Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Etre révolutionnaire

· Inprecor n° 337, 27 septembre 1991 · p. 24 · 1 000 mots

Nicaragua Amérique centrale

Atre

révolutionnaire...

Humberto Ortega est resté à la tête de l'Armée sandiniste et a quitté la direction nationale du FSLN, depuis l'arrivée de Violeta Chamorro au gouvernement. Lors du premier congrès de cette organisation, on lui avait proposé de reprendre ses responsabilités politiques. Il a refusé et s'en est expliqué dans ce discours, dont nous reproduisons les principaux extraits. DOCUMENT

NoUs SOMMES aujourd'hui dans une situation très différente de celle où nous étions lorsque je suis entré à la direction nationale du Front sandiniste. Nous vivons dans une période relativement complexe de profonds changements, dans laquelle tous les Nicaraguayens, tous les révolutionnaires, tous les citoyens responsables, doivent contribuer avec un sentiment patriotique et nationaliste pour que le Nicaragua entre dans le nouveau millénaire dans une meilleure position que celle qu'il a actuellement.

Réviser les théories

Get les schémas

Nous sommes dans un monde de convulsions où toutes les théories, tous les schémas, tous les modèles qui ont existé au cours de ce siècle sont sujets à une nécessaire remise en cause et ont besoin d'être analysés.

Le monde dans lequel nous vivons nous place dans des situations instructives comme le sommet latino-américain de Guadalajara, où, aux côtés de Fidel Castro, le dirigeant révolutionnaire, il y avait Guilermo Endara, dont tout le monde sait comment il est arrivé à la présidence de Panama. Mais quand, dans son discours, Endara a affirmé que les traités concernant le canal de Panama ne seraient pas renégociés (1), Castro a exprimé son soutien aux paroles du mandataire panaméen. Voilà le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui : Fidel Castro, Endara et d'autres dirigeants latino-américains débattant de la meilleure façon de répondre aux problèmes de nos peuples. (...) Nous révolutionnaires, nous avons été traités de traîtres par d'autres [révolutionnaires, ndlr] qui se battent pour la même chose

Pourtant, il est difficile d'être révolutionnaire quand il n'y a plus les mêmes motivations [qu'avant la chute de Somoza, ndlr] et quand les exigences sont autres ; quand il s'agit de concertation et de réconciliation nationale ; quand il faut s'asseoir à côté de ceux que nous combattions hier ; quand il est nécessaire de trouver des convergences, de rapprocher des critères de classes et de secteurs sociaux qui, selon les manuels marxistes avec lesquels nous nous sommes formés, devaient être écrasés. Nous respections beaucoup ces manuels et ils nous guidaient dans le passé, mais maintenant ils sont soumis à la dynamique réelle de la pratique (...), et nous ne pouvons plus, par conséquent, nous fier mécaniquement ou schématiquement à ces mêmes textes. (...)

Les dirigeants d'Amérique latine, réunis à Mexico, ont dit avec force que l'intégration latino-américaine était vitale pour faire face à l'ordre économique international injuste, et pour placer la région dans une meilleure position face aux nations développées du Nord. Je pense qu'il serait impossible d'y parvenir si avant, dans le cas du Nicaragua, il n'y avait pas d'unité entre les sandinistes, entre toutes les forces responsables, patriotiques, nationalistes, seules capables de donner au Nicaragua la stabilité sur laquelle, dans le futur, n'importe quel programme, n'importe quelle cause pourra se baser.

Sans une intégration, ni une véritable unité nationale entre les Nicaraguayens pour affronter le défi économique, je ne vois pas comment arriver à l'intégration et à l'unité de l'Amérique centrale ou de l'Amérique latine. Tous les Nicaraguayens, tous les révolutionnaires, toutes les forces progressistes, ont le devoir de s'unir dans ce moment historique. (...)

Je me souviens qu'au début de la lutte on parlait de la dictature du prolétariat, dans laquelle une classe — le prolétariat — allait écraser totalement l'autre, la bourgeoisie. La réalité, c'est que maintenant les choses ne peuvent plus se passer comme cela. Ce n'est pas possible, comme le proposent les forces revanchardes, d'écraser les sandinistes, d'écraser les facteurs réels de la démocratie, de détruire l'armée, d'en finir avec la Constitution. Et c'est pour cela que ces forces sont isolées. Il n'est pas non plus possible d'agir sans prendre en compte les forces sociales non sandinistes qui existent dans le pays. (...)

Respect des lois

Je suis convaincu que les difficultés qui peuvent survenir dans la nouvelle situation ne nous conduiront jamais à un affrontement. En tant que chef de l'armée, j'ai dit que jamais nous ne transgresserons les lois ni la Constitution. Le gouvernement actuel doit avoir la pleine certitude que nous n'agirons jamais comme des militaires putschistes, que nous ne fomenterons jamais un coup d'Etat. Mais j'ai aussi dit que les Forces armées ne seraient pas la Garde somoziste, qui expulsait les paysans de leurs terres. Jamais nous n'utiliserons les tanks pour écraser les étudiants qui protestent. Mais nous devons mener une lutte responsable.

Il y en a qui pensent que si ce gouvernement réussit des avancées significatives dans sa lutte contre l'inflation, dans les échanges extérieurs, et dans l'application du plan économique, c'est mauvais pour les sandinistes car, du point de vue électoral, le gouvernement marque des points. Il faut débattre de cela parce que si, c'était le cas, nous serions en grève permanente pour n'importe quoi, comme le préten dent les forces gauchistes, qui profitent des difficultés que traverse notre pays pour avancer des revendications qu'une force ou qu'un syndicat révolutionnaire responsable n'avancerait pas, sachant qu'il est impossible de les obtenir. (...)

L'armée a subi des pressions de la part de militants sandinistes dans les territoires [où agit la recontra, ndlr] pour qu'elle les laisse riposter aux actes provocateurs, de vandalisme et criminels de ces forces illégitimes qui agissent en dehors de la Constitution et des lois. Nous leur avons dit qu'il ne faut pas agir avec précipitation, que tout doit se faire en accord avec la loi ; qu'au Nicaragua il y a une armée pour faire respecter l'ordre qui agira pour défendre non seulement les citoyens sandinistes ainsi agressés, mais tous les citoyens nicaraguayens. (...) *

Barricada Managua, le 21 juillet 1991.

1) Selon les accords signés entre Carter et Torrijos, en 1979, le canal de Panama doit revenir sous souveraineté panaméricaine, en 1999.

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