Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Si le pape pouvait être enceint(e)...

· Inprecor n° 334, 5 juillet 1991 · p. 14-15 · 1 991 mots

Pologne Femmes

LE PROJET de loi interdisant l'avortement a été lancé à l'automne 1988 par plusieurs députés catholiques appartenant aux groupes satellites de la bureaucratie au pouvoir (1). Après la victoire de Solidarité aux élections partiellement libres de juin 1989, la défense du projet a été assumée avec beaucoup de vigueur par une nouvelle force présente à la Diète et au Sénat (2) : l'Union nationalechrétienne (ZChN), petit, mais offensif parti de la droite radicale, dont quelques représentants ont été élus sur les listes établies par Lech Walesa. La pression de l'Eglise sur les membres du Parlement, dont une bonne partie avait reçu le soutien de curés, avant les élections, ainsi que le vote par le congrès national de Solidarité d'une résolution se prononçant pour la « protection de la vie de l'enfant conçu », aboutirent à l'adoption du projet par le Sénat, en septembre 1990, ce qui représentait un très grave avertissement quant au danger mortel pesant sur le droit à l'avortement.

Pour l'Eglise et pour les milieux cléricaux, ce vote a constitué un formidable facteur d'encouragement, d'autant plus qu'en même temps, gouvernement Mazowiecki restaurait les cours de catéchisme dans les écoles publiques. Cette mesure a été prise par le biais d'une sim-ple "instruction" du ministère de l'Education nationale, contournant le Parlement, au mépris de la Constitution. Saisie à ce sujet, la Cour constitutionnelle a avalisé cette décision, ce qui constituait une atteinte encore plus scandaleuse à la loi fondamentale, certes discréditée parce que stalinienne. Il est absolument évident que Mazowiecki a fait cette concession à l'Eglise dans l'espoir d'obtenir en échange le soutien de l'épiscopat pour sa candidature à la présidence de la République contre Walesa.

La chasse aux contraceptifs

Persuadée que le chemin vers l'établissement d'un Etat confessionnel était largement ouvert, la hiérarchie catholique a alors exacerbé sa croisade contre l'avorde l'Etat.

Les activistes paroissiaux et les militants des jeunesses catholiques se sont mobilisés pour acheter massivement des contraceptifs et les détruire ensuite — ils exerçaient aussi des pressions sur les pharmaciens pour les obliger à en refuser la distribution. Par le biais d'instructions confidentielles, le ministère de la Santé a démantelé les programmes de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) concernant la promotion de la contraception et a retiré de la distribution les pilules et les stérilets de qualité donnés par des institutions de la Communauté économique européenne (CEE). Dans un pays où la gestion bureaucratique a toujours entraîné une pénurie drastique et une mauvaise qualité des contraceptifs, les effets de telles mesures sont désastreux.

Sans attendre le vote de la loi, le gouvernement Mazowiecki a autorisé les hôpitaux à refuser les avortements, tout en établissant l'obligation pour les femmes de passer devant deux commissions pour demander une IVG et en instaurant la clause de conscience pour les mésont mortes belles. le té par le Sénat. Cette fois-ci, il s'agit non seulement de pénaliser les médecins, mais aussi de rendre passible de prison toute femme procédant à un avortement sur elle-même, même en cas de grossesse causée par un viol ou de risques pour la santé. Ce projet interdit également l'utilisation de la pilule et du stérilet, considérés par l'Eglise comme des "moyens abortifs".

L'Eglise en campagne

Tous les sondages d'opinion ont montré que plus de 60 % des Polonais et des Polonaises sont favorables au maintien du lieux ouvriers (féminins et masculins), ce droit compte sur un soutien plus élevé encore, dépassant souvent 90 %.

A la lumière de ces enquêtes, tout le monde s'est rendu compte que si le projet de loi était soumis à un référendum populaire, il serait inévitablement battu en brèche. Mais la Diète, elle, a refusé de soumettre le droit de choisir à un référendum, et a convoqué une "consultation sociale" empruntée aux arsenaux de la "démocratie socialiste" de l'ancien régime : les citoyens ont été invités à s'exprimer en écrivant à la Diète. Si, dans le passé, l'appadecins. Résultat : des femmes des suites d'avortements clandes-

1991, sept nouveaux- nés ont été retrouvés morts, dans des pou-

Pour sa part, la commission de la Diète chargée de préparer la version définitive du projet de loi, a aggravé le projet adopnombre que.

POLL

Si le pap

être enc

La jeune démocratie polonaise est o volonté de la nouvelle élite politique de le désir de l'Eglise catholique d'imposer la Diète devait décider du maintien ou volontaire de grossesse (IVG). Le mome souhaitaient les évêques et tout le clerg cadeau à Jean-Paul II qui devait rend manière « l'Etat protecteur de la vie d l'Europe et pour « Si le Saint Père pouvait tomber enceù ont alors commenté des femmes cath oscillant entre des pressions contradict dans leur majorité d'appuyer l'initiati démocratique, parti de l'ancien Prem reporter le Zhigniew K reil du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) et ses courroies de transmission s'occupaient d'obtenir les résultats souhaités lors de telles "consultations", c'est maintenant l'appareil de l'Eglise et ses multiples agences qui s'en chargent, en employant, par ailleurs, des méthodes de pression sur les masses tout à fait similaires.

Lors des messes, les curés exigeaient la signature des pétitions sous menace d'exclusion de la communauté chrétienne. Dans les écoles, même primaires, les professeurs de catéchisme obligeaient leurs élèves à signer « pour empêcher que les ! communistes assassinent les bébés ». Passant outre les protestations des psychologues, ils ont montré aux enfants un odieux film amé- -ricain de propagande pro-life.

1 700 000 personnes auraient participé aux "consultations", dont 89 % se sont prononcées pour l'interdiction de l'avortement. Le nombre de signatures ramassées en faveur de l'interdiction a été plutôt modeste, si on le compare avec le total de catholiques, qui constituent la grande majorité de la population, et avec l'immense effort déployé par l'appareil ecclésiasti-

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• pouvait eint(e)...

e plus en plus minée, d'un côté par la

'estaurer le capitalisme, et de l'autre par un Etat confessionnel. Le 16 mai 1991, de l'abolition du droit à l'interruption nt avait été choisi comme si, ainsi que le i, la Pologne voulait faire un formidable e visite à sa patrie, et devenir de cette l'enfant conçu », un "exemple" pour le monde entier.

1(e), l'avortement serait un sacrement » liques en colère. Nerveux et fébriles, pires, les députés ont finalement décidé e de dernière minute prise par l'Union er ministre Tadeusz Mazowiecki, et de ote sine die.

DWALEWSKI

Ainsi, à Lodz, le résultat des "consultations" a représenté une cuisante défaite pour l'Eglise. Dans cette grande ville industrielle traditionnellement catholique, gérée actuellement par l'Union nationale-chrétienne, qui exerce également un fort contrôle politique idéologique sur la direction régionale de Solidarité, le résultat a été exactement inverse au global:

score

84 % de personnes participant aux "consultations" se sont prononcées contre l'abolition du droit à choisir. Pourquoi ? Parce que des commissions d'entreprise de Solidarité et de l'ancien syndicat officiel OPZZ, ainsi que la Ligue des femmes (une organisation de l'ancien régime qui préserve ses bases ouvrières), ont lancé leurs propres pétitions, contre celles de l'Eglise, au sein du prolétariat féminin de l'industrie textile. Le résultat de Lodz a largement cassé l'effet propagandiste du scrutin national.

L'offensive de l'Eglise récolte des fruits différents de ceux escomptés. La conscience que le droit

Inprecor n° 334 du 5 au 18 juillet 1991 à l'IVG et à la laïcité de la vie publique constituent d'importants acquis démocratiques qui sont en danger, s'éveille dans cette société très catholique. Une certaine grogne anticléricale commence à se répandre au sein de la classe ouvrière, de la jeunesse et de l'intelligentsia. Peu à peu, des opposants de la cléricalisation commencent à oser s'exprimer dans les médias. Le gouvernement actuel est dominé par un petit parti, le Congrès libéral-démocratique, qui, tout en étant un partisan radical de l'économie de marché et de la restauration du capitalisme, comme ce fut le cas aussi du gouvernement Mazowiecki, se distingue de celui-ci par son indépendance plus grande à l'égard de l'Eglise et par son idéologie laïque.

L'avortement bouseule la vie politique

Sensible aux pressions de l'opinion publique, ce gouvernement a fait démissionner un procureur adjoint de la République qui se permettait de dénigrer l'athéisme et un vice-ministre de la Santé qui condamnait l'homosexualité et tentait de démanteler la production de contracep-

L'affaire de l'avortement est en train de devenir un facteur de recomposition de la scène politique et idéologique polonaise. Deux événements en apportent la preuve. Le premier, c'est la rupture spectaculaire de Zbigniew Bujak, ancien dirigeant clandestin de Solidarité, avec l'Union démocratique, regroupement hétéroclite des courants allant de l'ancienne "gauche laïque" à la nouvelle "droite démocratique", , qui n'est pas capable de prendre position au sujet de l'avortement, d'autant plus que son chef, Mazowiecki, porte la responsabilité d'avoir ouvert la voie à la cléricalisation de la vie publique. C'est l'une des raisons principales de la scission de Bujak et de la fondation d'un parti à caractère social-démocrate.

Le deuxième événement, également significatif, est la formation d'un cercle parlementaire de femmes de plusieurs groupes, sous la présidence de la députée Barbara Labuda, appartenant elle-même à l'Union démocratique. Il s'agit d'une initiative visant à s'opposer au diktat des hommes sur des lois concernant les femmes, et à promouvoir l'élection de défenseurs des droits des femmes au Parlement.

Les pressions de l'opinion publique démocratique d'Europe occidentale ont un rôle très important à jouer dans la bataille pour le droit de choisir et contre l'offensive cléricale en Pologne.

Le président Walesa a été objet d'interpellations à ce propos de la part de plusieurs personnalités du Parti socialiste français lors de sa visite en France. Les dirigeants de certaines organisations syndicales d'Europe de l'Ouest sont également intervenues auprès de Walesa et de la direction de Solidarité. Le Mouvement français du planning familial (MFPF) a lancé une campagne de solidarité avec les femmes polonaises, qui s'est traduite par l'envoi de dizaines de milliers de cartes postales aux députés polonais. Le Conseil de l'Europe a adopté une motion invitant la Pologne « qui s'apprête à rejoindre la famille européenne » à éviter d'adopter une législation que les autres pays européens « ont depuis longtemps bannie de leur arsenal juridique, comme archaïque et peu respectueuse des droits de l'homте ».

Il est certain que ces pressions ont contribué à pousser Jacek Kuron à relancer la demande d'un référendum populaire. Dirigeant du parti de Mazowiecki et ancien ministre de son gouvernement, Kuron s'est rendu compte que le vote par la Diète de la loi interdisant l'avortement, contre la volonté majoritaire de l'opinion publique ne pourrait que mettre le feu aux poudres des tensions sociales suscitées par le cours pro-capitaliste de la nouvelle élite. L'initiative de Kuron a suscité de furieuses attaques de la droite cléricale et une réaction virulente de l'Eglise. La conférence des évêques a condamné l'idée de référendum, déclarant qu'on ne pouvait pas soumettre les lois divines au vote populaire ; elle a proclamé que l'avortement était un « deuxième Auschwitz », suggérant que les partisans du droit des femmes à choisir jouaient un rôle similaire à celui des surveillants des camps de concentration nazis. Gazeta Wyborcza, quotidien à grand tirage édité par Adam Michnik, a alors dénoncé pour la première fois le terrorisme idéologique de l'épiscopat. En revanche, Kuron, cible principale de cette campagne de la réaction, a immédiatement adopté un profil bas, expliquant publiquement qu'il était contre le droit à l'avortement, mais qu'il allait convaincre le peuple que le projet de loi était juste et s'assurer qu'il obtienne la sanction populaire... Les dirigeants de la nouvelle élite polonaise sont des spécialistes de ce type de volte-face.

Prise de panique et cherchant à tout prix à éviter un affrontement avec l'Eglise ou avec la société civile, l'Union démocratique a alors proposé à la Diète de ne pas voter la loi maintenant, ni de la soumettre à un référendum, mais d'attendre des jours meilleurs. En dépit de son caractère opportuniste, l'attitude de la

1) Voir Inprecorn° 290 du 12 juin 1989.

2) Voir Inprecor n° 315 et 321 des 28 septembre et 21 décembre 1990.

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