l'intérieur de l'ensemble du territoire de la Yougoslavie, et ensuite au-delà même macédonienne risque fort d'en être le détonateur, menaçant du même coup de provoquer des conflits — même armés — qui pourraient nous ramener un siècle
La bourgeoisie va-t-en guerre
La guerre serbo-croate ne semble pas devoir s'arrêter ; de nombreux observateurs ont tendance à prévoir son extension, dans un premier temps à de ses frontières (1).
Les signes d'une telle éventualité se manifestent déjà dans le Sud-Ouest de la
Grèce, au cœur des Balkans. Comme ce fut le cas il y a 80 ans, la question en arrière (2).
Nikos CHAMPI
TOUT cela dépend pour beaucoup, de l'évolution de la guerre d'agression que le régime de Belgrade mène contre la Croatie. Si les troupes de Slobodan
Milosevic parviennent à briser la résistance croate et à incorporer dans leur « Serbie de tous les Serbes » les régions de Krajina, de Bajina et de Slavonie, alors rien ne pourra arrêter l'appétit féroce des Grands Serbes.
Le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine (3), la
Vojvodine, le Monténégro et la Macédoine suivront et seront incorporés, d'une façon ou d'une autre, à la nouvelle "Yougoslavie"
, qui ne sera rien d'autre qu'un mini-empire grand-serbe.
Cependant, même si les forces armées de Belgrade ne parviennent pas à réaliser leur projet, il sera très difficile d'éviter l'escalade et l'extension de la guerre. En effet, les Musulmans bosniaques ainsi que la majorité de la population de la Macédoine yougoslave, ou même les Albanais du Kosovo, n'attendront pas les bras croisés, seuls, la machine militaire serbe.
D'autant plus que l'évolution de la guerre, durant ces dernières semaines, démontre à quel point la conviction de certains selon laquelle la guerre ne serait menée du côté serbe que pour... protéger les 600 000 Serbes de Croatie est illusoire.
L'agression contre la population albanaise du Kosovo a déjà commencé il y a trois ans (4), c'est-à-dire bien avant celle contre la Croatie. Quant à la Bosnie-
GRECE
Herzégovine et à la république de Macédoine, Milosevic et ses acolytes — ainsi que la plupart des partis oppositionnels serbes — ne cachent plus depuis longtemps leur intention de les transformer en simples provinces serbes. Si on ajoute à cela que l'écrasante majorité des populations menacées s'est déjà prononcée par référendum (clandestinement, dans le cas des Albanais du Kosovo) en faveur de l'indépendance, on peut alors aisément prévoir que les plans de Belgrade rencontreront une résistance acharnée. En d'autres termes, on risque d'assister bientôt au déclenchement non pas d'une mais de plusieurs guerres en Yougoslavie.
Toutes ces hypothèses semblent être déjà prises très au sérieux par les gouvernements des pays voisins. Le gouvernement grec, par exemple, après une période de flottement, oriente désormais ses actions vers l'établissement de rapports très étroits avec Belgrade pour tenter de prendre "en sandwich" la jeune république de la Macédoine yougoslave. Et il n'est pas à exclure que Milosevic ait déjà promis quelque chose (par exemple, la région de Monastir, comme le laissent entendre certains journaux d'Athènes) à condition, évidemment, que la Grèce accepte de fermer les yeux devant les faits accomplis de Belgrade. On serait d'ailleurs d'autant plus disposé à croire à ces marchandages honteux, que Milosevic vient de signer un "protocole d'entente" avec le secrétaire des néofascistes italiens du Mouvement social italien (MSI), qui verrait plutôt d'un bon œil la cession à l'Italie de la péninsule d'Istrie, divisée entre la Slovénie et la Croatie (5). Les "patriotes" de Belgrade ne reculent devant rien, y compris les pires trahisons nationales, à condition évidemment qu'elles rendent plus vulnérables leurs ennemis : la Croatie aujourd'hui, la Macédoine demain. A vrai dire, Athènes continue à crier haut et fort que non seulement elle ne menace pas le régime de Skopje, la capitale de la Macédoine yougoslave, mais qu'elle est menacée par ce dernier.
Le prétexte macédonien En effet, cela pourrait correspondre à la réalité de la propagande grecque d'il y a encore quelques mois, quand presque tous les partis grecs (de la droite jusqu'aux socialistes et aux communistes) s'époumonaient pour crier au loup à chaque fois que les mots "Macédoine" ou "Macédonien" étaient utilisés par le gouvernement de Skopje. Et c'était vrai qu'au moins une partie de la classe politique de Skopje avec — parfois — l'accord tacite de Belgrade, jetait de l'huile sur le feu en parlant et en manifestant en faveur d'une "Grande Macédoine" qui engloberait la partie limitrophe de la Bulgarie et surtout le tiers de la Macédoine grecque, la Salonique inclue.
Pourtant, à force de répéter depuis des décennies que les Slaves n'ont rien d'autre en tête que de "descendre" finalement à la mer Egée, la bourgeoisie grecque a mis du temps pour comprendre ce qui se passait réellement de l'autre côté de la frontière, en Yougoslavie. Quand elle s'est finalement aperçue que le régime de Belgrade avait tout intérêt à pactiser avec la Grèce, plutôt que d'encourager les (hypothétiques ou pas) revendications territoriales de Skopje, Athènes a alors commencé à changer de ton.
1) Voir Inprecor n° 336, 337 et 338 des 13 septembre, 27 septembre et 11 octobre 1991.
2) Le 28 novembre 1912, éclatait la première guerre des Balkans. La Bulgarie, la Serbie et la Grèce déclarèrent la guerre à la Turquie. La Serbie fut écrasée a la bataille de Monastir et les Grecs prirent Janina.
3) Voir inprecorn° 339 du 25 octobre 191.
4) Voir Inprecorn° 332 du 7 juin 1991.
5) II Manifesto, 17 septembre 1991.
GRECE
En réalité, il s'agit d'une évolution toute récente qui se limite encore aux franges les plus "modernes" et ambitieuses tant du parti au gouvernement (la Nouvelle démocratie, Nea Dimocratia) que du Mouvement pan-héllénique socialiste (PASOK), aujourd'hui dans l'opposition. Subitement, les porte-parole par excellence des intérêts du grand capital et des Etats-Unis ont découvert que le "méchant loup" Skopje était peut-être suffisant pour bourrer le crâne de l'opinion publique grecque, mais que les exigences des temps modernes réclamaient plus de "réalisme".
Ce "réalisme" pourrait signifier deux choses : soit la formation d'un axe solide avec le régime de Belgrade, en vue d'un éventuel démembrement de la Macédoine yougoslave ; soit l'acceptation de l'indépendance de cette dernière pour pouvoir exploiter à fond ses richesses. Dans les deux cas, l'accent est mis sur le fait que la petite et pauvre "République de Macédoine" serait trop fragile pour pouvoir résister.
Quoi qu'il en soit, le fait est que ce changement d'optique fait son chemin et que la position officielle grecque devient de plus en plus "agressive". C'est ainsi que le gouvernement du Premier ministre, Constantin Mitsotakis, appuyé pour une fois par toute l'opposition, a tenté, en septembre 1991, de convoquer à Athènes une mini-conférence au sommet des pays balkaniques en vue d'examiner non pas la guerre serbo-croate, mais la question du "régime de Skopje" (6). Au début, il ne s'agissait que d'inviter à Athènes Slobodan Milosevic et le président bulgare Jelev, qui est un peu l'enfant spirituel de Mistotakis (les cadres du parti de Jelev ont été formés dans les locaux de Nea Dimocratia et ses campagnes électorales ont AUTRICHE
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Sorrente Amalfi * Pastum BASILICAT Golfe été financées par les fonds secrets de ce même parti grec).
Pourtant, à l'annonce de la convocation de la conférence, les autres gouvernements balkaniques ont commencé à manipants a été ajouté bientôt le nom du Premier ministre roumain de l'époque, Petre Roman. Pour les nouveaux dirigeants de Skopje, l'affaire était très claire : la conférence n'aurait qu'un seul but, la "conspiration" contre leur jeune république — en principe — indépendante.
Les rêves balkaniques de la Grèce
Indépendamment du refus final de la Bulgarie d'y participer, en raison du très semaines avant les élections générales, il est incontestable que cette conférence n'a pressions extraordinaires de Rome et de Bonn. Le coup fatal a été donné par le ministre italien des Affaires étrangères, Gianni de Michelis, qui, appuyé par son collègue allemand, Hans Dietrich Genscher, a d'abord fustigé la Grèce pour avoir ignoré ses avertissements, avant de la prévenir de laisser les grandes manœuvres dans les Balkans à des puissances comme l'Italie et l'Allemagne ! Et pour être très clair, de Michelis a ajouté que la Macédoine yougoslave se considère... la protégée de l'Italie.
Evidemment, Mitsotakis a obéit, bien que le grand journal pro-gouvernemental n'ait pas hésité à titrer sur huit colonnes le lendemain : De Michelis — le nouveau Mussolini. A leur grand effroi, les diriqu'ils n'étaient pas seulement menacés par les Turcs, mais que maintenant il
ROUMANIE
By avait aussi leurs alliés • Timisoara les plus chers, leurs partenaires de l'OTAN et du Marché commun. Peut-on alors conclure que toutes les am• Kragujevac bitions balkaniques d'Athènes se sont écroulées définitivement dans une humiliation magistrale ? Pas du tout. Le Premier miMACÉDOINE Skopje nistre et son clan ont peut-être eu peur du spectre de l'isolement international à un moGRECE ment si délicat pour leur survie politique. Mais grand nombre de dirigeants du parti au gouvernement, alliés à une tendance substantielle de la direction du PASOK, continuent de persister et d'avancer vers la création de fait d'une sorte de "parti transversal" qui n'a pas honte de parler des "occasions historiques" qui se présentent à une nation une ou deux fois par siècle.
Le message est clair. Au nom du nationalisme le plus borné, une tendance de la classe politique grecque, appuyée par les porte-parole du grand capital, est disposée y compris à tenter l'aventure guerrière pour pouvoir « profiter des occasions historiques ». Cette propension à l'aventurisme pourrait prêter à rire si elle ne se manifestait pas à une période assez propice à de tels "sauts dans le vide".
La carte du chauvinisme
En effet, bien que sans pouvoir disposer de la moindre alternative politique, la société grecque est en plein ébullition. Malgré les sacrifices extraordinaires des travailleurs, l'économie s'enfonce de plus en plus dans le gouffre. En même temps, la cohésion du gouvernement et de sa (mince) majorité parlementaire est menacée, tandis que la popularité du Premier ministre est au plus bas.
Quoi de plus tentant alors qu'une aventure hors des frontières du pays ? A vrai dire, ce ne sera pas la première fois que les dirigeants grecs seraient tentés par une telle solution à leurs problèmes. D'autant plus qu'actuellement c'est plutôt l'opposition socialiste, et même communiste, qui pousse à l'affrontement baptisant pêle-mêle « agents des Américains » tant les dirigeants de Skopje que les leaders des minorités nationales en Grèce.
Ce n'est donc pas un hasard si le boucher de Belgrade a tant d'admirateurs à Athènes. Et nous pouvons craindre qu'un bain de sang au Kosovo et en Macédoine provoqué par l'armée serbe, soit accueilli avec des cris de joie "anti-impérialistes" par la gauche grecque, qui est en train de perdre complètement la boussole. Cependant, le second souffle que ce chauvinisme exacerbé pourrait offrir au gouvernement et à tous les démagogues risquerait d'être de très courte durée. Derrière les éventuelles aventures des super-patriotes grecs se profilent déjà des lendemains qui déchantent. D'ailleurs, s'allier aujourd'hui à Milosevic ne garantit absolument rien. Victime de sa propre propa-
6) Au lendemain du référendum sur l'indépendance de la Macédoine yougoslave, le Premier ministre grec s'est empressé de déclarer que la Grèce ne reconnaitrait jamais cet Etat qui usurpe le nom de Macédoine. Ce qui ne pourrait se traduire que par la fermeture des frontières communes, par lesquelles transite la plus grande partie des exportations grecques vers l'Europe occidentale !
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Kotor