Le commencement de l'Intifada, en décembre 1987, a été marqué par l'entrée en action de nouveaux acteurs, dans le combat du peuple palestinien : les jeunes femmes palestiniennes se sont de plus en plus investies, bousculant l'organisation s'organiser de façon autonome, et à dénoncer les crimes dont elles sont vielimes.
Les femmes et
PIntifada et les femmes. Partie prenante du combat dans les territoires occupés, les traditionnelle de la société palestinienne. Le développement du mouvement fondamentaliste et le poids des traditions les conduisent de plus en plus à
Nous publions un article de Lashar Khalife, extrait du journal El Fanar(Le
Phare), du groupe féministe palestinien de Haïfa.
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ON PEUT distinguer deux étapes importantes dans les changements intervenus au niveau du statut des femmes palestiniennes en Cisjordanie et à Gaza.
La première période commence avec le déclenchement de l'Intifada, en décembre 1987, et se poursuit tout au long de la première année de ce mouvement.
Les trois premiers mois de l'Intifada onl été caractérisés par une vague de mobilisation populaire spontanée et massive, couchant des couches sociales qui ne participaient guère auparavant à l'action et à la lutte politique: les femmes, les ouvriers, les paysans, les habitants des camps de réfugiés, etc. Cette participation s'est traduite par l'auto-organisation des masses dans le cadre des comités populaires chargés de la gestion de la vie quotidienne et de la défense de leurs intérêts qui exprimaient la volonté de ce secteur de s'émanciper, de prendre leurs affaires en main et d'établir une nouvelle échelle de valeurs morales.
Les femmes se sont opposées à plusieurs reprises aux traditions et aux coutumes patriarcales, qui les cantonnent à un rôle de créatures passives et faibles, dont la tâche essentielle doit être le soin des enfants et du conjoint, la maison, etc.
Avec l'Intifada, les femmes palestiniennes ont commencé à participer pleinement à tous les domaines de l'action politique, franchissant ainsi les murailles des traditions patriarcales, en prenant part à des tâches non traditionnelles assumées jusque là par les hommes (participation et prise en charge de responsabilités de direction, comités de garde, etc.).
L'ordre traditionnel bouleversé Au bout de trois mois, lorsque les comités populaires ont été soumis aux différentes factions politiques, la mobilisation des femmes s'est malgré tout poursuivie, mais avec une certaine régression, marquée par le retour des femmes à leurs fonctions traditionnelles. Leur activité dans les comités populaires et les comités de quartier s'est alors vue réduite à l'enseignement et à l'économie ménagère ; les femmes ne gardaient plus aucune place dans les comités de vigilance et dans la constitution de ce que l'on appela plus tard l'Armée populaire (1).
On peut résumer ainsi les acquis de cette première période de l'Intifada : émergence de cadres organisationnels populaires à l'initiative de la population, qui ont permis une participation large ; émergence d'une nouvelle échelle de valeurs qui a favorisé la participation des femmes à des domaines non-traditionnels et, en conséquence, reflux de nombreuses attitudes traditionnelles; affaiblissement du pouvoir absolu du père, de la domination des frères sur les sœurs et apparition de relations plus démocratiques au sein de la famille ; début de dépérissement de la fidélité à la famille au profit de la fidélité nationale; dislocation de l'ordre social en vigueur avant l'Intifada.
La deuxième étape de la radicalisation des femmes dans les territoires occupés date environ de la fin de la première année de l'Intifada et plus précisément de l'interdiction des comités populaires, en juillet 1988. La lutte s'est alors déplacée de la mobilisation populaire générale à la clandestinité (2), réservée aux cadres et aux factions politiques essentielles ; des groupes spécialisés dans certaines formes de lutte (les jets de pierres) ont fait leur apparition (3). Cela a provoqué un phénomène social et politique lourd de dangers : la glorification de la militarisation sous toutes ses formes en lieu et place de la mobilisation populaire.
La "eulture du voile"
La baisse de cette mobilisation a évidemment entraîné une régression nette de la participation des femmes, marginalisant leur rôle et faisant reculer l'évolution démocratique survenue avec le début de
Un des aspects de ce reflux a été l'apparition de la "culture de l'Intifada", caractérisée par l'austérité des comportements - interdiction des fêtes et des activités de loisir, réduites à la télévision. Ces normes de conduite toucheront évidemment les femmes - qui subiront le contrôle des comportements et du mode vestimentaire.
Enfin, ce que nous pourrions appeler la "culture du voile" (4) est apparue ; elle correspond à un recul social dangereux de cette étape de l'Intifada, qui a fait régresser les femmes et a renforcé leur isolement social et politique. Cette émergence de la "culture du voile" est aussi due au respect montré de la direction politique, toutes tendances confondues, des traditions et coutumes réactionnaires et à son incapacité à imposer un programme politique et social érigeant en nécessité le changement démocratique des structures sociales, dans toutes les couches sociales et parmi les franges réprimées, condition incontournable pour la véritable émancipation nationale.
Cette incapacité a contribué à laisser le champ libre au mouvement fondamentaliste et à son idéologie intégriste — il a un programme social et politique clair, qui est devenu une alternative face à l'inconsistance, voire l'inexistence, du mouvement national laïc et du mouvement de masse.
Les femmes étant un pilier de l'ordre patriarcal traditionnel, le mouvement fon-
1) Rima Hammani, L'Intifada et la question féminine. Congrès : "La participation de la femme palestinienne à l'Intifada", Centre Bissan de recherches et de développement, Ramallah, 1991
2) Ibidem.
3) Ibidem.
4) Ibidem.
Inprecor n° 338 du 11 au 24 octobre 1991 =