Finances de l'époque, a provoqué une réduction drastique du niveau de vie des
Carton rouge pour Walesa
Le ler janvier 1992 a marqué le second anniversaire de l'introduction en travailleurs et la liquidation de l'industrie du secteur public, dans le but de paver la voie à la privatisation et à l'instauration de la loi du capital privé. Ses résultats sont désastreux ; c'est dans ce contexte, début janvier, qu'a eu lieu une riposte de masse des travailleurs polonais à la politique économique du gouvernement.
Jan SYLWESTROWICZ *
EN DEUX ANS, les salaires ont chuté de 40 % et la production industrielle a diminué pratiquement de moitié. Des coupes sombres ont été effectuées dans les services sociaux :
environ 2 000 écoles maternelles et crèches ont été fermées ; les horaires scolaires ont été réduits et les classes comptent 50 élèves ; les médicaments et les consultations médicales ont augmenté de 100 %, alors que des milliers de projets essentiels de construction et de modernisation ont été abandonnés. Le chômage touchait 2 156 000 personnes fin décembre 1991 — soit 11,5 % de la population active —, dont un quart ne touche pas d'allocations ; et les usines annoncent
263 000 licenciements supplémentaires dans les prochaines semaines. Les prévisions officielles parlent de 3,5 à 4 millions de chômeurs pour la fin 1992, ce qui placerait la
Pologne en tête des records de chômage en
Europe.
Tout indique que l'élite dirigeante du pays essayera de poursuivre ses attaques du niveau de vie en 1992. Confrontée à un immense déficit fiscal, à une récession croissante et à un échec total de ses plans pour attirer le capital occidental, la politique économique du gouvernement, dans les prochaines années, conduira à de nombreuses fermetures d'usines, à de nouvelles réductions des budgets sociaux, et à un gel des salaires dans le secteur public — qui emploie encore plus de 80 % de la force de travail urbaine.
POLOGNE
Les premiers signes d'une nouvelle radicalisation du mouvement ouvrier polonais sont apparus dès la mi-décembre 1991, quand un nouveau gouvernement de coalition de droite a enfin été formé après deux mois de batailles acharnées entre les 26 partis élus au Parlement, le 27 octobre 1991, lors d'élections caractérisées par une abstention de presque 60 % (1). Le nouveau gouvernement de Jan Olszewski, soutenu par la droite et l'extrême droite, est entré en fonctions à un moment où des mouvements de mécontentement débutaient dans de nombreuses villes. A Lodz, la deuxième ville du pays, centre de l'industrie textile, deux des principales usines étaient occupées par leurs ouvriers. L'industrie aéronautique a aussi été le théâtre de protestations, avec l'occupation de la très importante usine d'hélicoptères WSK Mielec. Des actions plus limitées ont été entreprises par les travailleurs des chantiers navals, les enseignants et les ouvriers de l'automobile.
La "décommunisation"
En déclarant qu'il essayerait d'adoucir" la politique économique des deux dernières années, le gouvernement d'Olszewski pensait bénéficier du même état de grâce que les deux gouvernements "post-Solidarité" qui l'ont précédé. En particulier, il a fortement insisté sur sa politique de "décommunisation", espérant capitaliser les sentiments antistaliniens de la majorité de la classe ouvrière polonaise, qui avaient permis aux précédents gouvernements "post-Solidarité" de mener des politiques anti-ouvrières au nom de leur victoire sur le stalinisme.
Mais le nouveau gouvernement a fait plusieurs faux pas. D'abord, il a cru pouvoir acquérir une légitimité en se référant au mouvement de masse Solidarité et en s'opposant au "communisme". Or, les travailleurs polonais sont de plus en plus hostiles aux élites qui ont pris le pouvoir sous le drapeau de Solidarité et vis-à-vis de l'appareil bureaucratique de ce syndicat (2), dont la politique officielle des deux dernières années a consisté à maintenir un "parapluie protecteur" au-dessus des gouvernements de Solidarité pour leur permettre d'instaurer les réformes de marché.
Quant à la politique de "décommunisation", plus personne n'y croit vraiment aujourd'hui — c'était le thème principal de la campagne présidentielle de Walesa en 1990, mais rien n'a vraiment été fait depuis pour éliminer le pouvoir administratif de l'ancien appareil stalinien dans l'armée. la police et la fonction publique, et encore moins pour en finir avec le nouveau pouvoir économique de l'ancien appareil économique stalinien, qui représente de loin le groupe le plus influent du capital privé en Pologne (et un pilier important du programme de restauration capitaliste).
Le rejet de la hausse de l'énergie
Une autre erreur du nouveau gouvernement a été de s'engager à poursuivre l'application des mesures économiques les plus impopulaires prévues par son prédécesseur, au nom de l'approfondissement des réformes de marché. Le gouvernement a ainsi annoncé une énorme hausse de l'électricité, du gaz et du fuel, à partir du ler janvier 1992, qui contribuera à faire augmenter les prix de la plupart des biens de consommation et des produits alimentaires de 25 à 40 %.
Enfin, Olszewski a, dans un premier temps, choisi d'ignorer la plus importante des luttes de la fin 1991 : la grève de la faim contre le plan de licenciements organisée dans la plus grande firme industrielle du pays, le complexe sidérurgique de Nowa Huta (voir encadré en page 8). Ensuite, comme le soutien aux sidérurgistes s'est développé dans tout le pays, il a accepté en bloc leurs revendications pour essayer de calmer l'opinion publique. Ce recul du gouvernement a été perçu comme le signe que des actions de masse pouvaient gagner, indi-
• Membre du Courant de la gauche révolutionnaire (NLR) et rédacteur du bimestriel Dalej (Plus loin) de Varsovie.
1) Voir Inprecor n° 340 du 8 novembre 1991.
2) Actuellement, les trois principales fédérations syndicales de Pologne sont Solidarité, qui annonce 2 500 000 adhérents ; l'OPPZ (le mouvement syndical officiel créé sous la loi martiale, encore contrôlé par sa direction stalinienne d'origine), qui dit avoir 4 500 000 adhérents ; et Solidarité-80, une scission radicale de Solidarité ("80" constitue une référence au vieux syndicat Solidarité créé après les grèves d'août 1980), qui revendique 250 000 membres et se dit en pleine croissance. Tous ces chiffres sont probablement très grossis. En comparaison, Solidarité avait 10 millions d'adhérents en 1980-1981.
= POLOGNE l'OPPZ, ont appelé à des protestations de manière coordonnée.
• La première protestation massive a eu lieu à Gdansk, où la section régionale de Solidarité a organisé un débrayage d'une heure, le 8 janvier.
• A partir du 9 janvier, les enseignants ont lancé plusieurs grèves d'une journée
• Le 13 janvier, une grève nationale d'une heure a été organisée par Solidarité, avec l'appui de syndicats locaux. La grève a remporté un succès important dans de nombreuses usines, où les débrayages ont duré toute la journée, avec des manifestations ; de nombreuses revendications locales ont été ajoutées à l'exigence nationale de l'annulation de la hausse du prix de l'énergie — environ 90 % des entreprises industrielles ont été touchées par ce mouvement ; ainsi sur 84 mines, seules quatre n'ont pas cessé
• Le 15 janvier, une journée de grève supplémentaire a été observée dans les usines d'aéronautique.
• Le 16 janvier, une journée nationale d'action, convoquée tant par l'OPPZ que par les fédérations de Solidarité-80, a donné lieu à des grèves, à des manifestations (20 000 personnes lors d'une manifestation de Solidarité dans le port de Szezecin) et à des marches de protestation dans la plupart des villes - dans certains endroits, les organisations locales de Solidarité ont également soutenu le mouvement.
Le syndicat Solidarité a menacé de lancer une grève générale si la hausse du prix de l'énergie n'était pas annulée, tout en suggérant aussi que des négociations avec le gouvernement pourraient peut-être permettre de dégager une solution de compromis. Les grèves locales continuent et se multiplient. Cependant, le mouvement syndical polonais dans son ensemble reste divisé et incapable de coordonner une action de protestation systématique. Il n'existe aucun projet qui tente de généraliser les leçons de ces dernières semaines et d'organiser des structures syndicales unitaires contre la politique du gouvernement.
Pourtant, les travailleurs de nombreuses entreprises avancent des revendications de plus en plus générales qui pourraient servir à unifier le mouvement — à ce propos, ce nouveau mouvement ouvrier a surtout mis l'accent sur la nécessité de protéger le secteur d'Etat de l'industrie contre des tentatives de le faire disparaître par une fiscalité discriminatoire et par la vente d'actions à des prix très bas à tout acheteur potentiel. Alors que les directions bureaucratiques des fédérations syndicales veulent axer leur orientation sur l'"illégalité" des récentes hausses des prix, toutes les manifestations de travailleurs se sont opposées au program-
quant que le temps des protestations radicales ouvrières était revenu, et que le courant des deux dernières années serait peutêtre finalement renversé.
Les sidérurgistes de Nowa Huta l'ont emporté le 6 janvier, après une grève de la faim de 15 jours (soutenue par des grèves classiques dans le complexe lui-même et par des grèves de solidarité dans d'autres entreprises). Début janvier, cette lutte a constitué la plus importante des questions de politique intérieure dans les médias polonais ; les effets de la victoire des ouvriers ont été immédiatement perceptibles.
Ainsi, le 8 janvier, la commission du syndicat Solidarité de l'industrie textile s'est réunie à Lodz, avec des délégués de 46 usines de tout le pays. La situation de l'industrie textile polonaise est dramatique — à Lodz, plus de 90 % des usines sont déjà techniquement hors jeu. Le chômage augmente de plus en plus dans cette ville et, durant la première semaine de janvier, Lodz a connu une manifestation de protestation spontanée de chômeurs. Suivant l'exemple de Nowa Huta, la commission textile de Solidarité a soutenu la décision des travailleurs de Lodz d'entamer une grève de la faim, demandant l'intervention du gouvernement pour que le paiement des salaires dans les industries textiles insolvables soit garanti et pour surveiller les licenciements. Dans les jours suivants, les grévistes de la faim de Lodz ont été rejoints par des travailleurs du textile de plusieurs autres villes.
Traînée de poudre
Dans les jours suivants, l'exemple des grévistes de Nowa Huta et la colère consécutive à la hausse du prix de l'énergie a donné lieu à des débrayages et à des occupations d'usines dans de nombreux secteurs. Pour la première fois, des entreprises appartenant au capital privé local ou étranger y ont participé ; dans une usine privée de vêtements de Basse-Silésie, les ouvrières ont non seulement occupé leur lieu de travail, mais aussi pris le patron en otage — il devait être libéré, 36 heures plus tard, par les
La décision gouvernementale d'augmenter le prix de l'énergie a été condamnée par les directions de toutes les fédérations syndicales. En plus des difficultés économiques causées par la hausse des prix, l'arrogant nouveau gouvernement a aussi enfreint la loi polonaise selon laquelle toutes les hausses de prix dans ce domaine doivent d'abord être soumises à une consultation avec les syndicats, ce que le gouvernement a délibérément ignoré. Sous la pression de la vague de grèves spontanées, les directions de Solidarité et de l'ancien syndicat officiel,