Thomas, un conservateur noir. Inprecor a rencontré deux féministes socialistes des Etats-Unis, Claire Costen de la Tendance IVe Internationale (FIT) et Camille
Le juge et
Pavortement
Aux Etats-Unis, la lutte pour le droit des femmes à l'avortement risque de devenir plus difficile après l'élection à la Cour suprême du juge Clarence
Colatosti de Solidarity, pour discuter des luttes des femmes pour le droit de choisir dans leur pays et évoquer la situation actuelle.
INPRECOR : Pouvez-vous nous rappeler comment s'est effectuée l'ascension des opposants à l'avortement aux Etats-Unis ?
Claire COSTEN : Les groupes d'extrême droite se sont de plus en plus saisis des questions antiféministes à partir des années 70. Ils se sont opposés à l'avortement dès le vote de la loi Roe et Wade qui l'a légalisé en 1973 ; en 1977, ils ont remporté une victoire, quand le Congrès a voté l'amendement Hyde interdisant les remboursements de Medicaid [sorte de sécurité sociale pour les personnes les plus démunies, ndlr] pour les avortements
-mais comme l'Etat en finance également une partie, cela ne signifiait pas la fin de tous les crédits.
Fort de cette victoire, le groupe Opération sauvetage a été créé, sous la direction de Randall Terry ; cette organisation s'est mise à poser des bombes dans les cliniques. Quand j'ai interviewé Terry, je me suis rendue compte que, pour lui, ce n'était pas un question isolée ; il l'envisageait dans la perspective générale d'une régression de tous les droits des femmes.
Il pensait que les femmes avaient obtenu
« trop de liberté » et devaient être remises à leur place.
Camille COLATOSTI : Terry est un prêcheur fondamentaliste qui s'est servi de cette question pour devenir célèbre. Au départ, c'étaient surtout les catholiques qui s'opposaient à l'avortement, mais Randall Terry a réussi à mobiliser une large coalition. Il développe une certaine idéologie, mais la plupart de ses partisans — les gens qui attaquent les cliniques — ne sont pas différents de ceux qui exigent le droit à l'avortement ; nombre d'entre eux sont des jeunes femmes.
ETATS-UNIS
"Opération sauvetage" a réussi à conduire à la faillite plusieurs cliniques. Cependant, son succès a été de courte durée car il a été confronté à de nombreuses arrestations et a vu ses fonds s'épuiser ; mais il réussit encore à mobiliser, comme l'a montré une grande manifestation anti-avortement qui s'est répétée pendant plusieurs jours à Wichita, dans le Kansass, où les manifestants ont juré qu'ils feraient fermer toutes les cliniques.
Claire : Beaucoup de ces cliniques ne pratiquent pas uniquement des avortements mais sont aussi des centres de santé destinés aux femmes, qui donnent des conseils sur la grossesse et sur la contraception, et proposent souvent des services plus larges. A Pittsburg, par exemple, c'est là que les femmes de moins de 18 ans peuvent se rendre pour obtenir des renseignements sur des questions dont elles ne désirent pas parler à leurs parents.
Camille : Reagan avait une position bien plus clairement opposée à l'avortement que Bush. La classe dirigeante est divisée sur cette question. A un moment, sous l'administration Reagan, le Parti républicain lui-même s'est déchiré sur ce thème, car certains considéraient que la ligne anti-avortement pouvait coûter cher au parti — cela ne veut pas dire qu'ils se soient prononcés pour les droits des femmes, mais ils n'utilisaient pas la même rhétorique extrémiste sur la ques-
Alors que Reagan s'est fait un point d'honneur à nommer des anti-avortement à la Cour suprême, Bush a essayé de désigner des hommes qui n'avaient jamais explicitement pris position et qui ne seraient donc pas attaqués de la même manière par les militants des droits civiques.
Claire : Le mouvement anti-avortement est encore fort. En Pennsylvanie, les opposants à l'avortement sont sans doute faiblement majoritaires dans l'opinion publique. Mais ils sont devenus plus intelligents ; ils s'occupent surtout de questions telles l'avortement des mineures et le consentement des parents. Ensuite, ils prétendent que certains avortements sont pratiqués pour se débarrasser des fœtus féminins — ce n'est absolument pas le cas aux Etats-Unis.
La Pennsylvanie a été l'objet d'un débat à la Cour suprême ; cet Etat a élaboré une loi selon laquelle une femme doit avoir la permission de son mari pour avorter — même une fois divorcée ! Cette loi exige aussi que les femmes attendent 24 heures après avoir signé leur demande d'avortement — pour les empêcher de faire des « jugements à l'emporte-pièce ».
Comme la Pennsylvanie est un Etat très étendu, surtout rural, avec deux grandes villes, Pittsburg et Philadelphie, les femmes doivent aller en ville pour se faire avorter, ce qui peut leur prendre des heures, et ensuite elles doivent en plus trouver un lieu où loger pendant 24 heures.
Camille : Les adversaires de l'avortement ont une stratégie très fine ; ils s'en sont d'abord pris aux femmes les plus pauvres en obtenant la suppression du Medicaid et, aujourd'hui, ils visent les femmes jeunes avec la question du consentement parental.
Claire : L'avortement des femmes à faible revenu n'est remboursé par Medicaid qu'en cas de viol, d'inceste et de malformation du fœtus. Mais le viol ou l'inceste doivent avoir été déclarés à la police sous 48 heures, qui décide s'il s'agit d'un cas nécessitant des poursuites judiciaires. Or, la plupart des cas présentés à la police est classée sans suite.
Vingt ans après que l'avortement soit devenu facilement accessible dans l'Etat australien de Nouvelle Galles du Sud, la lutte pour défendre la liberté de choisir est à nouveau à l'ordre du jour. Le gouvernement conservateur de cet Etat, où vit un tiers de la population australienne, a perdu la majorité parlementaire et se trouve sur la tangente (voir Inprecor n° 340 du 8 novembre 1991). Pour sa survie, il a besoin des voix d'un couple, Fred et Elaine Nile, élu à la chambre haute de l'Etat à cause d'une subtilité
Cette fragilité du pouvoir a été mise à profit pour l'introduction d'un projet de loi visant à interdire l'avortement en dehors de certains hôpitaux publics. Comme la plupart des interventions ont lieu dans des cliniques privées, ce projet de loi représente une attaque majeure contre le droit à l'avortement. Pour compliquer encore les choses, il a été présenté à un moment où les hôpitaux gouvernementaux de Sydney - dont l'hôpital des femmes - étaient fermés. Dans le même temps, les fonds publics
La réaction au projet de loi a été rapide et importante : 4 000 personnes ont manifesté le 14 août
1991, puis 500 le 28 aoüt. Les deux principales organisations de gauche qui sübsistent en Australie, le
Parti démocrate socialiste et les Socialistes internationalistes, ont joué un rôle central dans cette mobili-
Des syndicalistes du secteur public, des anciennes militantes du mouvement téministe, et des groupes de gays et de lesbiennes ont eu une place déterminante dans ces manifestations ; mais les cortèges étaient principalement constitués par de dynamiques adolescentes en colère, trop jeunes pour se souvenir de l'époque où l'on ne pouvait choisir qu'entre des avortements illégaux dangereux ou des
Quand le projet de loi a été introduit au Parlement, 13 des 15 femmes - sur les 42 membres — de
Le 3 octobre 1991, l'assemblée nationale de l'Eglise de l'Unité a voté à l'unanimité une motion appuyant le projet de loi. L'Eglise de l'Unité est le troisième courant religieux en Australie, dont le chef est
Fred Nile. Les tensions ont atteint leur point culminant le 7 octobre, quand le défilé annuel des partisans pentecôtistes de Fred Nile s'est retrouvé face à des centaines d'homosexuels et de défenseurs de l'avortement. Bien que les 400 pentecotistes aient réagi violemment, allant jusqu'à déchirer les banderoles des lesbiennes à coups de couteaux, la police n'est intervenue dans l'échauffourée que pour arrêter 10
Le projet de loi contre l'avortement est actuellement en discussion au Parlement et il est très loin d'obtenir la majorité. Cependant, étant donnée l'instabilité du gouvernement minoritaire, un projet de loi amendé pourrait étre voté au sein d'accords plus larges avec le couple Nile pour recréer un bloc parle-
• La campagne anti-avortement bénéficie-t-elle d'un réel soutien de masse, ou est-ce une guerre de lobbies, surtout au niveau des institutions ?
Camille : C'est une campagne très bien organisée au niveau institutionnel. Cependant, dans les sondages effectués sur le droit de choisir, tout dépend de la manière dont sont posées les questions ; les gens se disent plus favorables à l'avortement si les femmes déclarent qu'elles veulent le faire pour poursuivre leurs études que quand il s'agit de raisons financières. Dans l'ensemble, la population soutient le droit de choisir à condition qu'il n'apparaisse pas comme une affaire qui ne concerne que la vie des femmes.
Claire : De nombreux sondages prouvent que la majorité des gens sont favorables à l'avortement; cependant, ils montrent également que de plus en plus de personnes pensent que les mineures doivent avoir la permission d'au moins l'un des deux parents pour avorter.
Camille : Les forces féministes n'ont pas mobilisé de manière aussi importante que les opposants de l'avortement, qui ont agi sur plusieurs de fronts. Il y a cependant eu deux très importantes manifestations pour le droit de choisir.
Claire : Depuis l'adoption de la loi Roe Wade, le manque de solidarité entre les femmes de milieux et de races différents reste flagrant. Quand les forces anti-avortement ont commencé à s'en prendre aux femmes pauvres, il n'y a eu aucune grande mobilisation pour s'y opposer.
Camille : L'Organisation nationale des femmes (NOW) pensait, à l'époque, que si elle se battait sur la question du Medicaid, elle perdrait l'appui du Parti démocrate. Aujourd'hui, dix ans plus tard, elle s'aperçoit de son erreur.
Claire : A Pittsburg, la plupart des dirigeants du mouvement pour le droit de choisir sont des cadres de la classe moyenne. L'une des femmes les plus riches des Etats-Unis est investie dans cette bataille, et elle veut conduire le mouvement à voter pour le candidat républicain.
En Pennsylvanie, nous nous sommes battues pour que le mouvement revendique un avortement sans danger, légal et aussi à la portée de toutes les bourses les féministes noires soulignent que si ce dernier problème n'est pas réglé, l'avortement restera inaccessible. Les dirigeants du mouvement pour le droit de choisir du système électoral, mais qui défendent tous les deux des positions chrétiennes d'extrême droite destinés à des hôpitaux dirigés par différents ordres catholiques ont augmenté. sation. grossesses non désirées. la chambre haute de Nouvelle Galles se sont levées et ont quitté la séance — fait sans précédents. défenseurs de l'avortement. mentaire cohérent et maintenir les libéraux au pouvoir. * sont souvent à mille lieues des préoccupations des femmes de couleur. Ainsi, Molly Yard, la présidente de NOW, a déclaré que l'avortement devait permettre à toutes les femmes noires pauvres de se débarrasser de leurs bébés ! femme décédée des suites d'un avortement illégal. Par de nombreux côtés, c'était un bon film, mais, alors que la femme décédée à cause d'un avortement clandestin était une blonde aux yeux bleu, les enfants non désirés étaient toujours présentés comme des bébés noirs... Tout cela tient les femmes de couleur à l'écart du mouvement.
Camille : NOW n'est pas un mouvement démocratique où l'on peut présenter sa propre ligne. Ce sont les démocrates qui y donnent le ton.
La manifestation de Wichita dans le Kansass a bénéficié d'une couverture médiatique impressionnante. Les Pro-Life ont choisi une région où l'activité des féministes est faible. NOW n'a répondu que par une petite action.
ETATS-UNIS= Menaces sur l'avortement en Australie
Ken Davis
La nomination de Clarence Thomas à la Cour suprême n'a rien d'encourageant : bien qu'il n'ait jamais rien écrit de précis sur l'avortement, il s'est opposé à pratiquement tous les acquis arrachés par les femmes durant les vingt dernières années.
Claire : Quand il dirigeait la Commission pour l'égalité des chances devant l'emploi, il n'a pas traité 13 000 dossiers concernant des cas de discrimination sexiste — il s'est même parfois retourné contre les plaignantes. La nomination de Thomas par Bush a été une manœuvre très habile, car ceux qui s'y opposaient étaient dès lors traités de racistes. Or Thomas ne s'est jamais préoccupé du sort des Noirs. *
Propos recueillis par Colin Meade Septembre 1991