Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FINLANDE

Travaillez plus, gagnez moins !

· Inprecor n° 340, 8 novembre 1991 · p. 20 · 906 mots

Syndicalisme

finlandais, le 3 octobre 1991. Cette manifestation constituait une réaction à la aussi historique dans la mesure où les quatre syndicats finlandais, qui regroupent tant les ouvriers que les employés, ont lancé un appel commun pour la première fois. Mais, malgré cette démonstration de force, les directions syndicales ont fini

Travaillez plus, gagnez moins!

Près de 40 000 salariés ont occupé la place du Sénat, devant le Parlement politique d'austérité sans précédent du gouvernement. La protestation était par négocier et accepter les mesures d'austérité adoucies.

Peter LINDGREN

LA COALITION de

BASTAZA!

droite au gouvernement avait mis au point ce programme d'austérité en coopération avec l'organisation patronale. Dans le nouveau budget, il est surtout prévu une réduction de 10% des salaires des travailleurs.

L'organisation patronale a aussi présenté

— acceptée par le une autre proposition

- visant à augmenter le gouvernement temps de travail annuel de 50 heures, sans aucune compensation pour les salariés.

Avant la manifestation, le ministre des Finances,

Viinianen, avait lancé un appel aux salariés pour qu'ils quittent leurs syndicats. Les autorités prévoient aussi une législation pour interdire les grèves dans des secteurs clés de l'économie, et une modification de la loi selon laquelle tous les patrons d'une même branche sont obligés d'appliquer la convention collective sur les salaires.

Cette dernière mesure a pour but de permettre aux patrons de faire passer des réductions salariales encore plus importantes, lorsque le rapport de forces local le permet.

Les travailleurs sont venus, en train ou en car, manifester de toute la Finlande.

Sur la place du Sénat, de la soupe aux pois et du pain noir sec ont été symboliquement servis. Le mot d'ordre central, repris par les manifestants, était « Du travail !

Du travail ! Du travail ! ». En effet, le chômage touche actuellement 10 % de la population active — selon certaines estimations, les caisses du fonds d'allocations-chômage seront vides en novembre

1991. Le gouvernement propose aussi que ce soient plutôt les syndiqués que

FINLANDE l'Etat qui remplissent les caisses de ce fonds.

Des salariés de toutes les branches étaient venus manifester, ainsi que des retraités. Le gouvernement prévoit de ne plus indexer les retraites sur les prix. Les travailleurs du secteur public ont des raisons particulières de s'opposer à ces projets ; les autorités prévoient de mettre 700 000 salariés de l'Etat au chômage technique durant deux semaines l'été prochain.

Le dirigeant de la Confédération finlandaise (FFC), Lauri lhalainen, a été très applaudi par les manifestants lorsqu'il s'en est pris au gouvernement : « Ils essayent de s'attaquer aux travailleurs, au lieu de s'en prendre à la récession économique. Leur attitude hostile vis-à-vis des syndicats a conduit les patrons à avancer des revendications impossibles.» Certains perdent, d'autres pas

Thalainen a qualifié les revendications des syndicats de « très modestes » — ce qui est vrai dans la mesure où le journal syndical Le Salarié a proposé une prolongation des accords existants, et que Ihalainen lui-même a déclaré que la plupart des dirigeants syndicaux sont d'accord pour dire qu'il faut passer par une réduction des salaires.

manifestants évoquaient la possibilité d'une grève générale, mais la plupart des dirigeants syndicaux espèrent, eux, qu'un accord sera trouvé en novembre. Pourtant, il n'y a aucun signe de concessions de la part de l'organisation patronale, qui explique que la Finlande traverse une récession plus grave que les autres pays industrialisés. La part de l'Union soviétique dans les exportations de la Finlande a chuté de 45 % à 5 %, ce qui a mis du sel sur les plaies de la récession. Dans les prévisions pour

1991, la Finlande arrive en dernière place des pays industrialisés en matière de produit national brut (PNB), de prix à la production, de l'indice boursier et de la consommation privée.

Cependant, un des nombreux scandales financiers a ravagé la machine de propagande des patrons. La Banque centrale finlandaise a été obligée de puiser plusieurs milliards de marks finlandais [1 milliard de marks finlandais équivaut à 200 millions de dollars, ndlr] dans le budget de l'Etat pour sauver une petite banque de la banqueroute et prévenir un effondrement du système financier. On a assisté aussi à une fuite massive de capitaux — après le 3 octobre, plusieurs milliards de marks ont quitté le pays, ce qui illustre le chantage pratiqué par les capitalistes finlandais. Le gouvernement a failli dévaluer le mark finlandais et les taux d'intérêts ont augmenté pratiquement de 20 %.

Tout cela a augmenté la pression sur les syndicats. La FFC a accepté une baisse des salaires nets de 3 % (le président de la Finlande, avait promis, quelques jours avant, que les salaires ne seraient réduits "que" de 7%, ce que le dirigeant principal de la FFC avait refusé, avant d'être contredit par son comité exécutif, à son tour démenti par l'assemblée de ce syndicat !). La cotisation auparavant versée par les patrons (4% du salaire) pour les pensions sera désormais payée par les salariés. Les hausses de salaires, stipulées dans des contrats déjà signés pour 1991, sont annulées.

En matière de "compensation", le gouvernement promet que les produits alimentaires seront moins chers et qu'il construira plus de logements. Le projet de mise au chômage technique de plusieurs centaines de milliers d'employés du public l'été prochain a été aussi retiré.

Mais tout cela constitue une grande défaite sans combat, qui menace l'élan d'unité et de combativité né à l'occasion des grandes mobilisations d'octobre. *

Helsinki, 22 octobre 1991

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