1991, s'est terminé par l'approbation, à une très large majorité (196 pour, 4 contre et 37 abstentions), d'un texte proposé par la direction nationale sortante, selon lequel cette organisation devait se dissoudre pour intégrer le Mouvement de refondation communiste (MRC), né de la scission de l'ancien Parti communiste
Le dernier
congrès de DP
Le VIlle et dernier congrès de Democrazia Proletaria (DP), du 6 au 9 juin italien (PCI) au mois de février (1). Claudio GIULIANI
LA PERIODE de préparation du congrès avait été pourtant marquée par l'apparition de réactions réticentes, voire négatives, à la dissolution. Dans une première phase, de nombreux militants avaient critiqué assez vivement la proposition de la direction, certains n'étant pas convaincus que DP n'avait plus de rôle à jouer, d'autres, plus nombreux, critiquant les formes et le rythme de la confluence, c'est-à-dire la dissolution immédiate à la fin du congrès et l'entrée au MRC à titre individuel (2). Ces réactions, également apparues au sein de la direction (3), provenaient surtout de militants des mouvements de masse, dont l'intervention s'est traditionnellement inspirée de critères très différents de ceux des militants de l'ancien PCI, aujourd'hui membres du MRC. Il est probable qu'un certain nombre de ces militants ne participeront pas, du moins pour l'instant, au processus de refondation en cours.
Dans le débat, les différenciations ont débouché sur l'émergence de différentes positions. Le texte de la majorité de la direction (4) a essayé de donner une analyse du contexte international - caractérisé par la crise des sociétés bureaucratiques et les conséquences à court et moyen terme de la guerre du Golfe — et de la situation italienne, marquée par des manœuvres du gouvernement pour changer la Constitution, afin d'instaurer une "deuxième république". Cette résolution reprenait également certaines des conceptions de DP, en esquissant les perspectives pour le mouvement ouvrier et les
ITALIE différents mouvements de masse dans les années 90, et indiquait les raisons de la fusion dans le processus de refondation gués de la fédération de Milan, refusait le projet de confluence et proposait le maintien de DP. La troisième postion était avancée par les représentants de la région du Molise, partisans d'une fédération entre DP et le MRC.
Des approches différentes
Hormis ces deux petites minorités, le projet de confluence était très largement partagé, ainsi que les formes et les rythmes définis par le MRC. Mais des divergences sont apparues sur des points importants : une minorité de la direction avait jugé tout à fait insuffisante l'analyse du texte majoritaire sur les événements d'Union soviétique et jugé son interprétation du gorbatchévisme erronée, car elle n'excluait pas un processus d'autoréforme de la bureaucratie. Livio Maitan a proposé un amendement à ce sujet.
Mais le point le plus controversé concernait le chapitre final du texte de la direction sur « les raisons de la refondation », car, d'après certains, le texte proposé diluait l'identité de DP; surtout quand il soulignait qu'il existait désormais « une large convergence » entre les
1) Voir Inprecorn° 326 et n° 332 des 15 mars et 7 juin 1991.
2) Lors de pourparlers avec des membres de DP, les représentants du MRC avaient esquissé deux possibilités : soit une dissolution de DP à la fin de son congrès et des adhésions à titre individuel, soit le maintien de DP jusqu'à la fondation du nouveau parti et un accord de confluence à ce moment-là. Dans ce cas, DP n'aurait pas pu influencer directement le processus de définition programmatique et politique du MRC. C'est surtout pour cette raison que la première solution a été choisie.
3) Deux membres de la direction nationale - Nadia Casadei, militante féministe engagée dans des mouvements sociaux, et Giorgio Cortellessa, universitaire qui a beaucoup contribué aux élaborations de DP sur l'environnement - positions du MRC et celles de DP. Un amendement présenté par Elettra Deiana, membre du secrétariat sortant, proposait de remplacer une bonne partie de ce chapitre et soulignait qu'il n'y avait pas assez d'éléments pour démontrer une telle convergence. En fait, par sa nature même, et à cause de l'existence dans ses rangs de différentes composantes, le MRC n'a pas encore défini ses bases programmatiques, même s'il s'est trouvé sur le même terrain que DP dans la mobilisation contre la guerre du Golfe, dans l'opposition aux projets autoritaires d'une "deuxième république", et dans la bataille interne pour le congrès de la Confédération générale italienne du travail (CGIL) (5).
Selon cet amendement, il aurait fallu souligner davantage que la phase actuelle de la refondation était un processus auquel les militants de DP devaient apporter l'ensemble de leurs acquis. La majorité de la direction a rejeté cet amendement (18 contre et 13 pour) - parmi ces 13 voix, 8 provenaient des membres de l'ancienne Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section de la IVe Internationale en Italie avant l'entrée dans DP, en 1989) et 5 de camarades liés à différents mouvements sociaux et appartenant à la sensibilité chrétienne de DP. Cette convergence s'explique par la conviction commune qu'il faudrait réellement mettre en valeur l'apport de DP dans la fusion et souligner le pluralisme du nouveau parti en formation.
Toutes ces différenciations se sont réflétées dans les congrès provinciaux, où les amendements de Maitan et de Deiana ont eu un assez large écho - obtenant même la majorité dans plusieurs fédérations, dont Rome et Turin. Le débat a ainsi été relancé lors du congrès national, auquel ont participé 257 délégués (6), de nombreux invités et des délégations du MRC, du Parti démocratique de la gauche (PDS) et d'autres organisations.
L'auteur du rapport introductif, Luigi Vinci, membre du secrétariat sortant, a repris les thèmes essentiels du texte de la direction, en les accentuant de manière schématique, avec un certain pessimisme quant aux perspectives — expliquant, par exemple, que « les années 90 pourraient avaient annoncé avant le congrès leur intention de ne pas adhérer au MRC.
4) Ce texte avait été approuvé avec 20 voix pour et 13 abstentions. Le congrès de décembre 1989 avait élu 60 membres à la direction nationale, mais le nombre de participants aux réunions était sensiblement inférieur.
5) Le débat pour le congrès de la CGIL, qui aura lieu en octobre 1991, est caractérisé par la présence d'un courant d'opposition" lutte de classe" auquel participent les syndicalistes de DP. Il a déjà obtenu des résultats assez positifs dans de grandes entreprises - 45 % à la Fiat Miration de Turin.
6) Dont les 60 membres de la direction sortante qui, selon une norme statutaire discutable, ont d'emblée le droit de parole et de vote au congrès
être bien plus difficiles que les années 80, qui ont déjà été très mauvaises ». Il a souligné l'existence d'« une unité d'intentions politiques et de perspectives stratégiques » avec le MRC. Il a non seulement rejeté l'amendement d'Elettra Deiana, mais accusé ceux qui défendaient l'idée d'entrer dans le MRC, y compris sans « la convergence nécessaire », de se positionner d'emblée comme une « fraction d'extrême gauche ». Il a toutefois ajouté que le futur parti devrait « discuter longtemps et de tout », et « se doter de structures et d'instruments pour ce faire » et que « des journaux et des associations indépendantes devraient fleurir » à côté du futur parti.
La direction sortante, sur ce point unanime, a avancé une proposition, avalisée par le congrès, de constitution d'une association politico-culturelle, dont feront partie non seulement les membres de DP entrés dans le MRC, mais aussi des camarades n'ayant pas fait ce choix, ainsi que des militants et des intellectuels indépendants.
Un débat vif
En tant qu'ancien militant du PCI, Vinci (7) a introduit une note personnelle dans son rapport, en déclarant, entre autres : « Je ne peux pas vous cacher que ce fut une souffrance pour moi de me séparer à l'époque de mes camarades du PC, et que je vis l'heure actuelle comme une espèce de rapprochement avec une entité collective dont j'avais dû me séparer, mais à laquelle j'ai toujours eu l'impression d'appartenir. » Une partie des délégués qui, dans leur majorité, n'ont jamais milité dans le PCI et ont acquis leur expérience politique dans différentes formations d'extrême gauche des années 70, ne pouvaient partager ces états d'âme et ont donc interprété les propos du rapporteur comme une tentative de réhabilitation de l'ancien PCI et une sous-estimation de la nouvelle gauche.
Le débat du congrès a été assez vif. De multiples réserves ont été avancées sur les formes et le rythme de la confluence, en partie dues à des attitudes fermées développées à l'échelle locale par certains représentants du MRC (8). Cela s'est accompagné de réactions fortement émotionnelles face à la perspective de la disparition d'une organisation construite grâce à de nombreux efforts militants, qui a joué un rôle indéniable dans les luttes et les mobilisations importantes des treize dernières années.
Au-delà des interventions de ceux qui refusaient le projet même de confluence, une confrontation s'est essentiellement = Inprecor n° 334 du 5 au 18 juillet 1991 développée entre les positions déjà apparues dans la direction : celle de la majorité, celle du courant chrétien, et celle présentée assez schématiquement par la presse comme trotskyste (9).
La première position a notamment été défendue par le secrétaire de la fédération de Milan — de loin la plus importante — et par des membres du secrétariat sortant tels Giancarlo Saccoman, Tonino Califano et Marida Bolognesi, qui ont repris les thèmes du texte et, dans une moindre mesure, du rapport introductif. La deuxième s'est réflétée dans les interventions de Vittorio Agnoletto, élu au conseil provincial de Milan, de Francesco Saija, dirigeant de la fédération de Messine et membre de la direction, et du député européen Eugenio Melandri.
Dans un texte, ces militants ont expliqué : « En tant que chrétiens, nous nous sommes efforcés d'introduire dans la gauche la théorie et la pratique d'un rapport entre foi et lutte pour la libération, qui ne saurait être ignoré. La présence de croyants dans la gauche doit être désormais acceptée comme un fait non épisodique, mais collectif, permanent et intrinsèque. (...) Toute action pour le changement doit avoir en son centre - par son efficacité et sa valeur en soi— la non-violence, comme méthode réellement alternative pour une solution des conflits. (...) Sur cette base et dans cette perspective, nous nous déclarons intéressés par un processus qui donne naissance à un nouveau sujet politique anticapitaliste, capable de réunir des cultures différentes, au-delà de tout renoncement idéolo-
La troisième position a été précisée par une série d'intervenants dont Deiana, Maitan, Roberto Firenze, Franco Turigliatto et Lidia Cirillo. Comme l'explique l'amendement de Deiana, c'est vrai qu'il existe des positions communes entre DP et le MRC. Qui plus est, personne ne saurait sous-estimer l'importance du fait que, dans le contexte actuel du mouvement ouvrier italien et international, 150 000 militants rejettent le choix d'Oc-
ITALIE chetto et se déclarent résolus à construire un parti anticapitaliste et communiste : voilà une base suffisante — et nécessaire - de confluence.
Mais une fois ce point essentiel clarifié, pourquoi faudrait-il proclamer des convergences qui n'existent pas ou pas encore ? Pourquoi devrait-on ignorer, par exemple que, sur la question capitale de la stratégie révolutionnaire dans un pays capitaliste industrialisé, il existe une diver-
Agence entre ce qu'ont écrit ou déclaré des représentants du MRC — en se référant à une conception réformiste gradualiste — et ce que DP a expliqué à plusieurs reprises, en développant une critique marxiste de l'Etat bourgeois? Ce problème, tout comme d'autres non moins importants, devra être discuté tout au long du processus de refondation, puis dans le nouveau parti lui-même, qui ne pourra qu'être pluraliste, c'est-à-dire accepter en son sein des courants, des composantes et des sensibilités différents, condition nécessaire pour réunir des expériences et des générations différentes de
Le MRC a été représenté au congrès par Ersilia Salvato, élue du Sénat, et par son principal porte-parole, Sergio Garavini, ancien dirigeant syndical, qui ont fait deux interventions prônant l'ouverture, en s'expliquant auprès de ceux qui avaient exprimé des réserves sur la confluence et sur sa concrétisation. Salvato a toutefois précisé qu'elle n'aimait pas que le nouveau parti soit défini comme pluraliste, ce qui pourrait laisser supposer une formation divisée en courants ou regrou-
Garavini a lui aussi affirmé que le nouveau parti ne devrait pas être une « addition de fractions du PCI et de diffé rentes formations de la gauche » — c'est pourquoi il est demandé d'y adhérer à titre individuel. Il a aussi rendu hommage à DP, qui « a persévéré dans la défense de
7) Luigi Vinci avait adhéré au PCI au début des années 60, et a participé aux batailles oppositionnelles dans le parti et dans l'organisation de jeunesse. Militant pendant quelques années de la section italienne de la IVe Internationale, il l'a quittée en 1968, et a ensuite participé à la direction de l'organisation d'extrême gauche Avanguardia Operaria
8) Des difficultés ont surgi dans les rapports avec le MRC à l'occasion des élections en Sicile, par exemple : dans certaines provinces de l'île, il a été impossible d'établir des listes communes.
9) En fait, une bonne partie de ceux qui ont voté l'amendement Deiana dans les congrès provinciaux et au congrès national — et a fortiori, l'amendement Maitan sur l'URSS — ne sont pas issus de l'ancienne LCR.
10) Le courant chrétien de DP présente toujours le sandinisme comme exemplaire. Si ce mouvement, qui a mené pendant quinze ans une lutte armée sous des formes multiples et a finalement renversé une dictature pro-impérialiste par une insurrection, peut être caractérisé comme "non-violent", nous acceptons la non-violence... (Note de l'auteur).