Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CUBA

Politique extérieure et nature du régime

· Inprecor n° 34, 21 septembre 1978 · p. 23-28 · 4 555 mots

Cuba URSS et Russie États-Unis Afrique australe

Nous publions ci-dessous deux articles donnant un eclairage different sur la poutique extérieure cubaine. Le premier est au recueil d'articles écrits entre

A cause de son rôle croissant dans les affaires africai nes, Cuba fait de nouveau la une de l'actualité. Jamais depuis la chute de Batista et la suppression des rapports de propriété capitalistes à Cuba, les controverses sur les faits et gestes du régime Castro n'avaient été aussi vives.

La réaction la plus inquié tante sur la fouriture par Cuba de materiel a l'Angola, puis à l'Ethiopie, est venue de la Maison Blanche. quitter la scène politique, le président Ford stigmatisait le gouvernement Castro «hors la loi. interational». Carter promit d'avoir une politique différente, et pendant une période, il insinuait au'un dialogue pourrait être ouvert avec les Cubains. Ceci s'est ré vélé n'être qu'un interlude déla politique générale suivie par Eisenhower, Kennedy, aujourd'hui, pour que Castro retire les forcubaines d'Angola et d'Ethiopie ou subisse des représailles. Le Département d'Etat a accru les pressions au niveau diplomatique, et des menaces ont été faites de recourir à des mesures militai-

La réaction de Washington provient de la crainte que la présence cubaine en Afrique ne signifie un nouvel affaiblis-

La politique extérieure cubaine, loin d'inviter à un accord avec l'impérialisme américain, en ferme plutôt la possibilité.

par Joseph Hansen, l'introduction 1959 et 1970 sement de la main-mise impérialiste dans cette région, un renforcement de l'influence soviétique, et de nouveaux encouragements apportés aux forces révolutionnaires capables d'évoluer vers le socialisme.

La reprise de la campagne impérialiste contre la révolution cubaine concerne au premier chef quiconque est contre la guerre et pour le droit à l'autodétermination. Cela implique de s'organiser vigoureusement à l'échelle internationale pour défendre la révolution cubaine contre la menace renouvelée de l'impérialisme américain de l'écraser.

L'un des sous-produits de l'arrivée récente de Cuba sur le devant de la scène politique mondiale a été un regain d'intérêt pour la nature de la révolution cubaine, pour le caractère politique de sa direction et pour les relations entre Moscou et La Havane.

Les questions discutées sont par exemple les suivantes : est-ce que la présence des troupes et des conseillers cubains en Angola, en Ethiopie et d'autres lieux d'Afrique prouve - comme la machine de propagande de Washington le prétend - que Castro sert de fantodirigeant du Socialist Workers Party des Etats-Unis : « Dynamique de la révolution cubaine », edite cet été par les éditions Pathfinder à New York che à Moscou? Ou bien le gouvernement cubain cherche-t-il à mettre en avant une politique qui lui soit propre et qui se trouve, en l'occurence, être Moscou ? En quoi l'influence croissante de La Havane dans les affaires africaines est-elle révélatrice de l'état actuel de la révolution cubaine? Une caste parasitaire s'est-elle cris tallisée à Cuba ? La révolution a-t-elle dégénéré au point que l'on doive dire désormais qu'un régime stalinien a usurpé le pouvoir? La prudence rétrospective nous conduira-t-elle à admettre que la révolution cubaine a été dirigée par des staliniens dès l'origine ? Ou bien les nouveaux développements indiquent-ils au contraire, la continuation d'une politique d'extension internationale de la révolution entravant la politique stalinienne de «coexistence pacifique» avec les puissances impérialistes et leur système capitaliste ?

Les questions de ce genre ne sont pas nouvelles. Elles ont été posées et débattues durant les premières années de la ré volution cubaine. Les initiatives prises par les Cubains sur le continent africain les placent de nouveau à l'ordre du jour.

Il n'est pas suffisant d'étudier soigneusement les déve loppements en cours pour

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trouver les réponses correctes à ces questions, en particulier compte-tenu du manque d'information sur quelques points essentiels tels que les calculs de La Havane d'un côté, ceux de Moscou de l'autre. Il faut actuellement se contenter de suppositions ou de déductions.

Une condition préalable est la connaissance précise du contexte. Les articles donnant une analyse «en profondeur» du rôle croissant de Cuba en Afrique sont manifestement inadéquats s'ils se dispensent de faire référence à la politique suivie par les dirigeants cubains lors du déroulement de la lutte révolutionnaire à Cuba.

Du point de vue du matérialisme dialectique, il est indis pensable d'en revenir aux origines de la révolution cubaine. Il n'y a pas d'autre moyen d'établir la continuité - ou la qui, entre autres résultats, reçoivent, aujourd'hui, une expression spectaculaire en Afrique. Bien plus, il n'y a pas d'autre moyen de déterminer la signification de la révolution cubaine telle qu'elle a évolué. Ici, il n'est pas nécessaire de commencer à zéro - le blème posé à la théorie marxiste par le caractère unique des événements a été résolu en son temps. conclusions adoptées alors se sont révélées extrêmement utiles dans l'analyse des événements ultérieurs. «EN FINIR A TOUT PRIX» Actuellement, Washington soutient que Cuba est devenue totalement dépendante de l'Union soviétique, obéit abjectement aux ordres du Kremlin et a envoyé ses troupes en Afrique comme supplétifs des troupes soviétiques. Ces allégations sont conformes aux schémas de la vieille propagande du Département d'Etat décrivant l'Union soviétique comme une puissance agressive tentant de conquérir le monde. La vérité est que l'objectif principal de la politique étrangère suivie par la caste dirigeante soviétique est le maintien du statu quo, c'est-à-dire la «coexistence pacifique» avec les puissances impérialistes et le système capitaliste.

S'il était vrai que Brejnev ait abandonné cette politique au profit de l'extension du pouvoir et de l'influence soviétiques par l'utilisation de la force armée, ce tournant représenterait un élément nouveau d'une importance capitale dans la situation mondiale. Il conviendrait de revenir sur l'analyse de la nature du gouvernement soviétique, ainsi que sur une redéfinition possible de l'attitude marxiste révolutionnaire à l'égard de la caste dirigeante. Une telle analyse présenterait les Cubains sous un jour favorable, comme le fer de lance de l'otfensive décidée par Brejnev.

Cependant, le Département d'Etat n'agit pas en partant du point de vue que Brejnev a adopté une politique de lutte

Le Département d'Etat distingue Castro Breinev. Des relations amicales sont entretenues avec le dirigeant soviétique alors même que des armes du type le plus diabolique sont construites par le Pentagone en vue d'une guerre prévue contre l'URSS. Castro, au contraire, reste en de la liste des ennemis établie par le Département d'Etat, et la CIA a tenté à plusieurs reprises de mettre en application l'ordre lancé contre lui : «en finir à tout prix».

L'attitude de Washington n'est guère surprenante - il ne s'agit que d'une réaction impérialiste aux efforts faits par la direction cubaine pour défendre la révolution en assurant son extension.

La politique suivie par Cuba peut commodément être divisée en trois phases : 1 - La grande vague d'enthousiasme suscitée par la victoire de la révolution cubaine a engendré de nombreuses tentatives d'imitation du mouvement du 26 juillet. Ces tentatives ont été soutenues par La Havane à la fois politiquement et matériellement. L'extension de la révolution cubaine semblait reposer sur l'extension des méthodes utilisées par le Mouvement du 26 juillet - essentiellement le lancement et la poursuite de la guerre de guérilla. Cette période atteignit son point culminant lors de la conférence de l'OLAS (Organisation latino-américaine de solidarité) tenue à La Havane en août 1967. Là, Castro critiqua de façon impitoyable les réformistes latino-américains pour leur sabotage de la guerre de guérilla. A ce moment, Che Guevara était en Bolivie menant l'entreprise qui devait aboutir à sa mort.

Quelles qu'aient été les carences de sa conception, tentative de Guevara de préparer la révolution en Bolivie té moigne de la vision internationaliste de l'équipe Castro. L'un des objectifs de Guevara était de créer un nouveau front qui aiderait les Vietnamiens dans leur lutte contre l'invasion américaine en Indochine.

Il est utile de rappeler que le 10 mars 1965, Castro offrit publiquement d'envoyer des armes et des hommes pour aider les Vietnamiens. Le 16 mars, dans un discours largement diffusé appelant Pékin et Moscou à serrer les rangs contre l'ennemi commun, Castro déclara : «..Nous pensons qu'il faut donner au Vietnam toute l'aide nécessaire... Nous sommes partisans d'une aide en armes et en hommes... Nous sommes pour que le camp socialiste risque tout ce qui est nécessaire pour le Viet-

L'offre de Cuba d'envoyer «hommes et armes» fut repoussée par le Front de libération nationale. De fait, Cuba était le premier Etat ouvrier à faire ce genre d'offre publique. L'initiative peut avoir été décisive pour forcer Moscou et Pé kin à faire à leur tour des dé clarations similaires. 2 - La faillite du projet ambitieux de Guevara marqua le dé part d'une série de défaites pour les groupes qui prirent la

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route de la guérilla. Castro, alors, effectua un tournant. Du fait qu'il fut pris quelques mois à peine après la conférence de l'OLAS de 1967 et qu'aucune appréciation critique ne fut faite de la ligne précédemment suivie, une grande confusion se répandit parmi les partisans de la révolution cubaine. Tandis qu'ils continuaient à apporter une aide - essentiellement un entraînement - aux partisans de la guérilla en Amérique latine, les Cubains cessèrent de considérer celle-ci comme la voie royale du succès.

La situation économique à Cuba était également préoccupante; le blocus américain provoquait des tensions. Les dirigeants cubains élevèrent leurs objectifs économiques, espérant que des efforts extraordinaires viendraient à bout de l'étranglement américain. Des objectifs irréalistes, notamment au cours de la campagne de 1970 pour produire 10 millions de tonnes de sucre, provoquèrent • dislocations dans la planification économique et l'épuisement des travailleurs.

En fonction de ces résultats, les dirigeants cubains durent réapprécier les priorités et établir des objectifs plus modestes. La pause de réflexion sur la signification de la faillite de la guerre de guérilla et la détermination d'autres solutions possibles dura jusqu'en 1975.

Washington interpréta manifestement l'abandon de la guerre de guérilla en Amérique latine comme la preuve que la révolution cubaine rentrait dans le rang, et le Département d'Etat - dont le blocus n'avait pu isoler Cuba - commença à explorer les moyens d'amener Castro dans le cadre général de la «coexistence pacifique». 3 - L'éclatement de l'empire portugais, l'apogée des luttes de libération nationale dans les colonies et le renversement de la dictature Salazar-Caetano à Lisbonne, fournirent de nouvelles possibilités aux Cubains. Ils avaient déjà établi des liens avec les diverses forces de guérilla en Afrique, Guevara lui-même ayant participé à cette tâche. En Angola, les Cubains fournirent une aide - essentiellement sous forme de troupes -pour contrer les efforts impérialistes de Washington et Prétoria de bloquer la lutte de libération. L'opinion sur le rôle prééminent de la force armée en soi et pour soi -opinion qui sous-estime la valeur d'un programme politique correct - est mise à l'épreuve de façon encore plus claire qu'en Amérique la-

Un aspect nouveau de cet engagement est sa légalité. Les Cubains ont été invités par le MPLA (Mouvement populaire de libération en Angola), qui a été reconnu internationalecomme gouvernement légitime de l'Angola, à envoyer une aide matérielle, y compris des troupes, pour promouvoir la défense du pays contre les efforts de l'Afrique du Sud et des Etats-Unis de réimposer la domination impérialiste. En répondant à l'appel, les Cubains agirent en accord avec la loi internationale. Le modèle fut répété dans le cas de l'Ethiopie. Aujourd'hui On trouve des conseillers et des experts cubains dans de nombreux pays d'Afrique.

Moscou a fourni une aide matérielle, avant tout des armes, à l'Angola et à l'Ethiopie. Ceci n'est en rien nouveau. Une aide semblable a été apportée dans le passé par le Kremlin à d'autres pays africains et à des pays d'autres parties du monde - Cuba en étant un exemple frappant. La caste dirigeante soviétique est obligée de faire cela, en partie pour ne pas être en reste avec Pékin, en partie pour donner quelque crédibilité à sa prétention de lutter pour le socialisme, et prendre la direction des forces évoluant vers l'anticapitalisme, le mieux étant de les utiliser dans les marchandages avec les impérialistes américains. Les objectifs de Moscou se placent dans le contexte général de la détente. Tout ce qui est visé n'est qu'un peu plus d'espace pour manœuvrer. NOS CRITIQUES DE LA POLITIQUE ETRANGERE CUBAINE

Les trotskystes américains ont critiqué la politique étrangère de La Havane sur plusieurs points : 1) l'extension à l'échelle continentale de l'efficacité de la guerre de guérilla nous semblait reposer sur l'incompréhension à la fois de l'expérience cubaine et de la possibilité de la répéter. La clé du renversement de Batista fut la montée de la lutte de classe à Cuba. Les actions de guérilla ne furent pas «l'étincelle» enflammant cette montée; au contraire, c'est la montée qui rendit possible en l'occurence de gagner, même par des actions de guérilla.

L'impérialisme américain et ses satellites en Amérique latine, tirant les leçons de l'expérience cubaine, eurent recours à des régimes plus répressifs pour étouffer la lutte de classe; de là l'installation de dictatures militaires qui dès leurs premiers gestes tentaient d'écraser toutes les organisations de la classe ouvrière. Tandis que les masses reculaient devant l'attaque meurtrière, il devenait extrêmement difficile pour les mouvements guérilléristes de faire des progrès. Ils n'étaient pas à même de résoudre le problème de tisser des liens avec les masses.

La conclusion générale à tirer de cette évolution est que des instruments plus efficaces qu'un groupe guérillériste sont nécessaires pour conduire la lutte pour le socialisme. Ce qui est nécessaire, c'est un parti ouvrier de type léniniste. 2) Guidés par leur projet de mettre sur pied un front commun contre l'impérialisme américain, les Cubains n'ont pas su distinguer les composantes de ce front selon des

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critères programmatiques. Ainsi des partisans du système capitaliste recevaient des ovations pourvu qu'ils soient « progressistes», c'est-à-dire dénonçaient l'impérialisme ou parlaient complaisamment de la révolution cubaine. C'est ainsi que la confusion fut semée parmi les partisans de la révolution cubaine; avec la conséquence d'entraîner beaucoup d'entre eux sur de fausses routes.

Un cas particulier fut le soutien apporté au régime chilien dirigé par Salvador Allende. Bien que Castro ait pu pressentir une issue prochaine durant son séiour au Chili - son cadeau de départ à Allende fut mitraillette - le soutien qu'il offrit au régime apparut comme un soutien à l'appartenance de celui-ci au capitalisme. L'incapacité d'Allende à agir contre les conspirateurs militaires lui coûta la vie. Plus grave, la prise de pouvoir par Pinochet porta un coup cruel à la cause du socialisme en Amé rique latine et un ennemi mortel s'ajouta à la liste des régimes hostiles à la révolution cu3) Des critiques comparables peuvent etre faites aujourd'hui à la politique cubaine en Afrique. Les programmes du régime de Neto en Angola et du régime de Mengistu en Ethiopie n'ont pas été présentés pour ce qu'ils sont : des engagements de maintenir les rapports capitalistes dans ces pays.

Les Cubains semblent avant tout intéressés à soutenir les aspects anti-impérialistes des soulèvements dans ces régions. Mais négliger le combat pour les objectifs socialistes ne peut qu'aboutir à des catastrophes. Et il est dangeureux de croire qu'une lutte anti-impérialiste renforce automatiquement la lutte pour le socialisme. De telles conceptions ne peuvent qu'aboutir à des défaites pour le socialisme comme ce fut le cas au Chili. Et en Angola et en Ethiopie, nous avons déjà vu des mesures répressives prises contre les socialistes révolutionnaires.

Dans le cas de l'Erythrée, le gouvernement cubain commencé par soutenir la lutte de libération Mais, le DERG organisant des expéditions pour écraser militairement la rébellion, Cubains parurent avoir quelques difficultés à décider de l'attitude à observer : participer, rester à l'écart ou se retirer. L'hésitation de La Havane démontre à quel point une ligne anti-impérialiste inconsistante peut être dangereuse. SUR LA NATURE DE LA REVOLUTION CUBAINE

Qu'est-ce que le rôle nouveau de Cuba dans les affaires africaines nous apprend sur la nature de la révolution cubaine et de sa direction ? Rappelons-nous que lorsque La Havane répondit à l'appel à l'aide du MPLA, l'envoi troupes fut largement acclamé à gauche. Ce soutien, disait-on, ne témoignait pas seulement de l'internationalisme du régime Castro, mais il prouvait également le caractère progressiste du gouvernement

Cependant, cette argumentation fut abandonnée lorsque le régime de Mengistu demanda une aide semblable et que les Cubains répondirent favorablement. L'image de marque de Castro fut ternie au sein de l'opinion de gauche, pour laquelle l'aide qu'il accordait à l'Ethiopie était un témoignage irréfutable de la dégénérescence de la révolution cubaine.

Il est dommage que ces analystes n'aient pas été capables de maintenir simultanément les deux arguments. S'ils avaient soutenu que leurs déductions s'appliquaient de façon aussi convaincante dans les deux cas, ils nous auraient fourni une démonstration éducative sur les pièges qui attendent ceux pour qui les relations de La Havane avec les régimes angolais et éthiopien apportent de nouveaux critères sur la nature du régime Castro et l'évolution de la ré volution cubaine.

Idem pour l'affirmation selon laquelle le rôle de Cuba en Afrique est de fournir au Kremlin des troupes supplétives. On pourrait avancer que la propagande du Département d'Etat sur ce point ne signifie pas nécessairement que ceci soit faux. On peut être d'accord avec cela. Cependant, la question reste posée si l'on s'efforce d'examiner soigneusement la propagande en question en ne se contentant pas de la balayer purement et simplement. Pourquoi le Kremlin sélectionné les Cubains pour ce rôle plutôt que les Lettons, les Polonais ou les Tchèques ? Est-ce parce que Cuba est la plus éloignée de la scène et que les problèmes de transport sont les plus importants? Est-ce que les exploits de la guérilla cubaine ont fait pencher la bascule ? Est-ce que Moscou a calculé que la Maison Blanche réagirait plus agressivement au choix de Cuba, assurant par là même une montée des tensions entre La Havane et Washington? Ou bien le Kremlin avait-il des raisons plus tortueuses pour vouprovoquer les Améri-

La réponse à de telles questions, et à d'autres semblables, conduisent à conclure que le régime Castro prit certaines initiatives tendant à rendre l'influence cubaine partie prenante de la lutte anti-impérialiste sur le continent africain.

Pour ce qui est de l'argument selon lequel l'hégémonie croissante de La Havane en Afrique témoigne de la cristallisation d'une caste bureaucratique endurcie à Cuba, les faits d'évidence dont nous disposons sembleraient montrer le contraire. Les castes bureaucratiques celles d'URSS ou de Chine, font montre de conservatisme, et même de perspectives contre-révolutionnaires, lièrement dans leur politique extérieure; d'où leur recherche de « coexistence pacitique», de «détente», d'accords avec les puissan ces impérialistes aux dépens des masses. Mais en Afrique, l'activité des Cubains a considérablement accru l'instabilité aux dépens des puis-

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sances impérialistes. Castro a suivi une ligne politique qui loin d'inviter à un accord avec l'impérialisme américain, en ferme plutôt la possibilité. Ce fait, à lui seul, parle de façon décisive contre l'hypothèse qui veut que les événements d'Afrique fournissent la preuve du triomphe d'une caste bureaucratique cristallisée à Cuba.

La politique cubaine en Afrique n'implique aucun changement essentiel dans l'analyse marxiste du programme d'action adopté par l'équipe Castro après la consolidation de la victoire révolutionnaire. LES REALISATIONS DE LA REVOLUTION CUBAINE

L'influence de Cuba en Afrique semble totalement hors de la proportion avec la taille de ce petit pays des Caraibes. Comment expliquer cette anomalie? La réponse est évidente : tout repose sur le pouvoir de la révolution cubaine.

Le bilan est clair pour tout le monde : en premier lieu le contraste entre le Cuba qui fut sous le fantoche des Américains Batista et le Cuba qui est sous révolutionnaire; deuxièmement le contraste entre le Cuba d'aujourd'hui et le reste de l'Amérique latine. Cuba démontre ce qui peut être accompli par une économie planifiée pour améliorer le niveau de vie des pauvres; des pays tels que le Chili donnent l'image de ce que des bourreaux peuvent faire.

Les réalisations permises par le renversement du capitalisme sont impressionnantes. La liste comprend l'élimination du chômage, jadis le fléau de la classe ouvrière cubaine; la disparition du racisme; la promulgation de droits égaux pour les femmes; la mise sur pied de crèches ( à l'échelle nationale; celle d'un système scolaire gratuit fournissant non seulement les livres mais également nour-

•riture et vêtements pour les élèves; celle encore d'un systè me modèle de sécurité sociale. comprenant la santé; l'écrase ment des loyers et l'élabora. tion d'un ambitieux programme destiné à mettre fin au manque sévère de logements hérité du passé; et une réforme agraire qui fut décisive dans l'établissement d'une alliance solide entre ouvriers et paysans sur laquelle repose le premier Etat ouvrier de l'hémisphère occidental.

Les préoccupations du gouvernement pour les besoins de la jeunesse doivent être ajoutées à cette liste. Pendant la période suivant immédiatement la victoire, lorsqu'un des besoins les plus urgents était le personnel de confiance, des adolescents se virent confier des postes responsables dans toute l'ile. Les perspectives pour les jeunes à Cuba comprennent l'accès à l'éducation et au travail à une échelle inconnue dans tous les pays capitalistes.

C'est l'exemple de Cuba, l'exemple des réalisations rendues possibles par la révolution, qui rend compte de l'image de marque qu'a Cuba parmi les peuples coloniaux et semi-coloniaux et par consé quent de son poids politique sur la scène mondiale.

Une analyse de l'évolution interne de Cuba, particulièrement depuis dix ans, est évidemment nécessaire pour tout bilan de la révolution dans son ensemble... Notons simplement quelques points:

La révolution cubaine a dû faire face à d'extrêmes difficultés depuis le début. Les carences de la direction en font partie, la première, comme mentionné plus haut, ayant été la confiance dans la guerre de guérilla pour étendre la révolution. Une autre a été le fait de ne pas procéder immé diatement à l'établissement des formes de démocratie prolétarienne.

Cependant la principale source de difficultés aura été l'impérialisme américain. Le plus puissant pouvoir militaire de la terre, situé seulement à 150 km, décida d'étrangler la révolution cubaine. Castro devait être assassiné. Des animaux de ferme se virent inoculer des maladies contagieuses. L'explosion d'un navire marchand dans le port de La Havane et l'incendie qui a ravagé l'un des plus grands magasins de La Havane ont été deux des accidents les plus spectaculaires. Les raids de ce genre ont culminé avec l'invasion de la Baie des Cochons. Le pire de tout fut le blocus qui bouleversa complètement le commerce traditionnel avec les Etats-Unis et diminua considé rablement les possibilités de commerce libre avec d'autres pays. Le petit Cuba, dépendant du pétrole importé comme source d'énergie, était réellement une forteresse isolée soumise à un siège sévère. Pour défendre la révolution, l'équipe Castro instaura la loi martiale.

Wall Street et ses agents politiques à Washington sont totalement responsables d'avoir freiné le libre développement de la révolution cubaine. Ceci ne doit jamais être oublié lors qu'on critique la faiblesse et les erreurs du régime Castro.

Le Kremlin est, lui, responsable d'une autre source de difficultés. Sans l'aide soviétique, la révolution cubaine aurait certainement été écrasée soit par Eisenhower soit par Kennedy. Les Cubains ont eu absolument raison d'appeler à Taide. Elle leur était due au nom du programme de la révolution mondiale adopté par le gouvernement soviétique lorsqu'il était dirigé par Lénine et Trotsky.

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Les héritiers de Staline se sont sentis obligés de répondre à cet appel de Cuba, mais loin de fournir une aide gratuite, comme ils auraient dû, ils ont exigé d'être payés de retour, essentiellement au niveau politique. En un mot, pour obtenir l'aide indispensable, les Cubains ont dû laisser l'éclat du drapeau rouge de la révolution cubaine se reflèter sur Khrouchtchev et Brejnev.

Beaucoup d'indices laissent penser - et au premier rang de ceux-ci les critiques par Castro de l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, qu'il soutint avec réticence - que le prix exigé par le Kremlin pour l'aide soviétique est resté dans la gorge des Cubains. Ils durent renoncer à s'exprimer librement. D'un côté ils reçurent à temps indispensable pour sauver la révolution, de l'autre le prix à payer fut lourd en termes d'indépendance politique.

Les deux facteurs : la camaméricaine d'écraser la révolution et les liens dont dépendait l'aide soviétique, doivent etre pris en considération pour examiner le problème du bureaucratisme appauvrissant le pays, le blocontribua à l'importance sociale des couches chargées de la défense. Pour ce qui est de la distribupriorité absolue dut être accordée aux forces armées. L'une des conséquences a été une armée maintenant reconcomme la d'Amérique latine. Autre conpourtant: l'introduction de la hiérarchie, s1ene de bureaucratisation. L'influence du Kremlin fut visible dans la croissance de bureaucratiques sous les auspices de personnages influents dans l'appareil stalinien au temps de Batista.

Sprit de front ces bureaucrates-type. blème plus difficile est l'exemple donné par la caste dirigeante soviétique qui liquida la démocratie prolétarienne pratiquée sous Lénine et Trotsky. Aucun modèle de démocratie prolétarienne n'existe aujourd'hui pour contrer les formes totalitaires de domination mises en vigueur par le Kremlin.

Il serait erroné de dire que la bataille contre le bureaucratisme a été gagnée à Cuba. Des signes montrent que ce fléau social insidieux a gagné du terrain (voir l'introduction des grades dans les forces armées). D'autres indices sont l'interdiction maintenue des tendances et fractions dans le Parti communiste et l'emprisonnement du poète indépendant Heberto Padilla le 20 mars 1971; le fait de balayer toutes les protestations émises contre emprisonnement, provenant d'intellectuels de gauche comme Carlos Fuentes, Gabriel Garcia Marquez, Octavio Paz, Jean-Paul Sartre et Mario Vargas Llosa; le procès spectaculaire de Padilla, monté avec un numéro d'autocritique style procès de Moscou; et le processus d'intervention répressive dans le champ culturel où les Cubains avaient antérieurement montré leur projet de faire de la révolution « une école de la pensée sans entrave » opposée aux pratiques bureaucratiques. Autre indication inquiétante : la mise au pilori des homosexuels.

***

La position du Socialist Workers Party sur la révolution cubaine découle de l'analyse des événements qu'il fit dès l'origine. Elle peut être ré sumée en trois points : 1) pour la défense de la révolution cubaine contre tous ses ennemis. En tant qu'organisation militant aux Etats-Unis, le SWP estime qu'une tâche qui lui incombe prioritairement est de développer l'opposition politique la plus forte possible contre le principal ennemi de la révolution : l'impérialisme américain. Cette défense est inconditionnelle; elle ne dépend pas des comportements ou de la politique du gouvernement cubain.

2) Pour le développement de formes prolétariennes de dé mocratie à Cuba. Le but de ceci est d'assurer que les masses s'emparent véritablement des structures décisionnelles et de ce fait renforcent la lutte contre le bureaucratisme. La mise sur pied de conseils ouvriers renforcerait la révolution cubaine en tant que preuve vivante de la fausseté de l'équation : socialisme égale totalitarisme, mais au contraire de la justesse de celle : socialisme égale extension de la démocratie aux opprimés de façon à conduire finalement au dépérissement de l'Etat. 3) Pour la formation d'un parti de type léniniste garantis sant la démocratie interne, c'est-à-dire le droit d'expression aux opinions critiques. La valeur d'un parti sauvegardant de droit de former tendances et fractions a été démontrée par les bolcheviks. Ce modèle, façonné compte-tenu particularités cubaines, peut faire beaucoup pour susciter la formation de partis semblables dans le reste du monde. Ceci faciliterait grandement la résolution de la crise de direction à laquelle le prolétariat est confronté l'échelle internationale, assurant ainsi de nouvelles séries de victoires révolutionnaires.

révolution et contre révolution en espagne

Felix Morrow (2930 3938)

éditions la brèché

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