pour participer un meeting de solidarité avec Rudolf Bahro dont ils ont défendu en communistes, les convictions communistes.
Les bureaucrates ne comprennent donc pas que ce qu'ils perdent en crédit, à l'extérieur, en traitant de la sorte leurs opposants, ils ne le gagnent même pas en tranquilité à l'intérieur. Les idées se foutent des frontières. Chassées par la porte (de Brandebourg), chansons Biermann rentrent par la fenêtre des voyageurs occidentaux, de la radio et de la télévision ouest-allemande. Les livres de Reiner Kunze (Les années merveilleuses) et de Jürgen Fuchs (Souvenirs d'interrogatoires) montrent admirablement qu'existe en RDA une jeunesse dont la fraîcheur d'esprit, la passion de la vérité, l'insolence, l'aspiration à vivre libre et souvent la conscience politique authentiquement marxiste sont un caucheRudolf BAHRO mar permanent pour les bureaucrates. C'est ce que montre aussi l'expérience de ces jeunes travailleurs d'léna qui avaient créé un cercle culturel dont la spontanéité antibureaucratique et la popularité inquiétèrent tant les fonctionnaires du régime qu'ils eurent tôt fait de le dissoudre...
C'est dans cette jeunesse que germent les idées et les soirs communistes d'un Bahro, d'un Biermann, d'un Havemann. Et c'est pour cela que les bureaucrates en ont peur, qu'ils cognent comme des brutes.
UNE CAMPAGNE INTERNATIONALE
En RFA et dans d'autres pays d'Europe occidentale s'est engagée action. 2n tir sa vois dizaines de meetings rassemblant, outre les militants des organisations d'extrême-gauche, des représentants de la gauche socialiste, des militants syndicaux etc. A Berlin-Ouest, un meeting de protestation a rassemblé 2000 personnes quelques jours après la condamnation de Bahro. A londres, un rassemblement de protestation a eu lieu devant l'ambassade de RDA. En France, L'Humanité a condamné sans ambages la sentence prononcée contre lui.
Les autorités de RFA ne vont évidemment ménager aucun effort pour s'acheter un brevet de libéralisme en proposant « l'échange» de Bahro contre des espèces sonnantes et trébuchantes, de ce même Bahro qui, s'il était citoyen de République fédérale, serait sans doute frappé.
Mais il semble que Bahro ait, avant son procès, refusé un tel échange. Communiste oppositionnel est-allemand, c'est son droit imprescriptible à se battre pour ses idées dans son pays qu'il défend. Et pour notre part, nous nous battrons sans relâche non pour son marchandage, mais pour sa libération, pour que soit reconnu son droit de vivre, de travailler, de militer dans ce pays, la RDA.