Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SRI LANKA

Guerre et FMI

· Inprecor n° 344, 17 janvier 1992 · p. 13 · 976 mots

Inde et Asie du Sud Économie mondiale Syndicalisme Femmes

Guerre et FMI assisté au VIlle Congrès du Sri Lanka Samasamaja Party (NSSP, Nouveau Parti socialiste) à Colombo, force puissante de la gauche srilankaise, qui regroupe environ 3 000 membres et dirige deux importantes fédérations syndicales. L'un de ses leaders, le député Vasudeva Nanayakkara (connu comme "Vasu" dans toute l'ile), fait partie des dirigeants les plus populaires de la gauche du Sri

Lanka. Durant ce congrès, le NSSP a voté son affiliation à la IVe

Internationale.

Phil HEARSE

AU SRI LANKA, deux principales questions dominent les préoccupa-

SAI

LANKA tions de la classe ouvrière et de la gauche : l'austérité préconisée par le Fonds monétaire international

(FMI), et la politique de privatisation imposée par le gouvernement du Parti national unifié (PNU) et son Premier ministre Premadasa ; la guerre prolongée entre les forces gouvernementales et les

Tigres tamouls (LTTE) qui veulent un Etat tamoul indépendant (1).

Selon les dirigeants du NSSP, le parti bourgeois d'opposition, le Parti srilankais de la liberté et la gauche opportuniste (Lanka

Samasamaja Party — LSSP —, le Parti du peuple skrilankais - SLMP — et le Parti communiste) veulent absolument regrouper toutes les forces antigouvernementales dans un "front populaire" — cette politique a été rejetée par la conférence, la direction du

NSSP soulignant que l'opposition officielle ne proposait pas de politique alternative claire à celle du gouvernement.

Le NSSP a avancé une proposition de plate-forme en quatre points pour développer l'opposition envers Premadasa :

• refus du plan du FMI, des privatisations, et des zones franches commerciales, qui sont aux mains de firmes étrangères ;

• arrêt de la guerre contre les Tamouls ;

• réforme agraire — « La terre à ceux qui la travaillent » ;

• création de comités unitaires de travailleurs pour lutter pour ces objectifs, et soutien des luttes de masse actuelles comme celles des étudiants ou celles pour la réforme agraire.

L'opposition bourgeoise et la gauche opportuniste mènent une campagne impor-

= Inprecor n° 344 du 17 au 30 janvier 1992

SRI LANKA tante contre la politique du NSSP. Cette dernière veut, en particulier, récupérer la popularité de "Vasu" pour son front populaire.

Un vrai conflit

A la veille du congrès, les journaux de Colombo ont rapporté que 30 soldats gouvernementaux venaient d'être tués dans une embuscade des Tigres tamouls — selon le personnel hospitalier, le chiffre réel était bien plus élevé. La guerre dans le Nord et l'Est de l'île, loin d'être une campagne sporadique, est une conflit quotidien à une large échelle. Des policiers et des soldats tiennent des barrages tout autour de la capitale, Colombo, malgré son éloignement de la zone du conflit.

Le NSSP demande l'autodétermination de la population de langue tamoule, mais il ne soutient pas le LTTE ; ses dirigeants comparent les Tigres avec la guérilla autoritaire du Sentier lumineux au Pérou, et le mouvement de Pol Pot à ses débuts. Les Tigres répriment par le meurtre toutes les autres organisations tamoules dans leur bastion de Jaffna, et ont déjà assassiné des membres du NSSP.

Dans les années 80, les socialistes srilankais ont été confrontés à d'énormes difficultés pour maintenir et développer leur organisation. Entre 1983 et 1985, le NSSP a été interdit et a fonctionné clandestinement.

Entre 1987 et 1990, l'organisation cingalaise terroriste, le Front de libération du peuple (JVP), a organisé des attaques sanglantes contre le gouvernement et les partis de gauche. Pour répondre à la campagne du JVP, le gouvernement a déclenché une vague de terreur des forces de sécurité et des escadrons de la mort : entre 1987 et 1990, 60 000 personnes ont disparu, et selon le NSSP, plus de la moitié d'entre elles n'avaient rien à voir avec le JVP. Un mouvement des parents et des familles de "disparus" s'est développé, que le NSSP considère essentiel.

Au Sri Lanka, le syndicalisme est politique : toutes les fédérations syndicales sont contrôlées par des partis de gauche et coordonnent leur activité à travers le Conseil commun des syndicats ; il existe une compétition acharnée pour gagner des adhérents.

Syndicalisme politique

Le NSSP dirige deux fédérations syndicales, la Fédération unie du travail (FUT) et la Fédération unie des travailleurs du gouvernement (FUTG). Ces deux fédérations organisent un large spectre de travailleurs (plantations de thé, usines de caoutchouc, fabriques de chaussures, hôpitaux, conserveries de poisson, banques, imprimeries, industrie textile et fonction publique).

Une des principales branches de la FUT a mené une longue grève de centaines de jeunes ouvriers, surtout de femmes, dans l'usine de plastique Pollypack pour la reconnaissance du syndicat. Une grève de solidarité d'une journée et un rassemblement, où se sont exprimés des dirigeants du NSSP, ont été organisés le 20 novembre 1991. Lors de la conférence, on a appris que le FUTG, soutenu par le NSSP, avait remporté une élection âprement disputée pour la représentation syndicale à la Peoples Bank, la plus grande banque du pays.

En plus des perspectives politiques, la conférence du NSSP a débattu de son fonc tionnement et de la situation internationale. La question du semi-effondrement du stalinisme a été au centre du débat.

Tout en reconnaissant l'offensive contre le socialisme lancée par le capitalisme international, les délégués ont mis l'accent sur les nouvelles possibilités de construction du mouvement trotskyste international. La résolution sur les, perspectives internationales, dont l'affiliation proposée à la IVe Internationale, a été votée avec une seule abstention.

Les problèmes spécifiques de la participation des femmes à la politique du Sri Lanka ont pris une place importante dans le débat d'organisation. Les femmes constituent une proportion très faible des membres du NSSP, bien que ce parti organise un nombre de femmes élevé en comparaison à d'autres organisations srilankaises. La direction du parti a souligné l'importance de faciliter l'intégration des femmes dans ses rangs et la nécessité qu'elles participent à sa direction. *

Décembre 1991

1) Voir Inprecor n° 313 du 13 juillet 1990.

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