Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Un camouflet pour Occhetto

· Inprecor n° 332, 7 juin 1991 · p. 12 · 1 101 mots

Italie

Le Mouvement pour la refondation communiste (MRC) — créé en février 1991

Un camouflet pour Occhetto après la rupture qui s'est produite lors du congrès de Rimini au sein du Parti communiste italien (PCI, transformé aujourd'hui en Parti démocratique de gauche — PDS) (1) — a tenu du 3 au 5 mai 1991, à Rome, ses premières assises nationales. Cette initiative s'est déroulée en deux temps : une réunion interne avec 400 délégués durant les deux premiers jours, puis un meeting public.

Livio MAITAN

LES refondateurs ont préparé cette échéance dans un climat d'euphorie. En effet, depuis la mi- février, ils ont distribué environ 150 000 cartes et il se confirme qu'entre

400 000 et 500 000 anciens membres du PCI n'auraient pas encore adhéré au PDS — selon des informations récentes, celui-ci compterait environ

800 000 adhérents. Occhetto n'avait certainement pas prévu cette situation quand il a lancé son initiative en novembre 1989

— les refondateurs eux-mêmes n'en espéraient pas tant au départ.

Etant donné le nombre de voix que la motion unitaire des opposants avait obtenu lors de l'élection des délégués au congrès de Rimini (environ 120:000), et comme le courant Ingrao — qui s'opposait aussi à l'opération PDS — est resté avec Occhetto dans le nouveau parti, il apparaît clairement que bon nombre de gens qui sont entrés au MRC avaient quitté le PCI avant la scission ; partis individuellement durant la dernière décennie, voire auparavant, ils estiment qu'il existe aujourd'hui une nouvelle chance de mener une bataille d'opposition dans un sens anticapitaliste. Il en est de même pour des militants d'extrême gauche, rentrés chez eux après les déceptions de la deuxième moitié des années 70 et du début des années 80. Il est difficile d'évaluer le poids des uns et des autres, mais, dans son ensemble, ce phénomène est absolument incontestable.

Le débat qui a marqué ce regroupement à ses débuts — lancer immédiatement un nouveau parti ou plutôt maintenir

ITALIE un mouvement jusqu'à une échéance ultérieure — a été tranché avant les assises romaines : tout le monde s'est retrouvé autour du deuxième choix. Ainsi, les refondateurs continueront leur activité en tant que mouvement jusqu'au congrès de fondation du nouveau parti (2), qui n'aura lieu qu'en novembre 1991. Un comité de coordination, composé de 49 membres, a été mis sur pied : d'ici novembre, il prendra les décisions nécessaires. Une commission de 98 membres, chargée de préparer les textes pour le congrès, a également été créée ; Sergio Garavini (3) se chargera plus particulièrement des problèmes politiques, et Cossutta (4) des questions organisationnelles. Il a également été décidé la publication d'un hebdomadaire, Libération.

Premiers succès

Le meeting public du 5 mai a eu un succès incontestable, avec la participation de 15 000 personnes — le 16 mars 1991, Occhetto avait attiré sensiblement moins de monde au même endroit.

Le Mouvement pour la refondation communiste dispose d'un groupe douze élus au Sénat (dont la fille du dirigeant démocrate-chrétien tué par les Brigades rouges, Aldo Moro, qui a quitté la Démocratie-chrétienne) et de huit députés. Ces derniers ont formé un groupe commun avec les quatre députés de Democrazia Proletaria (DP), et avec Lucio Magri, ancien dirigeant du groupe Manifesto, qui a quitté le PDS sans pour autant adhérer au MRC ; c'est lui qui présidera le groupe unifié.

Le 12 mai 1991, le MRC a passé un premier test lors d'élections locales partielles concernant environ un million d'électeurs. La moyenne globale des résultats — 2,6 % — n'est guère significative car le mouvement n'était présent que dans neuf communes ; dans ces circonscriptions, son score a été relativement satisfaisant : entre 4 ou 5 % et 16 %. Comme il fallait s'y attendre, ses résultats ont été fondamentalement obtenus aux dépens du PDS, qui a enregistré un recul assez généralisé. Le cas le plus spectaculaire a été celui d'une ville des Pouilles, Andric, vieux bastion du mouvement ouvrier dans la région, où le MRC a obtenu 13,4 % des voix contre 12,7 % au PDS

Les 3 et 4 mai, les débats des assises n'ont abordé que très partiellement des questions politiques; l'appel qui a été adopté reste très général et n'implique aucune orientation précise. En revanche, des conflits ont surgi autour de questions organisationnelles, notamment sur la composition des organismes de direction provisoires et sur les responsabilités de leurs participants. Le fait que le quotidien Il Manifesto ait publié, avant l'ouverture des assises, un organigramme des différents responsables — qui s'est avéré être celui finalement approuvé — a fait monter la pression. De nombreux délégués ont estimé qu'on avait voulu leur imposer des décisions déjà prises ailleurs ; les partisans de Cossutta, notamment, ont jugé insuffisante la place réservée à leur courant et à leur porte-parole.

Après plusieurs réunions de sa direction nationale, Democrazia Proletaria a finalement décidé de s'associer au MRC Après son congrès national de juin 1991, cette organisation n'existera plus et ses membres intégreront le mouvement de refondation. Cette décision a été prise à la quasi unanimité, bien que des différences soient apparues quant aux formes de cette fusion et sur certaines des parties du texte qui sera soumis au congrès de juin (5). *

28 mai 1991

1) Voir Inprecorn° 326, du 15 mars 199|

2) Les refondateurs voulaient reprendre le nom et le symbole de l'ancien PCI, et ce contre l'avis du PDS. Après des procédures judiciaires multiples, un tribunal a tranché en faveur du PDS ; le MRC a alors annoncé que la nouvelle organisation s'appelerait Parti communiste et aurait son propre sigle.

3) Sergio Gavarini a dirigé pendant longtemps la Confédération générale italienne du travail (CGIL). I s'est prononcé contre le tournant d'Occhetto dès novembre 1989. Après la scission de février 1991, il est apparu comme le principal porte-parole du MRC.

4) Armando Cossuta, dirigeant du PCI pendant plusieurs décennies, a mené dans les années 60 une bataille pour la "déstalinisation" dans la fédération de Milan. Par la suite, il s'était opposé à la "déchirure" du PCI avec la direction soviétique après le coup d'Etat de Jaruzelski en Pologne.

5) Lors de la réunion de sa direction de fin avril 1991, le projet pour le congrès a été adopté avec voix 20 pour et 13 abstentions. Différents amendements ont été présentés : les deux les plus importants — l'un portant sur l'appréciation du gorbatchévisme, l'autre sur la portée des accords et des divergences politiques et théoriques avec les courants du MRC — ont été rejetés. Ils seront cependant discutés dans les congrès provinciaux et, éventuellement, au congrès national.

Inprecor n° 332 du 7 au 20 juin 1991 =

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