nouveau plan gouvernemental de privatisations (voir encadré en p. 18), avec
Maria Jarosz est professeur à l'Institut des sciences économiques de l'Académie l'attitude des salariés des entreprises vis-à-vis des transformations de la propriété politologie de l'Ecole centrale de commerce de Varsovie, a réalisé, au cours des dix dernières années, plusieurs recherches sur les aspirations des travailleurs et
CO BUDE DNES, SV. OMSA, ALEBO SCHÔDZA?
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« Et aujourd'hui, ce sera quoi ? Une messe ou une réu-
Union? » (Magazin Rohac, reproduit par Courrier International). Diète montre que la pression de l'opinion publique démocratique, nationale et internationale, peut peser sur les décisions des pouvoirs publics polonais. Mais cette position représente aussi un piège de taille ; d'ores et déjà, l'Union démocratique prépare un nouveau projet de loi visant à interdire l'avortement de façon un peu plus flexible et pour satisfaire l'Eglise tout en neutralisant la pression sociale.
L'abolition du droit à l'avortement et à la contraception en Pologne aurait de lourdes conséquences pour toute l'Europe. Il est urgent d'apporter aux femmes polonaises un soutien international, et en particulier, de les aider à construire un mouvement indépendant de masse. Elles éprouvent toujours de grandes difficultés à se mobiliser en défense de leurs intérêts matériels et moraux, écrasées sous le poids de la crise socio-économique, du renvoi massif à la maison, du chômage, du monopole masculin sur la vie publique et de l'offensive cléricale. Jusqu'à présent, elles ne possèdent ni tradition ni expérience du mouvement féministe revendicatif et de l'exercice du droit à disposer d'elles-mêmes. Sans un apport substantiel de la part du féminisme occidental, elles auront du mal à améliorer le rapport de forces en leur faveur. *
24 juin 1991
L'opinion ouvrière
Quels sont les méandres de l'évolution de l'opinion ouvrière au cours des dernières années ? C'est ce que nous avons abordé, peu avant l'annonce du deux sociologues polonais, auteurs de nombreuses recherches sur le sujet.
polonaise de sciences ; elle a notamment coordonné deux recherches sur en Pologne. Leszek Gilejko, professeur au département de sociologie et de sur leurs organisations.
INPRECOR : La privatisation occupe aujourd'hui une place importante dans les débats publics en Pologne, bien que seul un très faible pourcentage d'entreprises ail deja changé de statut. Vous avez mené des recherches sur la perception des modifications du statut de la propriété par les différents groupes sociaux. Quels en sont les résultats ?
Maria JAROSZ : En avril 1990 et en décembre 1990, nous avions mené deux enquêtes sur la perception des changements en cours en Pologne par différents groupes de salariés des entreprises nationales. La taille de l'échantillon — 1 377 réponses en avril, et 4 428 en décembre
- permet le recoupement des réponses obtenues et donne aux enquêtes un caractère représentatif. Nous avions sélectionné des groupes de salariés dont nous pensions qu'ils ont une influence déterminante sur les opinions et les comportements dans l'entreprise : des dirigeants à divers niveaux, des ouvriers, qualifiés ou non, mais n'exerçant pas de fonctions de direction, des militants des conseils d'autogestion, de Solidarité et ceux de l'ancien syndicat officiel (OPZZ). Depuis décembre 1990, la situation objective a peu changé, six entreprises ont été privatisées.
La presse a récemment fait état de 300 entreprises qui auraient d'ores et déjà changé de statut, mais ce chiffre est sujet à caution.
Le phénomène des privatisations ne concerne donc qu'un faible pourcentage de sociétés, mais il n'en reste pas moins que les effets de ces changements sont immenses, en particulier sur les comportements et les opinions des travailleurs, et les changements de leur conscience.
De nombreux indices permettent de saisir l'attitude envers ces changements — par exemple les grèves contre la privatisation. Une partie significative des travailleurs sont parvenus à la conclusion que seule la grève peut leur permettre d'imposer leur opinion. Le gouvernement, qui avait été considéré comme une émanation des travailleurs, n'est plus perçu comme tel. On nous disait par exemple : « Ce sont nos gars ; nous les avions portés aux postes de responsabilité sur nos épaules et maintenant ils nous traitent comme si nous n'étions rien. » Les nouvelles élites sont souvent décrites comme une "nouvelle nomenklatura" ou plus simplement comme "eux", ce qui rappelle la situation des années précédentes.
• Dans votre recherche, on voit apparaître une sorte de schizophrénie :
d'une part, la privatisation en tant que slogan général est assez largement acceptée, mais, de l'autre, les travailleurs la refusent majoritairement dans l'entreprise où ils travaillent...
M. J : En général, les gens considèrent qu'il n'est pas possible de continuer comme avant, et que les transformations de propriété sont donc indispensables. Parmi les changements possibles il en est un — la privatisation — qui jouit de la préférence des hautes-sphères et qui est donc le plus connu. De là découle l'acceptation de la privatisation en général, comme une manière de rompre avec le passé, bien qu'on observe déjà une diminution de
cette acceptation. Entre la recherche d'avril 1990 et celle de décembre 1990, on a observé une tendance à la diminution de l'acceptation de cette thèse générale et je pense que si j'avais l'occasion de refaire ces recherches aujourd'hui, le niveau serait encore plus faible. Ceci est lié au développement de la récession, qui se traduit par une baisse du niveau de vie, et donc par l'apparition de la pauvreté et du chômage. Quoi qu'il en soit, les travailleurs se méfiaient en général de la perspective de privatisation de leur propre entreprise, même s'il y avait des différenciations en leur sein. Ainsi la majorité des directeurs des entreprises étaient favorables à leur privatisation, bien qu'issus, pour la plupart, de la vieille nomenklatura.
Un indice intéressant concernant la désorganisation des entreprises apparaît: l'ancien système était "pathologique", il fallait s'opposer, inventer des comportements et contourner les règlements pour que l'entreprise puisse fonctionner. Pour les directeurs c'était une situation difficile ; même quand ils étaient liées à la nomenklatura, ils étaient les premiers à pâtir de l'inefficacité et du dysfonctionnement de ce système. Ils sont donc favorables au changement, à la privatisation ou à la propriété de groupe. Seule une petite partie des directeurs souhaite que leur entreprise reste dans les mains de l'Etat.
Le second groupe partisan de la "désétatisation" est formé par les activistes et dirigeants de Solidarité (et non pas les membres), ainsi que les militants des conseils d'autogestion. Cependant, ces derniers se prononcent, pour une large part en faveur de la propriété de groupe, alors que les premiers sont plutôt favorables à la privatisation. En revanche, les ouvriers du rang et les militants et dirigeants de l'OPZZ sont les plus méfiants envers la "désétatisation" et souhaitent que le statut de leur entreprise reste le même, avec quelques aménagement. I| faut noter qu'entre avril et décembre 1990 on a observé un nette augmentation du pourcentage de gens favorables à la propriété de groupe : en avril, 40 % des personnes interrogées se prononçaient pour que leur entreprise passe dans les mains du personnel ; en décembre, 50 % d'entre elles optaient pour cette solution, contre 20 % qui étaient pour le maintien de la nationalisation et seulement 17 % en faveur de la privatisation classique.
• Comment expliquez-vous cette différence d'aspirations entre les direc= Inprecor n° 334 du 5 au 18 juillet 1991 teurs des entreprises et les activistes de
POPLI? On pourrait penser que, issus d'un même moule, ils partageraient les mêmes opinions, même s'ils peuvent rechercher une perspective de réussite personnelle dans le cadre de la privatisation alors que ce n'est pas le cas des militants de l'OPZL.
M.J. : Il existe un facteur de différenciation : les membres de l'OPZZ se sentent largement menacés par les effets de la privatisation, et notamment par le chômage. ce n'est pas le cas des directeurs.
Leszek GILEJKO : Nos recherches menées parmi les leaders syndicaux font apparaître qu'une très grande majorité de dirigeants de l'OPZZ se prononcent pour la préservation des entreprises étatiques. Il s'agit sans doute là d'une motivation politique, fondée sur l'espoir que les valeurs profondément ancrées dans la société vont réapparaître, ce qui leur permettra de retrouver une certaine influence. C'est ,à mon avis, une des raisons de la différence d'attitude entre les directeurs et les militants de l'OPZZ.
M. J. : Un aspect mérite d'être souligné : la privatisation, telle qu'elle est menée actuellement, est perçue par les travailleurs comme un phénomène imposé. Non seulement on ne tient pas compte de leurs aspirations, mais on agit comme si cela ne les concernait pas — ce qui explique leur méfiance grandissante.
Comment peut-on expliquer l'évolution des opinions au cours de la décennie passée, entre, d'une part un appui massif de la population au projet d'entreprise autogérée de 1981, et le soutien apparent à la restauration capitaliste dans les années 1989-
1990?
L. G. : Les résultats de nos recherches tout au long des années 80 confirment ceux de l'équipe de Maria Jarosz. Nous avons observé une prise de conscience croissante de l'inefficacité du système économique en place et de la nécessité non pas de le réformer, mais de le remplacer par un autre ; c'était particulièrement sensible parmi les ouvriers. Indépendamment du jugement que nous pouvons porter sur l'ancien régime et sur sa volonté de réformes, il est clair, au moins à partir de 1983 lorsque les rigueurs de l'état de guerre ont diminué, que ce pouvoir avait cherché à introduire certains éléments des propositions des réformes apparues en 1980-1981. Il est alors apparu que ce pouvoir, et les structures sur lesquelles il s'appuyait, étaient incapables de réaliser le changement, d'arrêter la crise et d'ouvrir la voie à une dynamique progressiste. Je crois qu'il s'agit là d'un facteur, qui explique la popularité croissante des thèmes de "désétatisation" et de privatisation au cours de la décennie passée et jusqu'au début 1991. • Depuis, il semble qu'un changement se manifeste. Votre collaborateur Juliusz Cardawski a récemment exPLANU pliqué que, pour les ouvriers, le mot d'ordre de construction du capitalisme sert tout simplement à ouvrir la voie à ceux qui veulent s'enrichir et que les travailleurs sont convaincus que ceux qui cherchent à gagner une influence politique le font pour s'enrichir...
L. G. : La modification des rapports de propriété en Pologne présente trois aspects. Premièrement, on observe une claire préférence des nouvelles autorités pour la privatisation, même si, dans certains cas, l'actionnariat est priorisé — c'est-à-dire la diffusion de la propriété — c'est de propriété privée qu'il s'agit. Deuxièmement, ces changements ont été faits en période de récession profonde, ce qui produit d'immenses secousses politiques, sociales et économiques. Enfin — et c'est très important — le facteur qui a toujours été synonyme de progrès en Pologne, à savoir l'influence de la base et des groupes sociaux fondamentaux sur les changements en cours, a été bloqué par la politique du gouvernement. Ce dernier a décidé d'agir par en haut et de manière parfois plus brutale que dans le passé, en particulier dans le domaine de la modification des rapports de propriété. Et enfin — comme Maria Jarosz l'a noté — autant en 1989-1990 on avait encore affaire au système de référence dichotomique "eux/
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nous" (en rapport à l'ancien régime), autant actuellement, nous observons l'apparition d'une nouvelle différenciation "eux/nous" dans laquelle le nouveau pouvoir est perçu comme extérieur, comme "eux".
Il s'agit d'un changement de très grande importance, confirmé par toutes les recherches menées actuellement. Les travailleurs, et surtout les ouvriers, perçoivent les nouveaux gouvernants, mais aussi les dirigeants syndicaux, comme une autre sphère sociale, comme "eux".
Nous avons récemment mené une recherche parmi les dirigeants de Solidarité au niveau central et dans les entreprises, qui montre que ce conflit - typique dans les anciens syndicats, entre les adhérents et les dirigeants — apparaît actuellement également au sein d'un mouvement qui avait su préserver, jusqu'à une période récente, de nombreux éléments de spontanéité et d'activité impulsée d'en bas. Ce même conflit, soit dit en passant, existe au sein de l'OPZZ entre la direction centrale et les structures de base.
M. J.: Le principal problème de la privatisation telle qu'elle se produit actuellement en Pologne, c'est qu'elle ressemble énormément au processus de nationalisation des années 40. La privatisation est introduite par décret, par en haut, comme cela avait été le cas avec les nationalisations. Dans les deux cas, on a ignoré
Ma recherché concerne les travailleurs des entreprises nationalisées — qui regroupent 80 % des salariés. On ne peut passer outre l'opinion d'un tel nombre de gens et pourtant c'est ce que fait le gouvernement. Actuellement, on dit que seuls les directeurs comptent et que l'opinion des ouvriers n'a que peu d'importance. Cela engendre des conséquences sociales très dangereuses, un écart très grand entre les espoirs des travailleurs et la réalité — qui étaient énormes non seulement en 1981 ou en 1989. Ces illusions étaient en partie liées à l'idée que la privatisation apporterait et le bien-être et la liberté. Il apparaît aujourd'hui que cette privatisation par en haut n'entraîne que paupérisation, chômage, et pauvreté pour le plus grand nombre. Les gens se détournent donc des dirigeants qu'ils avaient considérés comme les leurs, des idées auxquelles ils s'identifiaient et on entend à nouveau parler d'"'eux". Si cela continue, si la ligne des managers s'affirme et que le dénigrement de l'autogestion et des syndicats se poursuit, bref si ce capitalisme idéalisé s'avère être non pas à visage humain mais, au contraire, avide et rapace, ça pourra finir mal. Il faudrait un nouveau contrat social en Pologne.
L. G. : Je voudrais souligner encore deux questions importantes. Outre le fait que nous sommes confrontés aujourd'hui au besoin d'un nouveau contrat social — ce problème est de plus en plus soulevé en Pologne —, on voit que les groupes sociaux significatifs et leurs organisations ont besoin de se doter de programmes reflétant leurs aspirations pro- MACIEJ UFNALEWSKI fondes. Le drame actuel de Solidarité, la crise qu'il traverse, ne sont pas réductibles à la seule dichotomie qui existe entre, d'une part, sa nature de mouvement réformateur et, de l'autre, le fait qu'il est aussi une organisation de défense des travailleurs, un syndicat. Les dirigeants de Solidarité ont tendance à dire : « Nous avons la responsabilité du changement et donc nous devons savoir sacrifier nos intérêts syndicaux sur l'autel de ce qui est plus important. » Le problème n'est pas de sacrifier quoi que ce soit mais, au contraire, d'avoir un programme qui permette de lier les intérêts et les aspirations de la base avec le processus de reformes, dans de nouvelles conditions Pour cette raison, je pense que les propositions du Réseau des grandes entreprises de Solidarité sont intéressantes.
Ces propositions s'inscrivent dans le processus des réformes en cours, puisqu'elles visent à désétatiser les entreprises en transférant la propriété aux travailleurs. Ensuite, ce sont des propositions pluralistes de transformation des rapports de propriété. Et, enfin, quel que soit le jugement qu'on porte sur les possibilités de l'autogestion, d'une part, et sur le programme minimum que constitue, dans ce cadre, l'actionnariat ouvrier quels que soient les dangers d'aliénation d'un tel projet —, il s'agit là d'une alternative et d'une tentative de défendre le statut des travailleurs qui est menacé. Les propositions du Réseau peuvent avoir un effet d'entraînement, en montrant que les travailleurs sont capables de réfléchir sur une alternative, et en limitant le conflit qui s'exacerbe entre les travailleurs et le processus de réformes.
• Tout récemment, Lech Walesa a proposé à la Diète d'autoriser le gouvernement à mener les transformations par des décrets. En dehors de quelques rares personnalités - tels
Karol Modzelewski ou Jozef Pinior — les dirigeants de Solidarité ont adopté
une attitude attentiste envers proposition. Comment, à la lumière des recherches que vous avez effectué, pensez vous que réagiront les travailleurs?
L. G. : Nos dernières recherches font apparaître qu'il existe un potentiel de soutien à de telles mesures, et même un potentiel qui s'accroît...
M. J.: En particulier parmi les ouvriers...
• Ce soutien potentiel reflète-t-il l'illusion qu'enfin quelqu'un viendra mettre de l'ordre au nom des travailleurs ?
L. G. : Oui. Ce phénomène a toujours existé en Pologne, dans les années 70 et au cours de la dernière décennie. La moitié des gens se prononçait pour un "rétablissement de l'ordre" -indépendamment de savoir qui le ferait, même si nos interlocuteurs préféraient que ce ne soit pas l'œuvre de la vieille nomenklatura. L'autre moitié, en revanche, se prononçait pour une solution démocratique et autogestionnaire, visant à construire un ordre nouveau.
M. J. : Mais il faut ajouter que, dans un second temps, viendra la déception, lorsque les gens s'apercevront que l'ordre rétabli ne correspond ni à leurs aspirations ni à leurs intérêts.
L. G. : Notons que, si l'acceptation d'une politique de main-forte s'accroît, ce soutien est le fait des groupes sociaux les moins instruits et les moins qualifiés, qui peuvent soutenir des formes d'Etat fort.
• Quels changements peut-on observer actuellement au sein du mouvement syndical polonais par rapport à la transition actuelle ? Les deux centrales syndicales - Solidarité
OPZZ — ont vu en effet, au cours des deux dernières années, leurs places respectives changer du tout au tout.
L'OPZZ, né dans le giron du pouvoir dictatorial, a été poussé dans l'opposition. Solidarité, en revanche, s'est sentie investi d'une mission de reformes...
L. G.: Au sein de la direction de l'OPZZ, coexistent deux groupes. L'un cherche à se placer comme opposition — = Inprecor n° 334 du 5 au 18 juillet 1991 cette ce qui ne veut pas dire qu'il appellera à la défense d'une conception politique. rations quotidiennes des travailleurs. sein de Solidarité, entre un courant plus politique — tendant à défendre le gouvermatique, subissant la pression de la base. les courants syndicalistes pragmatiques existent au sommet des deux centrales.
deux syndicats jourd'hui possible ? dans des situations de forte pression des travailleurs, au moment des grèves ou à la veille des grèves. Mais le passé pèse encore. Notre enquête parmi les activistes syndicaux a fait apparaître que les militants de Solidarité identifient très largeet ment leur syndicat aux intérêts des travailleurs, et l'OPZZ à ceux de la vieille nomenklatura. Les militants de Solidarité gardent en mémoire la répression qu'ils ont subie, avec le soutien actif ou au moins l'assentiment de ceux de l'OPZZ Le refus de l'OPZZ d'accepter la légalisation de Solidarité jusqu'au dernier moment pèse aussi. ou les militants de base de l'OPZZ sont moins agressifs envers Solidarité que construire des barricades ! — au nom de eux.
L'autre, par contre, cherche à occuper une place plus syndicaliste, plus près des aspi-
On note une division semblable au nement au nom d'un discours idéologique
— et un courant syndicaliste, plus prag-
Bien sûr qu'il est possible de gagner de l'argent honnêtement.
Mais pour démarrer, il vaut mieux avoir un petit pécule malhonnête...
Ce conflit est, sans doute, plus clair dans
Solidarité. Mais les lignes de force d'une fracture entre les courants idéologiques et
• Qu'en est-il dans les entreprises, parmi les adhérents des syndicats qui ne sont pas investis dans les directions syndicales ? Est-ce que la fracture entre l'OPZZ et Solidarité, provoquée par l'état de guerre, est en train de s'effacer ? Une coopération entre les semble-t-elle au-
L. G. : La coopération se développe
Cependant, aujourd'hui les membres leurs interlocuteurs de Solidarité envers
M. J.: Ma recherche de décembre dernier montre un phénomène intéressant. Les travailleurs membres de l'OPZZ ont tendance à s'identifier avec Solidarité et reconnaissent le rôle progressiste du syndicat concurrent : sa lutte pour la liberté, contre la nomenklatura, etc. Mais ils portent un jugement négatif sur le gouvernement. Par ailleurs, sur des questions concrètes — la privatisation, ses rythmes, ses modes, etc. - les travailleurs ont, quelle que soit leur appartenance, la même position que les militants de l'OPZZ. On peut donc parler d'un phénomène de rupture entre les militants de Solidarité et leur base. Ces derniers mois, cela commence à changer, car Solidarité a opéré un tournant vers les préoccupations plus strictement syndicales. • En quelques mots quelles sont les idées fortes que font apparaître vos recherches?
M. J. : La privatisation avait été considérée par la société comme un moyens pour rompre avec le passé dit communiste, qui était rejeté. La privatisation n'était pas perçue comme un but en soi, mais comme un moyen. L'objectif recherché c'était non seulement la liberté, mais aussi le pain, la possibilité de se réaliser et, enfin, l'égalité ou du moins l'égalité des chances. Dans le discours gouvernemental actuel, au contraire la privatisation apparaît comme un but en soi. Et ce discours-là n'est pas accepté. Ce que les gens acceptent, en revanche, c'est la pluralité des choix — y compris la privatisaconcrètes des différentes entreprises. Ils refusent qu'un choix unique leur soit imposé d'en haut, comme par le passé. *
Propos recueillis par Jan Malewski, 19 juin 1991