Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Renouvellement du Front sandiniste

· Inprecor n° 337, 27 septembre 1991 · p. 20-22 · 2 708 mots

Nicaragua El Salvador Brésil Économie mondiale

Le congrès du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), qui s'est tenu du participé plus de 47 000 militants et affiliés qui représentent 43 % du nombre total des membres revendiqués par le FSLN. Selon le rapport officiel fait au compare aux 600 000 affiliés du Parti des travailleurs (PT) du Brésil, qui est le principal parti anticapitaliste d'Amérique latine — le Brésil compte 132 millions

400 000 personnes). A l'occasion de cette journée d'action, le centre de San Salvador a été le théâtre d'un rassemblement où les syndicats exposaient les raisons de leur lutte, aux côtés des organisations de défense des droits de l'homme.

Ces deux initiatives font partie d'un programme de lutte plus global de l'UNTS, qui vise à sensibiliser la population aux problèmes que posent les privatisations : licenciements massifs dans un premier temps, puis renchérissement du prix de services qui normalement devraient être assurés par l'Etat — voire vente de certains secteurs à l'impérialisme nord-américain.

L'UNTS mène aussi campagne pour la défense du pouvoir d'achat des salariés. Comme ARENA a impulsé la libéralisation des prix et supprimé le protectionnisme mis en place par la DC (qui était déjà plus que formel), les consommateurs se retrouvent à la merci des industriels et des spéculateurs agricoles. Depuis deux ans, les prix du lait, de l'huile, des céréales, et des haricots ont doublé. Or les technocrates du gouvernement assurent que l'inflation n'a été que de 23% en 1990 malgré l'augmentation du prix des dérivés du pétrole due à la guerre du Golle (10), en se basant sur un indice des prix truqué, ce qui leur permet d'affirmer qu'une augmentation des salaires n'est pas nécessaire.

La FMLN sait qu'une issue miltaire au conflit qui lui serait favorable est une hypothèse plus qu'improbable. A la lassitude de la population et même de ses propres combattants, est venu s'ajouter un contexte régional et international hostile aux révolutionnaires salvadoriens, et qui a provoqué de nombreux débats en leur sein (11).

Dans ce contexte, le choix fait par le FMLN d'encourager le développement du mouvement populaire et syndical, est essentiel. L'issue des négociations avec le gouvernement dépend tout autant du rapport de forces dans le domaine social et politique que dans le domaine militaire. Dans l'éventualité d'un cessez-le-feu, le rôle du mouvement de masse sera encore plus déterminant. *

Août 1991 10) A l'occasion de cette guerre, l'armée salvadorienne, trop occupée à se battre chez elle, n'a pas envoyé d'hommes dans le Golfe, contrairement à son homologue hondurienne. Mais le gouvernement Cristiani a généreusement offert à l'armée des Etats-Unis l'équivalent de 5 millions de dollars de son meilleur café pour redonner du tonus aux G/basés en Arabie saoudite. 11) Voir Inprecor n° 329 et 334 des 26 avril et 5 juillet 1991.

Renouvellement

19 au 21 juillet, a été préparé par 1 374 assemblées locales auxquelles ont congrès, le FSLN compterait 110 000 membres — pour une population d'environ 3,5 millions d'habitants. C'est un chiffre impressionnant si on le d'habitants. Ce congrès a constitué avant tout un exercice de démocratie à grande échelle.

Erie TOUSSAINT

APRES la défaite électorale, il semble y avoir eu une vague d'adhésions au FSLN dues, en partie, à l'assouplissement des conditions d'intégration, dans un contexte social et politique où il vaut mieux avoir une carte de l'Union nationale d'opposition (UNO) pour protéger son emploi dans l'administration, pour obtenir un prêt ou une licence de commerce. En perdant le gouvernement, le FSLN a été contraint de faire une forte cure d'amaigrisse-

— le nombre de ses permanents est

Malgré toutes ces difficultés, la "cure d'opposition", qui a provoqué la fin de la fusion entre le Front et l'appareil d'Etat, a plutôt été bénéfique pour les sandinistes :

revitalisation des structures aux différents niveaux ; plus grande liberté d'action des organisations sandinistes de masse, etc.

En revanche, à la lumière des statistiques sur la composition du con-grès, il apparaît que le Front manque de "sang jeune" (à peine 6 % des délégués avaient moins de

26 ans, alors que la majorité de la population nicaraguayenne a moins de 18 ans) ;

la présence des femmes était largement insuffisante (17,5 % des délégués) et les ouvriers agricoles et industriels étaient sous-représentés (3,5%).

Le congrès, auquel ont participé plus de 500 délégués, a été le théâtre de discussions vivantes, mais qui s'apparentaient plus à un exercice pédagogique de la direction à l'égard de la base qu'à un véritable débat de congrès. Il y a eu des centaines d'interventions, mais elles ne portaient qu'indirectement sur les défis auxquels le FSLN et les masses sont confrontés. Cela tranchait avec le débat préparatoire qui s'était déroulé, lui, dans de termes quelquefois violents, notamment dans la presse sandiniste ou d'autres médias (1).

L'unité avant tout

Au cours de ces discussions, les "modérés" avaient défendu la thèse de la pause sociale, de l'entente avec les secteurs les plus modérés du gouvernement, du soutien à ses mesures économiques (austérité, privatisations, etc.); et ils s'en étaient pris aux grèves intempestives menées par les syndicats sandinistes et prétendaient ainsi préparer une victoire électorale sandiniste en 1996. Les concessions qu'ils préconisaient devaient permettre le maintien du contrôle sandiniste sur l'armée qui garantirait le retour légal du FSLN au gouvernement, dans cinq ans (2). Parmi ces "modérés", on trouve entre autres, Sergio Ramirez, chef du groupe sandiniste à l'Assemblée nationale; le commandant Victor Tirado Lopez, membre de la direction nationale (DN); Edmundo Jarquin, vice-président du groupe parlementaire sandiniste; Herty Lewites, ancien ministre du Tourisme ; Alejandro Martinez Cuenca, ancien responsable de la politique économique, etc. Les oppo-

1) Voir Inprecorn° 329 du 26 avril 1991.

2) Voir Inprecor n° 326 et 328 des 15 mars 1991 et 12 avril 1991.

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sants à cette ligne dite du "co-gouvernement" prônaient la nécessité de défendre pied-à-pied le niveau de vie de la population, l'emploi et les acquis de la révolution. Ils considéraient, en outre, qu'il y existait un danger de transformation du FSLN en parti électoraliste.

Ce débat n'a pas rebondi au cœur du congrès, mais il a été réintroduit par la bande à la fin, par le général Humberto Ortega (voir document, p. 24). En fait, les principaux protagonistes du débat qui a précédé le congrès se sont tus durant son déroulement.

Virage à gauche ?

Comment s'expliquer cela? Entre avril et juillet 1991, on a assisté à une nette radicalisation des discours de Daniel Ortega (3), en réplique aux attaques incessantes de la bourgeoisie qui accélérait le processus de démantèlement de l'Etat révolutionnaire. Le FSLN est ensuite passé à l'action : il a constitué le Front de lutte populaire (FLP), dans lequel le mouvement communal de défense de la réforme urbaine a joué un rôle important, aux côtés des syndicats du Front national des travailleurs (FNT) et de l'Union nationale des agriculteurs éleveurs (UNAG). Néanmoins, la mobilisation ne suffisant pas pour freiner la volonté du groupe parlementaire de l'UNO de s'en prendre aux décrets sur la propriété des logements, les députés du FSLN se sont retirés de l'Assemblée nationale, à la mi-juin. Ce retrait pour une durée indéfinie a ressoudé les rangs sandinistes. Cela a permis au congrès du FSLN de réaffirmer son unité, ce qui constitue un élément de force.

Mais, dans la mesure où les délégués au congrès n'ont pas débattu et défini une orientation claire et cohérente pour faire face aux attaques de la bourgeoisie et tenter de reconstituer un bloc révolutionnaire hégémonique, les contradictions qui ont traversé le Front dans la période récente vont rebondir. D'autant plus que le retrait du groupe parlementaire sandiniste de l'Assemblée nationale ne met pas fin pour autant à la politique de concertation avec la coalition contre-révolutionnaire au pouvoir. En effet, la direction du FSLN maintient une alliance conflictuelle avec la tête du gouvernement, Violeta Chamorro et son conseiller Antonio Lacayo. Ces der= Inprecor n° 337 du 27 septembre au 10 octobre 1991 niers voyaient d'un mauvais œil l'attitude agressive du groupe parlementaire UNO au sein duquel s'est constitué une alliance majoritaire entre Alfredo César, président de l'UNO à l'Assemblée nationale, et les partisans de Virgilio Godoy, vice-président de la République.

Le fait que le groupe parlementaire sandiniste se soit retiré de l'Assemblée diminue la légitimité de celle-ci et renforce l'exécutif, partisan d'un démantèlement plus progressif des acquis de la révolution. De son côté, la direction du FSLN en s'alliant à l'exécutif, tente par des concessions d'empêcher la réalisation de l'unité de l'UNO et d'en atténuer ainsi les attaques. Le duo Chamorro-Lacayo cherche de son côté à amadouer le FSLN, tout en maintenant le cap sur l'aboutissement de la contre-révolution. On assiste donc actuellement à une guerre de positions plutôt qu'à une guerre de mouvements. POR-LA UNIDAD, LA-PAZ Y LAS

CONQUISTAS POPULARES « Pour la paix et les acquis sociaux », le ler Congrès du FSLN (photo H. Roux). Néanmoins, les éléments d'instabilité sont tels que la situation peut se modifier à tout moment.

Une forte autocritique

En introduction au congrès, la direction nationale du FSLN a présenté un bilan écrit de la lutte révolutionnaire au Nicaragua en général, des douze dernières années en particulier. Ce document vaut la peine d'être étudié en profondeur, il constitue un véritable apport à la compréhension de la stratégie du Front, et ce malgré des lacunes évidentes. A juste titre, le bilan mentionne que : « Avec ce rapport on disposera d'un instrument pour mieux comprendre et évaluer l'effort du FSLN et son action dans la lutte pour ouvrir un nouvel horizon au peuple du Nicaragua. »

Le texte réaffirme que, dès l'origine, la révolution avait une orientation socialiste et que la direction du FSLN était marxiste-léniniste. Il contient une explication pertinente du reflux de la révolution : « La politique d'agression contre le Nicaragua, pratiquée par les gouvernements qui se sont succédés aux EtatsUnis, a constitué le facteur principal de l'érosion et de l'affaiblissement de notre projet révolutionnaire.

» A partir de 1981, le modèle sandiniste s'est vu progressivement affecté par la guerre d'agression, qui a entraîné une militarisation de l'économie et de la société. Le FSLN est tombé dans des pratiques étrangères à l'engagement démocratique du sandinisme, accentuant le caractère verticaliste du Front. D'autre part, la profonde crise économique et sociale dans laquelle sont entrés les pays socialistes a diminué la capacité du sandinisme à faire face aux divers effets de la guerre.»

Le document insiste avec force sur la justesse de l'autocritique à laquelle a procédé l'Assemblée sandiniste réunie à El Crucero en juin 1990, sous la pression d'importantes luttes sociales : « Indépendamment du fait que certains de nos problèmes internes ont des racines objectives, nous devons nous soumettre à la critique; c'est la condition nécessaire pour éliminer ces problèmes et, en plus, parce que, dans beaucoup de cas, ils ont été renforcés par des attitudes et des styles personnels ou collectifs.

» La direction nationale assume la responsabilité principale de ne pas avoir corrigé de manière adéquate ces pratiques et, dans certains cas, de les avoir renforcées.»

La direction mentionne l'autoritarisme, le manque de sensibilité envers les positions et les inquiétudes de la base, l'étouffement de la critique, le sectarisme dans les organisations de masse, l'excessive professionnalisation des structures du parti, la priorité donnée aux responsables administratifs, etc. La partie consacrée aux erreurs des sandinistes à l'égard de la paysannerie est particulièrement intéressante. Elle permet au FSLN de commencer à comprendre pourquoi une partie de la paysannerie est passée du côté de la Contra, notamment parmi les paysans pauvres et les petits propriétaires.

3) Voir Inprecorn° 332 du 7 juin 1991.

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En ce qui concerne la politique suivie depuis la défaite électorale, l'insistance sur la nécessité du dialogue et de l'action avec la base paysanne de la Contra est un facteur positif.

Les faiblesses principales du texte résident notamment dans le non-dit. Il n'y a aucune référence à l'armement généralisé des civils comme moyen utilisé par la révolution pour se défendre et consolider ses acquis. Et pour cause ; tant dans sa pratique que dans son nouveau programme, le FSLN agit et se prononce pour le désarmement total de sa population. Cela constitue l'abandon d'un acquis révolutionnaire vital. Rien n'est dit non plus sur le bilan des Comités de défense sandiniste (CDS) qui, s'ils ont finalement disparu, ont joué un rôle essentiel dans la mobilisation populaire au début de la révolution. Il n'y a rien non plus sur l'absence politique de contrôle ouvrier dans les usines, les entreprises de services et les exploitations agricoles.

Faiblesses du bilan

En fait, le bilan du Front comme son nouveau programme limitent l'horizon démocratique aux institutions démocratiques bourgeoises qui, si elles constituent un progrès formidable par rapport à un siècle de dictature oligarchique, représentent aussi une limite terrible à la démocratie participative politique et sociale. Une des erreurs du FSLN, ces dernières années, a été de refuser de pousser plus loin la démocratie. Par ailleurs, le bilan du FSLN ne contient à tort aucune critique des mesures d'ajustement monétaire et économique de type Fonds monétaire international (FMI), pratiquées par le gouvernement sandiniste, surtout à partir de juin 1988, et aggravées par le gouvernement de l'UNO. Cela permet à nombre de dirigeants sandinistes de soutenir la politique économique de Lacayo et de se féliciter de ses succès en terme de stabilisation de l'inflation, au prix d'une aggravation de la récession économique.

Un des sujets les plus débattus durant le congrès concernait la direction. La direction nationale sortante a réussi à convaincre les délégués de procéder à l'élection de la nouvelle DN en bloc. L'ancienne équipe a donc été réélue sans véritable changement car les deux nouveaux venus, René Nuñez et Sergio Ramirez, y fonctionnaient déjà, le premier comme secrétaire de la direction nationale et le second comme président du groupe parlementaire. La DN voulait ainsi réaffirmer son unité et éviter la non-réélection de certains de ses membres particulièrement critiqués à la

Après les votes, Daniel Ortega, devenu secrétaire général du FSLN, s'est néanmoins engagé à ce qu'au prochain congrès, les membres de la nouvelle DN soient élus individuellement et à bulletins secrets. Le maintien de comportements apparu concrètement quand, lors d'une interruption du congrès, Daniel Ortega s'est adressé à la foule réunie Place de révolution pour commémorer le XIle anniversaire du 19 juillet 1979 en lui proposant de ratifier la composition de la nouvelle direction alors que le congrès n'avait pas encore commencé à voter !

En revanche, nouveau signe de la vitalité du FSLN, celui-ci a attribué de véritables pouvoirs à l'assemblée sandiniste (ancienne assemblée de cadres historiques cooptés), comparables à ceux d'un comité central. Sa composition est particulièrement intéressante car elle a été fortement renouvelée (à 64 %), les dirigeants des organisations populaires passant en tête du scrutin — plusieurs dirigeants sandinistes modérés ou proches conseillers des commandants n'ont pas été réélus. Parmi les 73 membres de l'assemblée sandiniste, on trouve seulement 18 % de femmes et 6,12 % de jeunes ; 62 % de dirigeants départementaux et 38 % de dirigeanst nationaux ; 8 % de dirigeants syndicaux et 9% de dirigeants paysans; 38 % de dirigeants de mouvement populaire et 18 % de députés (4).

Renforcer la solidarité :

La fibre internationaliste des sandinistes s'est exprimée avec enthousiasme à différents moments du congrès, en particulier à l'occasion des prises de parole de Osmani Cienfuegos, membre du bureau politique du Parti communiste cubain, de Lula, président, du PT brésilien et de Joaquin Villalobos, membre du commandement général du FMLN salvadorien (5).

Le congrès a décidé la convocation d'un rassemblement de la solidarité internationale à Managua, en octobre 1991, pour renforcer la solidarité.

11 septembre 1991

4) Barricada du 24 juillet 1991

5) Des partis socialistes représentés, on peut noter les partis socialistes français, espagnol - qui a finalement quitté le congrès pour protester contre la présence de la délégation d'Herri Batasuna - suédois, et allemand. Outre, le PC cubain, et plusieurs PC latino-américains ou européens, il y avait les Soviétiques, les Chinois, les Vietnamiens et les Coréens du Nord. La gauche révolutionnaire d'Amérique latine était présente (Tupamaros, FMLN, URNG, etc.). La LCR française, le PRT méxicain et le POS belge étaient aussi présents à ce congrès, ainsi que la LKI-MKE. A noter également la présence du PRI mexicain, et de l'ancien président du Guatemala, Vinicio Cerezo.

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