Lundi 17 juin 1991, le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) a parvenue à percer un mur ; 130 personnes (des prisonniers de droit commun et des détenus politiques) ont pu ainsi s'échapper. Cette attaque a eu lieu au moment où le gouvernement salvadorien et le FMLN entamaient une nouvelle phase de tournée en Europe, début juin. A cette occasion, Socialisme sans frontières (1) a
Vers un cessez-le-feu ?
attaqué la prison de La Esperanza, située aux alentours de la capitale, San
Salvador. La guérilla, qui a encerclé le bâtiment pendant plusieurs heures, est discussions dans la ville mexicaine de Queretaro. Ces négociations, qui se réalisent sous les auspices des Nations-Unies, se trouvent à un moment décisif.
Plusieurs membres du commandement général du FMLN ont effectué une eu l'occasion de recueillir les propos du commandant Joaquin Villalobos, dirigeant de l'Armée révolutionnaire du peuple (ERP), qui fait partie de la direction du FMLN (2).
Erie TOUSSAINT
« Si la dernière réunion de négociations a impression une d'échec, c'est à tort. La tension énorme qui règne autour de la table de négociations] provient du fait que l'on négocie vraiment. L'armée est très nerveuse car on discute, dans le cadre de l'instauration d un cessez-le-feu, de la répartition territoriale des deux armées » a précisé Joaquin Villalobos. Dans la mesure où les zones sous contrôle du FMLN sont importantes (3), et que certaines d'entre elles sont près de la capitale, San Salvador, l'armée est en train de mener des combats pour tenter de récupérer certaines positions avant la conclusion du
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GUATEMALA
Chalatenango
Santa Ana
Cuscatlan
Ahuachapan
San Salvador
Sonsonate
La Libertad
La Paz
Pazifischer Ozean
= Inprecor n° 334 du 5 au 18 juillet 1991
SALVADOR cessez-le-feu. Joaquin Villalobos explique que si, pour le FMLN, l'objectif reste une démilitarisation complète du pays, celle-ci ne peut être atteinte à court terme. On s'avance donc vers une "paix armée", car les négociations en cours ne peuvent échouer à aucun prix. Seule l'extrême droite pourrait en tirer profit, considère Villalobos.
Le commandant a formulé des considérations d'ordre stratégique. D'après lui, la seule expérience à laquelle la stratégie militaire révolutionnaire salvadorienne puisse être comparée en Amérique latine, est celle de la révolution mexicaine. Les expériences cubaine et nicaraguayenne victorieuses ont été de courte durée (du point de vue du temps écoulé entre le démarrage de la lutte armée et la prise du pouvoir). Plusieurs variantes de la guerre révolutionnaire ont été expérimentées par le FMLN en fonction des changements opérés par l'ennemi : mouvement insurrectionnel de masse armé ; guerre de gué-
E L SALVADOR
HONDURAS
Morazan Cabanas San Vincente
San Miguel
Usulutan rilla ; confrontation avec un grand déploiement de forces armées de part et d'autre, avec des replis et des offensives, etc. Si le commandement général du FMLN s'est transformé en direction plus politique que militaire dans la dernière periode, 1l n'en reste pas moins que le Front dispose d'une véritable armée permanente avec un vrai corps d'officiers et des troupes aguerries. Il est inconcevable de désarmer une telle force sur la base de promesses politiques ; au contraire, la démilitarisation ne pourra être que simultanée. Le Salvador peut donc connaître d'abord une phase de paix armée, qui pourra durer plusieurs années, avant de déboucher sur une autre étape (la démilitarisation ou une autre formule). Les élections de 1994 seront une échéance clé.
La "paix armée "?
L'envoi imminent par les Nations-Unies d'une délégation de 150 observateurs permanents (ONUSAL) chargée de vérifier l'application des accords signés en septembre 1990, à San José de Costa Rica, concernant le respect des droits de l'homme, est jugé positif par le FMLN, car sa présence peut contribuer à diminuer la pression de l'armée sur la population civile. Par ailleurs, de premières réformes constitutionnelles sont acquises : elles touchent notamment à l'organisation des élections et à la Cour suprême de justice - encore largement insuffisantes, elles constituent néanmoins un début de changement.
Le FMLN considère que les généraux doivent être mis à la retraite, le ministre de la Défense nationale remplacé par un civil, les militaires responsables de crimes poursuivis et condamnés et des changements instaurés au niveau de l'instruction militaire — « De jeunes cadres militaires du FMLN pourraient devenir instructeurs à l'Ecole militaire. »
Comme condition du cessez-le-feu, la réforme agraire de 1980 doit être garantie et toutes les transformations sociales (y compris au niveau de la propriété) réalisées dans les zones sous contrôle du FMLN doivent être légalisées. Après le cessez-le-feu, le FMLN continuerait à contrôler militairement ces zones, mais il est disposé à laisser entrer des juges et des représentants de l'administration centrale à condition que les transformations sociales soient légalisées. Autre condition du cessez-le-feu, le FMLN exige que l'ai-
1) Socialisme sans frontières est l'organisation de solidarité internationale du Parti ouvrier socialiste (POS, section belge de la IVe Internationale).
2) Voir Inprecorn° 329 du 26 avril 1991.
3) Il s'agit notamment des régions de Chalatenango, San Vicente et Morazan. Le FMLN a aussi une présence importante dans les régions de Usulatan et Guazapa.
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La Union