Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BELGIQUE

La fin du consensus

· Inprecor n° 342, 6 décembre 1991 · p. 25, 25 · 856 mots

Belgique

La crise de la représentation politique a franchi un seuil qualitatif en Belgique.

Les élections au Parlement et au Sénat du 24 novembre 1991 ont montré que les trois familles traditionnelles (sociaux-chrétiens, socialistes et libéraux) n'attirent que 65,7 % de l'électorat flamand (90,5 % en 1950 et 74 % en 1987). Même si ces groupes représentent 81,5 % en Wallonie, ils reculent par rapport à 1987, où près de 89 % des gens votaient encore pour le Parti socialiste (PS), le Parti social-chrétien (PSC) et le Parti libéral (PRL). Le recul est donc sévère et tout indique qu'il ne fait que débuter... Alain TONDEUR

MALGRE leur cure d'opposition, il est significatif de constater que les libéraux sont eux aussi touchés par ce phénomène. Le PVV (libéraux flamands) de Verhostadt grignote certes un petit 0,6 % de l'électorat, mais le PRL perd 2,4% en Wallonie et 3,6 % à Bruxelles. En fait, l'électorat a sanctionné tous les partis établis.

Le recul des partis classiques est encore plus frappant si on se penche sur les résultats des grandes villes, surtout en Flandre. Le CVP (sociaux-chrétiens flamands), le SP (socialistes flamands) et le PVV ne totalisent plus que 47,2 % des votes exprimés à Anvers. Dans cette métropole, les partis non-traditionnels ont la majorité absolue.

Des trois familles, les sociaux-démocrate sont les plus mal en point. Le CVP reste le premier parti de la Flandre et du pays. En tant que parti "chrétien", il y a un plancher en dessous duquel il ne descen-

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dra pas, sauf bouleversements sociaux plus profonds. Le maintien du PSC à 22,5 % (- 0,7 %) en Wallonie et à 8,8 % (+ 0,3 %) à Bruxelles est sans doute en partie dû à l'existence de ce plancher.

Forte polarisation politique

Les choses se présentent différemment pour le SP et le PS. Le SP chute de 4,6 % en Flandre et se retrouve à 19,6 %. Ses dirigeants n'ont d'autre perspective que de continuer à gérer la crise capitaliste ; or, ce faisant, ils minent le principe de solidarité sur lequel, historiquement, la social-démocratie s'est constituée. Une partie de l'électorat populaire victime de la crise se détourne de la socialdémocratie parce qu'il trouve une autre forme d'identité solidaire — nationaliste et raciste — dans le discours démagogique du Vlaams Blok. La contradiction du SP est donc insurmontable. Où s'arrêtera sa chute ? Elle peut aller très loin ; le SP a perdu un tiers de son électorat dans la région bruxelloise et, dans ses 19 communes, il passe derrière le Vlaams Blok !

La crise de la représentation politique s'exprime comme prévu dans la poussée de l'extrême droite, des Verts et, en

BELGIQUE Flandre, par le succès des listes de Van Rossem, ex-milliardaire véreux qui a appelé à voter "merde" et qui comptabilise 188 000 voix, soit 5,2 % de l'électorat. C'est sous cette forme que se concrétise pour le moment la polarisation politique et la rupture du consensus gestionnaire. Dans son essence, le phénomène est semblable en Flandre et en Wallonie : rejet de la politique politicienne, de la forme parti et du discours politique traditionnel, importance de ce phénomène chez les jeunes, instabilité électorale accrue. Mais l'image qui en ressort est très différente dans les deux parties du pays.

Au Sud, pour le moment, la polarisation s'accompagne plutôt d'un glissement à gauche : recul du PRL et percée d'Ecolo (Verts francophones) qui recueille les fruits des luttes dans le tertiaire avec 13,5 % (soit + 7 %). De plus, au sein même du PS, Jean-Maurice Dehousse, un contestataire, remporte un succès personnel avec un vote préférentiel de 39 000 voix (alors qu'il était en septième position

Au Nord, la polarisation s'accompagne d'un glissement à droite très marqué : recul du SP, maintien du PVV, statu quo imprévu d'AGALEV (Verts flamands) à 7,9 % (+ 0,6 %), et, surtout, percée du Vlaams Blok avec 10,4 %.

A côté de cela, la "gauche de la gauche", celle qui propose une alternative à la crise globale de la société, est en mauvaise posture. Ainsi, en Wallonie, le Parti ouvrier socialiste (POS-SAP, section belge de la IVe Internationale) recule de manière marquée par rapport à 1987, passant de 10 900 à 4 545 voix, avec des reculs à Liège et à Charleroi et seulement 1705 voix pour les 19 communes de Bruxelles (contre 3 013 en 1987).

Le Parti du travail belge (PTBPVDA) passe au niveau national de 43 386 voix en 1987 à 31 674. Ce résultat est le fruit d'une perte de 14 602 voix en Flandre, d'un progrès de 536 voix en Wallonie. Dans son bastion anversois, le PTB passe de 17309 voix en 1985 à 6 005 voix aujourd'hui. Il est fort probable que son maintien en Wallonie soit lié au transfert d'une petite partie de l'électorat communiste traditionnel.

En Flandre, la coalition Regenboog (rouge et verte) totalise 11 083 voix et enregistre une perte de la moitié de ses suffrages par rapport aux élections européennes de 1989. Toutefois, Regenboog réalise des scores plus qu'honorables à Anvers (7 587), Mechelen (1900), Leuven et Alost. *

28 novembre 1991

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