gouvernements de la Communauté économique européenne (CEE) passent un compromis comme celui de Maastricht ? Ou bien encore faut-il se demander si finalement compromis par l'accumulation d'obstacles aussi bien économiques
La "construction européenne" avance-t-elle ou recule-t-elle lorsque les les projets d'Acte unique et d'Union économique et monétaire (UEM) sont qu'institutionnels? politique et sociale européenne (1). Claude GABRIEL
LES MEDIAS ne nous ont pas épargné le suspens. A chaque accroc dans la préparation de Maastricht, beaucoup de journaux concluaient aussitôt que c'en était terminé du projet communautaire. Mais dès qu'un nouveau compromis était annoncé quelques jours plus tard, par La Haye ou par Bonn et Paris, les mêmes éditorialistes proclamaient alors qu'un pas important venait d'être franchi... Seule la presse britannique, suivant en cela le gouvernement Major, a généralement maintenu une ligne homogène de critique et de doute.
Toujours dans le même ordre d'idées, au moment-même où la presse française "craignait" que la nouvelle Allemagne ne rompe le projet européen pour se tourner vers la Mittle Europa, la presse allemande de son côté annonçait que c'était singulièrement la volonté européenne de la France qui s'effritait par crainte d'une hégémonie de la nouvelle Allemagne unifiée ! C'est ainsi que se forgent les opinions publiques nationales, au gré des besoins diplomatiques et des manœuvres politiciennes. Au moment où les états-majors capitalistes se libèrent, par nécessité, des entraves et contraintes "nationales", on continue de plus belle à faire appel aux fantasmes chauvins pour dissimuler les vrais enjeux de la restructuration en cours.
Comment se détacher de cet impressionnisme ambiant ? Comment passer au-delà du rideau de fumée et saisir les mécanismes réels ?
tom et un importance capil car le en du prio
Lorsque la crise yougoslave s'est amorcée, nombre d'éditorialistes avoué leur dépit face au peu d'homogénéité de la Communauté et à son incapacité à mettre en œuvre une réelle politique interventionniste. Tant de choses sont ainsi attendues de cette Europe-là ! Pour certains, qu'elle règle les disparités nationales et résorbe le chômage ; pour d'autres, qu'elle permette la relance économique ; ou encore qu'elle soit capable de devenir un nouveau gendarme régional, etc.
L'Europe existe-t-elle ?
Il faut sans doute commencer par démêler la pelote des divergences qui ont opposé, au cours des derniers mois, les Etats et gouvernements de la Communauté. La liste est certainement longue, de l'association des pays d'Europe de l'Est au rôle de la future banque centrale, en passant par le poids du Parlement européen, les prérogatives de la Commission de Bruxelles, la nécessité d'une diplomatie commune, la perspective d'une défense intégrée, etc.
Mais qu'est-ce qui constitue un véritable point de partage des eaux et qu'est-ce qui n'est finalement que contradictions secondaires ?
Par exemple, ce ne sont certainement pas les événements d'Europe centrale et d'Union soviétique qui déstabiliseraient soudain le projet d'UEM. Il n'y a aucune raison que, dans le monde actuel, un pays comme l'Allemagne se mette à vouloir faire bande à part pour réaliser quelques gains encore précaires à l'Est, alors qu'un marché toujours solvable de près de 400 millions d'habitants et de consommateurs s'est formé depuis longtemps en Europe de l'Ouest. Les choses ne sont donc pas comparables. Et si l'économie allemande peut sans aucun doute mener les deux politiques de front, elle n'est, de toute manière, pas prête à sacrifier les avantages du grand marché intégré ouest-curopéen.
Si l'on énumère les divers points d'achoppement dans la construction de l'UEM et si l'on note à chaque fois les positions de chaque Etat, on s'aperçoit qu'il n'y a pas de "camp" défendant respectivement des doctrines européennes achevées et cohérentes. Que ce soit sur la défense, sur le rôle du Parlement de Strasbourg, sur le dosage de "fédéralisme" ou de "confédéralisme", sur le rôle de l'écu, sur les rythmes et les étapes de mise en place de l'union monétaire, sur la politique agricole commune, etc., les positions en présence regroupent à chaque fois des ensembles différents d'Etats et de gouvernements.
Cette diversité peut être interprétée comme une preuve supplémentaire de faiblesse de la Communauté, puisque cela révèle l'hétérogénéité des intérêts. Mais qu'y a-t-il d'étonnant à cela ? Etait-ce différent à l'époque du traité de Rome et des premiers pas du Marché commun ? Or ce furent, au bout du compte, les intérêts à long terme du capital qui l'emportèrent peu à peu sur les inerties et sur une série de positions sectorielles. Ainsi, tout au plus, les différences actuelles favorisent le pragmatisme et les compromis. Le fond de l'affaire se situe ailleurs, dans la réorganisation des secteurs déterminants du capital et dans la recherche d'une sortie de crise.
Un nouveau militarisme
Le problème n'est donc pas tant que les "Européens" n'aient pas été capables de se mettre d'accord sur la Yougoslavie et qu'ils n'aient pu entreprendre une action vigoureuse d'intervention. L'imbroglio yougoslave rend de toute manière très aléatoire toute politique d'intervention extérieure, y compris celle de chaque Etat pris séparément (y a-t-il d'ailleurs une "politique" claire et définie, efficace et résolue, des Etats-Unis, de la France ou de l'Allemagne pris séparément ?).
S'il est évident que certains enjeux ne sont pas les mêmes pour les partenaires européens, il est surtout remarquable que pour la première fois — et a fortiori pour un conflit militaire en Europe ! — une réplique et une intervention militaire communautaires aient été envisagées. Le fait que cette question soit sérieusement débattue est un trait significatif de la tendance en cours.
On retrouve d'ailleurs à cette occa-
1) Voir Inprecor n° 334 et 337 des 5 juillet et 27 septembre 1991.
- International : Les entreprises concernées appartiennent à des Etats membres dont un au sion une part des débats sur la "défense européenne". Or le fait que le récent sommet de l'Alliance atlantique se soit terminé par un compromis qui reconnaît la connexion entre la CEE et l'Union de l'Europe occidentale (UEO) confirme la tendance à long terme pour un nouveau militarisme européen. Au même moment d'ailleurs, Madrid annonçait sa décision de s'impliquer dans le projet de forces franco-allemandes et des troupes belges participaient, quelques semaines plus tard, à des manœuvres aux côtés de troupes membres de cette fameuse brigade franco-allemande.
Il est ainsi devenu très difficile pour les Américains de demander à l'Allemagne de prendre une part politique et surtout financière grandissante à la défense mondiale et de refuser en même temps la cristallisation progressive d'une défense européenne. La concentration d'un lobby militaro-industriel européen s'associe peu peu à une doctrine européenne de défense et à de vrais intérêts politiques et diplomatiques spécifiques.
Que cette perspective se combine au maintien d'une Alliance atlantique révisée et à la conservation du rôle central du dispositif militaire américain n'a pas de quoi étonner. Le monde n'est plus régimenté par une seule puissance hégémonides 1 000 premières entreprises industrielles européennes Année National 1983-1984 101
(65,2) 1984-1985 146
(70,2) 1985-1986 145
(63,7) 1986-1987 211
(69,6) 1987-1988 214
(55,9) 1988-1989 233
(47.4) * Source : Commission européenne. — Les chiffres entre parenthèses appartiennent au même Etat membre. -CE : Les entreprises concernées appartiennent à des Etats membres différents moins n'est pas communautaire.
que, mais le capitalisme a plus que jamais besoin d'une capacité de répression multiforme. Le changement décisif est donc ailleurs ; il est dans le rapport qui s'instaure progressivement entre des institutions politiques européennes en voie d'intégration et une part du système de dé-
"occidental". Cette stratification nouvelle des responsabilités est l'aboutissement de deux facteurs : l'affaiblissement politique et économique relatif des Etats-Unis (malgré la guerre du Golfe qui visait, entre autres, à repositionner ce pays au sein du camp impérialiste) et la montée des périls en Europe de l'Est et
Or, sur ce second aspect, la Communauté aura ses intérêts propres et surtout ses responsabilités particulières. Ni la France, ni l'Allemagne, ni la GrandeBretagne, prises séparément ne pourront aller jouer les gendarmes incontestés en Afrique, dans l'Océan indien ou en Europe orientale... Signe des temps sans doute, c'est à ce moment précis que se dessine la possibilité objective d'une intégration militaire européenne, seule capable de répondre aux nouveaux défis.
Il faudra sans doute encore beaucoup de temps pour que s'accomplisse cette transformation. Mais, sur ce point comme sur d'autres, le blocage définitif de la dyPrises de contrôle (acquisitions, fusions)
CE International Total
29 25 155 (18,7) (16,1) (100) 44 18 208 (21,2) (8.7) (100) 52 30 227 (23,0) (13,3) (100)
75 17 303 (24,8) (5,6) (100) 111 58 383 (29,0) (17,8) (100) 197 62 492 (40,0) (12,6) (100)
namique engagée ne viendra pas de contradictions économiques ou politiques "endogènes". Seules les luttes sociales et l'entrée en scène de mouvements politiques et sociaux contestataires pourraient être les grains de sable qui empêchent les bourgeoisies européennes d'accomplir cette mutation.
La volonté politique
Deux catégories de problèmes s'entremêlent dans la mise en place de l'UEM. Le premier est celui de l'ouverture des marchés et de la restructuration des entreprises européennes dans le cadre de l'Acte unique. Le second est celui des institutions, du type de communauté politique et d'extension des prérogatives de celle-ci en matière de défense et de diplomatie. Entre ces deux niveaux, la question monétaire joue un rôle de charnière, à la fois maillon nécessaire du "grand marché" et étape décisive de mise en place d'une supra-nationalité institutionnelle.
C'est là que se trouve l'obstacle majeur actuel. C'est le moment décisif où il y a déséquilibre entre les avancées de l'internationalisation du capital et les processus politiques qui devraient en découler. Cette désynchronisation a été maintes fois soulignée, notamment en ce qui concerne l'énorme difficulté de substituer un proto-Etat européen aux Etats "nationaux" actuels.
Hormis les résistances sociales et les luttes politiques, le seul facteur pouvant provoquer un échec prolongé serait précisément un désordre monétaire dû à la perte de discipline monétaire au sein du système monétaire européen (SME)... faute d'avoir pu se doter à temps d'une monnaie unique. Cette éventualité n'est pas à écarter. Nous avons déjà souligné en effet qu'il s'agissait maintenant d'une course de vitesse et qu'il ne serait pas possible de maintenir durablement la situation actuelle (libre circulation des capitaux et parités relatives sous surveillance) sans mettre très vite en place des parités définitivement fixes au sein du SME et sans une homogénéisation des taux d'escompte - autant dire, donc, un premier pas décisif vers la monnaie unique.
Compte tenu de l'internationalisation croissante des économies européennes, l'UEM présenterait immédiatement des avantages par rapport à la transition actuelle. Elle permettrait, par exemple, la stabilité des changes grâce à un écu devenu "monnaie unique". Actuellement, les avocats de l'UEM chiffrent le coût des transactions de change à 0,5 % du produit intérieur brut (PIB) communautaire. La stabilité du change serait un élément anti-inflation et la disparition des anticipa-
tions, spéculative ou autres, sur les variations de change rendraient plus sûr le placement de l'épargne en Europe comparativement au reste du monde.
Les institutions de la future Europe ont d'ailleurs autant besoin de l'écu comme monnaie unique, que l'écu a besoin, pour réellement exister, d'un "Etat européen" en lequel les classes dirigeantes et les entreprises aient confiance. Il ne peut, en effet, y avoir de monnaie "acceptée" par les détenteurs de capital sans que celle-ci s'appuie sur un appareil d'Etat fiable pour la régulation générale du système. Les questions monétaires et institutionnelles représentent donc un même problème à deux inconnues.
Là est le véritable enjeu et le nœud gordien du moment... et non dans la crise yougoslave, les exportations de viande tchécoslovaque ou les candidatures autrichienne et suédoise à l'entrée dans la CEE !
Le grand Monopely
Cette contradiction majeure entre les domaines économiques et financiers d'un côté, et les domaines monétaires et politiques de l'autre pourrait donc sembler insurmontable. Mais l'imbrication de plus en plus complexe d'intérêts industriels et financiers "européens" et la mise en place du "grand marché" font qu'un échec définitif du projet d'UEM aurait des conséquences gigantesques au plan économique et social.
Ces conséquences pourraient alors changer le rapport de forces entre les classes sur le vieux continent. Cela laisserait le système au milieu du gué. Il serait en rupture avec les formes passées de protectionnisme et de politiques économiques nationales, sans que, pour autant, la transcroissance nécessaire se soit réalisée. Un pareil échec ouvrirait les portes à de très profonds dérèglements économiques par lesquels pourrait s'engouffrer une nouvelle ère de conflits sociaux et de contestations de masse. Les classes dirigeantes et les gouvernements en sont conscients, n'en doutons pas. La volonté politique fait donc partie des données du problème et explique le pragmatisme et les compromis actuels.
Ce que la presse française a interprété (par anglophobie imbécile) comme des obsessions anti-européennes de Margaret Thatcher en matière monétaire s'est finalement révélé correspondre à une plus juste vision des rythmes et des difficultés. Le rêve "mitterrandien" d'un mouvement rapide vers une Europe fédérale munie de sa monnaie unique a fait long feu ! Le président français a dû lui-même concéder aux Allemands une perspective à plus long terme pour la dernière phase de l'union monétaire.
La position britannique, actuelle, n'est donc pas portée par une quelconque tendance idéologique à l'atlantisme", à la défense de la souveraineté nationale, ou autres balivernes. C'est d'abord la structure présente du capitalisme britannique qui explique les politiques européennes spécifiques de Londres (voir encadré p. 22). Et le passage de l'ère Thatcher à l'ère Major a exprimé, sur ces questions, une légère remise à l'heure de la pendule de Downing Street, précisément en fonction des inflexions en cours dans les alliances et restructurations industrielles britanniques.
Double défi
Tous les pays de la Communauté sont ainsi confrontés au même problème : mener simultanément l'ouverture de leur marché à la concurrence extérieure et la défense de leurs propres "champions na-
Deux processus sont en cours et s'entremêlent : la réorganisation mondiale du capital, d'une part, et sa réorganisation spécifique au plan européen (en y incluant les pays de l'Association économique de libre échange — AELE), de l'autre. Ce double processus rend extrêmement compliquée la restructuration industrielle du vieux continent. Les alliances, fusions, rachats se croisent et s'entrecroisent, entre Européens, Américains et Japonais, découpant des aires d'intérêts différentes selon les branches et les produits. On a ainsi déjà souligné qu'il n'y avait pas, à proprement parler, de tissu industriel européen d'ores et déjà constitué... Mais dans certaines branches, et pas des moindres, les choses sont cependant bien avancées : les banques et les assurances, l'aérospaciale, l'aéronautique et les transports aériens, en partie dans l'armement, l'énergie et l'électricité, la distribution, et partiellement dans l'agro-alimentaire.
Il y aussi des secteurs où, pour le moment, le grand marché européen permet une simple concurrence entre partenaires européens qui s'entre-dévorent joyeusement sans l'intervention directe des Japonais ou des Américains : par exemple, les transports routiers et, pour le moment, le transport ferroviaire.
Deux branches industrielles majeures sont, en revanche, dans une situation où l'alliance européenne serait prioritaire au regard des enjeux stratégiques mais qui est sans doute déjà en échec. Il s'agit évidemment de l'automobile, qui a beaucoup de mal à échapper aux alliances avec les
Japonais et perdra de plus en plus de terrain vis-à-vis de ces encombrants partenaires. Ensuite, de l'électronique, où la dépendance envers le Japon en matière de les micro-processeurs et la nouvelle alliance entre IBM et Macintosh sonne sans doute le glas des espoirs européens (Bull, Phillips, Olivetti). Il semble enfin que la "bataille" sur la télévision haute-définition, menée à coup de normes spécifiquement européennes à but protectionniste, soit déjà perdue.
L'ampleur de la restructuration mondiale pèse donc très lourd sur le dossier UEM. Car les restructurations engagées depuis plus de dix ans ne visent pas seulement à concentrer le capital européen, à dépasser la concurrence entre "champions nationaux" et à constituer un nouveau tissu industriel européen sur la base d'un partage du grand marché... Elles visent aussi et surtout à s'accaparer une part du marché mondial. Or, sur ce terrain, pour chaque type de produit, il faut d'une ma nière ou d'une autre conquérir une part du marché américain (le marché européen ne suffisant plus) et il faut se situer très vite parmi les trois premiers groupes mondiaux (voir tableau p. 20). Il faut ainsi passer d'une approche industrielle fondamentalement "nationale" à des défis et des enjeux mondiaux ; entre les deux, l"industrie européenne" peut apparaître comme une simple "virtualité"
Dès lors, les grands groupes peuvent osciller entre une doctrine protectionniste de l'Europe (voir les positions de Peugeot face aux Japonais) et une doctrine du libre échange généralisé.
Il semble bien, cependant, que la résultante actuelle de ces multiples stratégies fragmentées du capital renforce finalement la perspective de l'UEM. On note d'ailleurs de fréquents appels des grandes entreprises européennes à hâter l'accord monétaire ainsi que leurs demandes d'aide à Bruxelles pour favoriser des pôles européens compétitifs.
Le fond de l'affaire tient, en effet, au rôle toujours plus important de la puissance publique, de l'"Etat"! Et ce, malgré les bêtises libérales dont on nourrit les populations pour justifier l'austérité... La puissance publique est d'autant plus utile qu'elle doit continuer à aider et à encadrer
prise en charge d'une partie des risques par la puissance publique plaident donc pour l'affirmation d'un proto-Etat européen capable de financer et de coordonner ces nouveaux besoins. Le capital britannique n'échappera pas à ces besoins. Telle est sans doute la conviction de Major, qui doit pourtant manœuvrer dans son parti et ne pas perdre les élections d'abord !
L'UEM était objectivement inscrite dans l'Acte unique... On ne peut en effet laisser les capitaux circuler librement sans se poser très vite le problème de la devise commune. Car, sans cela, le moindre déséquilibre important au SME, avec l'actuelle dérèglementation, pourrait entraîner un vaste désordre monétaire, amplifié par la spéculation. Echouer sur l'UEM impliquerait donc un recul brutal dans la mise en œuvre du grand marché... et, par conséquent, un retour anachronique aux stricts protectionnismes nationaux. C'est tout le Traité de Rome qui serait alors remis en question. Un retour à 1959 est-il envisageable ?
Issue à la erise ?
L'UEM représente, d'autre part, un maillon important de la politique de "sortie de crise". Conséquence de l'Acte unique, elle combine restructurations industrielles, monétaires et institutionnelles. En dernière instance, c'est-à-dire au niveau politique et social, son achèvement constituerait un élément non-économique, utile pour une possible sortie de l'onde longue récessive. Elle constitue donc un enjeu majeur pour les bourgeoisies européennes et pour les Etats.
tendances cohabitent, celle d'une mondialisation accrue et celle pour la constitution d'une entité politique et économique européenne spécifique. Un point d'équilibre entre un nouveau libre échangisme et de nouveaux protectionnismes devra donc être trouvé dans le cadre d'une hypothétique sortie de crise. C'est l'enjeu des tractations actuelles de l'Accord général sur les tarifs et le commerce
Trois pôles néo-protectionnistes peuvent ainsi émerger au sein de l'OCDE : Amérique du Nord (Accord de libre commerce de l'Amérique du Nord, NAFTA), Japon-Asie et Europe. Mais ce serait une erreur de croire que leur forme reviendrait à une simple réplique des vieux systèmes de "défense" des économies nationales. Les guerres commerciales prendront une toute autre allure car le développement inégal et combiné au sein des pays de l'OCDE va se faire de manière multiforme, selon les branches et les produits : hégémonie japonaise, européenne ou américaine selon les cas. Aucun des pôles n'aura donc d'hégémonie absolue, avec quelques conséquences aux plans politique et militaire.
Mais il serait erroné de prendre cette fébrilité du capital comme un mouvement cahotique duquel il serait impossible de prévoir les futures "rationalités". Que l'économie se mondialise de plus en plus, que les mouvements de capitaux soient de plus en plus complexes est une chose ; mais le système a besoin d'un point d'équilibre. Celui-ci n'est pas purement et simplement engendré par l'économie. La dimension politique et sociale, impérative pour trouver une issue à la crise actuelle, doit s'incarner dans un système socio-politique nouveau en prise avec l'évolution mondiale. L'UEM et son volet politico-institutionnel peuvent être précisément une part de la solution pour les Etats européens.
Rattraper l'adversaire: Il faut donc éviter une série d'erreurs. Celle, par exemple, de prendre ses désirs pour des réalités, et d'interpréter les contradictions inter-impérialistes comme le dernier avatar de la crise du système européen.
Le plus urgent, sans aucun doute, est de fournir au mouvement ouvrier et aux gauches anticapitalistes une réponse alternative à l'Europe qui se dessine peu à peu. La nouvelle réalité fait que le repli stratégique sur le cadre national, par conservatisme ou illusion d'autodéfense, constituera une impasse. Très vite, ses tenants finiront par se replier sur la région ou sur la "nation", sur la ville ou sur l'entreprise. La micro-stratégie deviendra le refuge aléatoire pour tous ceux qui n'auront pu s'investir dans un nouvel internationalisme à la hauteur des enjeux.
A partir de l'interprétation des luttes quotidiennes et de toutes les résistances sociales qui ne manqueront pas de se développer ces prochaines années il faudra commencer à tracer les contours d'une Europe alternative; au moins, les premiers éléments d'une contre-offensive. En partant des nécessités immédiates, qu'elles soient économiques, sociales ou politiques, il faudra bâtir une nouvelle cohérence, qui combine le droit à l'autodétermination de toutes les collectivités de travail ou de vie et l'audace d'un projet anticapitaliste sans frontières.
Le sommet de Maastricht vient nous rappeler notre immense retard sur l'adversaire.. *
3 décembre 1991
2) Le Miti est un organisme public japonais qui encadre les politiques de recherche et de développement des entreprises.
les besoins de recherches et certains projets d'investissements dont les montants sont de plus en plus gigantesques — voir parallèlement le rôle du Miti au Japon (2).
Or au stade actuel — un peu à la manière de deux entreprises mettant en commun les risques d'une recherche ou du lancement d'un produit — les Etats européens doivent intervenir conjointement pour soutenir certains grands projets industriels. C'est le rôle des programmes d'aides publiques à la recherche commune : "Race", "Esprit", "Eureka", etc. Mais c'est aussi le cas pour des marchés comme celui des Airbus, de la société Ariane-Espace et du projet Hermes.
Le vrai défi est maintenant sur le terrain des "futurs produits" : télévision haute définition, biotechnologies et génétique, train à grande vitesse, voiture "intelligente", télécommunication et produits multimédias, etc.
Cet encadrement, cette aide, et cette