économique. La population n'a cependant jamais été consultée et, même avant directement, la privatisation est rarement la panacée universelle décrite. Nous avons déjà évoqué l'augmentation du nombre de conflits sur cette question et la
Cet article, de I. Maliarov, paru dans Trud, le quotidien des syndicats, le 11 juin
1991, décrit de manière imagée ce que la privatisation signifie dans la pratique el
Les charmes de la privatisation
La privatisation est présentée aux Soviétiques comme la seule issue à la crise que les réformes aient été officiellement adoptées, la privatisation rampante avançait tranquillement. Pour les travailleurs qui l'ont expérimentée création du Syndicat des collectifs de travailleurs (1), l'organisation pour l'autogestion qui essaye de coordonner ces luttes.
les intérêts qui sont derrière.
L'entreprise dont il est question, l'une des plus grandes usines de chaussures d'Union soviétique — dont la main-d'œuvre était, jusqu'à présent, très majoritairement féminine — a joué un rôle important dans le mouvement révolutionnaire des deux premières décennies de ce siècle ; elle avait été nationalisée en 1917 à l'initiative des travailleurs.
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L'ASSOCIATION de production de chaussures
Skorokhod de Léningrad a été l'une des premières de la ville à appliquer la prétendue réforme économique. Lors de réunions dans les différents départements de l'usine, les directeurs et des économistes ont dressé un tableau idyllique aux travailleurs sur leurs futures perspectives de travail dans les nouvelles conditions. « En votant pour transformer votre association en firme Interlenprom, vous votez pour un futur radieux » déclaraient les orateurs.
Comme pour justifier l'ancien nom de l'entreprise (2), la direction, avec l'aide des comités du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) et du syndicat, a lancé l'association sur « de nouveaux rails économiques », en un laps de temps très bref ; les départements qui constituaient l'association ont acquis le statut de petites entreprises (3).
Mais quel en a été le résultat ? Constatant l'assouplissement important du cadre restrictif et le fait que les dirigeants des organisations sociales, censés défendre les intérêts des travailleurs, étaient ravis
UNION SOVIETIQUE d'assumer des postes de direction dans les nouvelles structures, l'administration a adopté une politique destinée à "faire des profits" par tous les moyens.
Ainsi, la petite entreprise chargée de la fourniture de matières premières a réorienté son activité pour donner la priorité à des coopératives de service. Après tout, ces dernières sont disposées à payer le cuir bien plus cher. Il en a résulté que la production de chaussures de l'ancienne association a sombré dans le chaos, avec une augmentation des temps morts et une chute vertigineuse des salaires
Dans l'ancien département de coupe du cuir, devenu la petite entreprise Ravokon, la direction — qui comprend maintenant le directeur de la production de l'ancien département ainsi que des militants du PCUS et du syndicat — a décidé de "rationaliser" la production afin d'"'écouler" des réserves inutilisées pour faire du profit. Dès les premiers jours, elle a annoncé que 350 des 550 travailleurs seraient licenciés et les équipements inutilisés vendus.
La petite entreprise Tsentrakon — qui gérait les dortoirs des employés — a pris des mesures tout aussi radicales : elle a commencé par faire passer le prix des loyers de 4 à 180 roubles par mois, alors que le salaire moyen d'un ouvrier est de 250 roubles ! Ses dirigeants ont ensuite décidé d"augmenter la densité" des locataires, afin de libérer un bâtiment situé sur le canal Obvodni pour le transformer en hôtel international, payable en devises.
Voyant que leurs dirigeants syndicaux marchaient main dans la main avec les tenants de la privatisation et ne s'intéressaient absolument pas à leur défense, les travailleurs de la firme qui s'occupe de couper le cuir ont élu leur propre conseil, qui leur a promis de défendre les emplois. Et il l'a fait. Deux travailleuses ont écrit au procureur du district et viennent de recevoir une réponse : « Vos affirmations quant à l'illégalité de la création de la petite entreprise Rovokon ont été vérifiées. Il a été établi que les attendus du paragraphe 4 de la résolution n° 790 du Conseil des ministres de l'Union soviétique du 8 août 1990 ont été violés. En particulier, l'initiative de la création de l'entreprise Rovikon n' émanait pas du collectif de travailleurs de l'ancien département. (...) »
Syndicalistes véreux
Comme on l'a vu, cette initiative émanait de gens déjà assurés d'obtenir des positions confortables au sein du nouvel appareil de direction. Or, fait plus inquiétant encore, on trouve parmi eux de soi-disant dirigeants syndicaux, "défenseurs" des intérêts des travailleurs.
Nous venons de rapporter ici un seul cas. Mais de tels processus ont également lieu aujourd'hui à d'autres endroits. Sous prétexte de "désétatiser" et de privatiser, on assiste au pillage et à la braderie de la propriété publique à une grande échelle. Quant au mot selon lequel « le travailleur doit être le maître de la production », il a été rapidement jeté aux oubliettes.
Les syndicats portent une lourde responsabilité dans ces pratiques honteuses. La défense des travailleurs ne peut se réduire à l'obtention d'allocations de chômage plus élevées. Il est tout aussi important de s'assurer que dans la redistribution de la propriété publique, et dans le processus de "désétatisation", la justice sociale soit respectée. On n'y parviendra que si les dirigeants syndicaux, à tous les échelons, sont privés de la possibilité ridicule de s'engager les premiers aux côtés des anciens patrons des usines. *
Trud, 11 juin 1991 Traduction et présentation de David Seppo
1) Voir Inprecor n° 320, 323, et 324 des 7 décembre 1990, 1er février 1991 et 15 février 1991.
2) "Skorokhod" signifie "marcher vite".
3) Les "petites entreprises" sont des entreprises privées, officialisées par une loi soviétique votée en 1990. Le principal but de cette loi était de mettre la législation en conformité avec la pratique, car de telles entreprises existaient déjà depuis plusieurs années sous le nom volontairement trompeur de "coopératives.