Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

Derrière la muraille, le marché

· Inprecor n° 340, 8 novembre 1991 · p. 25-27 · 2 774 mots

Chine Économie mondiale

muraille, le marché prochain voyage en Chine pour « rétablir des relations » avec le régime de Pékin, deux ans et demi après le massacre de la place Tiananmen. De fait, les relations

Cet article, publié par l'hebdomadaire nord-américain The Guardian illustre le développement des réformes économiques dans la région de Shangaï et évoque

Derrière la

Le secrétaire d'Etat nord-américain, James Baker, vient d'annoncer un commerciales entre Washington et Pékin n'ont jamais cessé.

les difficultés futures qui planent sur l'économie chinoise. Même si nous ne partageons pas certaines appréciations de l'auteur, ce document fournit des données intéressantes sur les conséquences des réformes.

Chiff DURAND

APRES une décennie de croissance économique rapide, la vie de l'ancien village rural de Qizhong - une des vingt agglomérations formant la prospère commune de

Magiao — s'est transformée de manière significative. Là où poussait auparavant le riz, les fonctionnaires du gouvernement sont avides de s'installer dans des maisons individuelles modernes qui poussent comme des champignons à côté d'un nouveau boulevard bordé de fleurs — on peut y trouver des familles de cinq personnes vivant dans des douze pièces, avec deux salles de bain.

De l'autre côté de la route, se dresse la nouvelle école primaire ultra-moderne de

Qizhong, à côté d'un luxueux centre de loisirs destiné aux 1400 habitants du village. Prêt à ouvrir ses portes, le centre compte un gymnase, un night-club et des courts de tennis — « C'est le meilleur de tout Shanghaï », se vante le président de la commune, Shen Shun Liang.

Avec un revenu par habitant moyen de 270 dollars (le revenu national moyen est de 105 dollars dans les zones rurales et de 250 dollars en ville), Maqiao a bâti sa fortune en développant à tout crin ses secteurs industriel et agricole, les services et la construction. En 1990, cette commune de 30 000 habitants a produit 153 millions de dollars de revenus, le taux le plus élevé de la province de Shanghai. Plus de 90 % de ces revenus proviennent de l'industrie et moins de 5 % de l'agriculture. Shen an-

CHINE nonce avec fierté que Magiao a fourni plus d'impôts au gouvernement central que n'importe quelle autre ville de Chine.

Le succès de Magiao n'est un secret pour personne ; son économie s'est déveriés avec des contrats à durée déterminée et l'utilisation de prêts pour financer le développement. Cependant, comme ailleurs en Chine, le capitalisme a introduit beaucoup de ses maux habituels: chômage, inflation et criminalité.

Pékin encourage la récession

En 1988, le gouvernement a provoqué une récession pour ralentir un taux de croissance trop élevé qui nourrissait une inflation galopante. Pendant sept mois, l'économie industrielle de Shanghaï s'est effondrée et le chômage a atteint des proportions alarmantes. En 1990, Pékin a finalement réduit ces mesures d'austérité drastiques. L'offre de crédit a été accrue et des ouvriers licenciés ont été réembauchés dans leurs usines, même s'il n'y avait que peu de travail à leur offrir.

Durant le premier semestre 1991, le produit national brut (PNB) a augmenté de 6% et l'industrie s'est développée avec un taux important de 12 %. Mais tout cela entraîne une nouvelle spirale inflationniste. Les autorités de Shanghai reconnaissent un taux de 9% d'inflation pour le premier semestre 1991, mais certains observateurs estiment qu'il est plus élevé.

Liu Rixin, économiste chercheur de la Commission de planification de l'Etat a déclaré au Guardian que le danger d'une inflation importante dans tout le pays est encore présent à cause de la disponibilité croissante de crédit bancaire. Pour contenir ce problème, la Banque de Chine a annoncé, en juillet 1991, une contraction du crédit pour le reste de l'année.

Derrière les zig-zags de la politique économique de ces dernières années, se cachent de profonds problèmes économiques structurels et un verrouillage politique du Parti communiste chinois (PCC) qui a empêché toute action décisive. Depuis les manifestations conduites par les étudiants à la mi-1989, la direction chinoise est dans une impasse quant à la restructuration de l'économie.

La consommation est-elle planifiable ? D'un côté, des propositions pour augmenter le contrôle central sont avancées par la vieille garde communiste, que Deng Xiaoping a rappelé de la retraite, il y a quelques années, pour l'aider à consolider son emprise sur le Parti. De l'autre, on trouve ceux qui désireraient prendre énergiquement le virage vers l'économie de marché. Mis en avant par Deng dans les années 80, puis mis à l'index à la suite du soulèvement avorté des étudiants, ils semblent être en train de regagner du terrain. Bien qu'une série d'articles appelant à accélérer le pas vers le capitalisme aient été publiés dans le quotidien chinois Libération, il existe peu de perspectives immédiates de remise en place du plan de virage vers le marché et de privatisations du secrétaire du Parti Zhao Ziyang.

Les tenants de ces deux positions prétendent vouloir construire une économie de marché planifiée. Mais la vieille garde donne la priorité au plan alors que ses opposants mettent l'accent sur la consommation. Les deux tendances présentent leur système comme socialiste, refusant tout parallèle entre plan et socialisme, et entre consommation et capitalisme. Mais il existe bel et bien une tension contradictoire entre les deux parties d'un tel système économique et le débat au sein du Parti porte sur le fait de savoir comment articuler plan et marché.

Cependant, un large accord semble prévaloir sur quelques points. Les communistes sont arrivés à la conclusion que les changements devaient être graduels afin de ne pas rallumer les tensions politiques de ces dernières années. Selon le vice-ministre de la Commission d'Etat pour la restructuration du système économique, Gao Shangquan, il faut avant tout que les prix de tous les biens, hormis quelques denrées de base, soient fixés par les forces du marché et non par des administrateurs. Il pense que ce plan nécessitera des réformes des salaires et des entre-

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= CHINE prises, et un équilibre entre l'offre et la

Avec cette approche, Pékin a aligné les prix des céréales et des huiles alimentaires sur ceux du marché, en avril 1991, grâce à la récolte exceptionnelle de l'année précédente. Cela servira a épargner plus de 7 milliards de dollars de subventions annuelles de l'Etat à ces produits.

S'il existe un accord de base sur la fixation des prix, des divergences persistent sur de nombreux aspects de la privatisation. Gao affirme que l'objectif du Parti est l'instauration d'un système de propriété multiple, où l'Etat serait le premier propriétaire, cohabitant avec des propriétaires privés. Il rejette tout système basé entièrement sur la propriété privée, en disant que cela conduirait à une "polarisation" : « C'est bien que certains deviennent riches avant les autres, mais le but final est que tous s'enrichissent. Or la propriété privée va à l'encontre de cela. »

A quand une bourse à Shanghai ?

Cependant, le Parti doit encore décider de la manière de structurer le système pour que d'entreprises d'Etat puissent être détenues par des propriétaires privés. Shanghaï est un terrain d'expérimentation : des firmes d'Etat sont transformées en sociétés par actions, dont certaines sont détenues par des individus et des entreprises qui veulent investir, et d'autres par les ouvriers des usines. Pour faciliter cela, Shanghaï veut développer sa bourse des valeurs qui, pour l'instant, ne vend que des titres, et la transformer en bourse à part entière. Seules huit firmes vendent actuellement des parts en bourse des actions de la plus importante sont détenues par des individus.

Ceux qui refusent le développement de ce marché le dénoncent comme un pas vers la privatisation. Les banques s'y opposent aussi pour des raisons plus territoriales : elles craignent que cela détourne des fonds de leurs caisses et limite donc leurs possibilités à faire des prêts. Pour l'instant, aucune partie n'a assez de pouvoir politique pour parvenir à un consensus sur cette question.

Un des buts de ces plans de privatisation est d'augmenter l'efficacité du travail dans les entreprises d'Etat dont le personnel est trop nombreux. Mais cela pourrait signifier aussi le licenciement de 20 millions de travailleurs "en trop". Si l'on y ajoute le manque d'emploi pour la majorité des millions de jeunes qui entrent sur le marché du travail chaque année, il est clair que la Chine est confrontée à un problème de chômage monstrueux.

20 millions de chômeurs ?

Pour l'instant, le gouvernement met l'accent sur la création d'emplois pour des travailleurs urbains jeunes, et non sur le chômage des 20 millions de jeunes ruraux qui arrivent sur le marché du travail chaque année. Mais il n'arrive cependant pas à résoudre le problème dans les villes. Durant les prochaines années, le gouvernement espère pouvoir procurer du travail à environ la moitié des 12 millions de jeunes citadins qui en cherchent chaque année. Les rangs des chômeurs dans les villes seront vraisemblablement ensuite grossis par la migration des jeunes ruraux au chômage. L'on estime déjà que Shanghaï accueille quelques 2 millions d'habitants migrants, source importante de criminalité et d'instabilité potentielle.

Tout le monde s'accorde à dire que l'économie doit se développer plus rapidement pour absorber tous ces travailleurs. Mais les économistes chinois craignent qu'une croissance rapide conduise à une montée en flèche de l'inflation. Ainsi, le plan quinquennal actuel, qui va jusqu'en 1995, préconise deux années supplémentaires de réduction des dépen-

La stagnation de l'économie fait aussi pression sur les entreprises. Beaucoup d'entre elles entreposent d'immenses stocks de produits qu'elles sont incapables d'écouler. Cela provoque des problèmes de liquidités car ces sociétés ne peuvent pas payer leurs factures à leurs fournisseurs. Cette "dette triangulaire" entre firmes d'Etat se monte à pratiquement 40 milliards de dollars. Une augmentation importante de la consommation pourrait rompre ce triangle, mais les consommateurs n'apprécient pas la mauvaise qualité de nombreux produits. Pour le moment, les banques gèrent ce problème en autorisant des crédits plus importants, ce qui augmente l'inflation.

Bien que les problèmes économiques de la Chine soient sérieux, le niveau de vie a augmenté, le logement s'est amélioré et la production économique a été multipliée plusieurs fois au cours des douze dernières années. Des hôtels modernes et des gratte-ciel de nouveaux appartements couvrent Pékin. A Shanghai, des années de construction fiévreuse ont abouti à des résultats similaires, bien que les conditions de logement restent déplorables pour la plupart des habitants de cette mé-

La prospérité s'étale avec ostentation dans les zones qui entourent des villes comme Shanghai. Jusqu'à une date récente, ces zones très peuplées avaient conservé un caractère rustique. Les villages étaient séparés par moins de deux kilomètres et les paysans vivaient en cultivant du riz et des légumes pour la grande ville voisine. Pratiquement tout leur revenu provient aujourd'hui des industries locales qui s'avèrent bien plus profitables que la culture de la terre. A Qizhong, quatre usines produisant du fil et des instruments électriques fournissent la majorité des revenus du village. Ici, comme partout à Magiao, certains peuvent se faire un argent fou dans l'agriculture. Une famille de fermiers de cinq membres a gagné 3 800 dollars l'an dernier, en cultivant du riz sur 20 acres de terre loués au village. Comme ces paysans ne possèdent pas de machines, ils en louent aux stations de tracteurs du collectif ou de la ville. Mais la transplantation du riz et la récolte sont faites à la main — avec l'aide de dizaines de travailleurs migrants.

L'utilisation de salariés venus de l'extérieur se développe beaucoup dans les riches provinces côtières chinoises. Alors qu'auparavant ces régions très peuplées avaient l'habitude d'avoir beaucoup de travailleurs en surnombre, il y a actuellement une pénurie d'ouvriers à l'extérieur des villes. L'on y pallie souvent en engageant sous contrat des salariés venant des provinces de l'intérieur moins prospères.

La main-d'œuvre de Magiao 19 000 personnes — est actuellement renforcée par 2 000 travailleurs sous contrat en provenance de six provinces différen-

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par la publication trimestrielle d'un Inprecor en tchèque (voir logo ci-dessous)

et par l'existence de revues se revendiquant de notre courant en Pologne et complète possible sur les processus de transformation en cours en Europe de l'Est et, pour ce faire, y entretient des liens avec de nombreux corresponsions continuer à vous fournir une information de qualité sur ces pays, votre tes. Les salariés venus de la province proche de Jiangsu pour construire les nouveaux logements de Qizhong vivent pendant ce temps dans des masures surpeuplées. Alors que 30 % des salariés sous contrat de Magiao sont employés dans l'agriculture, la plupart travaillent dans l'industrie avec des contrats allant de un à trois ans. Payés à la pièce, ils gagnent plus d'argent que dans leur province natale, mais sans doute moins que les travailleurs locaux.

Trust villageois

Une des usines phares de Magiao produit des sacs et des bouteilles en plastique sur lesquels sont imprimés des noms de marques. Cette firme, hautement mécanisée, qui emploie 400 ouvriers, a effectué un bénéfice net de 500 000 dollars en 1990. C'est l'une des quinze entreprises qui forment le Groupe Zi Jiang, qui appartient à un village de la région. L'équipe de direction est dirigée par un fermier. Le Groupe Zi Jiang possède aussi un supermarché à San Francisco et une joint-venture à Los Angeles !

Le village a commencé à monter le groupe en collectant des fonds auprès de salariés partis travailler dans une zone industrielle. Sa croissance rapide depuis 1982 a été stimulée par des montages financiers et par l'obtention d'importants crédits bancaires intéressants. Il est également clair que les villageois ont des liens étroits en Chine et à l'étranger — le directeur de la fabrique de plastique annonce en privé que le groupe Zi Jiang sera bientôt connu sur le marché international.

Cet esprit d'entreprise se retrouve fréquemment dans les sociétés des communes chinoises. Cependant, tout comme celles des industries provinciales, leur croissance rapide et leur capacité à diriger les ressources créent souvent des problèmes aux vieilles fabriques d'Etat des villes. Les provinces productrices de coton, par exemple, ont installé leurs propres usines textiles ; elles utilisent des politiques protectionnistes pour conserver le maximum de coton pour la production locale — ainsi, les grandes fabriques textiles de Shanghaï fonctionnent aujourd'hui à 50 % de leurs capacités. Certaines industries d'Etat sont par conséquent au bord de la faillite et ne fonctionnent encore que grâce aux aides gouvernementales. Comme toujours dans une économie de marché, le succès des uns entraîne la ruine des autres.

Alors que la plupart des industries d'Etat sont obligées de conserver des travailleurs en surnombre, treize entreprises d'Etat de Shanghai ont joint leurs forces en transformant tous leurs travailleurs en salariés sous contrat — ce qui met un point final au "bol de riz de fer" que leur fournissait la sécurité d'emploi à vie. C'est la première expérience pour modifier le statut des travailleurs de l'Etat.

Le sinologue Harry Harding, de l'Institut Brookings, a noté que les bénéfices de la restructuration économique chinoise avaient été largement distribués, mais il reste la présence des coûts. Un régime impopulaire est en mauvaise posture pour obliger les gens à accepter de tels coûts

Imprecor,

ГЛЯП

NºT Лето 1981 г. Цена 2 руб.

vendue sur les campus universitaires.

planifié pour la fin décembre 1991.

dans l'ancienne République démocratique allemande (RDA).

aide sera la bienvenue. Vous pouvez nous envoyez vos dons à :

(voir encadré en page 2).

11. Cisto casopis IV. internacionaly

CHINE = sociaux. Ainsi, on peut prévoir que le gouvernement chinois essayera de faire face aux problèmes les uns après les autres, tout en essayant doucement et progressivement d'introduire les réformes.

Les avancées de fond qui demandent des sacrifices, ne se feront pas sans des dirigeants qui aient la confiance de la population.

The Guardian, 18 septembre 1991

PEst aussi

Le premier numéro d'Inprecor en russe vient de sortir à

Moscou : il compte 36 pages et contient, entre autres, un article de Daniel Bensaïd sur Léon

Trotsky et une analyse d'Ernest

Mandel sur les alternatives économiques.

Soixante-deux ans après le bannissement de Léon Trotsky d'Union soviétique et l'acharnement des sbires de Staline contre les militants de l'Opposition de gauche, Inprecor salue avec joie la naissance de son homologue soviétique !

Cette nouvelle revue sera diffusée par des groupes de gauche et des individus dans de nombreuses grandes villes, et

Le prochain numéro est d'ores et déjà

Le travail de la IVe Internationale en Europe de l'Est se concrétise aussi

En France, Inprecor tente d'apporter à ses lecteurs l'information la plus

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