La révolution vietnamienne a fait un grand pas en avant dans les derniers mois. Des mesures promulguées par le gouvernement de la République socialiste du Vietnam, et appuyées par des actions de masse, ont aboli les dernières places fortes de la classe capitaliste du Sud. Les deux zones du Vietnam, qui avaient été unifiées politiquement en juillet 1976, ont maintenant été fusionnées économiquement en une seule économie planifiée et nationa-
La nouvelle étape a commencé par un décret du 23 mars supprimant 30000 entreprises du commerce et des affaires au Sud-Vietnam. La cible principale de ces mesures étaient les hommes d'affaires du district de Cholon de Ho Chi Minh Ville (Saïgon) qui ont longtemps dominé le commerce dans le Sud. Nayan Chanda, un journaliste qui a suivi de près les événements en Indochine depuis la fin de la guerre, a décrit le district de Cholon comme «un cœur capitaliste battant à l'intérieur du corps socialiste du Vietnam»
Le 16 avril le régime a une nouvelle fois mobilisé ses partisans pour arrêter les opérations illégales dans les marchés en plein air d'Ho Chi Minh Ville, qui étaient des centres d'opérations de marché noir.
Bien que beaucoup de petites boutiques soient encore en activité, ces mesures ont effectivement per-
Les dirigeants du PCV ont été obligés, pas à pas, de se débarasser du capitalisme dans le Sud, étendant à cette région les structures politiques et économiques de l'Etat ouvrier du Nord mis au gouvernement de prendre le contrôle des opérations à grande échelle du commerce de gros et de détail. « Comme leurs compatriotes du Nord, les Vietnamiens du Sud ont maintenant commencé à faire la queue pour acheter des provisions dans les magasins d'Etat ou coopératifs », rapporte Chanda. Le régime prend évidemment des mesures pour bloquer tout recapitalistes expropriés. D'après Chanda, on a demandé à des milliers d'hommes d'affaires et à leurs familles de « se préparer à quitter Ho Chi Minh Ville pour aller soit dans leurs villages de naissance soit dans les Nouvelles Zones Economiques - régions de repeuplement sur des terres vierges». On a offert à quelques-uns la possibilité de demeurer en ville s'ils investissent le capital qui leur reste dans des projets gouverementaux. Le 3 mai une monnaie unique a été instituée pour tout le pays. Auparavant les deux zones avaient des monnaies différentes, ce qui leurs structures économiques différentes. Des mesures strictes ont été prises pour empêcher la thésaurisation et d'autres formes de manipulation de la monLes mesures prises dans le Sud ont été étendues au Nord, où de nouveaux contrôles serrés ont été mis en place sur le commerce privé. (environ 90% des marchands expropropagande offensive contre Vietnam, basée sur des allégation non étayées de discrimination cor tre la minorité chinoise.)
Les dispositions mises à exécu tion en mars, avril et mai const tuent une extension au Sud d l'économie planifiée qui existe dar le Nord depuis vingt ans. Il s'ag de l'accomplissement d'un proce sus de révolution sociale qui a con mencé avec l'entrée des forces d libération à Saïgon le 30 avril 197: Ces mesures contrastent brutale ment avec la politique que le régim du Parti communiste vietnamien cherché à mener après la victoire
La victoire des forces armées d la République démocratique d Vietnam (ancien nom du Vietnar du Nord) et du Front national d libération en avril 1975 a détrui Tappareil militaire et administrati de l'ancien régime. Au moment o les forces de libération appro chaient de Saigon, la plupart de capitalistes importants du Vietnar se sont bousculés pour partir dan les avions de leurs maîtres impéria listes. Dans beaucoup de cas le travailleurs, souvent conduits pa des cadres du FNL ou de la RDV ont occupé les usines, les prote geant du vol ou de la destructio jusqu'à ce que les forces rebelle aient terminé la conquête de la vi et essayant de les maintenir e activité pendant qu'une administration était établie.
Le chute du régime capitalist corrompu a été saluée avec enthou siasme par les travailleurs et les jeu nes dans les villes du Vietnam, auss bien que par la plupart des paysan à la campagne. Ils voulaient la réu nification de leur pays divisé de puis longtemps et l'abolition com plète du capitalisme et du règn des propriétaires fonciers. Comm 70% de l'industrie étaient déjà en tre les mains du gouvernement grâ
ce à la fuite des propriétaires, il était au pouvoir des dirigeants de la RDV et du FNL de réaliser une révolution socialiste et de réunifier le Vietnam.
Ils ont choisi de suivre une direction différente. Au lieu de réunifier le Vietnam, un « Gouvernement révolutionnaire provisoire » fut installé à la tête d'un Etat formellement indépendant au Sud, bien que les appareils du Parti et de l'armée des deux zones aient fusionné. Les dirigeants du Parti communiste vietnamien ont déclaré qu'il fallait attendre au moins cinq ans pour la réunification. Le nouveau régime a promis de préserver des rapports capitalistes de propriété dans le Sud. Ceci était dans la ligne du programme de collaboration de classe mis en avant par les dirigeants rebelles dans les années précédant leur victoire.
Le Secrétaire du Parti communiste, Le Duan, déclarait le 15 mai 1975 que cette ligne conduirait à la création d'«un bon régime national et démocratique, d'une économie nationale et démocratique prospére » dans le Sud.
L'affirmation de Le Duan exprimait l'adhésion du PCV à la théorie stalinienne de la révolution en deux étapes. Selon ce concept le Vietnam du Sud devait traverser une période de développement sous les auspices du capitalisme avant de passer à une révolution socialiste.
Les dirigeants du PCV espéraient que le maintien du capitalisme dans le Sud attirerait l'aide impérialiste et les investissements au Vietnam, en particulier les 2,2 milliards de dollars d'aide à la reconstruction promis par l'administration Nixon lors des Accords de Paris en 1973. Le besoin d'une telle assistance était réel et désespéré.
Pendant dix ans les zones rurales du Vietnam du Sud avaient été pilonnées par les bombes US et aspergées de défoliants, ce qui avait amené la ruine de l'agriculture du Vietnam du Sud. Autrefois exportateur de riz, le Vietnam du Sud se trouvait au bout du compte avoir besoin d'importations massives. Des millions de paysans étaient contraints de se réfugier dans des villes surpeuplées. L'économie entière était devenue dépendante de l'aide extérieure, et des centaines de milliers de personnes gagnaient leur vie en fournissant des services aux occupants américains.
Les forces US se sont finalement retirées en avril 1975, mais les dévastations infligées par le Pentagone sont restées. Le nombre de chômeurs s'élevait alors à 3,5 millions. Des dizaines de milliers d'enfants sans foyer avaient besoin que l'on s'occupe d'eux. Les villes étaient infestées par la prostitution, la drogue et la maladie.
L'aide espérée de la part des gouvernements et entreprises capitalistes ne s'est pas matérialisée, bien modestes investissements aient été effectués par le Japon, la France et la Suède. En dépit d'un intérêt considérable pour les ressources pétrolières du Vietnam, la plupart des investisseurs capitalistes se sont détourés d'un régime enraciné dans un soulèvement révolutionnaire et ayant des liens étroits avec l'Etat ouvrier du Nord.
Les impérialistes US ont continué dans cette voie avec de nouveaux crimes contre le peuple vietnamien. Toute assistance a été coupée. La Maison Blanche est revenue sur la promesse du traité d'aider à reconstruire le Vietnam. Le commerce avec le Vietnam a été interdit (ceci était particulièrement préjudiciable, car la plupart des usines du Sud Vietnam dépendaient des Etats-Unis pour les matières premiè-
Le Département d'Etat a refusé reconnaissance plomatique au gouvernement et a cherché à détruire sa délégation aux Nations-Unies par de fausses accusations d'espionnage. La Maison Blanche a continué d'encercler le Vietnam avec des régimes clients comme celui de la Thailande, des bases militaires US et la 7e Flotte.
Son but était de punir les Vietnamiens d'avoir vaincu l'invasion impérialiste et de discréditer le nouveau régime en le forçant à affronter dans l'isolement de graves problèmes économiques. C'est ainsi que la presse capitaliste US a publié de nombreux articles dépeignant les difficultés de la vie au Vietnam aujourd'hui, tout en omettant délicatement de mentionner les conditions de vie misérables de la grande majorité du peuple sous l'ancien régime, ou la lourde responsabilité incombant à l'invasion et au blocus économique qui a suivi.
Les dirigeants du PCV ont également été déçus dans leurs espoirs d'une aide massive de la part de PURSS et de la Chine. Les bureaucrates qui dirigent ces Etats ouvriers ont considéré la fin de la guerre comme une bonne excuse pour réduire leur assistance au peuple vietnamien et imposer des conditions plus rigoureuses : c'est ainsi que Moscou a remplacé les subventions au nam par des prêts avec intérêts et que Pékin a demandé aux Vietnamiens aux abois de lui payer des cargaisons de riz.
L'expérience vietnamienne montre une nouvelle fois la fausseté de la théorie de la révolution en deux étapes. Il s'est révélé impossible de construire « un bon régime national et démocratique, une bonne écono-
Get démocratique» dans le Sud. En dépit de leurs promesses, les dirigeants du PCV ont été obligés, pas à pas, de se débarasser du capitalisme dans le Sud, étendant à cette région les structures politiques et économiques de l'Etat ouvrier du Nord.
Le régime a été poussé dans cette direction non seulement par la nécessité objective, mais aussi par la pression des masses en faveur de mesures décisives pour réorganiser l'économie. Bien que la structure bureaucratique du régime refuse au peuple toute voix politique, les dirigeants ne pouvaient pas ignorer les besoins économiques de base des travailleurs et des jeunes qui constituent sa base populaire dans les villes.
Le secteur le plus important de la classe capitaliste qui a survécu à la du régime fantoche les marchands. Ils contrôlaient la distribution de la plupart des denrées - y compris les productions de d'usines nationalisées. La perspective de collaboration de classe du régime était basée l'hypothèse qu'ils pourraient être à la fois persuadés et contraints de participer de façon coopérative au nouvel ordre des choses. Rien de tout cela n'est arrivé.
En août 1975 la pénurie et l'inTation des prix, s'ajoutant à la persistance du chômage, ont engendré une crise. Les banques ont été
nationalisées, nationalisées, une nouvelle monnaie a été introduite dans le Sud, et on a confisqué les propriétés de quelques commerçants-clé d'exemple pour les autres.
Expliquant les raisons de cette action, le Premier ministre Huynh Tan Phat a dit : «Tout était entre leurs (les compradores) mains. Ils rompaient les marchés, créaient artificiellement des pénuries, déclenchaient une spirale inflationniste des prix et nous n'y pouvions pas grand-chose. Ils contrôlaient tout depuis l'achat, le transport et la distribution de pratiquement toutes les denrées.». Les premières actions contre le capitalisme ont été appuyées par des manifestations de milliers de personnes dans les rues de Ho Chi Minh Ville.
La combinaison des difficultés économiques, de l'hostilité des marchands capitalistes et du mécontentement populaire a persuadé les dirigeants du PCV d'accélérer le processus de réunification prévu. Une Assemblée nationale a été élue en avril 1976. Le 2 juillet de la même année, cette Assemblée a proclamé la République socialiste du Vietnam, et a élu un gouverement dirigé par les personnalités dirigeantes de l'ancienne République du Vietnam. Le Duan a promis :
«Dans le Sud, nous devons immédiatement abolir la bourgeoisie compradore et les restes de la classe féodale des propriétaires fonciers, entreprendre la transformation socialiste de l'industrie privée et du commerce capitalistes, de l'agriculture, de l'artisanat et du petit commerce par des mesures et une progression appropriées, combiner activement la transformation avec la remise en ordre pour amener l'économie du Sud dans l'orbite du socialisme, et intégrer les économies des deux zones en un système unique de production socialiste à grande échelle».
Un article « Nouveaux progrès dans la marche du Vietnam contre le capitalisme» (1) paru dans le numéro du 18 octobre 1976 d'Intercontinental Press résumait la signification de la réunification et les perspectives qu'elle ouvrait :
« A travers ces mesures, l'Etat ouurier déformé qui a été établi au Vietnam du Nord dans les années d'après 1954 a formalisé l'extension de son appareil politique et de son contrôle dans le Sud. Ce faisant, il s'est trouvé face à une contradiction majeure.
« Contrairement à ce qui se passe au Nord, l'économie su Sud reste capitaliste par sa nature, ce soit un capitalisme faible et délabré. Les dirigeants vietnamiens sont ainsi confrontés au choix entre coexister avec les forces capitalistes dans le Sud ou y achever la révolution sociale par le renversement des rapports capitalistes de propriété et la création d'une économie planifiée.
«Si les dirigeants vietnamiens décidaient de coexister avec une économie capitaliste au Sud, la renaissance et la croissance des forces capitalistes en seraient encouragées. Elles auraient d'autant plus de facilité à pénétrer dans l'économie du Nord. Le terrain serait alors préparé pour un futur renversement réactionnaire de tous les progrès acquis par la révolution vietnamienne, y compris l'économie planifiée du Nord.
«En réalité, toutefois, le Vietnam s'engage dans une résolution progressive de cette contradiction, en dépit des hésitations et des pratiques de collaboration de classe de la direction stalinienne.»
Quelques mesures anti-capitalistes ont suivi la réunion de l'Assemblée nationale. La destruction de la propriété foncière a été activée par la nationalisation sans indemnités au milieu de l'année 1977 des plantations de caoutchouc possédées par des impérialistes comme celles de la firme Michelin.
En dépit de ses proclamations, le régime a cependant poursuivi ses efforts pour collaborer avec les industriels et les marchands qui dominaient une partie de l'industrie et le gros du commerce. Les mesures prises contre quelques commerçants en août 1975 n'ont pas été poursuivies. Le 30 avril 1976, Nayan Chanda écrivait dans le Washington Post : « Malgré quelques mesures rigoureuses contre quelques hommes d'affaires importants de Cholon... une grande partie du monde des affaires a apparemment survécu à la réforme de la monnaie de septembre dernier en dispersant rapidement ses avoirs. Il n'a pas été possible non plus de dénicher leurs stocks cachés de marchandises
« Après une accalmie de quelques mois, Cholon fait de nouveau un commerce actif. L'accumulation des stocks et le marché noir, combinés avec une pénurie générale des denrées que ce pays importait autrefois, ont entraîné la hausse des prix...».
Une dépêche d'Hanoï de Richard Ward dans le numéro du 21 juin 1978 de l'hebdomadaire new-yorkais Guardian cite le père Tran Tam Tinh, un professeur vivant au Québec et qui a visite plusieurs fois le Vietnam depuis la libération; selon celui-ci, les commerçants de Saigon « contrôlaient auparavant presque tout le réseau d'import-export, d'import-export, presque tout le transport routier et avaient monopolisé le commerce du riz, de la viande, des tissus et autres produits de première nécessité» .
Bien que l'Assemblée nationale ait proclamé un plan économique pour l'ensemble du pays en juillet 1976, l'étendue du pouvoir économique capitaliste bloquait l'intégration de l'économie du Sud dans le plan.
En outre, le pouvoir économique et la richesse des capitalistes et des marchands leur permettaient de forger des liens étroits avec l'administration d'Etat au Sud. Les cadres envoyés du Nord pour organiser l'appareil bureaucratique ont souvent développé des relations confortables et profitables avec le monde des affaires.
La corruption est devenue une menace pour le contrôle du gouvernement sur la nouvelle administration du Sud, et lui a aliéné le soutien populaire. Dans le Nord aussi, se sont élevées des plaintes contre la corruption bureaucratique.
Dans un article de 1976 du Hoc Tap, un journal du PCV, le Ministre des Affaires étrangères Nguyen Duy Trinh écrit que la corruption et la conduite tyrannique de quelques cadres ont « plus que légèrement terni le prestige du Parti, de l'Etat et de l'armée aux yeux du peuple» et averti que « si ces comportements ne sont pas rapidement rectifiés, ils vont conduire à la dégénérescence et à la détérioration ».
Selon Nayan Chanda, écrivant le 3 mars 1978 dans Far Eastern Economic Review, une campagne con-
tre la corruption a été « lancée avec une urgence supplémentaire dans le Sud, particulièrement à Ho Chi Minh Ville, où le danger de dégénérescence morale des cadres - de conserver l'image des cadres du Parti sans tache sont plus grands.
« Depuis qu'en juillet dernier le comité du Parti de Ho Chi Minh Ville a adopté des résolutions pour combattre la corruption (selon un officiel, le Parti a reçu durant le congrès 10000 lettres de la population locale se plaignant et faisant des suggestions), un nombre assez grand de cadres vétérans du Parti et de fonctionnaires ont été mis en prison, y compris les directeurs d'une compagnie nationalisée et du Port de Saigon, et le Président d'un comité du peuple de la ville.». tion catacaster e ose le corcessité d'actions contre les capitalistes est apparue plus clairement. Un dirigeant du Sud, membre du Bureau politique du PCV, Nguyen Van Linh, a été révoqué de son poste de président du comité pour la transformation de l'entreprise dans le commerce. « En fait, il a été tenu pour responsable de n'avoir pas pu réformer plus vite les capitalistes», affirme Chanda « quelques mois avant le remaniement, plusieurs milliers de cadres de Nord ont été envoyés au Sud pour reprendre des postes administratifs et de direction à des titulaires considérés comme incompétents et corrom-
Le feu continu de la demande populaire, aussi bien. qu'au Sud, de plus de biens de consommation, a conduit le régime à réorienter sa planification économique vers les biens de consommation et l'agriculture plutôt que vers l'industrie lourde, et a exercé une pression pour la rationalisation de la distribution. C'était nécessaire pour faire face aux besoins des habitants des villes, encourager les déplacements vers les nouvelles zones économiques, et fournir les denrées qui pourraient être échangées aux paysans contre du riz.
Les problèmes ont culminé lorsque la sécheresse et les inondations ont réduit les récoltes de 1976 et 1977. Le manque de nourriture a engendré la réduction des rations de riz et a nécessité un nouvel effacement de l'industrie face à l'agriculture dans la planification économique.
Tout ceci, ajouté à la pénurie d'autres denrées, a eu un impact exacerbé par le stockage des marchandises, la spéculation monétaire et d'autres pratiques auxquelles se livraient les commerçants. Le taux d'inflation est de 80% dans le Sud.
Des considérations militaires ont également contraint les dirigeants à une action décisive. Outre le conflit frontalier avec le Cambodge, le régime subit une pression croissante de Pékin sur sa frontière nord. Les troupes vietnamiennes combattent actuellement des guérillas de droite ou royalistes au Laos.
Face au mécontentement croissant et à la dislocation économique, le gouvernement a décidé de briser le pouvoir économique capitaliste. Dans le numéro du 26 mai de Far Eastern Economic Review, Chanda cite l'éditorial du 13 avril du quotidien du Parti Nhan Dan, qui admet que «l'expérience des trois dernières années montre qu'en dépit de restrictions l'économie capitaliste continue à faire la loi'». L'éditorial ridiculisait l'idée que «les bons côtés des systèmes capitalistes et d'économie privée pouvaient être utiles». De telles prétentions sur la valeur du capitalisme pour le développement du Sud avaient fait partie de la rhétorique habituelle des dirigeants du PCV.
L'éditorial concluait que «aussi longtemps que (le secteur privé) existera, la réorganisation de l'agriculture et de l'artisanat suivant une ligne socialiste sera très difficile. De même, tant qu'un commerce capitasurvivra, il sera impossible d'établir un commerce socialiste fort».
L'élimination du commerce privé de grande échelle ne signifie pas que le Vietnam a éliminé toute entreprise capitaliste. Au contraire, une partie de l'industrie fonctionne encore sur une base capitaliste ou mixte Etat-privé (cela concerne environ 30% de la production industrielle du Sud). Ce secteur est étroitement supervisé par le gouvernement, et le contrôle va maintenant être renforcé du fait que les industriels n'auront plus la possibilité de vendre leurs produits en passant par des commerçants privés.
Les capitalistes restant manquent de cohésion interne et d'une organisation forte comme celles des commerçants de Cholon. Surtout, ils n'ont en main aucun levier du pouvoir économique. Les derniers bastions du capitalisme au Vietnam du Sud ont été écrasés.
Les nouvelles mesures mettent le gouvernement en meilleure position pour assurer l'approvisionnement des villes et pour guider le développement de l'agriculture, puisque les commerçants ne peuvent plus surenréchir sur l'Etat pour acheter leur production aux paysans. Le danger potentiel d'une alliance entre les marchands et les paysans contre le régime a été écarté.
Prises comme un tout, ces mesures constituent une résolution positive de la contradiction entre le régime né de la longue lutte révolutionnaire du Vietnam (qui a commencé en 1945) et les rapports capitalistes de propriété survivants. Les rapports capitalistes de production ne prédominent plus au Sud-Vietnam.
En dépit des difficultés qui ont harcelé le Vietnam, conséquences de l'exploitation impérialiste, de la guerre, et du blocus économique, combinés avec les activités des capitalistes locaux, des progrès majeurs ont été effectués. L'abolition du capitalisme et l'indépendance face à l'impérialisme sont les plus importants. Le nombre de chômeurs a été réduit à 1,5 million. Des centaines de milliers de personnes ont été persuadées de quitter les villes pour leurs villages d'origine ou les Nouvelles zones économiques où progressent, dans des conditions difficiles, la restauration et l'expansion de l'agriculture vietnamienne. En dépit de mauvaises récoltes, le régime a été capable de nourrir toute la population -une chose que son prédécesseur, malgré une aide importante des Etats-Unis, n'a jamais pu accom-
«Grâce à la campagne d'éduca-. tion des adultes et à l'instruction enfants», Chanda, «le d'alphabétisation a augmenté sen-
siblement. Malgré la pénurie d'équipements et de médicaments, un mouvement d'hygiène et vaccinations a prévenu les épidémies les plus importantes (qui se produisaient régulièrement sous le régime fantoche US). Les fonctionnaires de l'Agence internationale disent qu'ils sont impressionnés par la détermination et le dévouement avec lesquels un service de santé rudimentaire a été mis en place dans le Sud.»
De telles mesures, qui sont régulièrement omises dans les informations sur le Vietnam qui paraissent dans la presse capitaliste US, aident à expliquer le maintien de la loyauté profonde du peuple vietnamien envers sa révolution en dépit des grandes difficultés qu'il a eues à endurer. L'établissement d'une économie planifiée pour l'ensemble du pays établit les bases pour des conquêtes ultérieures.
Néanmoins, il en faut plus pour éliminer vraiment le besoin et l'inégalité au Vietnam. La démocratie ouvrière des travailleurs et la liberté de pensée doivent être instituées, pour que les masses puissent dirigér et contrôler le régime. C'est la seule façon d'extirper la corruption qui est endémique dans un régime fondé sur le commandement bureaucratique et la hiérarchie des privilèges.
La réalisation du socialisme demande que la politique de « coexistence pacifique» avec l'impérialisme, préconisée par les dirigeants du PCV, soit remplacée par une politique destinée à développer les victoires socialistes et anti-impérialistes dans le monde entier. Un effort pour obtenir de l'aide, des échanges commerciaux et des investissements des pays impérialistes et d'autres sources est absolument nécessaire pour le développement actuel du Vietnam, mais il serait fatal pour les dirigeants vietnamiens de subordonner à cet effort les luttes révolutionnaires qui existent ailleurs. Les victoires socialistes et anti-impérialistes sont la défense la plus sûre de la révolution vietnamienne et créent la base d'une planification socialiste internationale qui pourra avoir raison de la pauvreté au Vietnam de manière décisive.
La direction du PCV, formée à l'école stalinienne et exerçant une tutelle bureaucratique sur les masses, ne peut pas mettre sur pied le programme nécessaire. Pour cela les ouvriers et paysans vietnamiens auront à réaliser une révolution antibureaucratique afin d'assainir leur Etat ouvrier des privilèges et de la corruption, et de le diriger vers la route de l'internationalisme de la classe ouvrière.
Les nouveaux progrès dans la révolution vietnamienne rendent on ne peut plus impératif que les socialistes exigent de la Maison Blanche qu'elle remplisse ses obligations d'aider le Vietnam, d'établir des relations diplomatiques avec le régime et d'arrêter le blocus économique instauré contre ce peuple
Washington doit mettre un terme à ses tentatives d'encerclement de la révolution vietnamienne par des bases militaires et une clientèle de régimes réactionnaires.
3 juillet 1978