Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Congrès du PRC

· Inprecor n° 344, 17 janvier 1992 · p. 24-25 · 2 180 mots

Italie Femmes Syndicalisme

Le congrès du Mouvement de la refondation communiste (MRC) s'est déroulé du 12 au 15 décembre 1991 à Rome. La décision a été formellement prise de construire désormais le Parti de la refondation communiste (PRC). Il s'agit d'un événement dont on ne saurait sous-estimer la portée, malgré toutes les difficultés que la nouvelle formation politique a connu dès le début et qui ont aussi marqué le congrès. Contrairement à ce qui s'est passé pour les autres partis communistes, la rupture qui a eu lieu à la suite du dernier congrès du Parti communiste italien (PCI), en février 1991, s'oriente incontestablement à gauche et concerne un nombre assez important de militants (I).

Livie MAITAN

PRES de 1 178 délégués, élus par les congrès provinciaux à raison d'un délégué pour 100 membres, ont participé au congrès — ce qui permet d'avoir une idée assez précise de la taille de la nouvelle organisation, soit environ de 120 000 personnes (le chiffre de

150 000, avancé auparavant, s'est avéré quelque peu exagéré). Il faut préciser que membre ne signifie pas nécessairement militant au sens strict ; de ce point de vue, le

MRC se situe plutôt dans la tradition de l'ancien PCI, dont la plupart des membres n'avaient aucune activité suivie — moins de

40 % des membres du MRC ont participé aux assemblées locales qui ont préparé le congrès de la mi-décembre (2).

Le fait que plus de 100 000 personnes participent à la fondation d'un nouveau parti se réclamant du communisme et des traditions du mouvement ouvrier doit être apprécié à sa juste valeur dans le contexte national et international actuel.

Si un certain nombre de conditions sont remplies— réflexion théorique sur les problèmes majeurs du mouvement ouvrier après la faillite des régimes bureaucratiques et crise d'identité des partis sociaux-démocrates, élaboration d'une stratégie anticapitaliste pour des pays occidentaux industrialisés, intégration réelle dans les mouvements de masse traditionnels et nouveaux, etc. —, le PRC pourra constituer une base de départ pour œuvrer à la relance du mouvement ouvrier italien.

ITALIE

Dans quelle mesure le congrès a-t-il progressé effectivement dans une telle direction?

L'organisme de direction provisoire s'était fixé un but limité. Il était évident qu'en l'espace de deux ou trois mois il serait impossible de développer une discussion sérieuse sur tous les problèmes que pose à l'heure actuelle une refondation du mouvement communiste. D'autre part, puisque tout laissait prévoir que des élections législatives anticipées auraient lieu au printemps 1992, on ne pouvait pas remettre le congrès au-delà du mois de décembre 1991. C'est pourquoi il a été décidé de convoquer un premier congrès dont le but serait essentiellement de fonder le parti, de lui donner des instances de directions élues à tous les niveaux et de fixer une orientation politique pour les luttes en cours. Un deuxième congrès devrait avoir lieu dans quelques mois, après les élections. Plus concrètement, les délégués ont discuté d'un texte politique, d'un texte sur la conception du parti et d'un projet de statuts, proposés par la direction provisoire.

Le temps préparatoire à ce congrès a été, en fait, très limité : au mieux deux ou trois semaines. Toutefois, il y a eu dans la plupart des sections des débats assez vifs, où se sont exprimées les opinions les plus diverses, en dehors parfois des questions soulevées par les résolutions. Le texte d'orientation politique a été le plus souvent jugé assez insuffisant et de très nombreux amendements ont été présentés. Malheureusement, l'organisation du congrès n'a pas permis de réinvestir la plupart de ces contributions, produisant l'effet inverse à celui recherché. En effet, on était parti de l'idée qu'il fallait permettre l'expression la plus libre dans les instances de base et éviter que des filtres intermédiaires s'interposent entre les sections et les assises nationales. Ainsi, il avait été décidé que les votes sur les textes et les amendements éventuels auraient lieu essentiellement dans les sections et que les congrès provinciaux se limiteraient à élire les représentants au congrès national. C'est justement une telle démarche qui a provoqué des inconvénients majeurs (par ailleurs, parfaitement prévisibles). Les congrès provinciaux n'ont pas pu élire leurs délégués sur la base de critères politiques clairs et, qui plus est, le congrès national a été littéralement submergé pas des milliers d'amendements et de résolutions provenant des sections qu'il était absolument impossible d'examiner et de discuter, non seulement en séance plénière, mais aussi dans des commissions.

Le congrès n'a pu finalement voter ni sur le texte politique proposé par la direction provisoire sortante, ni sur les amendements. Seules les résolutions concernant les luttes sociales et les questions internationales ont été adoptées à la majorité, presque sans discussion.

Contre Maastricht

En général, ces résolutions, notamment celle concernant les questions internationales, esquissent des orientations plus précises que celles contenues dans le premier projet politique soumis à la discussion. Par exemple, alors qu'au début on avait avancé la revendication du « dépassement de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) », que de très nombreux secteurs avaient critiqué, le texte adopté par le congrès revendique la dissolution de l'OTAN et, en tout cas, la sortie de l'Italie de cette organisation. En même temps, il rejette toute organisation militaire européenne — aussi bien dans le cadre de l'OTAN que dans celui de l'Union de l'Europe occidentale (UEO) — et ne contient aucun jugement positif vis-à-vis de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), contrairement au projet initial. Le PRC se prononce également contre tout envoi éventuel d'un contingent européen en Yougoslavie. En outre, le congrès a engagé les groupes parlementaires du PRC à voter contre la ratification des accords de Maastricht. La campagne de solidarité avec Cuba a été aussi relancée et l'intervention de l'ambassadeur cubain — le seul invité étranger, outre le représentant de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) — a été très ovationnée par les délégués.

La résolution sur la crise de la Confédé ration générale italienne du travail (CGIL) et les luttes sociales se fixe comme objectif prioritaire la mobilisation en défense de l) Voir Inprecor n° 322 du 7 juin 1991.

2) Une enquête menée sur environ 700 délégués a permis d'établir qu'il y avait au congrès 108 ouvriers, 289 employés et 82 étudiants. Les femmes représentaient 21,2 % du total des délégués

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l'échelle mobile des salaires qui, après un accord intervenu récemment entre syndicats, patrons et gouvernement, devrait être annulée dans quelques mois. En deuxième lieu, ce texte met l'accent sur la revendication de la réduction du temps de travail sans diminution de salaire, comme moyen de lutte contre le chômage et propose la formation de comités de lutte pour le travail et pour une définititon des « finalités sociales du travail ».

Aucune discussion sur une orientation syndicale d'ensemble n'était à l'ordre du jour du congrès. En effet, il s'agit d'un problème épineux du fait des approches assez différentes qui existent au sein du PRC. La majorité des membres du nouveau parti militent dans la CGIL.A l'occasion du congrès de cette confédération, en octobre 1991, ils ont contribué à organiser la tendance lutte de classes (Etre un syndicat), qui a remporté des scores assez significatifs, dépassant 30 % dans certaines branches industrielles. Mais d'autres militent dans d'autres syndicats ou animent des comités de bases (COBAS) ou des structures d'auto-organisation luttant dans le même sens (l'expérience la plus importante a été faite jusqu'ici chez Alfa Romeo, à Milan).

Au cours des derniers mois, le MRC s'est engagé essentiellement dans deux campagnes politiques : celle menée au Sénat et à la Chambre des députés contre la loi budgétaire du gouvernement qui porte de nouveaux coups au niveau de vie des travailleurs, et celle contre le président de la République, Francesco Cossiga, qui, en violant aussi bien la lettre que l'esprit de la Constitution, est devenu le principal protagoniste d'une campagne pour des changements constitutionnels dans un sens populiste et réactionnaire. Sur ce terrain, le PRC arrive actuellement à une convergence partielle avec l'ancien PCI, le Parti démocratique de la gauche (PDS) qui a pris l'initiative d'une mise en accusation formelle de Cossiga au Parlement. Au cours de la prochaine campagne électorale, il va mener une bataille pour la défense des droits démocra-

*° 344 du 17 au 30 janvier 1992 tiques — dont celui de la représentation proportionnelle — et contre les différents projets de révision réactionnaire de la Constitution de 1947.

Le congrès a adopté les statuts de la nouvelle organisation à la majorité. La discussion sur les statuts a connu deux moments difficiles. Le premier s'est produit lors du débat sur le nom du parti — les délégués étant partagés entre Parti de la refondation communiste et Parti communiste tout court. Après des échanges assez vifs, c'est la première solution qui a été adoptée, mais un certain nombre des délégués ont quitté la salle en signe de protestation (ils expliquaient qu'au cours d'une assemblée, au mois de mai 1991, il avait été décidé de choisir le nom de Parti communiste et qu'on n'aurait pas dû revenir sur cette décision).

Une organisation pluraliste

Le deuxième moment de tension s'est produit à propos d'un article des statuts affirmant le droit des camarades femmes, se réclamant de la "théorie de la différence" de tenir des réunions non-mixtes. En fait, trois positions se sont exprimées : celle des camarades qui défendaient l'article, celle d'autres camarades qui voulaient l'amender en expliquant que les les réunions non-mixtes ne devraient pas constituer des instances de l'organisation et celle de femmes se prononçant contre toute forme d'autonomie, aussi bien pour les femmes que pour les jeunes. L'amendement présenté par les camarades de la deuxième position ayant été repoussé, l'article a été soumis au vote dans sa forme originale. Il a été rejeté de justesse, un nombre important de délégués s'abstenant ou ne participant pas au vote. Cela a provoqué de très fortes tensions dans le congrès. Par la suite, la décision a été prise d'ouvrir une discussion dans l'organisation sur ces questions controversées.

Les statuts comportent une innovation assez radicale en ce qui concerne l'élection des instances de direction. Les pressions pour accroître le poids des instances locales QUATRIEME INTERNATIONALE n° 43 Décembre 1991- Février 19924 50 Frs BILAN D'UNE CRISE SYSTÉMIQUE : URSS, Chine, Yougoslavie, Pologne Avec des articles de David Seppo, Livio Maitan, Catherine Samary, Jan Malewski, Ramon Gorriz Chèques bancaires et postaux libellés à l'ordre de PEC à adresser à Quatrième Internationale 2, rue Richard Lenoir 93108 Montreuil, France

Virements postaux à PEC, CCP 232242 T Paris

ITALIE et rendre possible des révocations ont abouti au fait que 80 % des membres de la direction nationale seront élus au niveau provincial et 20 % directement par le congrès national (45 membres). Finalement, les statuts assurent aux membres et aux minorités éventuelles une série de droits démocratiques, y compris le droit de s'organiser pour défendre leurs positions, tout en excluant les groupes structurés permanents.

Mais la phase la plus dramatique du congrès a eu lieu pendant la nuit qui a précédé la clôture. La question se posait de savoir si le parti devrait avoir non seulement un secrétaire, mais aussi un président. En fait, il s'agissait de trancher sur les rôles respectifs des deux dirigeants les plus connus, Sergio Garavini et Armando Cossutta. Un accord existait déjà sur la candidature de Garavini comme secrétaire : il fallait décider si Cossutta devrait ou pas être élu président. Aucun accord n'a été possible avant la clôture des travaux ; il a donc été décidé de convoquer une dernière séance du congrès, le 19 janvier, pour élire la nouvelle direction et surmonter les difficultés rencontrées.

On a beaucoup discuté dans le MRC et autour sur la question de savoir si le nouveau parti devait marquer une continuité par rapport à l'ancien PCI ou s'il s'agissait d'un nouveau départ. Sans ignorer que la première solution avait ses partisans et que ceux-ci n'ont pas désarmé, le congrès a confirmé que la deuxième est largement majoritaire. Par ailleurs, il faut rappeler des forces d'origines différentse se retrouvent dans le nouveau parti. Si celles qui proviennent de la rupture du PCI, en février 1991, représentent la très large majorité, il ne faut pas oublier que d'autres avaient quitté le PCI à différentes occasions, depuis la fin des années 1970, auxquelles il faut ajouter les anciens du PDUP (3), les anciens membres de Democrazia Proletaria (DP), dont les militants de la IVe Internationale (leurs interventions comme celles des autres dirigeants de DP ont été fort applaudies) et de nombreux militants d'extrême gauche qui avaient cessé toute activité (4).

Ce caractère pluraliste du PRC est apparu clairement dans le déroulement du congrès et a été signalé comme un acquis positif dans toute une série d'interventions dont celles de dirigeants parmi les plus connus, par exemple, Cossutta. *

10 janvier 1991

3) Organisation d'extrême gauche issue du courant El Manifesto, qui par la suite était rentré dans le PCI.

4) Selon l'enquête déjà mentionnée 532 délégués provenaient de l'ancien PCI, 113 d'autres formations politiques et 56 n'avaient appartenu à aucun parti auparavant.

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