Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PAYS BASQUE

Dans la tourmente nationaliste

· Inprecor n° 340, 8 novembre 1991 · p. 22-24 · 3 386 mots

Euskadi État espagnol Grande-Bretagne

Gauche basque (Euskadiko Ezkerra-EE), est mort de ses propres contradictions.

l'ultimatum lancé par le président du gouvernement basque (Lehendakari)lui demandant de cesser d'appuyer Herri Batasuna (HB) et de lancer des appels à l'indépendance d'Euskadi dans certaines mairies. Mais les vraies raisons sont tout s'orienter vers une alliance avec le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), pour avoir un lien direct avec le gouvernement central et un cadre d'alliances stables

Déjà, alors que le gouvernement fédéral est travailliste et qu'il y a des gouvernements travaillistes dans tous les Etats autres que la Nouvelle Galles du Sud, les salaires ont baissé bien plus vite en Australie que dans la plupart des autres pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et le chômage touche plus de 10 % de la population active.

Les directions syndicales ont collaboré à sept "accords" officiels d'austérité avec le gouvernement fédéral travailliste et les patrons (à un rythme de un par an). Durant la semaine de grève, le ministre fédéral chargé des relations avec l'industrie a répété que la stratégie de l'accord était toujours en vigueur: les syndicats devraient accepter une baisse des salaires et un chômage important afin que les profits augmentent pour permettre de nouveaux investissements dans l'industrie.

Bonnet blane

Get blane bonnet

Le gouvernements fédéral et celui de Nouvelle Galles du Sud, respectivement travailliste et libéral, sont en train de vendre des actions du secteur public ; les compagnies aériennes, les banques et les télécommunications commencent à être privatisées.

Les promesses de maintient d'un "revenu social" se sont envolées. L'université est à nouveau payante; les allocations de chômage disparaissent au profit de programmes de "formation" obligatoires et temporaires ; les services sociaux et les retraites diminuent; et l'augmentation des charges pour les patients et les fermetures d'hôpitaux sont en train de démolir le système national de santé.

Grâce aux sacrifices des travailleurs, durant une décennie de gouvernements travaillistes, les profits ont énormément augmenté dans de nombreux secteurs, sans aucun réinvestissement dans l'industrie ni une vague de création d'emplois. Le Parti travailliste a permis aux capitalistes de réaliser des investissements spéculatifs juteux et des investissements dans les industries surexploitées d'Asie du Sud-Est, du Chili et du Pacifique.

La seule différence entre les travaillistes et l'opposition nationale-libérale concerne la meilleure manière de tirer le maximum de profit des travailleurs : soit par des accords avec les dirigeants syndicaux, soit en abolissant les droits des syndicats. *

Sydney, 26 octobre 1991

Dans la tourmente nationaliste

Le gouvernement nationaliste de coalition en Euskadi, composé par le Parti nationaliste basque (PNV), Solidarité basque (Eusko Alkartasuna-EA) et la

Officiellement, la crise aurait été provoquée par le refus d'EA d'accepter autres: le parti majoritaire, le PNV, ne voulait pas poursuivre cette coalition tripartite, qui ne lui servait à rien d'un point de vue politique, et préférait au Pays basque même.

José IRIARTE «BIKILA"

CE CHOIX du nationalisme bourgeois basque ne se base pas sur des affinités politiques avec les socialistes, et encore moins sur des convergencesi déologiques;

c'est une nécessité dans l'étape actuelle, un choix de stabilité politique et d'établissement de rapports de bon voisinage avec Madrid. Mais, il faut revenir sur les événements de ces dernières années pour comprendre la démarche actuelle du PNV.

En 1986, le PNV a connu une scission

— une partie est restée dans le PNV et l'autre en est sortie pour fonder EA, avec l'ancien Lehendakari, Carlos Garaikoetxea. Tout à coup, ce parti, qui était plus que majoritaire et capable de gouverner tout seul dans la Communauté autonome basque, est devenu une minorité majoritaire, incapable de former un gouvernement seule.

Pour la première fois, le PNV devait avoir recours à la coalition. L'union des nationalistes qui, d'un point de vue idéologique, peut paraître logique, était politiquement impossible. Les plus proches du

PNV, EA, étaient les frères qui les avaient quittés en provoquant un fort traumatisme; l'autre aile nationaliste, HB, se trouvant aux antipodes de la politique institutionnelle et se battant pour l'ouverture de négociations entre l'ETA et le gouvernement central. Par élimination, c'était le PSOE, ennemi idéologique avec qui le PNV avait connu de fortes tensions durant la campagne électorale, qui devenait le partenaire le plus présentable.

L'idylle PSOE-PNV

Mais une autre raison, qui est au centre de la récente scission du PNV, pesait aussi dans ce choix : quelle attitude adopter face au gouvernement central et à son représentant en Euskadi, le Parti socialiste (PSE-PSOE). En dehors des campagnes électorales, la majorité du PNV était fatiguée des conflits et des gestes hostiles vis-à-vis du centralisme du gouvernement de Garaikoetxea (1).

Le PNV voulait une négociation à long terme pour stabiliser la société basque, tout en évitant un affrontement entre les nationalistes qui puisse nourrir HB et l'ETA, en marginalisant les secteurs les plus radicaux de la société basque. Il cherchait aussi un accord économique et social pour soulager la crise économique qui frappait le Pays basque, tout en relançant certains secteurs économiques, et en apportant de nouvelles affaires qui plairaient aux secteurs bourgeois et petits-

1) Le premier gouvemement basque, instauré après le statut d'autonomie de 1979, a connu de nombreux affrontements symboliques et politiques avec Madrid, qui trainait à l'heure de lui transférer les compétences prévues. Avec l'arrivée du PSOE au gouvernement central, en 1982, et son projet de "loi d'harmonisation des autonomies" qui revoyait celles-ci à la baisse, notamment pour la Catalogne et l'Euskadi, les choses se sont encore plus tendues. Cela a radicalisé les secteurs les plus nationalistes du PNV, alors que d'autres se tournaient vers le compromis - ce qui a provoqué, entre autres, la scission du PNV.

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bourgeois, assez nationalistes mais surtout partisans de la vie facile et des grands bénéfices. Les choses se sont effectivement déroulées ainsi.

Le gouvernement PNV-PSOE, s'il n'a pas réussi à éradiquer la violence et la radicalisation nationaliste d'une bonne partie de la société basque, ni à faire plier politiquement HB et l'ETA (ce qui est impossible à court terme), ni évidemment à résoudre les problèmes structurels de l'économie basque, est parvenu, néanmoins, à créer un climat d'enthousiasme économique dans le sillage de la reprise internationale, et un large front institutionnel contre l'ETA et contre HB.

Auparavant, tous les partis qui avaient soutenu le statut d'autonomie basque proclamaient en même temps leur refus de l'ETA et de la violence, sans que cela ne se manifeste par une action unitaire -quelquefois, des fissures étaient apparues quant à la politique de répression et aux agissements de l'Etat central, constituant une véritable bouffée d'air pour HB et l'ETA (2). A partir de ce moment, et autour du pacte dit d'Ajuria-Enea (du nom du palais où siège le gouvernement basque) a été formé le "front démocratique" contre la violence et contre ETA, qui mettait les institutions basques au centre de l'offensive qui débordait dans la rue, avec des mobilisations (3).

La coalition nationaliste

Dans ce contexte et malgré des ouvertures apparentes, et même une tentative de négociations entre l'ETA et le gouvernement espagnol à Alger, la politique de harcèlement et d'isolement de l'ETA et de HB s'est aggravée, et a fini par bloquer l'issue négociée elle-même. La position du gouvernement basque est pour beaucoup dans ce blocage des négociations — en effet, celui-ci s'est refusé de façon catégorique à toute négociation entre l'ETA et le gouvernement central jugeant que cela dévalorisait les institutions basques et légitimait la violence (4).

Tout le monde a été étonné lorsque, après les élections 1990, sans que de grands changements soient intervenus dans le panorama politique, excepté la percée du PNV, un gouvernement de coalition avec le PSOE n'ait pas été mis sur pied — alors qu'il avait donné de si bons résultats : le PNV avait réussi à sortir de sa crise et à se refaire une image de parti efficace et fort, et le PSOE, en remportant des succès dans sa lutte contre l'ETA, et surtout en s'associant à un parti nationaliste donnait une certaine légitimité "basque" à son électorat. Pour comprendre cette rupture, il faut rappeler deux choses : d'abord, dans le domaine idéolo= Inprecer n° 340 du 8 au 21 novembre 1991 gique, les nationalistes pensent que ceux qui ne le sont pas ne méritent pas d'être considérés comme de véritables Basques ; et, dans le domaine politique, dans la mesure où le PSE était la partie basque du parti du gouvernement central, qui avait harcelé le nationalisme radical, mais aussi le nationalisme bourgeois, ce pacte supposait une réconciliation entre les parties bourgeoise et socialdémocrate centralisatrice et "espagnoliste".

Pour des raisons complexes et souvent cachées (en partie, parce que le PSOE-PSE a voulu freiner la montée du PNV, et, en partie, à cause des tensions qui, à l'intérieur même du PNV, prônaient un profil plus nationaliste), le gouvernement PN V-PSOE ne s'est pas répété ; au contraire, une coalition tripartite entre des nationalistes a vu le jour (5).

Ce changement a enthousiasmé des secteurs enclins à l'"unité des nationalistes", tant dans le PNV que dans EA, mais il est rapidement apparu que cette unité était totalement incapable de déboucher sur un programme opérationnel, ni même de panser les blessures de la scission. Ceux qui, dans le PNV, n'avaient pas vu le pacte avec de bons yeux, sont rapidement passés à la contre-offensive en liant les mains de leur Lehendakari et en partenaires au gouvernement. De son côté, EA, qui connaissait un recul et une crise de son image politique, semblait de plus en plus fragile. Euskadiko Ezkerra s'est divisé en deux courants - l'un qui voulait s'orienter vers le PSOE, et l'autre qui lorgnait vers le nationalisme et surtout vers EA, avec qui des alliances avaient été passées dans plusieurs mairies et au gouvernement provin-

2) Lors de l'assassinat de l'avocat Santi Brouard, militant d'HB, le PNV avait fait cause commune avec HB dans ses critiques contre l'Etat. Depuis le Pacte d'Ajuria-Enea, le PNV et les autres partis se taisent. Lorsque le parlementaire d'HB, J. Muguruza a été assassiné, ces partis se sont faits remarquer par

3) Après le pacte d'Ajuria-Enea, le Parlement basque et les partis qui le soutiennent ont lancé un appel à la mobilisation contre l'ETA.

La crise récente du gouvernement de coalition brise cette unité et donc soulagera HB et T'ETA.

4) Pendant les négociations d'Alger, l'agressivité du Lehendakari Ardanza a été remarquée — contrairement à l'ambivalence traditionnelle de son parti vis-à-vis des négociations, il s'est prononcé fermement contre toute concession du gouvernement à l'ETA.

5) Aulestia, secrétaire général d'EE depuis 1975, s'était

Pelipe Gonzalez, caricature parue lors de la guerre du Golfe (Hika- journal du MKE-LKI). cial de Guipuzkoa. Lors des élections municipales d'avril 1991, le pacte nationaliste a fait long feu, car le PNV, avec un cynisme évident, s'est allié au PSOE dans plusieurs endroits — à Guipuzkoa, PNV et PSOE se sont épaulés pour déloger EA de la capitale ; le PNV a offert la mairie de San Sebastian en cadeau au PSOE ; le PSOE, lui, a aidé le PNV à gagner le gouvernement provincial.

Cela a provoqué une double crise, et marqué le début d'un affrontement acharné entre le PNV et EA, tout en rapprochant le PNV et le PSOE, et en accentuant les tensions au sein d'EE

Dans ce contexte, le PNV a pris prétexte du soutien apporté par EA à l'indépendance pour rompre.

Dans la tempête européenne

Le tremblement de terre nationaliste, qui secoue ce qu'on appelait le "bloc socialiste", a des répercussions là où existent des problèmes nationaux. Dans l'Etat espagnol, la Catalogne et l'Euskadi ont déjà provoqué, il y a un an, un conflit institutionnel lorsque leurs parlements ont proclamé le droit à l'autodétermination (6). Les débats idéologiques, les exigences d'indépendance, les liens avec le Marché commun et la construction de l'Europe font la "une" de la presse financière et politique. Felipe Gonzalez, en affirlancé dans une récupération du passé nationaliste de cette organisation, qui avait été entaché par l'entrée en son sein de l'ancienne direction du Parti communiste d'Euskadi. Après la défaite électorale de 1990, Alestia a été remplacé par le représentant de l'aile dite Rénovation démocratique. La scission d'EE est aujourd'hui un fait, dans la mesure où l'aile officialiste a décidé de rester au gouvernement avec le PNV et le PSOE et de sanctionner le courant nationaliste.

6) Alors que les Pays baltes votaient leur indépendance, le Parlement catalan a décidé de proclamer le droit de la Catalogne à l'autodétermination. Le PNV ne pouvait pas rester en reste, mais étant associé au PSOE, il a trouvé une formule qui reconnaissait au peuple basque le droit à l'autodétermination - mais le PNV ne ressentait pas le besoin de l'exprimer au-delà du statut d'autonomie et donc au sein de la Constitution espagnole (qui refuse clairement ce droit pour les nationalités intérieures).

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mant que ce qui se passe à l'Est n'a rien à voir avec l'Etat espagnol, reconnaît que des similitudes existent — ce n'est pas un hasard si Madrid est le gouvernement le plus à la traîne à l'heure de reconnaître les proclamations d'indépendance.

Logiquement, les événements d'Europe de l'Est donnent des ailes et des arguments au nationalisme radical et aux partis qui pensent (c'est le cas du Mouvement communiste d'Euskadi-Ligue communiste révolutionnaire - EMK-LKI) que le droit à l'autodétermination ne concerne pas seulement les colonies ou les pays du tiers monde, mais aussi les nations sans Etat comme l'Euskadi ou la Catalogne. Cela donne des arguments et une légitimité à ceux qui, lorsqu'il s'agit de la question nationale ou d'autre chose, pensent que ni les frontières ni les Etats ni les systèmes sociaux sont immuables et inchangeables, et donc que l'Europe qu'il faut créer n'est pas inéluctablement capitaliste ni basée sur les vieux Etats dits na-

Nationalisme et marché

Mais les vents de l'autodétermination sont accompagnés par des bourrasques, qui vont dans un tout autre sens, en provoquant un tourbillon. La crise du stalinisme et des régimes bureaucratisés n'a pas engendré une volonté d'approfondissement de la démocratie économique, politique et sociale, mais a créé un espoir vis-à-vis du parlementarisme creux et formel de la bourgeoisie et une passion irrationnelle pour la consommation et le marché capitalistes. Ces nationalismes, comme ces aspirations démocratiques charrient bon nombre de chauvinismes et d'injustices. Tout cela a des effets contradictoires dans des sociétés comme celle d'Euskadi ou de Catalogne ; loin d'encourager des aspirations nationales démocratiques et des objectifs de changement social, ce nationalisme donne lieu à des attitudes différentes, certaines très conservatrices, peu favorables aux options de rupture dues par la gauche nationaliste révolutionnaire et la gauche révolutionnaire qui prônent l'indépendance nationale.

Les propositions que fait l'ETA dans le cadre de la négociations sont assez modérées ; l'ETA n'exige pas l'autodétermination, mais un accord qui rende possible un nouveau cadre juridique politique (qui pourrait même être compris dans le cadre d'une réforme de la Constitution), à partir duquel la concurrence se ferait sur le terrain démocratique et non violent. Mais le discours de l'ETA est tellement marqué par l'utilisation des armes, et récemment par la tactique des attentats à la voiture piégée, qu'il prend une dimension de rup24 - ture vis-à-vis des règles du système, tout en situant l'affrontement sur le strict terrain armé. Voilà ce qui permet à l'Etat de camper dans sa position de refus du dialogue. Combien de temps durera cette situation ? Nul ne le sait ; mais le rapport de forces, au niveau de l'Etat espagnol et internationalement, favorise plutôt Madrid.

La bourgeoisie et les droites nationalistes prônaient, il n'y a pas très longtemps, l'indépendance avec différents arguments (même si elles défendaient l'indépendance par étapes et par des moyens pacifiques). Un des thèmes avancés était économique : le centralisme espagnol enlève plus qu'il ne donne. Cet argument a été retourné et est utilisé contre l'indépendance : l'isolement nous ruinerait. L'Etat espagnol affirme en gros la même chose, en ajoutant : l'Euskadi ne peut entrer en Europe que par le biais de l'Etat espagnol, qui est seul à être reconnu dans la Communauté. Au centre de tous ces arguments, on trouve l'attachement au système capitaliste, la conviction qu'il passe par le fait avoir une petite place dans la réorganisation de l'Europe, en évitant les traumatismes déstabilisateurs.

En outre, les nationalistes bourgeois profitent de la crise des pays de l'Est pour justifier leur nationalisme "décaféiné" et leur adhésion au système. Ils affirment que la voie lituanienne est due au fait que le communisme était profondément antidémocratique et qu'il empêchait les peuples de coexister sous un même toit, tout en les ruinant. Dans ces conditions, selon le PNV, il est logique que ces nations veuillent se séparer et, en outre, se rapprocher de l'Occident. Alors qu'eux, Basques ou Catalans, jouissent de libertés, mais aspirent juste à avoir davantage de prérogatives de gouvernement - ce qu'ils espèrent obtenir, sans se priver pour autant des bénéfices de la construction européenne. Ces arguments sont unilatéraux et à double tranchant car, en cas de besoin, les nationalistes de droite donnent l'image contraire (8).

Ce contre-poids à la radicalisation nationaliste, réalisé bourgeois, lui sert aussi à justifier le nouveau gouvernement PSOE-PNV (avec EE comme associé diminué — il n'a gardé qu'un de ses deux conseillers, issu de son

7) Evidemment l'Etat espagnol n'est pas un Etat national, ni même un Etat plurinational ; c'est un Etat oppresseur des nationalités auxquelles il ne reconnait même pas le droit à l'autodétermination - ni pour construire leur Etat ni dans le cadre d'un Etat plurinational.

8) La droite nationaliste et la social-démocratie utilisent souvent l'excuse du terrorisme pour justifier la crise économique, l'absence d'investissements, etc. Sans minimiser l'importance du climat de violence, il est difficile de croire que les investissements se détournent pour cette raison et non pour des motifs économiques.

9) La Ligue communiste révolutionnaire (LKI) était l'organisation de la IVe Internationale en Euskadi : pour des raisons aile la plus "officialiste") dont les objectifs représentent tout le contraire d'un gouvernement nationaliste.

En Euskadi, il existe toujours un fort mouvement de résistance (sans doute un des plus importants d'Europe capitaliste) avec des composantes diverses, même si le facteur national galvanise l'essentiel. Ceci se manifeste par l'existence d'un courant qui a une expression électorale (Herri Batasuna) et une pratique armée (ETA), par des organisations comme EMK-LKI, (9) qui disposent d'une implantation réelle dans les mouvements sociaux, ainsi que dans l'existence de nombreuses organisations qui dirigent des luttes écologistes, antimilitaristes (10), féministes et ouvrières. Cet ensemble n'a pas été écrasé, mais il traverse une phase de reconversion et connaît de nombreux problèmes d'orientation ; il a besoin d'un changement profond de discours idéologique et politique.

La résistance radicale dans l'impasse La crise de l'Est a créé des problèmes d'identité et de références à certains de ces mouvements qui ont besoin de nouveaux objectifs tactiques et de nouvelles façons de faire de la politique (11).

La lutte de masse contre l'autoroute de Leizaran est à ce sujet exemplaire ; le tracé de cette voie, contesté tant par les écologistes que par les partis radicaux de gauche, a réussi à mettre sur pied une coordination large, qui a organisé des manifestations de masse. Avec l'entrée de l'ETA dans le conflit, cette question polarise la vie politique de Guipuzkoa et de tout l'Euskadi. D'autres questions sont toujours d'actualité : la situation dramatique de plus de 500 prisonniers politiques et des innombrables réfugiés ; et la nouvelle phase de reconversion industrielle qui a été annoncée dans une région qui était considérée en plein déclin. Les vents néolibéraux et l'individualisme galopant sont des obstacles (comme dans toute l'Europe), qui se dressent sur le chemin de la gauche qui n'est pas prête à céder, mais qui a aussi besoin de se recycler et de se refonder dans une bonne mesure. *

San Sebastian, 18 octobre 1991 liées à sa fusion avec le Mouvement communiste d'Euskadi (EMK) — voir inprecor n° 328 du 12 avril 1991 — la LKI a cessé d'être liée à la IVe Internationale.

Le nouveau parti garde des liens réguliers et fraternels avec la IVe Internationale.

10) Le mouvement d'insoumission existe dans tout l'Etat espagnol, mais il est surtout fort en Euskadi — plus de 55 % des insoumis sont basques.

11) La gauche nationaliste et révolutionnaire a été influencée par la lutte contre la prétendue transition espagnole. La situation actuelle exige de nouvelles propositions de sa part, même si des problèmes comme celui de l'amnistie, par exemple, sont toujours importants.

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