L'élection d'une Assemblée constituante, organisée en juin dernier par les militaires péruviens au pouvoir depuis maintenant dix ans , s'inscrivait dans un plan devant créer les conditions, à partir d'une relative ouverture démocratique, pour le passage de la dictature militaire à un régime civil, -lors d'élections présidentielles en 1980 - en faisant l'écono mie d'une vague de mobilisations à caractère révolutionnaire.
Plusieurs facteurs convergents rendaient cette opération nécessaire.
Pérou
Les Constit
face aux
mobilisatio
L'ampleur de la crise économique que connaît le Pérou depuis plusieurs combinaison d'une inflation incontrôlée (l'augmentation des prix durant les quatre premiers mois de 1978 indique un taux annuel d'inflation de l'ordre de 65-70%), et d'une récession qui quasi-totalité secteurs d'activité économique a des conséquences insoutenables pour les masses péruvien-
A cet égard, il n'est pas exagéré de dire que, ces derniers mois en particulier, le chômage, la misère et la faim se sont déuants ns ouvrieres veloppés quotidiennement pour la classe ouvrière et la paysannerie pauvre, c'est-à-dire l'immense majorité de la population.
Dans ce contexte, la croissance rapide d'une dette extérieure déjà considérable a des effets caricaturaux : virtuellement le Pérou est en situation de cessation de paiement vis-à-vis de ses impérialistes; seulement il ne peut rembourser les dettes venues à échéance, mais il est même dans l'incapacité d'en payer le service. D'où la renégociation permanente de la dette, la recherche de nouveaux prêts destinés unique ment à payer les intérêts des
emprunts antérieurs et le contrôle strict des organismes financiers de l'impérialisme, en premier lieu le Fonds monétaire international, sur les décisions économiques quotidiennes du gouverement.
Pour les militaires qui, dans un premier temps sous la présidence du général Velasco Alvarado, se voulaient les défenseurs de l'indépendance nationale et se proposaient - dans leurs discours populistes et socialisants - l'élévation du niveau de vie des masses, l'échec est
De là leur discrédit actuel au sein des masses. Ce discrédit a aussi pour origine la politique systématique d'affrontement et de répression des mouvements revendicatifs, grèves, mobilisations populaires, menée par le gouverement actuel du général Morales Bermudez.
Politique par ailleurs inefficace puisque les grèves et mobilisations, loin de se réduire, se sont multipliées et radicalisées.
La grande majorité de la bourgeoisie péruvienne - dont des secteurs importants ment lésés par les incohérences de la gestion économique de ces dernières années - est donc favorable à l'établissement d'un régime civil permettant un retour des militaires dans leurs ca-
Men les maintenant étroitement associés au gouvernement.
Ce projet combine plusieurs fonctions, en partie contradic-
Pour la bourgeoisie, outre la possibilité développer politique plus efficace au plan économique, la mise en réserve des militaires est aussi considérée comme un moyen de garantir l'unité de l'armée, très politisée après dix ans de pouvoir, et au sein de laquelle des divergences se sont manifestées à plusieurs reprises (la création du Parti socialiste révolution-, naire par certains officiers supérieurs aujourd'hui à la retraite, en est l'un des indices).
Mais surtout ce projet est une tentative de canaliser les mobilisations revendicatives des travailleurs en utilisant le prestige et l'influence de masse, éroencore réels, TAPRA de Haya de la Torre, la principale formation bourgeoi-
L'élection pour l'Assemblée constituante était la première étape de ce plan.
Malgré les restrictions (pas de droit de vote aux analphabètes) et les fraudes diverses (en particulier sous forme d'invalidation d'un nombre considérable de bulletins de vote), les élections pour la Constituante ont eu un effet contraire à celui escomp
L'importance - eu égard aux élections antérieures - du nombre de voix obtenues dans ce cadre défavorable par les forces de gauche (environ 30%), et parmi elles le poids des votes clairement en faveur d'une politique d'indépendance de classe - en particulier les 12% obtenus par le FOCEP dont le principal porte-parole est notre camarade Hugo Blanco - ont été compris par la masse des travailleurs et des exploités du Pérou comme une importante victoire.
Et cela d'autant plus que nombre de ceux qui ont donné leur voix à lAPRA ont cru, après la campagne démagogique de celle-ci, voter de façon conséquente contre la dictature et sa politique, contre la mainl'impérialisme péruvienne. sentiment de victoire a rapidement été conforté par le retour des exilés politiques - parmi lesquels plusieurs nouveaux constituants dont Hugo Blanco -, autorisé dès la proclamaofficielle des résultats.
De ce fait, loin d'être un frein aux luttes populaires, les canaliser, les élections à la Constituante ont au contraire favorisé les mobilisations leur radicalisation.
A cet égard, la lutte de l'ensemble des enseignants organisés SUTEP, est exemplaire. Après 81 jours, leur grève qui avait débuté durant la campagne électorale s'est soldée par une victoire à peu près complète l'installation officielle de la
Constituante, le gouvernement a accepté de satisfaire l'essentiel de leurs revendications.
Durant toute cette période cruciale le mouvement des enseignants dont la combativité et croissant a déjoué toutes les pressions et manœuvres de la dictature, et aussi de l'APRA, et a riposté à toutes les provocations et mesures d'intimidation.
La mobilisation massive, indépendante et unitaire des enseignants du SUTEP a provoqué l'appui et la solidarité active des secteurs les plus combatifs du mouvement ouvrier, qui ont vu là un symbole et un exemple pour leurs combats futurs.
Parallèlement, dans plusieurs villes de province, quipa - la seconde ville du pays -à Chimbote et à Cuzco développaient des mouvements revendicatifs contre les effets de la crise économique et contre la répression, regroupant la grande majorité de la population et donnant naissance à des formes d'organisation locales telles que «l'Assemblée populaire» Chimbote, et le « Front pour la défense du peuple » à Cuzco et Arequipa. Structures locales, confuses, éphémères, gnificatives de la volonté de s'organiser de secteurs de masse importants.
Enfin, avant même que ne soit acquise la victoire des endéclenchait grève de l'ensemble des travailleurs de la Santé; et peu après c'était au tour des mineurs, qui constituent un secteur-clé péruvien - de se mettre en grève. Une grève elle aussi massive, combative, qui continue après plus mois malgré la répression et l'occupation brutale des centres miniers par l'armée.
Dans leur ensemble ces mobilisations ont pour origine la lutte contre les effets de crise économique, la défense du pouvoir d'achat.
Mais, d'une part leur ampleur, et d'autre part la volonté affirmée des militaires de ne rien concéder sous prétexte de la crise, transforment ces mobilisations en affrontements contre l'ensemble de la politi-
que de la dictature et contre la dictature elle-même. Affrontements qui prennent toute leur dimension politique dans la mesure où ils pèsent d'un poids considérable dans les débats sur la manière d'en finir avec la dictature; débats qui ont dominé la campagne pour les élections à la Constituante et qui - bien plus que l'élaboration d'une nouvelle constitution -sont la principale préoccupation des constituants.
les élections pour la Constituante, reflets déformés et partiels de bilisations ont conduit à l'élection - non prévue par les auteurs du plan ! - de députés comme ceux du FOCEP et de l'UDP - en rien disposés à respecter le cadre d'une Constituante qui aurait dû être occudiscuter les articles d'une future constitution tanles militaires nuaient à gouverner et à réprimer les mobilisations populai-
D'autre part, l'ampleur de mobilisations de rend chaque jour plus difficile le jeu des partis bourgeois, avant tout celui de l'APRA, liés par leurs accords avec les militaires et condamnés en même temps à une démagogie anti-dictature, sous peine d'être rapidement discrédités et condamnés en tant qu'alternative politique a terme, c'est-à-dire en 1980...comme le prévoit le
Prévue comme l'instrument essentiel в сото а кот на стороне и " d'une transition à froid, la Constituante est devenue dès son installation une sorte de caisse de résonnance des luttes en cours.
C'est à la lumière de cette nouvelle qu'il faut comprendre les récentes décla-
Haya de la Torre qui préside les travaux de l'Assemblée : les deux années prévues pour élaborer la constitution pourraient facilement, selon lui, être ramenées à un an moins, ce qui signifierait des élections générales non pas en 1980, mais dès l'été 1979...
En clair, cela semble signifier que, pour l'APRA, schéma initial à partir duquel l'accord s'est fait avec les militaires doit être respecté, mais qu'il faut en accélérer la réalisation et en terminer au plus vite avec cette Constituante.
aspects «particuliers» du rôle de la Constituante, produits de la mobilisation croissante des masses péruviennes et de la présence en son sein de députés exprimant cette mobilisation et luttant pour son extension et son indépendance, ne doivent toutefois pas faire Illusion : la Constituante de par sa composition n'est pas, et ne peut pas être pour les travailleurs, un contre-pouvoir, un pouvoir alternatif potentiel à la dictature
La majorité bourgeoise de la Constituante, au delà des discours démagogiques, a partie liée avec la dictature militai-
Elle a eu un accord fondaavec ses chefs sur les modalités à partir desquelles devra s'établir un régime civil et, face aux conséquences de la crise économique pour les masses, elle n'a pas de politique alternative distincte à celle de la dictature.
Toute mystification de la Constituante, de son rôle, conduit inévitablement à une autre mystification, celle de sa majorité bourgeoise.
In ce sens, opposer la Cons ituante à la dictature en lu tant pour le renversement de la dictature et son remplacement par un «gouvernement de la Constituante» est une grave erreur politique, porteuse d'illusions sur la majorité bourgeoise APRA-PPC et l'alternative qu'elle pourrait représenter.
La Constituante, par contre, peut et doit être utilisée par les révolutionnaires pour aider au développement et à l'approfondissement des mobilisations des masses ouvrières et paysannes et, ce faisant, accentuer la crise de la dictature. * Faire à sa tribune le procès de la politique de celle-ci, y dénoncer ses exactions et sa politique répressive, y démontrer pratiquement, à partir de propositions et de motions.
précises, les limites de la démagogie de la majorité bourgoise et en particulier les contradictions de l'APRA, y populariser les luttes en cours, appe lant à leur centralisation et à l'organisation d'actions de solidarité dans la perspective de l'unité et de l'indépendance de la classe ouvrière, de l'unité de ses organisations de masse, du renforcement de l'alliance ouvriers-paysans, sont, parmi d'autres, des formes d'utilisation de la Constituante dont l'impact politique peut être considérable comme l'a prouvé l'activité de Hugo Blanco ces demières semaines.
Bien plus que des appels à la dissolution de la Constituante, puisqu'elle n'est pas véritablement représentative des aspirations populaires et qu'elle ne peut rien résoudre; bien plus que la revendication de « tout le pouvoir à la Constituante » - gouvernement de la Constituante, qui créera inéluctablement l'ilusion que sa majorité bourgeoise est une alternative réelle à la dictature, c'est la mise en pratique de cette conception de l'intervention dans la Constituante et de son utilisation qui préoccupe la bourgeoisie péruvienne et ses militaires. Elle s'articule sur les luttes et les mobilisations des masses, aide à leur impulsion et leur donne d'emblée une résonnance politique nationale.
C'est en pensant à cela que Haya de la Torre propose d'en abréger les travaux et que certains militaires laissent entendre qu'un coup d'Etat, impliquant la dissolution de la Constituante, pourrait être une solution à l'impasse actuelle.
Que ces alternatives soient envisagées plus ou moins ouvertement prouve que le temps est compté au Pérou, que la bourgeoisie commence sérieusement à envisager de nouveaux plans pour stabiliser la situation au mieux de ses intérêts.
C'est dans ce cadre d'ensemble qu'il faut replacer l'interview qui suit de Hugo Blanco, réalisé peu après l'installation officielle de la Constituante et à la veille du déclenchement de la grève des mineurs.