Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SENEGAL

Forum panafricain

Inprecor n° 345, 31 janvier 1992 · p. 25 · 644 mots

Le 15 décembre 1991, à l'occasion du congrès de fondation du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADS), s'est tenue à Dakar une première réunion d'organisations politiques africaines pour réfléchir aux possibilités de renaissance d'un panafricanisme militant, indépendant des Etats et anti-impérialiste. Le nombre de pays représentés et la diversité politique des participants a fait du Forum de Dakar une première tentative modeste. Les prochaines réunions de ce forum diront si ce mouvement s'amplifie ou non. Nous publions la déclaration finale de cette rencontre. DOCUMENT

LA SITUATION du continent est extrêmement critique. Malgré ses énormes richesses, l'Afrique pèse d'un poids dérisoire dans les affaires du monde.

Aux plans tant politique qu'économique et commercial, l'Afrique est soumise au bon vouloir des puissances étrangères et des multinationales. Son économie est ruinée, pressurée par le paiement du lourd fardeau de la dette extérieure contractée au nom des peuples africains, alors qu'elle n'a servi qu'à enrichir la bourgeoisie et les dictatures au

Ces puissances étrangères et multinationales ont imposé aux pays africains des régimes dictatoriaux au moment des indépendances et s'efforcent, aujourd'hui, de récupérer le mouvement démocratique en cours. L'Afrique doit rappeler, au monde entier, que c'est d'abord au capitalisme (marché) qu'elle doit sa faillite actuelle. L'échec de l'Afrique, c'est l'échec des bourgeoisies politico-bureaucratiques soutenues par l'Occident qui ont pillé le continent et transféré des fortunes colossales dans les banques suisses et autres banques occidentales dont elles ont fait le bonheur.

Le vent du changement qui souffle sur le continent risque d'être sans effet si de nouveaux régimes bureaucratiques succèdent aux bourgeoisies parasitaires qui ont, jusqu'ici, présidé aux destinées de l'Afrique ; et si les questions de cohabitation interne étaient mal résolues.

Aucun pays africain ne peut résoudre, à lui seul, les énormes problèmes auxquels il se trouve confronté. C'est dire la nécessité de développer et matérialiser les idées panafricaines pour la débalkanisation du continent qui est, aujourd'hui, une dimension centrale de notre combat.

Il faut, pour ce faire, mettre en place de nouvelles institutions gérées par des hommes et des femmes intègres, compétents et comptables devant leur peuple.

Il faut, également, des choix socio-économiques définis en fonction des besoins des populations et des possibilités de nos pays et non en fonction de ceux des puissances étrangères.

Les forces africaines de progrès devraient attacher autant d'importance aux problèmes d'intégration intérieure des Etats qu'à celui de l'intégration régionale ou

Alors seulement, il sera possible de dépasser la logique des frontières héritées de la colonisation pour lui substituer la logique des peuples et des communautés de base qui pourra alors servir à une unité africaine non bureaucratique ni autoritaire, une unité africaine librement consentie par les peuples, qui est seule capable de promouvoir les nouveaux comportements et l'ensemble des mutations que l'état de notre continent et du monde exige de nous.

Le Forum panafricain des partis progressistes, associations et organisations démocratiques de masse, qui s'est réuni à Dakar le 15 décembre 1991, constitue un premier pas de cette nouvelle démarche.

En conséquence, le Forum décide :

— de mettre sur pied un secrétariat technique chargé de maintenir les liens entre les organisations participantes :

— de prendre contact avec les partis politiques, les associations, organisations démocratiques de masse et personnalités qui partagent l'idéal panafricain. *

Dakar, 15 décembre 1991

Ont notamment signé : Gambian Anti-Apartheid Movement (Gambie), Uganda National Liberation Front (Ouganda), Conscience pour une alternative démocratique (Burkina-Faso), Parti pour la libération du travail (PLT-Niger), Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (Niger), Regroupement du peuple de Guinée (Guinée), Front populaire ivoirien (Côte d'Ivoire), Parti ivoirien des travailleurs (Côte d'ivoire), Union des sociaux-démocrates (Côte d'Ivoire), Front patriotique camerounais (Cameroun). Front de résistance pour l'unité, l'indépendance et la démocratie (Mauritanie), Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP. Bénin), And Jef/Parti africain pour la démocratie et le socialisme (Sénégal), Mouvement pour le socialisme et l'unité (Sénégal).

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