LES SYNDICATS nord-américains ne se sont guère faits entendre pendant les négociations du Traité de libre échange entre les EtatsUnis et Canada, alors que leurs homologues canadiens, eux, avaient déjà commencé à le combattre. Ce n'est que lorsque Bush annonça son "Initiative pour les Amériques" (1) et le Traité de libre échange nord-américain qu'ils se mirent en mouvement pour essayer de l'arrêter ou de l'amender, avec des moyens limités. Jusqu'à présent, les syndicats semblent avoir perdu la ba-
Même si le mouvement ouvrier des Etats-Unis a été affaibli par des décennies d'intégration économique continentale — avec la délocalisation de millions de postes de travail —, les directions syndicales abordent le processus d'intégration comme une simple opération commerciale. Pour en combattre les effets — en utilisant des tactiques de lobby de pression traditionnel —, elles font des propositions protectionnistes, et seulement quelques syndicats ont osé s'aventurer dans les eaux troubles de la solidarité internationale. Ce n'est que très récemment que l'American Federation of Labour-Congress of Industrial Organisations (AFL-CIO) a teinté sa lutte contre le libre échange d'un vernis internationaliste, en mettant sur pied la Coalition pour la justice dans les maquiladoras (3).
Le Mexique et les Etats-Unis dans l'économie mondiale
L'intégration économique est incontournable, après les négociations pour l'ouverture du marché qui se profilent entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.
Les tendances à la dérégulation déjà existantes se sont accélérées. Depuis quelques années, on assiste à la destruction des frontières commerciales et financières entre ces trois pays, à la disparition d'usines et d'emplois, à la chute des salaires réels et à la disparition de certains impôts de base — autant de preuves d'une internationalisation générale et d'une intégration économique nord-américaine. Une fois le Traité de libre échange ratifié, cette crise n'ira qu'en s'aggravant.
Le nouvel ordre économique mondial issu des années 80, relativement fermé, était dominé par les pays industrialisés de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) et par quelques pays du tiers monde qui ont pu développer une infrastructure commerciale suffisante. En 1985, les pays membres de l'OCDE ont produit 81,6 % de la valeur ajoutée industrielle mondiale des pays occidentaux — même si ce taux était inférieur aux 85,4% produits en 1970. Les investissements étrangers directs proviennent à 75 % de cinq grands pays de l'OCDE : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, l'Allemagne et la France. Dix pays produisent près de 90 % des marchandises exportées en direction des pays de l'OCDE : Hong-Kong, Singapour, Taïwan, Corée du Sud, Brésil, Mexique, Afrique du Sud, Malaisie, Indonésie et Inde.
Les puissances économiques s'efforcent aujourd'hui de créer trois blocs centraux : le Marché unique européen de 1992, avec l'Allemagne en tête ; un bloc nord-américain, conduit par les EtatsUnis ; et un ensemble est-asiatique derrière le Japon. Chacun des pays-leaders de ces blocs dispose d'une région à proximité lui permettant de bénéficier d'une production à faible coût : le Mexique, le Brésil et d'autres pays d'Amérique latine pour les Etats-Unis ; l'Europe du Sud et de l'Est pour l'Allemagne et l'Europe occidentale ; les pays d'Asie de l'Est et du Sud-Est pour le Japon.
A l'intérieur de chaque espace économique, le principal marché consommateur est toujours situé dans les pays les plus développés, alors que les pays en voie de développement font office de réservoir de force de travail bon marché pour des systèmes de production "décentralisés" qui utilisent des ressources extérieures et la sous-traitance. Contrairement à la concurrence qui a dominé entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, basée sur l'existence de blocs commerciaux protectionnistes, ces trois groupes sont profondément intégrés entre eux dans le domaine des investissements, du commerce et même de la production. Alors que les blocs protectionnistes d'autrefois avaient fragmenté une économie mondiale préalablement intégrée d'un point de vue commercial, ceux d'aujourd'hui accélèrent l'intégration.
Pour les grandes multinationales qui surgissent aujourd'hui, le pays d'origine devient plutôt une plate-forme de lancement vers les marchés mondiaux qu'une base d'opérations. Même s'ils interviennent dans de nombreux marchés nationaux, ces groupes échappent au contrôle de tout Etat national ; leurs opérations sont internationalement liées et constituent un moteur central du commerce -55 % du commerce des Etats-Unis peut être attribué aux investissements étrangers dans ce pays ou aux investissements nord-américains à l'étranger.
Parmi les dix principaux pays producteurs du tiers monde, le Mexique est celui
MEXIQUE /
De soul en dépe
En juin 1990, le président Bush avait de son "Initiative pour les Amériques" :
l'échelle du continent ; l'accroissement capital nord-américain dans toute la envisager la révision de la dette des pays des rééchelonneme
Le Mexique est devenu le fer de lance ‹ sur pied d'un Traité de libre échange :
par le président mexicain Salinas de Go
Nord jusqu'à la rivière Suchiate s'éten plus productive de la planète. » Les nég et le Canada, officiellement engagées débouché sur une sé
Mais les discours et les promesses cache travailleurs du Nord et du Sud du R accentuera la dépendance, le m au voisir
Kim N qui est le plus étroitement intégré à l'économie des Etats-Unis : troisième importateur de produits nord-américains — après le Canada et le Japon —, et quatrième ex-
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ETATS-UNIS nission indance publiquement exprimé ce qu'il attendait la création d'une zone de libre échange à les investissements et de la pénétration du région ; en contrepartie, il était prêt à latino-américains vis-à-vis des Etats-Unis, its ou des réductions. e cette politique, en participant à la mise vec les Etats-Unis et le Canada, défendu 'tari en ces termes : « Des confins du pôle ra la zone commerciale la plus vaste et la ociations entre le Mexique, les Etats-Unis en juin 1991, vont bon train et ont déjà rie d'accords partiels. nt des lendemains qui déchantent pour les o Grande. Pour le Mexique, ce traité I-développement et la soumission du Nord. OODY * portateur en direction des Etats-Unis — après le Canada, le Japon et l'ancienne République fédérale allemande ; 70 % du commerce annuel du Mexique se fait avec Alors que la majorité des investissements nord-américains privés directs à l'étranger se font au Canada et en Europe, le Mexique est le deuxième pays du tiers monde, après le Brésil, à recevoir des investissements industriels nord-américains (en 1987 : 4 milliards de dollars d'investissements au Mexique ; 7,7 milliards au Brésil ; 5,3 milliards en Asie et dans le Pacifique). Un certain nombre de groupes mexicains investissent aussi aux Etats-Unis ; en grande partie en faisant des acquisitions — la firme Cemex est aujourd'hui le plus grand producteur de ciment des Etats-Unis ; la société Vitro est la deuxième compagnie de traitement de verre. Mais, en règle générale, l'intégration se fait d'un seul côté. Le Mexique est entré dans une période d'industrialisation rapide entre 1940 et 1965, bien après les principales économies latino-américaines (l'Argentine, le Chili et le Brésil), qui ont connu leur premier élan de développement in= Inprecor n° 339 du 25 octobre au 7 novembre 1991 dustriel au début du XXe siècle. L'industrialisation du Mexique a été fortement dominée par le capital nord-américain, contrairement à celle d'autres pays du tiers monde, comme la Corée, Taïwan ou le Brésil, dont le développement a été plus indépendant.
De P'intégration silencieuse...
De la fin des années 30 aux années 70, le Mexique a en grande partie nourri sa croissance industrielle avec des investissements en infrastructures et grâce au coût bas de l'énergie produite par les entreprises électriques (CFE) et pétrolières (PEMEX), l'une et l'autre étant nationalisées. Cela a été une des sources de la dette mexicaine. Actuellement, le secteur nationalisé est le moins important, mais il reste
— durant la seconde moitié des années 80, il produisait 15 % de la valeur ajoutée et représentait 19 % des in-
L'industrialisation du Mexique s'est appuyée sur une transformation profonde de l'agriculture, en passant de la petite propriété paysanne et collective (l'ejido
- les terres communales) à de grandes entreprises agricoles, et de la production traditionnelle à la production "moderne", basée sur la pétrochimie et les cultures d'exportation. Cette "révolution verte" a été financée par le capital nord-américain - surtout celui de la famille Rockefeller
- et a contribué à l'émergence d'un prolétariat important et sans racines, en relativement peu de temps. Le capital nord-américain a fait sa place au Mexique en utilisant une partie de cette masse pauvre de travailleurs désespérés.
A la fin des années 40, ce processus a été parachevé par l'intégration forcée des principaux syndicats à la centrale ouvrière du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, au pouvoir), la Confédération des travailleurs mexicains (CTM). C'était le règne des bureaucrates syndicaux avec un style de gangsters — les charros - symbolisés par le principal dirigeant de la CTM, Fidel Velazquez. Les charros ont été et sont toujours des bureaucrates étroitement liés à la direction centrale du PRI. De 1948 au début des années 50, ils ont écrasé les tentatives de certains grands syndicats nationaux pour prendre une attitude plus militante et indépendante (notamment ceux des cheminots, des mineurs et des instituteurs).
Dans ce contexte, le capital nord-américain a rapidement pris le contrôle des principaux secteurs de l'économie mexicaine, et même de l'industrie automobile, minière et chimique. Cette pénétration massive a précédé l'installation des industries maquiladoras, nées en 1965, et qui ont pris leur élan dans les années 70.
Durant la période précédant l'installation de ces zones franches, les exportations nord-américaines en direction du Mexique avaient été supérieures à celles réalisées en sens inverse, répondant aux besoins de l'industrie mexicaine et non à celui des consommateurs mexicains. Alors que la production industrielle du Mexique s'est vue multipliée par cing de 1940 à 1965, ses importations en capitaux et en parts de substitution des importations se sont vues multipliées par douze dans la même période. Cette phase de "développement" a surtout été orientée vers l'industrie des infrastructures lourdes тисе в сиві-.
à forte intensité de capital. Le développement du Mexique, sa stratégie de "substitution des importations" dans le domaine des produits finis, a cependant été très dépendant de l'importation de biens de capital très onéreux.
En même temps, on a assisté à une émigration importante de la force de travail mexicaine en direction des EtatsUnis — le programme le plus important a été le "plan bracero" (concernant l'immigration des braceros, les ouvriers agricoles) entre 1940 et 1965 ; pendant la guerre, les travailleurs mexicains ont remplacé la main-d'œuvre dans les entreprises agricoles nord-américaines, et après ils ont fourni la force nécessaire à leur expansion. La crise de la dette et la stagnation industrielle — qui ont prédominé au Mexique durant les années 80 — ont accéléré l'émigration vers les Etats-Unis.
... à l'apogée des "'maquiladoras"
Le programme maquiladora a été lancé en 1965, sous prétexte, au départ, d'absorber les centaines de milliers de travailleurs émigrés qui revenaient au Mexique à la fin du "plan bracero", mais les choses ne se sont pas passées ainsi ; les braceros étaient surtout des hommes et, au début, les nouvelles usines embauchaient de préférence des femmes.
Le programme des maquiladoras est destiné fondamentalement à produire exclusivement pour les Etats-Unis et pour les marchés étrangers. Les pièces nord-américains sont importées librement par le Mexique avant de subir des processus
• Kim Moody est membre de l'équipe de rédaction du bulletin syndical nord-américain Labor Notes.
1) Voir Inprecorn° 316 du 12 octobre 1990.
2) Voir Inprecor n° 329 du 26 avril 1991.
3) Les maquiladoras au Mexique sont les usines où les capitalistes nord-américains apportent matières premières et produits semi-finis pour y être assemblés ; il s'agit de véritables zones franches. Voir Inprecor n° 319 du 23 novembre 1990.
d'assemblage final, pour être ensuite réexportées vers les Etats-Unis. Selon les lois tarifaires et douanières des EtatsUnis, lorsque ces pièces ou ces composants son réimportés, leur valeur est exemptée de toute taxe — seule la valeur ajoutée créée à l'étranger est prise en compte.
Le coût de la force de travail mexicaine est si bas que la valeur ajoutée produite par les maquiladoras est faible. En outre, la majorité des importations provenant des usines maquiladoras est classée comme produit assemblé, même si cette catégorie inclut en partie les automobiles et les composants électroniques. La réponse du capital nord-américain à ces avantages ne s'est pas faite attendre. La proportion d'importations nord-américaines est passée de 4 % dans le total des importations en 1966, à 10 % en 1983, et, avec la nouvelle législation favorable, à 45 % en 1989.
Alors que les premières industries mexicaines combinaient force de travail et capital, même intensivement, les premières usines maquiladoras sont caractérisées par l'utilisation intensive de la force de travail — et pas toujours moderne d'un point de vue technologique. Par exemple, alors que les femmes des usines d'assemblage de semi-conducteurs aux Etats-Unis utilisent des microscopes, les travailleuses des maquiladoras, elles, travaillent à l'œil nu — elles produisent pourtant 25 % de plus.
Dernièrement, des maquiladoras se sont multipliées avec une haute technologie et une forte intensité capitaliste — elles seraient aussi efficaces que leurs homologues des EtatsUnis. En règle générale, ces nouvelles usines emploient davantage d'hommes.
Selon le quotidien mexicain La Jornada, il y a actuellement 2 007 maquiladoras, qui emploient près de 500 000 travailleurs (il y en avait environ 1 000, avec 300 000 travailleurs en 1986) (4), ce qui fait du Mexique le plus grand pourvoyeur de force de travail bon marché du tiers monde pour les multinationales nord-américaines. Alors que certaines maquiladoras sont, entièrement ou partiellement, détenues par le capital mexicain, 90 % appartiennent aux Etats-Unis et 85 % de leur production s'envole vers le Nord.
Les maquiladoras constituent l'un des rares secteurs de l'économie qui a connu une croissance pendant les années 80, même si elle était inférieure à celle des années 70 — surtout parce qu'elle ne dépendait pas du pouvoir d'achat déclinant du Mexique. Ce secteur (tout comme la destruction continuelle de la production agricole à petite et moyenne échelle de l'ejido) a encouragé le changement ultérieur de la structure économique du Mexique. Le nombre d'habitants des zones urbaines est passé de 55 % du total de la population en 1965, à 71 % en 1988.
Le "développement" des zones frontalières, où jusqu'à récemment se trouvaient les maquiladoras, a attiré des centaines de milliers de chômeurs et de paysans sans terre dans les années 70 et 80 — ce qui a donné lieu à de nouvelles concentrations. Actuellement, le mage augmente plus dans les villes où se situent les maquiladoras (Tijuana, Mexicali, Nogales, Ciudad Juarez, Nuevo Laredo, Matamoros), dans la mesure où leur population croît énormément. Ce phénomène a provoqué pendant un certain temps une tendance accrue à l'émigration en direction des Etats-Unis, où les salaires L'accord de libre commerce Cela va ouvrir avec le Mexique est une des portes immenses.
excellente idée. ma branche... Surtout dans C'est-à- dire? Je suis conseiller d'une agence pour l'emploi. étaient plus élevés, principalement aux frontières (San Diego, El Paso, Laredo, Brownsville). Les lois mexicaines ont été modifiées pour permettre l'installation de maquiladoras partout dans le pays — mais la plupart se trouvent toujours dans les régions frontalières.
Les malheurs de la dette et le diable de la libéralisation
Le Mexique est une victime exemplaire de la crise de la dette du tiers monde (5). Son industrialisation sous contrôle étranger a été financée par les banques étrangères. La dette à long terme du Mexique est passée de 5,9 milliards de dollars en 1970 à 88,7 milliards en 1988. Le paiement annuel des intérêts est passé de 283 millions de dollars en 1970 à 7.6 milliards en 1988 — passant de 3,5 % du produit national brut (PNB) à 8,2 %.
En 1982, le gouvernement de Lopez Portillo a annoncé que le Mexique ne pouvait plus remplir ses obligations en matière de remboursement de la dette. En conséquence, les investissements nord-américains directs dans l'industrie mexicaine ont plafonné en dessous de 5 milliards de dollars par an durant les années 80. Le taux de croissance par an de l'industrie a chuté, passant de 7,4% en 196580 à 2 % en 1980-88. L'économie a stagné et la consommation a baissé de 10 %
Lopez Portillo a répondu en instaurant des contrôles d'ajustement économique ; les banques ont été nationalisées et le protectionnisme commercial renforcé. Mais, en 1985, le président qui lui a succédé, Miguel De La Madrid est revenu sur cette politique. En 1986, le Mexique a rejoint l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et le Traité de commerce international destiné à promouvoir le libre échange.
Ce revirement a constitué un pas gigantesque dans le sens de l'instauration du libre échange avec les Etats-Unis. Les taxes à l'importation sont 28,5 % en 1985 à 11 % en 1988. La liste des produits nécessitant d'un permis d'importation est passée de 92,2 % en 1985, à 23,2 % en 1988. Cette politique de "libéralisation" cherchait, entre autres, à stimuler les importations de biens de capital pour moderniser l'industrie mexicaine et promouvoir la croissance de la production des maquiladoras. Cette tactique a payé jusqu'à un certain point : le produit intérieur brut (PIB) du Mexique, jugé faible par les patrons dans les années 60 et 70, a augmenté de 3,1 % en 1989 et de 19,3 % en 1990.
Mais ce succès réel n'a fait qu'alimenter les facteurs qui avaient produit la dette. Les maquiladoras importent 97 % de leurs matières premières ; la majorité des usines mexicaines importent presque en totalité leurs besoins en capitaux. De 1989 à 1990, le total des importations a augmenté de 27,3 % et les biens de capitaux de 43 %.
La production des maquiladoras, qui devait prétendument aider à réduire la dette mexicaine, est plutôt en train de l'aggraver. Ces usines sont construites avec des prêts concédés par les banques nord-américaines, ce qui augmente la dette, et la plupart des bénéfices sont rapatriés aux Etats-Unis.
On peut avoir une idée précise des conséquences du programme des maqui-
4) La Jornada, 5 avril 1991.
5) Voir Inprecor n° 313 du 13 juillet 1990 et n° 335 du 19 juillet 1991. Inprecor n° 339 du 25 octobre au 7 novembre 1991 =
ladoras si l'on compare la proportion existante entre le service de la dette du Mexique et ses exportations, avec la proportion maintenue par d'autres pays d'Amérique latine. Alors que le service annuel de la dette du Mexique correspondait à 23,6 % du total de ses exportations en 1970, et à 30,3 % en 1988, en Amérique latine ces pourcentages étaient respectivement de 13,1 % et de 28,1 %. Le problème de la dette mexicaine est aussi vieux que celui de la plupart des autres pays du continent et ni le pétrole, ni la "libéralisation" commerciale, ni les maquiladoras ne peuvent le résoudre.
Pour que les exportations mexicaines augmentent de manière significative, Washington devrait aussi "libéraliser" sa politique commerciale ; c'est ce que cherche l'administration Bush. En 1988, Bush a réussi à signer avec De La Madrid le "Cadre d'entente Etats-Unis-Mexique", premier pas concret vers un Traité de libre échange.
Pressions pour un prétendu "libre" accord
La nécessité pour le Mexique de voir augmenter ses exportations explique pourquoi le président actuel, Salinas de Gortari, est favorable au Traité avec les Etats-Unis. Un tel accord supprimerait les barrières pour les capitalistes qui sont en marge des maquiladoras, ce qui leur permettrait d'exporter des produits relativement bon marché en direction des EtatsUnis. Cela pourrait aider aussi le capital mexicain à liquider une part de sa dette et serait une source importante d'impôts pour le gouvernement.
Le tournant mexicain de type Fonds monétaire international (FMI) vers une politique d'austérité sociale — le Pacte social — montre que le Traité sera davantage tourné vers l'encouragement des exportations vers les Etats-Unis que vers l'ouverture d'un nouveau marché pour les biens de consommation nord-américains. L'accord ne concerne pas tant les Mexicains comme consommateurs que comme force de travail bon marché.
Cette stratégie "mexicaine" est en harmonie avec celle des secteurs du capital nord-américain qui voient dans ces ressources extérieures un moyen pour devenir compétitif face au Japon et à l'Europe de 1992. Même si la production mexicaine menace certaines firmes de distribution et des sous-traitance des Etats-Unis qui ne sont pas sur le terrain, elle est moins chère pour les gigantesques groupes industriels qui produisent des biens de consommation durables.
Les investissements étrangers sont remontés à 55,9 % en 1989 et à 63 % en = Inprecor n° 339 du 25 octobre au 7 novembre 1991
1990 ; près de la moitié de ces sommes a été rapatriée vers leur pays d'origine.
Les salaires horaires mexicains sont plus bas que ceux des "quatre tigres" asiatiques et le climat politique et social du Mexique encourage aussi le capital nord-américain. Le contrôle du PRI sur la politique et les syndicats — ainsi que sa capacité à utiliser la répression violente en cas de besoin — ont fait du Mexique un refuge sûr pour les investissements des Etats-Unis depuis les années 40.
Des salaires austères
Le taux élevé d'inflation et les différentes dévaluations du peso réalisées vers la fin des années 70 et pendant les années 80 se sont traduits par des salaires réels plus bas. Le salaire horaire des travailleurs mexicains de l'automobile — qui sont parmi les mieux payées de l'industrie — est proportionnellement descendu de 5 dollars en 1981 à près de 1,60 dollars en 1988. Les salaires dans les maquiladoras tournent autour de 55 cents de l'heure.
Selon certaines sources, la part des revenus des travailleurs dans le revenu national est passée de 49 % en 1981, à 28 % en 1989: voilà pourquoi la lutte des classes s'est exacerbée, comme le montrent les luttes récentes des travailleurs de la Ford et de l'usine de bière ModeloCorona, ainsi que celles des instituteurs. En outre, de plus en plus de syndicats ont essayé de se libérer de la tutelle de la CTM.
Le renouvellement du militantisme ouvrier est aussi une réponse à la restructuration économique — déclin continuel des secteurs économiques les plus anciens : privatisation de nombreuses entreprises publiques ; modernisation d'entreprises publiques et privées ; et croissance maintenue des maquiladoras. Les secteurs traditionnellement tournés vers le marché intérieur sont rationalisés pour pouvoir concurrencer les importations asiatiques et nord-américaines.
Lorsque les dernières barrières commerciales tomberont, les usines tournées vers le marché intérieur seront balayées — la plupart d'entre elles sont trop petites pour faire face à la concurrence, quels que soient leur technologie et leurs salaires. Même si le dirigeant de la CTM, Fidel Velazquez, parle avec enthousiasme des intérêts des travailleurs et HücK des nombreux nouveaux emplois que le libre échange entraînera, il est certain que de nombreux postes de travail disparaîtront.
L'industrie automobile constitue un exemple de la restructuration du secteur privé. La production pour le marché intérieur s'est vue réduite en faveur de la production pour l'exportation. Les emplois dans l'industrie automobile traditionnelle sont passés de 90 000 en 1981 à 45 000 en 1986. Entre temps, la production automobile pour l'exportation s'est accrue — de nouvelles maquiladoras de Ford et GM en témoignent. Dans ce secteur, les compagnies se battent pour maintenir des salaires bas et introduire la "flexibilité" de la force de travail.
La privatisation est un autre aspect important de la restructuration. Lorsque Salinas a pris ses fonctions, le gouvernement contrôlait 618 entreprises ; aujourd'hui, seulement 269 sont toujours entre ses mains. Même si la plupart ont été vendues ou ont fusionné avec d'autres, beaucoup ont tout simplement été liquidées ; la rationalisation s'est donc traduite par une perte d'emplois nette.
La "modernisation" a aussi des conséquences pour les travailleurs. A Telefonos de Mexico (Telemex), par exemple, le syndicat a accepté des hausses de salaires en échange de l'introduction de la flexibilité totale dans la gestion de la force de travail. Même si des résistances existent à la base contre cette modernisation, le gouvernement garde le contrôle de la situation.
On estime qu'entre 1 et 1,5 million d'emplois seront créés dans la prochaine décennie suite au Traité de libre échange. Mais ces prévisions ne tiennent pas compte des emplois qui seront supprimés par l'ouverture du marché mexicain. La destruction de milliers d'emplois dans les secteurs économiques traditionnels a déjà provoqué un taux de chômage réel estimé à 20 %, malgré trois années de croissance. La disparition de plus de 100 000 emplois Nous avons fermé notre usine aux Etats-Unis et déménagé dans un pavs...
... où il n'y a ni impôts, ni réglementation, ni syndicats... et où les gens travaillent pour presque rien ! Voilà ce qu'on appelle la libre entreprise!
dans les industries nationales d'automobile n'est pas encore compensée par les postes créés dans les maquiladoras de l'automobile, qui comptent maintenant près de 90 000 travailleurs. De fait, la création de seulement 500 000 emplois après plus de vingt ans de maquiladoras n'est pas précisément un chiffre impressionnant dans un pays de plus de 80 millions d'habitants.
Les maquiladoras peuvent donner une autre indication : les salaires des nouvelles usines orientées vers l'exportation seront plus bas que ceux des travailleurs des industries plus vieilles du centre du Mexique. Par exemple, les salariés de l'automobile dans le centre du pays gagnent jusqu'à 9 ou 10 dollars par jour, alors que ceux des maquiladoras ne touchent que 4 à 7 dollars par jour. Même dans les nouvelles usines de haute technologie du Nord, comme la Ford d'Hermosillo, les salariés gagnent moins que ceux du centre du Mexique.
Comme de nombreux militants syndicalistes le reconnaissent, l'opposition efficace à long terme à cette politique passe par une rupture avec la CTM, comme le montrent les noyaux isolés de résistance qui existent. Le syndicat des couturières, organisé après le tremblement de terre de 1985, affirme son indépendance et cherche à bénéficier d'une reconnaissance officielle. Les grévistes de la Ford ont tenté de changer d'affiliation en passant de la CTM à une fédération plus petite, la Confédération ouvrière révolutionnaire (COR) — même si celle-ci est affiliée au PRI, elle a un fonctionnement indépendant. En 1990, plusieurs syndicats, dont celui des instituteurs, ont formé un "front uni" des syndicats dissidents, le Front syndical unitaire.
Il y avait déjà eu des tentatives en ce sens, mais, jusqu'à présent, le PRI a été capable d'écraser ces efforts sans devoir faire face à une quelconque opposition politique — au-delà de la rébellion étudiante. Mais la crise de l'économie mexicaine a engendré des divisions au sein de la classe dominante et des élites politiques. Le PRI fait face à deux courants électoraux crédibles : la droite du Parti d'action nationale (PAN) et le centre-gauche du Parti de la révolution démocratique (PRD) de Cuahtemoc Cardenas (6).
Le programme de privatisations du PRI peut aussi le conduire à sa propre mort ; le clientélisme de masse de l'industrie nationalisée — avec la PEMEX et ses 185 000 salariés — est pour beaucoup dans le poids politique du PRI (même si la PEMEX n'est pas encore en vente, le service du téléphone et les usines de tabac et de sucre le sont, afin de payer la dette du pays). Mais, à long terme, ces ventes à des prix inférieurs à ses grands besoins en revenus, mineront le rôle "bonapartiste" de l'Etat.
Les spéculations sur les effets du Traité de libre échange sur les économies des Etats-Unis et du Canada vont de l'optimisme au pessimisme le plus alarmiste.
Quelles conséquences pour les Etats-Unis et Canada ?
L'expérience de trois ans de libre échange entre les Etats-Unis et le Canada conforte plutôt les prévisions les plus sombres. Le Congrès ouvrier canadien estime que, durant cette période, le Canada a perdu 260 000 emplois — aux EtatsUnis cela représenterait la suppression de 2,5 millions de postes. S'il est possible qu'une partie de ces suppressions soit le fruit de la récession qui a frappé ces deux pays en 1990, le fait que des emplois aient été déplacés vers le Sud des Etats-Unis montre qu'il y a eu un transfert de la production considérable et rapide du Canada vers des régions de bas salaires des EtatsUnis.
Au fur et à mesure que les négociations avancent - maintenant aussi avec le Mexique — ce déplacement continental d'emplois s'intensifiera.
La production de biens de consommation durables, de services clés et certaines industries de transport déménageront, sans aucun doute, vers le Sud. L'automobile - avec des combinaisons de production décentralisée et de just-in-time— a déjà été transférée d'abord vers le Sud des Etats-Unis et plus récemment au Mexi-
Les télécommunications, par exemple, subiront aussi cette transformation technoloque qui permet de transférer des installations nord-américaines vieilles et coûteuses vers d'autres plus économiques au Mexique. Un contremaître d'une installation de Toronto, qui visitait les travailleurs mexicains du téléphone, a déclaré qu'il était possible de réorienter l'excès de trafic des lignes canadiennes vers le Mexique — les salariés du téléphone au Mexique gagnent un dixième du salaire de ceux des Etats-Unis ou du Canada.
Le transfert de l'activité économique nord-américaine vers le Sud laisse présager des désastres pour grand nombre de zones urbaines, pour leurs travailleurs et les syndicats, pour la population afro-américaine, généralement sédentaire, qui habite le nouvel occident industriel des Etats-Unis, ainsi que pour les immigrés qui avaient cherché du travail dans le Nord. Entre temps, au sud de la frontière, la politique du PRI garantit de bas salaires pour les nouveaux emplois ; les lois du travail les plus avancées seron contournées et les dégâts de l'environnement seront énormes ; le taux de chômage continuera d'être élevé et il augmentera probablement à cause de l'érosion possible du secteur agricole et de la privatisation ou de la destruction d'une bonne partie du secteur public.
La campagne de l'AFL-CIO contre le Traité s'est limitée à son discours protectionniste traditionnel. Cependant, et selon des traditions anciennes, la fédération syndicale a aussi pris soin d'avancer des revendications sur le niveau de vie, et des propositions contre la fuite des capitaux.
Premières coordinations syndicales
La coordination Coalition pour la justice dans les maquiladoras regroupe plusieurs organisations qui se battent pour l'amélioration des conditions de travail dans la région frontalière. En partie à cause du soutien de la CTM au Traité, certains adhérents de l'AFL-CIO ont jugé bon de travailler avec divers syndicats qui n'appartiennent pas à la CTM ou avec des groupes issus de courants démocratiques. Mais le travail de la Coalition concerne surtout la pression sur les groupes nord-américains pour qu'ils agissent correctement et restent dans leur pays.
La campagne de l'AFL-CIO reste donc limitée — à cause de la loyauté de sa direction au capital multinational installé aux Etats-Unis. Même s'il est important de se battre pour les emplois, toute stratégie qui veut réussir face au Traité doit exiger aussi la hausse des salaires mexicains et l'annulation de la dette de ce pays. La hausse des salaires dans les pays du tiers monde n'est jamais le fruit du hasard ; à cause des mouvements de grève en Corée du Sud, le coût de la force de travail de ce pays a augmenté de 25 % en 1988 et de 23,8 % en 1989.
Avec le Traité de libre échange et l'accélération de l'intégration économique, les mouvements ouvriers démocratiques des Etats-Unis, du Canada et du Mexique doivent avoir une stratégie commune qui soulève non seulement des questions programmatiques centrales — comme l'annulation de la dette —, mais aussi un soutien concret aux travailleurs mexicains. *
Against The Current Juillet-août 1991 6) Voir Inprecorn° 336 du 13 septembre 1991. Inprecor n° 339 du 25 octobre au 7 novembre 1991 =