Voici des extraits du discours prononcé par Sergio Gavarini, l'un des principaux porte-parole du Mouvement de refondation communiste (MRC), lors du meeting du 5 mai 1991, à Rome. DOCUMENT
POUR AVOIR la force de changer, il faut non pas détruire mais réhausser et récupérer les valeurs originelles de la tradition du PCI, qui sont les éléments constitutifs de notre expérience. Il s'agit du projet de changement dans le cadre de la démocratie, fondé sur le processus historique ouvert par la Résistance et dont les prémisses se trouvent dans la Constitution ; du caractère de masse du parti et de la nature de classe et populaire qui a toujours marqué les mouvements où les communistes se sont engagés ; du besoin de traduire une grande idée de transformation sociale et culturelle par un engagement politique concret dans la société et les institutions ; du refus de tout ultra-gauchisme dans l'action qui doit toujours avoir des traits démocratiques et de masse ; du choix de la non-violence qui, aujourd'hui, face à de nouveaux éléments qui provoquent la violence, redevient actuelle.
C'est avec ces références, qu'en tant que communistes, nous pouvons tenter de donner une réponse aux grandes questions de l'heure. En premier lieu, bien sûr, celles posées par la crise du socialisme réel. Nous n'avons aucune intention de nous tirer d'affaire en proclamant tout simplement que nous n'avons rien à voir avec cela, et en soulignant le recul critique que le PCI avait justement pris par rapport à ces régimes, bien qu'avec du retard et des limites conceptuelles. (...)
Nous critiquons le caractère étatique de ces régimes, le fait que la propriété privée y ait été annulée, pour passer aux mains d'un Etat auquel le parti s'est identifié à son tour en imposant une hégémo= Inprecor n° 332 du 7 au 20 juin 1991
ITALIE nie bureaucratique et autoritaire qui a débouché sur une tragédie. Par ailleurs, l'égalité des conditions imposées par en haut a créé, en fait, une nouvelle inégalité entre ceux qui commandent et la majorité qui est commandée.
Mais il faut se demander si une certaine forme d'étatisme" n'a pas aussi marqué notre démarche politique et sociale, et plus généralement la gauche occidentale. Plutôt que de nous préoccuper d'établir une dialectique entre la société et les institutions et de stimuler dans la société des formes autonomes de démocratie directe et de gestion sociale, nous avons exigé que l'Etat règle les problèmes sociaux et donne des orientations culturelles. Le dépassement d'une telle approche, le besoin de revenir à la société et de relancer, à partir de là, une intervention dans les institutions correspond également à la nécessité d'une révision profonde de notre part, non seulement conceptuelle, mais aussi politique. inquiétants : nous sommes confrontés à un syndicat qui supprime les formes de démocratie directe dans ses rapports avec les travailleurs, qui opère comme une instance semi-institutionnelle, très structurée bureaucratiquement, en dehors des lieux de travail, jouant un rôle de tutelle des travailleurs grâce à la reconnaissance du gouvernement et des organisations patronales. Voilà les signes d'une régression corporatiste, qui amène à l'instauration d'un commandement autoritaire de l'Etat sur les rapports sociaux décisifs, et à l'absence de dialectique réelle entre la société et les institutions.
En outre, dans le "socialisme réel" 1'"étatisme" et la crise économique se développent de pair. Le modèle de production et d'échange issu du capitalisme s'est avéré impossible à gérer dans le cadre de la propriété et de la planification étatique, parce que ce modèle-là se base sur une logique de profit, non bureaucratique. (...)
Mais si le socialisme réel a fait faillite, la gauche occidentale, elle, a renoncé ; elle ne conteste plus le modèle de production et d'échanges propre au système économique capitaliste. Dans la pratique, et le plus souvent dans la théorie aussi, le respect du système et de la primauté de
La déchirure
Armando Cossuta, autre dirigeant de premier plan du MRC, participe aux débats de la gauche italienne. Nous vous proposons un extrait d'une de ses dernières contributions.
Notre mouvement doit aborder le problème de l'Est, tout de suite et à fond. A ce sujet, il n'existe pas entre nous de divergences ni de désaccords. En ce qui me concerne, je considère que certaines de mes positions sont dépassées conceptuellement. La polémique sur la "déchirure" n'avait un sens, peut-être, qu'en tant que dénonciation de l'abandon d'une identité de classe, d'une racine anti-impérialiste, d'une partie importante de notre patrimoine historique. Aujourd'hui, je suis parmi les militants les plus critiques. A Berlin et à Prague, les régimes sont tombés sans que personne ne lance une pierre ou qu'une seule vitre ne soit brisée. Cela veut dire que ces régimes n'avaient aucun fondement dans la conscience des travailleurs, du peuple des jeunes. Une crise si profonde ne se produit pas d'un seul coup : elle a des causes et des racines dans le passé.
De surcroît, une discussion très critique et très libre aide aussi à souligner ce qu'il y a eu de positif dans le grand tournant de Gorbatchev et à expliquer ce qui ne nous convainc pas. Les événements allemands restent l'une des pages les plus inquiétantes pour l'Europe et le monde L'Union soviétique n'a pas existé lors de la guerre du Golfe, malgré ses efforts diplomatiques. Bref, 1989 n'a pas "libéré" le monde comme l'ont dit Occhetto et ses camarades du PDS ; aujourd'hui, il existe une domination unipolaire évidente, une forte domination capitaliste. *
IlManifesto, 3 mai 1991 l'entreprise a déterminé les orientations de la gauche et, du moins au cours des dernières années, du PCI lui-même. Or si l'on accepte ce modèle, on ne peut pas espérer l'adapter à des exigences différentes tout simplement en émoussant ses formes. (...)
La dissolution des alliances à l'Est devrait amener à dépasser celles politiques et militaires de l'Ouest. Or tel n'est pas le cas : elles sont renouvelées et renforcées par une nouvelle orientation de contrôle, surtout à l'égard du Sud. L'Italie y est plus que jamais impliquée. (...) Elle est conçue comme un avant-poste de cette coalition.
On oppose au pacifisme une culture militariste, qui est en même temps une culture de l'ordre, avec un président qui joue les patriotes au nom de Gladio (voir Inprecor n° 324 du 15 février 1991). *
Rome, 5 mai 1991