Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UNION SOVIETIQUE

Le Parti du travail

· Inprecor n° 338, 11 octobre 1991 · p. 10-11, 11 · 1 046 mots

Syndicalisme URSS et Russie

Fin août 1991, une déclaration appelant à la formation d'un Parti du travail connus — tels le dirigeant du Parti socialiste, Boris Kagarlitsky, et Andreï Isaev du courant anarcho-syndicaliste —, et par des dirigeants de la Fédération des syndicats de Moscou (MFF), dont son président Nikolai Contehar, qui dirige aussi le Soviet de Moscou. C'est la première fois que les dirigeants d'une organisation

Moscou, où vivent 16 millions de personnes) soutiennent une initiative visant à créer une force politique indépendante, qui ne soit subordonnée ni à l'appareil du

Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) ni aux courants pro-capitalistes.

Le Parti du travail

russe a été lancée à Moscou (1). Ce document a été signé par des militants ouvrière de masse (le MFF organise 90 % des travailleurs de la province de Poul-Funder LARSEN

L'ABSENCE d'organisations indépendantes de la classe ouvrière représente à l'évidence un problème clé, alors que les attaques contre le niveau de vie et les droits démocratiques des travailleurs se multiplient. L'initiative pour un Parti du travail peut être un premier pas, même si la reconstruction d'une alternative nécessite du temps, à cause de la prédominance politique des libéraux et le manque de traditions militantes récentes dans de larges secteurs de la classe ouvrière soviétique.

La désintégration des structures bureaucratiques du PCUS a donné naissance à une curicuse situation : il n'existe plus, ni en Russie ni dans la plupart des autres républiques, de partis politiques d'une taille significative. Les libéraux de différentes obédiences ont une assise importante dans Russie démocratique et dans le Mouvement pour la réforme démocratique, mais la première est fondamentalement un conglomérat hétérogène de différentes forces pro-capitalistes, et le second n'est encore qu'une coquille vide dirigée par une série de dirigeants connus. De nombreux partis d'orientation bourgeoise ont été créés, mais leurs sympathisants sont rares et éparpillés — le plus grand d'entre eux, le Parti démocratique, comple au plus quelques dizaines de milliers de partisans.

Cependant, la situation des forces socialistes laisse aussi beaucoup à désirer. Aucune des organisations de gauche n'a fait de percée significative; le Parti socialiste, le Parti marxiste des travailleurs, le Parti vert et la Confédération des anarcho-syndicalistes (KAS) restent de petites organisations, qui ont parfois une influence dans certains secteurs et régions, mais qui ne constituent pas une alternative aux libéraux. Les forces socialistes au sein du PCUS n'ont pas réussi non plus à gagner un soutien de masse. Après le coup de force, la plupart d'entre elles ont décidé de le quitter (2), alors que différents courants conservateurs et certaines forces centristes, par exemple le groupe autour de Roy Medvedev, tentent de "refonder" le Parti.

Dans ce contexte, l'initiative du Parti du travail peut représenter une réelle perspective. Durant les deux dernières années, il y a eu d'autres tentatives — moins ambitieuses — pour rassembler les forces de gauche : lors de la conférence de fondation de la Confédération du travail dans le Kousbass, en mai 1990, puis en septembre 1990 autour de la lettre pour un "auto-gouvernement populaire", signée par les dirigeants de plusieurs groupes de gauche (3). Cependant aucune de ces initiatives n'a donné lieu à de réelles activités concrètes.

Un pas en avant

L'aspect nouveau et prometteur de l'Initiative pour un Parti du travail, et en même temps sa grande inconnue, réside dans la participation de dirigeants reconnus de la branche moscovite des syndicats officiels. Auparavant et durant les années de la perestroïka, les syndicats officiels ont fait partie du système. Mais, avec le déclin de l'appareil et l'émergence de courants pro-libéraux importants (de plus en plus hégémoniques) au sein de la bureaucratie, la position des syndicats s'est fragilisée — alors que, dans le même temps, les pressions de la base augmentaient en raison de la chute continue du niveau de vie. Cela est apparu clairement lors des grèves de mineurs de l'été 1988, qui, dans de nombreuses régions, ont contourné les structures syndicales existantes, mais cela a également été le cas dans de nombreux affrontements locaux récents.

Les syndicats officiels ont essayé d'améliorer leur image en changeant de nom — ils s'appellent désormais la Fédération des syndicats indépendants de Russie (FNPR) — et en passant une alliance avec les partisans d'Eltsine, même s'il est probable que celle-ci devienne très conflictuelle à l'occasion de l'application de la "thérapie de choc". Il reste à savoir quelle influence ont aujourd'hui les forces progressistes au sein des syndicats, et si la direction des syndicats de Moscou sera capable d'attirer d'autres groupes — de dirigeants et d'adhérents de base — dans le processus de création du Parti du travail.

Il y a eu diverses tentatives de création de syndicats indépendants à l'extérieur du cadre de la FNPR (et de la Confédération des syndicats de toute l'Union - VKP); le syndicat indépendant des mineurs (NPG) est de loin le plus important, en nombre d'adhérents et de militants grâce à sa position stratégique ; il a été fondé en 1990. Bien que la direction de ce syndicat ait suivi Eltsine, on y trouve aussi des forces défendant une ligne plus indépendante et militante. La

1) Voir Inprecorn° 336 du 13 septembre 1991.

2) Voir Inprecorhors-série du 29 août 1991.

3) Voir inprecor n° 312 et 318 des 29 juin et 9 novembre 1990.

Inprecor n° 338 du 11 au 24 octobre 1991 =

Page 11

direction libérale du NPG a récemment été secouée par une importante affaire de corruption, qui a éclaboussé son président, Pavel Chouspavov, obligé de démissionner. Il est probable que cette affaire ait renforcé la position du secteur combatif de ce syndicat — dont l'attitude sera très importante pour le nouveau Parti du travail, à cause du rôle d'avant-garde des mineurs.

Le projet d'un Parti du travail en est évidemment encore à sa toute première étape, et constitue un immense défi, mais l'on peut espérer que les appréhensions exprimées par le journal libéral Moskovski Novosti se réaliseront : « Pour étudier

Page 11

les perspectives de ce nouveau parti, il ne faut pas surestimer l'allergie à l'idée socialiste qu'aurait provoqué le coup de force. Demain, lorsque l'économie nationale ressuscitera, y compris par des méthodes douloureuses, le chômage augmentera et le niveau de vie s'effondrera, ce qui modifiera l attitude de beaucoup de gens vis-à-vis des idées socialistes et

* Moscou, 2 octobre 1991

4) Moskovski Novosti n° 37, 1991.

Une erreur sur cette page ?