Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Chômage et racisme

· Inprecor n° 342, 6 décembre 1991 · p. 23 · 907 mots

Grande-Bretagne

Si on les compare avec le nombre de voix remportées par Le Pen en France ou les actions criminelles des groupes allemands (1), les organisations néo-fascistes britanniques ne constituent pas encore une force significative, mais sont cependant très actives depuis la chute de Thatcher. Liam MACUAID

EN 1979, alors que les

groupes d'extrême droite était à leur zénith, l'élection des conservateurs leur a coupé l'herbe sous le pied. Dans un discours célèbre, Thatcher avait évoqué la peur des Britanniques blancs de se voir submergés par des « cultures étrangères » et le conservateur Norman Tebbit s'était publiquement demandé si les Noirs de Grande-Bretagne soutenaient réellement l'équipe de cricket d'Angleterre. Ce discours raciste, accompagné d'une forte rhétorique anti-européenne et de violents coups assénés à la classe ouvrière, a rassemblé les classes moyennes et la petite bourgeoisie derrière les conservateurs. Thatcher n'hésitait pas à faire la guerre quand cela pouvait lui être utile pour des élections; les Malouines ont été l'occasion d'un déploiement sans précédent de nationalisme réactionnaire.

Mais aujourd'hui Thatcher est partie. La direction du Parti travailliste, derrière Neil Kinnock, se différencie très peu du Premier ministre conservateur John Major. Le chômage touche au moins 3 millions de personnes dans le cadre de la pire des récessions britanniques de l'après-guerre. En tant qu'idéologie, le "thatchérisme" était l'essence concentrée du libre marché : la société n'était qu'un ensemble d'individus et de leurs familles ; il fallait devenir riche avec le plus d'ostentation possible ; le consensus autour de l'Etat-providence, caractéristique de la politique britannique de l'après-guerre, personnifié par l'ancien Premier ministre conserva= Inprecor n° 342 du 6 au 19 décembre 1991

GRANDE-BRETAGNE teur Edouard Heath, par exemple, devenait du "socialisme utopique". Avec la disparition de la majeure partie de l'industrie traditionnelle, l'expansion secteurs des services et des finances, et la réticence des syndicats ou du Parti travailliste à passer à l'offensive, une réelle atomisation a traversé la société britanni-

Classes moyennes plumées

Quand la prospérité artificielle créée par la politique économique de Thatcher s'est évaporée, ceux qui pensaient gagner le plus se sont retrouvés dans les pires conditions. Tous ceux qui, sur les conseils du gouvernement, avaient acheté leur logement ou créé leur propre entreprise ont d'énormes difficultés aujourd'hui à cause des taux d'intérêts élevés, du déclin de leurs revenus et de la multiplication des licenciements dans les anciens secteurs en expansion.

Un mouvement ouvrier faible, une récession et une couche de plus en plus importante de chômeurs de longue durée et de petits commerçants frustrés : voilà des conditions idéales pour la croissance du racisme et du fascisme. D'ailleurs, les organisations fascistes britanniques ont commencé à accroître leur nombre de militants et leurs activités depuis la chute de tactiques sont plus raffinées aujourd'hui. En septembre 1990, avant la chute de Thatcher, le Parti national britannique (PNB), le plus important des groupes d'extrême droite, a obtenu 25 % des voix de la classe ouvrière blanche lors d'une élection cantonale partielle dans l'East End à Londres avec le slogan « Des droits pour les Blancs ». Le PNB a utilisé le passage à tabac d'un Blanc par des jeunes originaires du Bangladesh (après d'innombrables attaques de toutes sortes contre la communauté bengladi du quartier) pour gagner des suffrages. Cette approche, relativement plus subtile que celle des campagnes électorales précédentes, a réussi aux fascistes. Ce résultat prouve qu'ils sont capables de cristalliser la colère et les frustrations de la classe ouvrière blanche dans l'un des quartiers les plus pauvres de Londres. Utilisant le passage à tabac comme prétexte, ils ont aussi mis sur le dos des immigrés l'état de délabrement des logements et le chômage. Le PNB présentera environ 20 candidats aux prochaines élections législatives et un autre groupe fasciste, le National Front, pourrait en aligner une douzaine d'autres.

Les fascistes ont également lancé une importante campagne de harcèlement des militants d'extrême gauche. Des lecteurs de la revue Socialist Outlook ont été attaqués et menacés dans de nombreuses villes. La maison d'un militant noir du Parti socialiste des travailleurs (SWP) a été incendiée à la grenade et chaque semaine des camarades qui vendent Socialist Worker sont attaqués.

En défense des «Blanes"

Mais c'est surtout l'augmentation du nombre et du degré de violence des attaques racistes qui est inquiétante. Si l'on n'assiste pas encore des attaques meurtrières ou massives comme en Allemagne, des familles noires ont cependant été victimes de grenades incendiaires et des groupes de deux ou trois hommes ont tabassé des enfants asiatiques d'une dizaine d'années.

Selon le gouvernement britannique, en 1990, il y a eu 6 459 attaques raciales. Il est certain que ce chiffre est bien plus bas que celui de 1991 et que ceux de 1992

Get 1993 augmenteront encore. Toutes ces attaques ne sont pas le fait de partisans des groupes fascistes ; beaucoup sont menées par des voisins d'immigrés ou par des groupes de jeunes désœuvrés. Mais le racisme redevient petit à petit respectable. Les journaux conservateurs rapportent de plus en plus d'histoires d'immigrés qui escroqueraient la sécurité sociale, de fables sur des immigrés qui bénéficieraient de logements sociaux avant les Blancs, etc. Dans le même temps, les ministres parlent à nouveau de la "submersion" et viennent d'introduire une législation, condamnée par Amnesty International et par certains évêques, qui rend l'entrée en Grande-Bretagne beaucoup plus difficile pour les réfugiés, même s'ils risquent la mort dans leur pays d'origine. *

Londres, 28 novembre 1991

1) Voir Inprecorn° 341 du 22 novembre 1991.

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