Inprecor 1974–2004

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IRAN

"Normalisation" ?

· Inprecor n° 335, 19 juillet 1991 · p. 28 · 918 mots

Iran

Depuis la mort de l'ayatollah Khomeiny, le régime iranien est le scénario d'une mondiale et stabiliser les institutions régulières de l'Etat, et celles qui ont basé leur

Inprecor a interviewé Mahmood Kafale, marxiste révolutionnaire iranien qui a passé de nombreuses années dans les geôles de la République islamique à cause

"Normalisation"

lutte entre les forces qui veulent "normaliser" la position du pays à l'échelle pouvoir sur les institutions informelles de la révolution islamique. deses activités politiques.

INPRECOR : La lutte pour le pouvoir entre les "radicaux" et les "pragmatiques", associés au président Rafsandjani, qui désire effectuer une owerture vers l'Ouest, fait rage en

Iran...

Mahmood KAFALE : Même si de nombreuses questions de religion et de principes idéologiques s'affrontent, la cause fondamentale de la division est la consolidation des institutions bourgeoises.

Depuis sa création, le régime islamique s'appuie sur des comités, sur les Pasdaran [milices islamiques des gardiens de la révolution] et sur la hiérarchie cléricale, et ce en opposition à la police régulière, à l'armée et à la bureaucratie d'Etat. Aujourd'hui, pour consolider les institutions bourgeoises, une grande purge des hautes-sphères du régime est nécessaire, même au somment du clergé.

Si les réformes garantissant la loi, l'ordre bourgeois, et le respect de la propriété — cela ne vise pas les expropriations d'Etat, mais le vandalisme -échouent, il est sûr que la plupart des capitalistes iraniens, qui vivent actuellement à l'Ouest, n'auront pas suffisamment de garanties pour revenir en Iran.

• En quoi consiste exactement cette

"normalisation" ?

Récemment, Nourbaksh, le directeur de la banque centrale iranienne s'est rendu aux Etats-Unis pour essayer de contacter des capitalistes iraniens et de les persuader de revenir. Mais cela ne se fera pas tant que les choses n'auront pas changé en Iran.

La réforme actuelle est bien plus difficile à mener que la victoire qui avait été remportée sur les bourgeois libéraux, tels Bani Sadr et Bazargan (1). Mais depuis la

IRAN

?

mort de Khomeiny (2), les "pragmatiques" ont gagné plusieurs batailles.

Il y a six mois, s'est tenue l'élection du Conseil suprême des experts islamiques (le Khobregan) ; c'est le véritable centre de pouvoir du pays; il désigne les dirigeants religieux tels Khomeiny ou, actuellement, Khamenei. Il y a six mois, la loi sur l'élection du Khobregan a été modifiée afin de favoriser les partisans de Rafsandjani : auparavant n'imayatollah porte quel pouvait postuler à ce conseil, or cette fois-ci il leur a été demandé de passer un test écrit pour départager les candidatures. Le dirigeant de la fraction radicale, Kerubi

(porte-parole du Parlement), a été exclu du Khobregan de cette manière.

Pendant la guerre du Golfe, Rafsandjani, soutenu par le Conseil national de sévoyagé dans les pays musulmans à la recherche de soutien pour une résolution de paix, mais il a échoué. Il a ensuite déclaré que l'Iran devrait se ranger aux côtés de l'Irak contre les Etats-Unis — cela a été utilisé pour exclure ses partisans des institutions.

Au Parlement, des députés comme

Montashemi ou Khalkhali ont même affirmé que l'Iran devait entrer en guerre aux côtés de Saddam Hussein, ce qui supposait une aide à la fois politique et militaire. A la fin de la guerre, ils se sont retrouvés en position de faiblesse, et sont revenus sur leurs déclarations.

Quoi que fasse le gouvernement, le

Parlement, où domine la fraction radicale, s'y oppose. Deux jours avant l'élection du

Khobregan, l'aile radicale a voulu faire adopter une résolution sur les conditions du choix de cette instance, disant que n'importe qui pouvait s'y présenter. Les partisans de Rafsandjani ont gagné au Parlement : c'était la première victoire de la ligne pragmatique à l'Assemblée depuis la révolution.

Il y a un mois, un ayatollah a déclaré publiquement qu'il existait deux centres de décision dans le pays, le gouvernement et le Parlement et qu'ils ne pouvaient pas travailler ensemble ; il en a conclu qu'il fallait dissoudre le Parlement. Cette questions est posée aujourd'hui, mais Rafsandjani hésite car il n'a pas une base militante comparable à celle des radicaux.

Récemment, des rumeurs ont circulé sur la possible ouverture d'un procès contre un membre très connu de la fraction radicale, l'ayatollah Khalkhali, pour assassinat, et surtout pour l'exécution sans jugement d'Homaida, un ancien Premier ministre du shah. Un tel jugement représenterait bien sûr un coup important pour les radicaux, mais pas décisif —

Khalkhali est très discrédité. Le gouvernement essaye d'intégrer les institutions "révolutionnaires" - les Pasdaran et les tutions d'Etat régulières, l'armée et la popar exemple, ne veut pas des gardiens de la révolution qu'elle juge peu présentables. De plus, le régime n'est pas encore sûr de pouvoir se détacher complètement de sa base dans les comités islamiques, les Pasdaran, etc.

Récemment, le fils de Khomeiny, un défenseur de la ligne dure, a quitté la direction du Hadj (le pèlerinage annuel à la Mecque), sous prétexte que sa mère était malade. En fait, il s'agissait d'une concession aux Saoudiens et également aux puissances occidentales qui sont en Arabie saoudite ; elles ne voulaient pas à la Mecque de quelqu'un qui pouvait animer des manifestations contre la présence occidentale, comme Khomeiny l'avait promis. *

Mai 1990 Propos recueillis par Colin Meade

1) En février 1979, Mehdi Bazargan est devenu Premier ministre du premier gouvernement provisoire de Khomeiny; il a démissionné de ce poste en novembre 1979. Bani Sadr a été président de la République iranienne entre février 1980 et juin 1981 ; limogé par Khomeiny, il est ensuite passé à la clandestinité

2) Voir Inprecorn° 290 du 12 juin 1989.

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