Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UNION SOVIETIQUE

« Il n'y a pas de conspiration »

Inprecor n° 338, 11 octobre 1991 · p. 13 · 838 mots

URSS et Russie

Une minorité de la Plate-Forme marxiste au sein du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) a soutenu l'Initiative pour un Parti du travail. Dans cette interview, parue dans la Pravda, le 20 septembre 1991, Alexandre Bouzgaline, un des fondateurs de la Plate-Forme marxiste (1), évoque les perspectives de ce courant. DOCUMENT LE DOCTEUR Bouzgaline a déclaré : « Nous ne sommes pas des conspirateurs. Le 9 septembre, l'agence de presse soviétique Tass a distribué un rapport sur une réunion illégale de communistes. La Pravda, à en juger par la note dans son numéro du 11 septembre, a consciemment évité de diffuser ce rapport mensonger. »

PRAVDA : Que s'est-il vraiment pas-

sé ?

Alexandre BOUZGALINE : En fait, c'était une réunion du comité de coordination de la Plate-Forme marxiste. La majorité d'entre nous pensait qu'un nouveau parti des communistes était nécessaire. Ce courant avait à son tour deux tendances en son sein : une partie, selon moi, est influencée par les partisans de l'Union de l'Initiative communiste de A. Prigarine. Le leader des autres est A. Krioutchkov. Ils mettent l'accent sur la démocratie et pas uniquement sur les choix socialistes et sur les perspectives communistes.

Une minorité (dont moi-même) soutenait l'initiative des dirigeants du Parti socialiste, des anarcho-syndicalistes et des syndicalistes de Moscou pour la formation d'un Parti du travail. Cette organisation a pour objectif la défense des intérêts des salariés, et le développement de l'autogestion des producteurs et des collectivités territoriales.

• Comment voyez-vous la situation générale du mouvement communiste aujourd'hui, après la suspension des = Inprecor n° 338 du 11 au 24 octobre 1991 activités du PCUS ? Les réunions du comité central et des comités régionaux et municipaux sont supprimées.

L'appareil s'est désintégré et le PCUS n'apparaît plus nulle part. Devrions- nous accepter l'interdiction et rester silencieux ? Partir ? L'éventualité disparaître du champ politique vous attire-t-elle ?

Le PCUS n'est plus un vrai parti depuis 60 ans. Ce n'était rien de plus ou de moins que l'un des plus importants soutiens du système bureaucratique. Les communistes "ordinaires" étaient plus proches des citoyens ordinaires que de la nomenklatura du Parti et de l'Etat. En réalité, le PCUS n'était pas idéologiquement monolithique ; l'on y trouvait de tout, de Nina Andreeva [néo-stalinienne convaincue, ndlr] à Boris Eltsine. Lors de la crise, tant les néo-staliniens que les démocrates libéraux l'ont quitté.

L'effondrement de l'appareil a paraly sé le PCUS. Aujourd'hui, la paralysie s'estompe petit à petit. Les doigts et les orteils du PCUS recommencent à bouger et, dans l'esprit du temps, demandent un droit d'indépendance absolue et la possibilité de suivre leur propre voie.

Tout d'abord, est apparu le Parti démocratique des communistes de Russie (DPKR), présidé par le vice-président de Russie. Selon ses organisateurs, ce parti ne veut pas être communiste, ni même social-démocrate, et se transformera en une organisation libérale démocratique traditionnelle, qui peut devenir un pôle d'attraction pour des carriéristes.

On trouve ensuite une tendance diamétralement opposée, les conservateurs (l'Initiative communiste), qui, en fait, veulent recréer les anciennes structures centralisées sans aucune modification, tout comme les néo-staliniens de Unité (Yedinstvo).

Puis, on trouve l'initiative des diride la Plate-Forme marxiste. Et enfin, les partisans de la création d'un Parti du travail.

• Pourquoi avez-vous décidé de soutenir l'option du Parti du travail plutôt que l'organisation d'un nouveau parti qui apparaîtrait comme le successeur du PCUS ?

Certains membres du comité de coordination de la Plate-Forme marxiste soutiennent l'initiative pour la création d'un nouveau Parti communiste —l'Union des communistes —, qui cherche à reprendre les meilleures traditions du PCUS. Contrairement à ces camarades, je pense que le PCUS a été définitivement discrédité par la politique bureaucratique de ses dirigeants et le conformisme de la majorité des membres de sa base. On ne pourra former une opposition de gauche qu'à travers la création d'un autre parti.

Cependant, nous sommes d'accord avec eux, dans la mesure où nous refusons de rompre avec les traditions de jastice sociale, de démocratie, d'humanisme et d'amitié entre les nations apparues au sein du mouvement socialiste russe durant ce siècle d'existence. Ces traditions doivent être perpétuées et l'on doit leur redonner une nouvelle vigueur dans la situation historique actuelle.

Le problème de la création d'une gauche, c'est-à-dire d'une opposition socialiste démocratique, ne peut être résolu ni en faisant revivre le PCUS, ni en créant un nouveau Parti communiste. Or, sans une opposition de cette sorte, même une démocratie très avancée dégénérera en dictature ou en une autre formule autoritaire. La vague montante de populisme et les tentatives pour lancer une chasse aux sorcières montrent qu'il existe bien une réelle menace de dictature à la Pinochet, basée sur la propriété privée et le marché. Seule une vraie démocratie représente une garantie contre cette menace.

• Que répondez-vous aux accusations d'illégalité ?

Nous sommes tout à fait ouverts à tous nos partisans et à nos critiques. Notre but est le dialogue et non la conspiration.

Pravda Moscou, 20 septembre 1991

1) Voir Inprecorn° 322 du 18 janvier 1991.

Une erreur sur cette page ?