Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RUSSIE

La valse des étiquettes

· Inprecor n° 344, 17 janvier 1992 · p. 28 · 864 mots

URSS et Russie

INPRECOR : On a l'impression que les premières réactions ont été relativement faibles comparées à celles provoquées par la première réforme des prix de

Pavlov, en avril 1991 — par exemple, les grèves survenues alors en Biélorussie (2).

Alexandre BOUZGALINE : Les gens discutent beaucoup des nouveaux prix, mais pour le moment les réactions sont surtout verbales. En outre, les hausses n'ont pas constitué une très grande surprise, dans la mesure où, depuis quelque temps, les gens étaient déjà obligés de payer des sommes bien plus élevées pour certains produits que les prix fixés par l'Etat. Les magasins d'Etat étaient vides, et il fallait aller faire ses courses dans des magasins commerciaux, au marché ou encore acheter de nombreux produits dans le grand secteur illégal ou semi-légal des rues. Voilà pourquoi la hausse du 2 janvier n'a pas constitué un changement radical. Néanmoins, je pense que nous assisterons à des réactions virulentes plus tard, lorsque les stocks de marchandises que les gens ont accumulés dans leurs appartements seront épuisés.

• Avant la réforme, plusieurs commentateurs soviétiques avaient déjà souligné que les spéculateurs disposaient d'énormes stocks, et qu'ils ne les mettraient sur le marché qu'après le 2 janvier.

Dans l'étape actuelle, les spéculateurs sont évidemment en bonne posture. Maintenant nous avons trois systèmes de commerce : le commerce d'Etat, le commerce privé (les coopératives, etc.), et le commerce illégal, qui est en pleine croissance. Les frontières entre ces différents systèmes sont quasiment inexistantes. La libération des prix doit être analysée dans le cadre du monopole bureaucratique total sur l'économie. Rien ne permet d'espérer que cela nous aidera à sortir de la crise économique. L'Institut de pré-

Le 2 janvier 1991, le gouvernement russe de Boris

Eltsine a libéré les prix de la plupart des produits de consommation courante, obligeant les autres républiques de la Communauté d'Etat indépendants

(CEI) à le suivre. Le plan russe constitue une attaque sans précédent contre le niveau de vie des travailleurs : le salaire minimum a été augmenté à

342 roubles, mais d'ores et déjà un kilo de saucisse fumée coûte entre 100 et 150 roubles et le kilo de viande est vendu à 90 roubles. Ce plan économique, élaboré par le Vice-premier ministre Jegor Gaidar et soutenu par des économistes occidentaux, comme le professeur de Harvard Jeffrey Sachs, crée une nouvelle situation politique en Russie même. C'est la plus grande réforme anti-ouvrière menée par les

"démocrates" triomphants.

Inprecor a pu s'entretenir avec Alexandre

Bouzgaline, économiste marxiste et dirigeant du groupe des Communistes pour un Parti du travail (1), sur les premières réactions à ces réformes.

et de la production en général se poursuivra tout au long de l'hiver et du printemps 1992 suivi l'application des réformes ?

a organisé une manifestation à Moscou, soutenue par le Front uni des travailleurs (FUT), avec des gens comme, par exemple, Sjiridroite se renforcera probablement — elle utilise des mots d'ordre simples sur le patriotisme et la justice sociale, pour s'adresser à des gens qui sont passifs et qui cherchent un nouveau leader, un "bon tsar". Pour nous, l'auto-organisation des travailleurs exige un niveau d'activité plus élevé. Le Parti du travail, auquel nous participons, essaye constamment de lancer des activités. Le 12 janvier, nous avons appelé à une manifestation de protestation sur la place Manezh, près du Kremlin.

vision de l'Académie des sciences prévoit que la tendance au déclin de la productivité

• Quel genre de protestation organisée y a-t-il eu durant les jours qui ont

La droite — les prétendus "patriotes" — octobre 1991. novski et Nevsorov (3). A court terme, la ducteur de télévision.

• Actuellement, les partisans d'Eltsine ne semblent pas être d'accord sur ce qu'il faut faire, ce que montre, par exemple, la campagne du Vice- président Routskoy contre la réforme Honecker... * des prix de Eltsine et Gaidar. Qu'est-ce que cela signifie ? Il y a deux tendances dans le camp d'Eltsine. Une "opposition" est dirigée par le maire de Moscou, Gavril Popov

(qui a récemment menacé de démissionner), avec Chevarnadze, Iakovlev, etc.

Ces gens n'ont pas une plate-forme politique très différente de celle d'Eltsine, mais ils se battent pour obtenir plus de postes. L'autre partie de l'"opposition", plus importante, se regroupe autour de Routskoy qui a une ligne démagogique et populiste — on pourrait dire qu'il avance le même genre d'idées qu'Hitler au début des années 30, mais avec un vernis plus "civilisé". Il lance des appels à la loi et à l'ordre, il chante les vertus d'une Grande Russie forte et se prononce contre les profiteurs — mais, en réalité, il a une orientation procapitaliste.

Il est en train de créer une alliance autour de ces positions, avec des dirigeants de grandes entreprises d'Etat et des cadres intermédiaires de la bureaucratie. A mon avis, Routskoy pourrait émerger comme un nouveau leader russe.

8 janvier 1991 Propos recueillis par Poul Funder Larsen

1) Voir Inprecor n° 310 et 338 du ter janvier 1990 du 11

2) Voir Inprecor n° 329 du 26 avril 1991.

3) Sjirinovsky s'était présenté contre Boris Eltsine lors de l'élection à la présidence de Russie, en juin 1991, avec un programme explicitement chauvin. Nevsorov est un conservateur connu, pro-

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