Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Le défi du FSLN

· Inprecor n° 337, 27 septembre 1991 · p. 22-23 · 1 170 mots

Nicaragua

Nous reproduisons les principaux

extraits de la conclusion du rapport politique présenté par Daniel Ortega, au nom de la direction nationale du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), lors de l'ouverture du premier congrès. Après avoir rappelé les apports du FSLN à l'histoire du Nicaragua, de l'insurrection à la révolution sandiniste, Daniel Ortega analyse la situation du FSLN dans la conjoncture nicaraguayenne et internationale. DOCUMENT

POUR FAIRE une évaluation du sandinisme, il faut partir de ce qu'était son programme mais aussi de ce qu'était la société que nous avons trouvée [en arrivant au pouvoir, ndlr]; de nos propositions en tant que révolutionnaires et de ce que la réalité nous a permis de faire, entre l'idéal et le possible, entre la volonté de la révolution, nos propres limitations, et celles que nous a imposées l'Empire du Nord.

Il faut aussi reconnaître que l'unité qui a existé au sein de la direction nationale (DN) et dans les rangs du FSLN, a été un facteur déterminant pour rassembler le peuple en défense du projet révolutionnaire.

Le Front sandiniste continue de grandir en qualité, en nombre de membres, et en combativité ; il applique de nouvelles formes de lutte aux nouvelles circonstances. C'est une expérience très riche pour un mouvement révolutionnaire qui, bien qu'il ait perdu les élections, se développe et maintient son unité idéologique et politique.

L'unité politique est le fruit de la lutte de défense des droits, des propriétés et de la dignité conquises par la révolution, que mène le peuple travailleur - dont de nombreuses personnes qui ont voté pour Inprecor n° 337 du 27 septembre au 10 octobre 1991 =

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l'Union nationale d'opposition (UNO) et d'autres qui se sont engagées, directement indirectement contre la contre-révolution.

Dans la lutte pour la propriété du peuple et contre les efforts des secteurs droitiers, pro-impérialistes et revanchards qui essayent de revenir sur les acquis révolutionnaires, un nouveau Front de lutte populaire (FLP) s'est constitué, pour obliger [le gouvernement, ndlr] à respecter la Constitution, les lois et le protocole de transition [accord de passation de pouvoir, ndlr].

Les secteurs organisés dans le Front de lutte populaire et les travailleurs du Front national des travailleurs (FNT) défendent fermement les conquêtes économiques, sociales et politiques que le FSLN a léguées à la nation.

A la tête des luttes

Le Front sandiniste est à la tête de la lutte des paysans pour la terre, des coopératives, des démobilisés de la Résistance nicaraguayenne [RN, la Contra, ndlr], des camarades de l'Armée populaire sandiniste (EPS) et du ministère de l'Intérieur mis à la retraite, ainsi que des travailleurs et des techniciens du secteur agricole.

Il faut poursuivre quotidiennement cette lutte pour que les accords [signés avec le gouvernement, ndlr] soient respectés, ainsi que les conquêtes révolutionnaires, et pour atteindre la stabilité nationale dans le cadre de l'ordre constitutionnel.

Nous nous battons pour un nouveau régime, de stabilité et de démocratie non pas formelle, mais participative.

Le FSLN continuera de lutter pour la construction d'un nouveau modèle économique et social sans exploitation, ni soumission aux ordres de l'étranger, qui dicte des politiques néolibérales pour enrichir encore plus ceux qui sont déjà riches, en appauvrissant encore plus les secteurs populaires et les travailleurs.

Le FSLN défend l'effort de concertation et de réconciliation, dans le cadre de la justice sociale, de la démocratie et du respect de la nouvelle culture politique nicaraguayenne, dont le sandinisme est une composante essentielle.

Il nous faut déterminer clairement les axes de lutte du FSLN dans la période actuelle : la défense de la Constitution ; la défense du protocole de transition et des accords que les travailleurs pourront obtenir sur les problèmes de la propriété. Il faut exiger de toutes les forces hostiles et du gouvernement des Etats-Unis qu'ils respectent le sandinisme et la nouvelle réalité politique et sociale qui se construit au Nicaragua depuis le 19 juillet 1979. = Inprecor n° 337 du 27 septembre au 10 octobre 1991

Le FSLN a besoin d'une unité idéologique solide et d'une plus grande cohésion politique, face à un ennemi dont les objectifs de destruction du processus démocratique sont clairs, lorsqu'il lance des campagnes contre le FSLN. L'ennemi est uni et il essaye d'arracher les conquêtes du peuple. Nous, nous devons être de plus en plus unis pour pouvoir gagner cette ba-

Le FSLN doit développer de nouvelles et meilleures méthodes de communication avec sa base, pour renforcer véritablement la démocratie interne : c'est la garantie de la cohésion critique, de la croissance critique et de l'unité politique, qui renforcera la conscience critique du peuple et qui nous permettra de rassembler de plus en plus de forces, venant de différents secteurs et couches sociales du Nicaragua pour défendre, consolider et développer les acquis de la révolution.

Unité des peuples du Nord et du Sud

De grands changements se sont produits dans le monde durant ces dernières années. L'écroulement du camp socialiste et la crise profonde qui traverse l'Union soviétique ont provoqué une offensive idéologique de la part de ceux qui décrètent la mort du socialisme, la mort des luttes populaires et des révolutions.

Les politiques néolibérales tendent à se répandre en provoquant le génocide économique et social des pauvres de la

Le Nord développé continue d'opprimer les peuples du Sud, qui sont de plus en plus appauvris. La démocratie est niée au nom d'un ordre économique et juridique international injuste. Les peuples latino-américains doivent s'intégrer. Les peuples du tiers monde doivent s'unir.

REVOLY CION

Les peuples du Nord et du Sud doivent former un grand front de lutte international pour défendre le droit à la démocratie, la justice, la liberté, la souveraineté, l'autodétermination, l'indépendance et la paix.

Tous ensemble, nous devons nous battre pour un nouvel ordre économique et juridique international, qui soit réellement démocratique ; il faut défendre l'environnement, car c'est une ressource vitale pour l'espèce humaine.

Les peuples du tiers monde ne peuvent ni concevoir ni comprendre le capitalisme comme une panacée : nous le rejetons, nous en sommes victimes et nous le combattons. Les sandinistes ont pris l'engagement historique de défendre les opprimés du Nicaragua; c'est un espoir pour les opprimés de toute la terre.

La validité du processus révolutionnaire au Nicaragua a été déterminée par la volonté de lutte du peuple et par l'unité, la combativité, l'audace et la créativité du Front sandiniste de libération nationale, ainsi que par le soutien solidaire des peuples du monde.

Nous avons ouvert une brèche dans notre histoire, une brèche vers une société plus juste, la brèche démocratique, la brèche vers le socialisme, qui doit être capable de sauvegarder les valeurs de l'espèce humaine, et garantir la paix et la justice, le respect des droits de l'homme, la liberté et la démocratie. Voilà le défi que nous devons relever ; tel est aussi notre engagement vis-à-vis de ceux qui ont tout donné pour que le Nicaragua soit libre. *

Managua, 19 juillet 1991 Direction nationale du FSLN T. Borge, D. Ortega, H. Ruiz, B. Arce, V. Tirado, H. Ortega, J. Wheelock et L. Carrion.

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