Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHECOSLOVAQUIE

Le malaise slovaque

· Inprecor n° 342, 6 décembre 1991 · p. 5-6 · 1 067 mots

« Afin de protéger l'Etat du chaos », Vaclav Havel a annoncé à la télévision, le certaines circonstances ; la rapide entrée en vigueur de la nouvelle législation sur la structure fédérale de l'Etat ; et une loi facilitant la convocation de nouvelles aucune majorité ne se dégage à l'Assemblée fédérale (1).

Colin MEADE

CETTE annonce solennelle a été motivée par l'imbroglio constitutionnel qui perdure, à cause de l'acharnement du gouvernement slovaque pour accroître sa souveraineté par rapport aux institutions fédérales. La

Slovaquie, partie orientale de l'Etat tchécoslovaque, où vit environ un tiers de la population du pays, a toujours été un parent pauvre mécontent des différents gouvernements tchécoslovaques qui sont succédés depuis

1918. Après la "révolution de velours" de novembre

1989, une puissante volonté de redéfinition complète des modalités de l'Etat unifié avec les Pays tchèques s'est développée en Slovaquie une minorité significative demandant l'indépendance.

En 1990 et 1991, les principaux partis du Parlement et du gouvernement slovaques ont essayé d'exercer l'autodétermination en pratique, prenant des initiatives sans en référer aux autorités fédérales de Prague, et demandant que la nouvelle Constitution soit ratifiée d'abord par les deux parlements nationaux et seulement ensuite par l'Assemblée fédérale, ôtant donc la primauté constitutionnelle à cette dernière.

Le Conseil national slovaque (CNS, parlement) a discuté de la création d'une force de défense slovaque, des délégations slovaques indépendantes ont installé

17 novembre 1991, qu'il mettrait en place plusieurs nouvelles mesures constitutionnelles, dont le droit du président à organiser un référendum dans élections législatives et permettant au président de gouverner par décret si que] a publiquement exprimé ses réticences » (2).

les représentants slovaques et tchèques/ fédéraux se sont enlisées à l'heure de décider quelles lois

Slovaquie.

REFER

Dessin extrait de Lidové noviny.

cependant au-delà des questions constitutionnelles. Comme l'ont montré les réserves de Carnogoursky sur l'OTAN, la pensée officielle slovaque n'est pas dans la ligne de l'orientation fermement pro- occidentale et pro-marché défendue à Pravaque de l'époque, Vladimir Meciar, a été démis à cause de ses réticences à soutenir un plan de privatisation drastique. Cependes missions diplomatiques à l'étranger et « quand les politiciens fédéraux et tchèques ont posé leur candidature pour une intégration rapide à l'OTAN à la suite de la tentative de coup d'Etat de Moscou, Carnogoursky [le Premier ministre slova- vaque,

Les nombreuses négociations entre

- fédérales ou slovaques - devaient avoir la prééminence en

Le conflit entre la direction slovaque et les partenaires fédéraux et tchèques va

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dérales.

En juin 1991, le Premier ministre slodant son remplaçant, Carnogoursky, a aussi cédé aux pressions populaires sur les questions nationales et économiques. Comme l'a expliqué un partisan slovaque du maintien de la fédération actuelle : « L'apparition d'un Etat fasciste ou totalitaire [dans une Slovaquie indépendante] n'est pas à exclure, mais il est absolument certain qu'on assisterait à un effondrement économique » (3).

Pour Prague, la Slovaquie doit être remise au pas. Le moyen choisi pour le faire est la proposition de référendum, ou celle de nouvelles élections, qui risquent d'être à dessein polarisés autour de la question de la séparation ou non. Les efforts de l'Assemblée fédérale pour lancer un référendum ont cependant échoué à cause du boycott des principaux partis slovaques, ce qui explique la tentative présidentielle de passer par-dessus celle-ci.

L'habileté d'Ilavel

La manœuvre du président joue intelligemment sur la confusion du camp slodivisé en trois principaux courants : l'un est résolument pro-fédéral (le Public contre la violence), l'autre est résolument séparatiste (le Parti national slovaque), mais ils sont tous deux très minoritaires. Le troisième courant, le plus important, veut trouver une forme de confédération à travers l'autodétermination. Ce point de vue est plus ou moins partagé par les partisans de l'ancien Premier ministre Meciar, le Mouvement démocrate-chré tien du premier ministre actuel Carnogoursky, et l'ancien Parti communiste. Cependant ce courant est parcouru de conflits personnels et de luttes d'influence, derrière lesquels se cachent d'importantes divergences politiques et sociales ; ainsi tant les démocrates-chrétiens que les anciens communistes se retrouvent, de fait, dans le même camp sur cette question, et sur cette question seulement. Il en résulte des hésitations constantes dans la conduite de la lutte pour la souveraineté et dans les négociations avec les autorités tchèques et fé-

Les efforts pour faire adopter une déclaration de souveraineté au CNS ont échoué à plusieurs reprises, alors que si l'on compte les députés des partis qui, sur

1) Lidové noviny, 18 novembre 1991.

2) Rude pravo, 4 septembre 1991.

3) Vladimir Savcinsky in Lidové noviny, 15 novembre 1991.

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le papier, s'y disent favorables, elle devrait passer sans difficulté.

Le Premier ministre slovaque, le démocrate-chrétien Jan Carnogoursky, incarne ces hésitations ; il a critiqué extrêmement sévèrement la Déclaration de souveraineté slovaque sous prétexte qu'elle violerait la Constitution tchécoslovaque actuelle : « Aucun Etat n'acceptera de reconnaître la Slovaquie si elle parvient à l'indépendance par des méthodes anticonstitutionnelles » (4). Or, dans le même temps, il évoquait la naissance d'une Slovaquie indépendante en Europe en l'an 2 000 (5) — ce qui n'est plus si lointain...

Une autre faiblesse chronique de la direction slovaque est son hostilité envers la minorité hongroise — qui compte plus de 500 000 personnes —, ce qui a conduit les représentants de cette minorité à défendre aujourd'hui le camp pro-fédéral avec fermeté. Une question incontournable

L'opinion publique slovaque est favorable dans l'ensemble à une sorte d'Etat commun avec les Tchèques. Etant donnée la lutte interne entre les dirigeants slovaques et leur volonté évidente d'éviter la confrontation sur cette question, un référendum, qui poserait abruptement la question de la séparation, pourrait aboutir à ce qu'une majorité de Slovaques se prononce pour la poursuite d'une fédération (si les gens votent pour une forme quelconque d'association) — cela serait interprété comme un feu vert par Prague pour mener à bien des réformes économiques et politiques.

Cependant, même si Prague remportait une victoire lors d'un référendum, la question slovaque ne serait pas enterrée. Les développements des réformes économiques à venir frapperont la Slovaquie avec une violence particulière et les institutions nationales slovaques seront vues comme un rempart contre les attaques. Havel a réussi à éviter l'usage de la force pour traiter la question slovaque, mais d'autres peuvent agir différemment. La question slovaque, sur tous les sujets, va continuer à occuper le premier plan de la vie politique du pays. *

25 novembre 1991

4) CTK. 16 septembre 1991.

5) Libération, 20 juillet 1991.

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