Inprecor 1974–2004

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ALGERIE

Qu'est-ce que l'intégrisme ?

· Inprecor n° 345, 31 janvier 1992 · p. 9-10, 10 · 1 418 mots

Syndicalisme Pologne Maghreb

Né d'abord dans la petite bourgeoisie, parmi des intellectuels issus de milieux de la moyenne bourgeoisie, l'intégrisme s'est développé comme phénomène de me de privatisations gouvernemental, qui apparaît comme une politique qui sert seulement à enrichir les élites des anciens patrons staliniens et leurs successeurs post-staliniens, tout en conduisant au démantèlement de larges secteurs de l'industrie polonaise et au chômage. Jusqu'à présent, cependant, ces sentiments n'ont pas trouvé leur propre expression politique et organisationnelle.

Les errances de Walesa

Cependant, la faiblesse organisationnelle du mouvement ouvrier, qui reflète la désorientation politique générale engendrée par les deux ans de "gouvernement de Solidarité", pourrait être rapidement dépassée si des luttes de masse se développaient contre les effets des mesures du gouvernement. De plus, la possibilité d'emporter des victoires, qui pourraient aider à l'émergence d'un nouveau mouvement ouvrier conscient, se voit renforcée, de fait, par la division croissante et le désarroi des élites dirigeantes. Le gouvernement, visiblement ébranlé par l'ampleur des protestations ouvrières des deux dernières semaines, a seulement été capable de déclarer que les grèves étaient "sans objet" et a prévenu que, si elles continuaient, il serait obligé de démissionner.

Le président Walesa, qui avait déclaré à plusieurs reprises durant ces derniers mois que si des protestations ouvrières de masse explosaient, il prendrait "sa place" à leur tête, semble très embarrassé. Ce fut, en fait, le premier des dirigeants polonais à sentir les débuts de la nouvelle radicalisation, dès la fin novembre 1991. Il avait alors proposé une série d'amendements constitutionnels pour renforcer les pouvoirs du président de façon significative (lui permettant, par exemple, de nommer le Premier ministre et le cabinet ministériel) et permettraient aux autorités de gouverner par décrets. Ces amendements sont encore discutés par une commission parlementaire extraordinaire.

Depuis, Walesa est entré en conflit personnel avec des partenaires-clés du nouveau gouvernement de coalition à propos des pouvoirs respectifs du président et du gouvernement; il a fait comprendre qu'il serait peutêtre obligé de créer une nouvelle formation politique (jusqu'à présent, il a essayé de manœuvrer entre les partis existants et n'est lui-même lié à aucun). Dans le même temps, les sondages d'opinion montrent que si l'élection présidentielle de 1990 se renouvelait aujourd'hui, Walesa n'obtiendrait que 20 % des voix. *

Varsovie, 17 janvier 1992

Qu'est-ce que l'intégrisme ?

populaires et des petits commerçants, soutenu par des secteurs traditionalistes masse en Algérie, lorsqu'il est devenu un refuge pour nombre de marginalisés et de déshérités des zones urbaines qui, en l'absence d'un parti ouvrier de masse, croyaient rejoindre le parti de la contestation sociale, le plus radical contre le régime de l'oppression.

Chawki SALHI *

L'IDEE banale selon laquelle les intégristes se sont construits sur la base de l'Islam, est démentie par l'histoire concrète, celle qui a vu le Front islamique du salut (FIS)

gagner à la pratique religieuse les jeunes qu'il gagnait politiquement. En supposant une essence islamique propre à la société algérienne, on ne dit pas pourquoi le phénomène intégriste a attendu les années 80 pour se manifester sur le plan politique. On ne prend pas en compte la simultanéité de phénomènes comme la remontée des pratiques magiques, le succès de l'horoscope, si peu arabo-musulman, et l'engouement pour le loto. L'intégrisme, c'est le parti du désespoir, il prend sa source dans l'échec apparent des solutions rationnelles présentes dans l'humanité et l'absence d'alternative porteuse d'espoir.

L'intégrisme est-il le fascisme ? Au sens banal de ce terme, qui signifie violence et répression, certes oui. Mais le débat est plus complexe si l'on prend en compte l'analyse marxiste du fascisme.

Oui, l'intégrisme peut réaliser une transformation qualitative des rapports entre les classes sur laquelle bute le régime depuis la fin des années 70. Il peut réduire brutalement le salaire réel, liquider les acquis sociaux, fermer et vendre les entreprises publiques, changer les cadences de travail, toutes transformations qui sont des conditions minimales pour permettre l'intégration au marché mondial.

Oui, l'intégrisme est admis à contrecœur par la grande bourgeoisie qui hésite

ALGERIE entre coup d'Etat et cohabitation. Mais l'impérialisme ne sait pas encore s'il vaut mieux laisser s'écrouler, sous le poids de la dette, un pouvoir qui menace la stabilité de sa domination sur toute la région ou collaborer pour permettre à un régime de terreur de réaliser en urgence le plan d'ajustement du Fonds monétaire international (FMI).

L'intégrisme fait appel au nationalisme

Mais, c'est le nationalisme d'une nation opprimée, dominée et qui se trouve trop proche des griffes de la Communauté économique européenne (CEE) pour être laissée libre de se développer. Cela dit, ce ne seront pas des interdictions ou des massacres qui le feront intervenir, c'est la menace d'un écroulement des régimes vassaux.

Oui, l'intégrisme FIS projette la disparition des partis socialistes comme le disait Sahnouni, un des porte-parole de l'intégrisme, à Sétif en mai 1991 ; oui, il est hostile à UN MINiSTRE DES DROITS DE L'HOMME POURQUOi PAS UNE FEMME MINiSTRE

PENDANT QU'ON Y EST ?!!

*Chawki Salh i est dirigeant du Parti socialiste des travailleurs (PST) algérien.

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ALGERIE l'idée syndicale, puisque son syndicat, le Syndicat islamique des travailleurs (SIT), prône la collaboration et rejette l'opposition travailleurs-patronat. Il n'est pas né à côté du mouvement ouvrier, il s'est développé plutôt en son absence comme un monstrueux produit de remplacement. Il n'a pas forgé ses milices dans la lutte contre la protestation sociale et sa "nuit des longs couteaux" en sera plus compliquée.

Il est bien entendu un mouvement de la petite bourgeoisie et s'appuie d'abord sur la masse grandissante des déclassés, des rejetés par la société capitaliste en crise. L'Islam n'est pas la religion d'un ordre ancien combattu par la révolution démocratique, il est, au contraire, un substitut de l'identité nationale face à l'Occident colonialiste impérialiste. La montée du FIS permet, enfin, d'envisager de séparer le politique du reli-

L'intégrisme n'est pas le fascisme, même s'il lui ressemble par certains aspects. Ceux qui l'appeleraient ainsi s'obligeraient à un traitement si spécifique que ce concept perdrait son caractère opérationnel.

La campagne du Comité national de sauvegarde de l'Algérie, mobilisant les démocrates contre la démocratie, légitime le FIS aux yeux de son électorat (1).

Le seul moyen de résister à l'instauration d'une dictature intégriste, c'est la mobilisation pour la défense des acquis culturels et démocratiques.

Ce qui est spécifique dans la situation algérienne, c'est qu'à l'inverse du credo des révolutionnaires d'ailleurs, le front unique ouvrier n'a pas de portée pratique. Il n'y a pas de parti de masse et le syndicat aujourd'hui ne s'est jamais vraiment autonomisé de la bourgeoisie, sans qu'on puisse identifier, à toutes les époques, la direction de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) comme une annexe du Front de libération nationale (FLN).

Comment vainere le FIS ?

Comme ailleurs, la compromission avec le pouvoir responsable de l'échec ne peut réussir qu'à gonfler les rangs de l'intégrisme à une étape ultérieure. Pour vaincre l'intégrisme, il faut arracher aux intégristes la jeunesse des quartiers populaires, en continuant le combat contre le libéralisme et en résistant aux plans du FMI. Il faut que l'entreprise redevienne le centre de la lutte des opprimés ; la révolte des jeunes marginalisés des quartiers doit être la force de frappe et non la direction des masses populaires.

Nous ne sommes pas indifférents devant l'arrivée du FIS au pouvoir qui supprimerait nos libertés. Avant sa "campagne sourire", aux dernières élections législatives, il nous avait été donné d'entendre plusieurs fois de la bouche de ses dirigeants que notre parti serait interdit, voire notre droit de vivre contesté — et lutter contre une telle proclamation peut être très bien défendu devant l'histoire. Au contraire, on ne nous pardon-

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nerait pas la désinvolture qui nous ferait négliger d'informer les masses de ce danger imminent.

Mais soutenir le régime [du FLN, ndlr] responsable de tout ce désespoir, c'est abandonner le peuple à ce parti, alors même que la politique économique libérale ne fera qu'augmenter la misère et donc grossir le rang des intégristes.

La compromission de Benhammouda, secrétaire général de l'UGTA, nous coûtera cher. Le SIT qui n'arrivait pas à se stabiliser comme alternative, peut se trouver, ainsi légitimé. Déjà, les grèves seront plus diffi-

Il est temps pour nous de prendre les initiatives pour bâtir un pôle de référence syndical, embryon de la direction syndicale nécessaire. Il s'agit de faire émerger une alternative de lutte qui arrache l'hégémonie aux intégristes. *

Alger, 23 janvier 1992

1) A l'initiative de l'UGTA et d'organisations patronales, le comité demandait l'annulation du second tour des élections législatives ; il regroupait des dirigeants de différents partis démocrates dont le Parti communiste algérien.

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