Marques Moreira, a récemment déclaré qu'il ne pensait pas pouvoir parvenir à
1992 ; il prévoit même qu'elle atteindra 30 ou 40 % à la fin 1991. Malgré la dévaluation de septembre 1991, les exportations n'ont pas augmenté. Cela se traduit par une réduction importante du niveau de vie de la population et par travailleurs (PT), à Sao Bernardo do Campo, dans la banlieue de Sao Paulo, du
Premier congrès du PT
La crise économique et politique du Brésil s'amplifie et les informations quotidiennes confirment la détérioration et l'aggravation d'une situation qui, pour le moment, ne semble guère avoir d'issue. Le ministre de l'Economie, réduire « l'inflation à des niveaux tolérables » avant la moitié de l'année la poursuite de la vague de licenciements.
C'est dans ce contexte difficile que s'est tenu le ler Congrès du Parti des
27 novembre au ler décembre 1991 (1).
Allense MORO
ENTRE le ler et le 5 novembre 1991, 12 179 travailleurs ont été licenciés, ainsi que 1 038 employés du secteur public, dans la seule ville de Sao Paulo : ces chiffres sont supérieurs au total des licenciements enregistrés pour le mois d'octobre 1991. Entre janvier et octobre
1991, 14 300 entreprises ont fait faillite — soit une hausse de 289 % par rapport à la même période en 1990.
La violence ne cesse d'augmenter (cinq enfants sont assassinés tous les jours par les
"escadrons de la mort"). Le revenu national est de plus en plus concentré entre quelques mains (alors que 50 % de la population de plus de 10 ans ne reçoit que 11,2 % du revenu national, 1 % des Brésiliens les plus riches en accaparent 14,8 %) — le Brésil devient ainsi un des pays les plus inégalitaires. Enfin, dans la société brésilienne, malgré les envolées "modernisatrices" du président Collor de Mello, la rémunération des femmes travailleuses est inférieure de
51 % au salaire perçu pour la même activité par des hommes.
Presque deux ans après l'élection de
Collor, la détérioration sociale a atteint un niveau inimaginable. Malgré les différents plans d'ajustement approuvés par le Fonds monétaire international (FMI), l'inflation ne descend pas en dessous de 20 % par mois ; 4,5 % du Produit intérieur brut (PIB) est transféré tous les ans à l'étranger pour payer le service de la dette. Selon des données officielles, 45 millions de Brésiliens vivent en dessous du seuil de pauvreté (plus du tiers de la population), alors que 8 millions d'enfants n'ont pas accès à l'école.
Sao Bernardo, berceau du PT
Le couloir industriel de l'ABC (Sao Andres, Sao Bernardo et Caetano), dans la banlieue de Sao Paulo, est connu non seulement parce que la dictature militaire avait essayé d'en faire la vitrine économique du "miracle brésilien", mais aussi parce qu'il a connu, à partir de mai 1978, une mobilisation qui allait changer le cours de l'histoire du pays.
Entre mai et juin 1978, des milliers de travailleurs de la métallurgie et de l'automobile ont lancé la première grande vague de grèves contre l'exploitation dans les usines et contre la chute des salaires — qui s'est poursuivie en 1979-1980, donnant lieu à des milliers d'assemblées générales qui revendiquaient l'indépendance syndicale, le droit à l'embauche collective, la démocratie dans les syndicats, etc.
Cette zone industrielle s'est étendue avec la naissance de villes comme Diadema, qui illustre la croissance anarchique des sociétés capitalistes dépendantes.
1) Voir Inprecor n° 325 et 331 des ter mars et 25 mai 1991.
- BRESIL
Onze ans après, le PT fait son ler Congrès à Sao Bernardo.
Les travaux du congrès ont commencé avec la présentation des 110 organisations internationales invitées — Parti communiste de Cuba, Front Farabundo Marti de libération nationale du Salvador, Front sandiniste du Nicaragua, Union révolutionnaire nationale du Guatemala, Parti révolutionnaire démocratique du Mexique, Parti d'unité mariatéguiste du Pérou, Front large d'Uruguay, Secrétariat unifié de la IVe Internationale, Parti révolutionnaire des travailleurs du Mexique, Parti révolutionnaire démocratique de Panama, M-19 de Colombie, Congrès général du peuple de Libye, etc., ainsi que des délégués de partis sociaux-démocrates européens, et des représentants des ambassades du Venezuela, d'Allemagne, de France et même... des Etats-Unis.
Un parti pluraliste
Le discours inaugural de Luiz Inacio Da Silva (Lula) visait à répondre clairement à l'offensive lancée quelques jours auparavant à l'intérieur et à l'extérieur du PT par le biais des principaux journaux du pays — à l'extérieur, sur la prétendue absence d'unité de ce parti (présentation de 14 documents de thèses différents) et d'une supposée absence d'orientation politique ; à l'intérieur, à ceux qui se voient déjà au gouvernement en 1994, sans se soucier de la situation actuelle du pays. Dans son intervention, Lula a affirmé le pluralisme des discussions de préparation du congrès, insistant sur le fait que le PT n'est pas le parti d'une seule thèse, et que ses affiliés, comme la société brésilienne, doivent commencer à apprendre ce qu'est un vrai débat d'idées, de projets différents, car c'est ce genre de démocratie dont a besoin le pays.
En faisant clairement référence à la lutte dans le PT, Lula a dit : « Certains pensent que l'essentiel est 1994 [les prochaines élections présidentielles, ndlr], mais le plus important réside dans les choses concrètes que nous allons proposer aux gens maintenant ; ce qui compte c'est que tous les délégués réunis ici partent en sachant que faire dans leurs secteurs d'intervention dès la fin du congrès. Ce n'est qu'ensuite que nous devrons voir ce que nous faisons pour 1994, sinon ce congrès aura mal organisé ses priorités. » Cette intervention fut très applaudie.
Daniel Ortega est intervenu ensuite au nom des délégués internationaux, en insistant sur le fait qu'il était urgent que les révolutionnaires de tous les continents s'organisent et se rassemblent pour lutter plus efficacement contre le nouvel ordre mondial. Ortega a ajouté que ce n'est pas parce que l'impérialisme l'a décrété que la lutte armée est finie : « La lutte du PT est tout aussi légitime que la lutte armée des peuples du Salvador, du Guatemala, de Palestine ou d'Afrique du Sud. Nous ne pouvons écarter aucune possibilité qui nous permette de changer ce système injuste. »
Dans une ambiance de fête et d'espoir, avant que l'école de samba du PT ne fasse sa présentation, le maire de Sao Paulo, Luiza Erundinha, a pris la parole au nom des 24 maires que garde ce parti (12 autres élus de 1988 s'en sont séparés pour rejoindre d'une façon ou d'une autre les projets bourgeois). En rappelant l'histoire du PT, Luiza Erundinha concluait : « Avec nos débats, avec notre unité, nous prouverons que non seulement le socialisme n'est pas mort, mais qu'il est plus vivant que jamais, qu'il réfléchit, qu'il agit, que le Brésil ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui sans le PT. » Le président de séance a signalé que 1 090 délégués avaient été enregistrés ; le congrès comprenait aussi 400 délégués invités et plus de 200 observateurs brésiliens, sans compter les délégations internationales.
La journée du 28 novembre fut consacrée à la présentation et à l'adoption des thèses politiques, dans une ambiance de meeting. Le pluralisme et la démocratie étaient patentes dans les différentes interventions, mais aucune femme n'a pris la parole sur le sujet — alors qu'il y avait 219 déléguées. En même temps, le directoire national distribuait aux participants un document intitulé Principales thèses et pourcentage approximatif de délégués au ler Congrès. Selon ce recensement, la thèse 5, présentée par la Convergence socialiste (courant trotskyste identifié au morénisme) avait entre 6 et 7 % des délégués ; la thèse 7 (tendance O Trabalho, lambertiste) près de 4 % ; la thèse 8, Un projet pour le Brésil qui regroupait différents courants connus comme la droite du PT (Nouvelle gauche, une partie de Courant socialiste, des secteurs issu du regroupement majoritaire Articulation) recueillait 12 % ; la thèse 9, Une voie révolutionnaire pour le PT, présentée par la tendance Démocratie socialiste (section de la IVe Internationale) et par d'autres secteurs, près de 12 % ; la thèse 10, Pour un PT socialiste et révolutionnaire, qui regroupe différents secteurs de gauche du PT, de 10 à 12 %. Etrange oubli, la thèse 11, présentée par l'Articulation, la tendance majoritaire, ne figurait pas dans les calculs, alors qu'elle réunissait près de 47 % des délégués et qu'elle a finalement été adoptée comme base pour la discussion sur le "socialisme et la stratégie", premier point à l'ordre du jour du congrès.
Alors que les discussions se poursuivaient, les invités internationaux avaient un agenda chargé, d'un exposé sur "la façon pétiste de gouverner" jusqu'à un repas avec Lula.
La bataille des 30% !
Une commission des femmes déléguées au congrès s'est aussi réunie avec les invités internationaux pour exposer leur proposition d'instaurer un quota minimum de 30 % de femmes dans les instances de direction. Cette proposition était le résultat d'un effort collectif, mais pas consensuel, et d'une discussion de plus d'un an — lors de la VIle Rencontre nationale de 1987, ce point avait été abordé, sans que les choses changent véritablement. Cette proposition venait d'une majorité de femmes du PT, quels que soient leurs courants ou tendances.
Par ailleurs, les commissions sur les amendements se poursuivaient, alors que des dizaines d'hommes et de femmes se succédaient à la tribune, avec des discours enflammés, dans une ambiance enthousiaste. Il est facile de comprendre que l'existence du PT est appréciée à sa juste valeur et, en outre, que les participants étaient convaincus de la nécessité d'un changement radical. Même les délégués représentant les positions les plus droitières utilisaient un langage classiste qui, dans d'autres organisations, semblerait de "gauche".
La droite du PT sait qu'elle peut compter sur la presse brésilienne — qui a donné une information falsifiée du congrès — et elle a joué cette carte à fond, parvenant à garder l'offensive pendant les cinq jours de débat alors que ses positions politiques étaient largement battues.
Un des points essentiels de l'ordre du jour était la discussion du texte Conception et pratique de construction et intervention du parti, concernant le type de parti à construire, les problèmes d'organisation, et l'autonomisation des dirigeants ayant des responsabilités au niveau de la Centrale unique des travailleurs (CUT) par rapport au PT ou celle de certains maires, parlementaires ou députés. Le consensus apparu dans les interventions ne laisse aucune place au doute : il existe un danger de cristallisation de la bureaucratisation et de l'institutionnali-
sation du parti, et il faut et faudra se battre contre de tels périls aujourd hui, ce sont surtout les positions défendues par les élus qui apparaissent publiquement.
Les questions liées au droit de tendance et à la représentation des femmes ont aussi été abordées, lors de débats très intenses. Les négociations ont duré des heures, sans qu'aucune position commune ne se soit dégagée — le débat et les votes sur le droit de tendance dans le PT a duré plus de trois heures. Finalement, par 466 voix contre 441 (le plus serré des votes) et une centaine d'abstentions du secteur ultra-gauche, l'amendement 23 a été adopté. Il donne le droit de tendance dans des conditions favorables à ceux qui veulent réellement construire le PT et qui n'utilisent pas leur prérogatives pour développer une politique fractionnelle contre ce parti.
Sur la question de la représentation des femmes, l'intervenant qui était contre a expliqué que cette proposition divisait le parti, qu'il n'y avait pas de consensus et qu'il fallait laisser le temps agir. Il y a eu tout type de commentaires à ce sujet. Finalement, pour argumenter en faveur des quotas, est intervenue une militante de la première heure, Benedicta, responsable du mouvement populaire du PT, une des activistes les plus appréciées grâce à son travail auprès des habitants des favelas (bidonvilles), la seule député fédérale mulâtre, devenue célèbre pour avoir proposé une loi pour lutter contre l'apartheid en Afrique du Sud. Elle a fait une intervention clairement féministe, en expliquant que ce sont les hommes qui détiennent le pouvoir et en soulignant que la lutte des classes n'était pas asexuée. Elle a conclu son discours passionné en disant : « Nous ne demandons aucune concession, ni rien d'extraordinaire, mais seulement ce qui nous revient par principe en tant que militants du PT. » Les applaudissements dévoilent le résultat du vote : plus de 60 % pour. Des larmes, des rires, des étreintes et des chansons ont accompagné ce moment. Dès lors, une énorme banderole avec l'inscription « Maintenant je suis une étoile. Femmes du PT » a été installée à la tribune.
Le dernier jour du congrès a été consacré à la discussion sur la conjoncture et la
PT
1° CONGES 0 n
Na, Eu SOUl umE
Vue de la tribune du ler Congrès du PT (DR). tactique. La fatigue était alors évidente sur tous les visages ; les discussions entre les représentants des différentes positions se sont multipliées. Un délégué a aussi lu une motion demandant que le représentant de l'ambassade des Etats-Unis soit expulsé de la salle. Le secrétaire des relations internationales du PT a pris sa défense : « Si nous allions aux Etats-Unis, nous ne demanderions pas à rencontrer des petites sectes, mais le Département d'Etat ; voilà ce qui nous intéresse. » La motion a été soumise au vote et finalement la majorité a décidé de le laisser dans la salle.
De quoi demain sera fait ?
Les délégations latino-américaines se sont réunies pour prendre connaissance des accords de la coordination du Forum de Sao Paulo (2), qui doit préparer la troisième rencontre, qui se tiendra en juillet 1992 à Managua. Cette décision fait consensus entre les organisations qui participent à la coordination ; un forum d'économistes se tiendra aussi dans ce cadre à Lima en février 1992 ; des motions de soutien à la révolution cubaine et pour le retour d'Aristide en Haïti, ainsi que sur les négociations entre le FMLN et le gouvernement salvadorien, ont été rendues publiques.
Vers cinq heures de l'après-midi, Lula a pris le micro pour conclure. Son discours a été consacré aux points essentiels du congrès. Il a expliqué que, contrairement à ce que prétendaient les médias bourgeois, le parti est plus uni que jamais, avant d'aborder une longue réflexion sur la représentation des femmes dans le PT. Il a dit que cette
BRESIL question avait été la plus importante du congrès, que nombreux étaient ceux qui croyaient qu'elle ne serait pas adoptée et que cela allait beaucoup changer les choses — il a aussi reconnu le travail important mené par les femmes.
En insistant sur la démocratie qui avait permis à tout le monde de s'exprimer et en s'adressant aux délégations internationales, Lula a affirmé que ce congrès devait être une leçon pour ces dernières. Il a aussi rappelé la nécessité de vendre Brasil Agora, le journal que le PT vient de lancer.
« Nous avons des problèmes externes et internes. Sur le plan externe, nous devrons défendre chaque jour davantage Cuba, nous battre pour le retour d'Aristide et pour que les Etats-Unis et leur gouvernement sachent que nous exigeons qu'on nous laisse diriger notre destin et résoudre nos problèmes. Sur le plan interne, [nous devrons] accroître la lutte contre les injustices sociales, contre le gouvernement Collor, pour la réforme agraire, en défense des salaires », a dit Lula, sous les applaudissements, avant de conclure : « Je ne sais pas si nous aurons assez de grandeur pour y faire face. » Quoi qu'il en soit, le congrès n'est pas fini. Il faudra attendre pour voir lequel des courants, la gauche ou la droite, s'appropit ses résultats. Les premiers ont l'appui d'une base très radicalisée et les seconds des espaces
10 décembre 1991
2) Voir Inprecor n° 336 du 13 septembre 1991.