Inprecor 1974–2004

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YOUGOSLAVIE

Rien n'est réglé

· Inprecor n° 338, 11 octobre 1991 · p. 14 · 317 mots

Catherine Verla était le pseudonyme de Catherine Samary, économiste, spécialiste de l'autogestion yougoslave.

Europe de l'Est

Le deuxième cessez-le-feu qui vient d'être laborieusement signé a peu de chances d'être davantage respecté que les autres. D'abord, parce que les signataires ne contrôlent pas réellement les protagonistes directs sur le terrain, qu'il s'agisse des groupes de villageois ou des formations para-militaires serbes, croates, voire les commandements locaux de l'armée. Mais surtout parce que l'accord ne règle rien.

Le cessez-le-feu sera fragile tant que domine la logique grand-serbe ; tant que les droits des différentes na tions et nationalités ne sont pas simultanément protégés et tant que ne sera pas réglée la question des frontières de la Croatie, désormais indépendante. Celle-ci a perdu le contrôle d'un tiers de son territoire et risque de se retrouver littéralement coupée en trois Deuxièmement, la dissymétrie d'armement entre forces croates et serbes pousse le côté croate à poursuivre des offensives en direction des casernes situées sur son territoire, d'autant que la logique grand-serbe est loin d'être battue.

La question du partage des biens de l'armée "yougoslave" demeure entière et hautement conflictuelle : les Serbes jouent sur le thème d'une Yougoslavie maintenue pour affirmer qu'il revient à celle-ci de conserver tous les moyens de l'armée fédérale ; ceux qui ont fait le choix de quitter la fédération, doivent en payer le prix, c'est-à-dire en perdre les avantages, disent-ils -et, ce faisant, le droit à une séparation avec partage des biens acquis en commun. D'où l'enjeu qui s'affiche derrière la fiction d'une présidence "yougoslave", à laquelle ne participe en fait que la Serbie (et les représentants de ces provinces mises au pas) et son allié monténégrin : garder la plus grosse part du gâteau.

Lancienne fédération est morte, demeurent les représentants d'une armée qui épouse la cause grand-serbe; les représentants de républiques qui doivent toutes être reconnues comme indépendantes ou souveraines sans admettre les changements de frontières imposés avec le soutien de l'armée. *

Catherine Verla 10 octobre 1991

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