Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AMERIQUE LATINE

A la recherche du temps perdu

· Inprecor n° 346, 14 février 1992 · p. 30-33 · 3 513 mots

Économie mondiale Mexique Pérou et Bolivie

présentent bien », a déclaré, avec un optimisme notoire, le secrétaire général

A la recherche du temps perdu

Alors qu'on commente avec angoisse les mauvais résultats des économies des pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en particulier des Etats-

Unis, le taux de croissance des pays latino-américains en 1991 —

3 % — semble donner raison à ceux qui annoncent que la

"décennie perdue" — c'est ainsi que la Commission économique pour l'Amérique latine des Nations-Unies (CEPAL) avait qualifié l'évolution négative des économies latino-américaines — s'est achevée. « Nous sommes confiants parce que cette année [1991], la région a été capable de relancer la croissance. Apparemment, le processus de récession a commencé à se dissiper et les années 90 se de la CEPAL, Gert Rosenthal, à la mi-décembre 1991 (1). Il est facile de se laisser emporter par l'optimisme après les résultats catastrophiques des dix dernières années. Mais il faut aussi prendre gare aux apparences.

Alfonso MORO oici les différents éléments

V sur lesquels compte le

"nouveau modèle d'accumulation" du capitalisme latino-américain en cette fin de siècle.

• Depuis juin 1990, les gouvernements et les bourgeoisies latino-américaines sont polarisés par l'"Initiative pour les Amériques" lancée par le président Bush, à laquelle tous les régimes du sous-continent se sont ralliés dans les faits (2).

• La "réforme de l'Etat" - qui représente un double changement qualitatif des rapports entre l'Etat et l'économie, et entre l'Etat et le mouvement de masse - est en bonne voie dans la région. La bannière du néolibéralisme a quasiment détrôné le nationalisme.

• Dans toute l'Amérique latine, les programmes d'ajustement dessinés par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) se développent et s'approfondissent : application drastique de politiques d'austérité ; contrôle monétaire ; et approfondissement des programmes de privatisation des entreprises et des biens de l'Etat.

• Une forte instabilité sociale et politique persiste, bien que l'inflation ait considérablement diminué et que la majorité des pays aient connu, en 1991, des taux positifs de croissance réelle.

• La dette extérieure, même si elle n'est plus à la "une" des journaux, demeure un problème essentiel à résoudre.

• Le régime de domination bourgeois, en place depuis les années 40, est en crise depuis longtemps et, pour l'instant du moins, aucun projet alternatif sur le long terme n'est consolidé.

• La restructuration capitaliste engendre une profonde réorganisation globale du monde du travail; les travailleurs sont confrontés à une offensive de déstructuration et de dérégulation. Tous les acquis historiques, sociaux et économiques qu'ils avaient obtenus sont remis en question, à commencer par leurs formes d'organisation. La restructuration touche l'ensemble de la société.

Le processus de globalisation mondiale de l'économie capitaliste et de formation de nouveaux blocs économiques régionaux traverse aussi l'Amérique latine. En ce sens, 1'"Initiative pour les Amériques" illustre le nouveau schéma politico-économique de la région à la veille de l'an 2 000. Le paradis promis par Bush, où le libre échange de marchandises pourrait s'effectuer sans entraves, commence à prendre forme. Les accords bilatéraux et multilatéraux entre gouvernements se multiplient à un rythme effréné : en 1992, devraient être signés le Traité de libre échange entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, et des accords similaires pour la formation du Mercosur, de la Zone de libre commerce des Andes, du Marché commun centraméricain, du Bassin des Caraïbes, etc. (3). Le président des Etats-Unis lui-même a déclaré à la presse, après sa tournée en Extrême-Orient : « J'ai porté notre enthousiasme pour le Traité de libre échange (TLC) de l'autre côté du Pacifique et j'y ai montré comment il pourra contribuer à la prospérité de tous en réduisant les barrières commerciales » (4).

Une petite fête

Il est évident qu'il s'agit là d'un soutien politique solide, surtout quand on connaît l'opposition de certains lobbys au Congrès des Etats-Unis, la poursuite de la récession (voir les articles en p. 4 et 5), le fait que c'est une année électorale où Bush joue sa place, et que, au Canada, pays englouti dans une profonde crise, plus de la moitié de la population s'oppose à cet accord trilatéral dans un récent sondage (5).

Le TLC, comme les autres accords commerciaux en discussion, apportera divers avantages au secteur capitaliste tourné vers le marché extérieur et aux couches de la population de différents pays qui, grâce à leur important pouvoir d'achat, sont assurées d'un niveau de consommation élevé ; mais

1) Voir Excelsior, 19 décembre 1991.

2) Voir Inprecor n° 329 et 339 des 26 avril et 25 octobre 1991.

3) Le Mercosur regroupe le Brésil, l'Uruguay, l'Argentine et le Paraguay. Voir Excelsior du 2 janvier 1992, Libération du 11 janvier 1992 et Latin American Newsletters.

4) Voir Excelsior, 11 janvier 1992.

5) Le Monde, Bilan économique et social 1991.

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la grande majorité des populations de ces pays continuera à s'appauvrir (6).

En réalité, ces accords provoqueront des effets similaires à ceux du plan Brady: il y aura peu d'heureux élus. Ainsi, Lawrence Summers, directeur des économistes de la BM, a signalé cyniquement, en faisant le bilan du plan Brady, mis en place en mars 1989 : « Ceux qui ont participé à la fête en ont bien profité ; mais cela n'a pas été une très grande fête » (7). Jusqu'à présent, seuls cinq pays du sous-continent et trois d'autres régions ont obtenu de réels avantages grâce à ce plan, qui leur ont permis de réduire leur dette de 26 milliards de dollars ; mais ce chiffre est faible comparé au montant de la dette.

Le problème central de l"Initiative pour les Amériques" est le suivant : les gouvernements pourront-ils continuer à appliquer la politique économique actuelle et à maintenir en même temps une stabilité sociale sans un afflux massif et permanent de capitaux disposés à s'installer sur le long terme dans des secteurs productifs des différents pays de la région ? Or, jusqu'à présent, aucune de ces deux conditions n'est remplie.

Ainsi, des économistes officiels japonais ont souligné que, pour 1992, le manque de capitaux au niveau international se monte à la bagatelle de 100 milliards de dollars (8). Et, un rapport de la Banque du Mexique (pays donné en exemple aux gouvernements latino-américains), note qu'« alors qu'en 1990, 41,8 % des ressources étrangères se dirigeaient vers l'investissement direct, dans les six premiers mois de 1991, cette proportion s'est réduite à seulement 19,1 % ». La même source signale que « pour 10 dollars entrés au Mexique durant le premier semestre 1991 au titre des investissements étrangers, 8 sont allés à l'achat d'actions et seulement 2 à des projets productifs » (9).

Economies faibles

Get Etats forts

A partir du déclenchement de la "crise de la dette" en 1982, les gouvernements latino-américains se sont embarqués dans un projet de "réforme structurelle" où l'Etat s'est retrouvé au banc des accusés. Depuis lors, a été appliquée une politique économique qui tend à diminuer le poids de l'Etat dans l'économie, par la vente de toutes sortes d'entreprises, dont celles des secteurs stratégiques. Aujourd'hui, c'est le capital privé qui assure le taux de croissance dans la majorité des pays ; mais il ne s'agit plus du capital national qui existait à l'époque des "substitutions d'importations" ; ce sont surtout des capitaux multinationaux ou mixtes qui tiennent les rênes de l'économie.

La "réforme de l'Etat" signifie que dans des pays qui avaient connu des révolutions

(Mexique, Bolivie, Nicaragua) et/ou des gouvernements populistes (Pérou, Argentine), entre autres, on démantèle les bases sociales sur lesquelles reposaient les rapports entre l'Etat et les masses — en cherchant à former une nouvelle forme de domination — au moment où l'Etat se retire de la sphère économique. Cela provoque une réduction importante des investissements sociaux (infrastructures, éducation, santé, logement, etc.), cela conduit à une paupérisation généralisée de la population et approfondit la mondialisation de ces économies dépendantes.

George Landau, président de la Société des Amériques, a une vision très claire de ce phénomène : « Alors qu'avant les entreprises d'Etat étaient considérées comme des symboles nationaux, aujourd'hui un symbole national c'est de disposer d'actions à la Bourse des valeurs de New York » (10).

La "réforme de l'Etat" ne débouche absolument pas sur une démocratisation de la société ; au contraire, nous assistons au renforcement de ses éléments les plus antidémocratiques. Que ce soit au Mexique, au Panama, en Argentine, au Brésil, au Venezuela, ou au Pérou, etc., l'autoritarisme, la gestion par décrets et la négation de la "société civile" (nouveau terme à la mode) sont plus présents que jamais. L'attitude néolibérale en matière économique se conjugue avec des procédés dictatoriaux en matière politique.

La longue austérité

Les "programmes d'ajustement" imposés dans la région depuis dix ans se concrétisent tous par une politique d'austérité, variable qui, à la différence de ce qui s'est passé en Europe, se reflète par une chute verticale du niveau de vie de la majorité de la population : perte du pouvoir d'achat réel des salaires, chômage, diminution de la consommation interne, et développement accéléré de la pauvreté.

Entre 1981 et 1990, la croissance du produit intérieur brut (PIB) par habitant en Amérique latine a enregistré un taux négatif de - 9,6 % ; la légère croissance de 0,9 % en 1991 ne compense pas, et de loin, la chute du niveau de vie de la population, qui, entre autres phénomènes, s'est matérialisée dans des épidémies comme celle du choléra.

Tant que les "programmes d'ajustement" resteront la condition sine qua non fixée par le FMI et la BM, la majorité de la population ne pourra pas attendre une amélioration de son niveau de vie, ni à court ni à moyen terme. En outre, comme le projet d'intégration économique continentale se base sur le développement des exportations et pas sur l'expansion des marchés internes, les inégalités sociales et économiques tendent à se développer.

L'"ajustement économique", qui à son tour, comprend l'abandon du protectionnisme d'Etat, est une politique à long terme. Le capital n'est pas seulement intéressé par la diminution des salaires, il veut surtout avoir des garanties sur le fait que les changements actuels seront irréversibles. C'est aussi pour cela que les bourgeoisies et leurs gouvernements ont étendu leur offensive à des aspects considérés comme tabous il y a encore quelques années - comme, par exemple la "contre-réforme agraire" du gouvernement Salinas au Mexique, ou la tentative de privatisation généralisée des mines en Bolivie (11). Il est évident que les politiques néolibérales avancent dans toute la région, mais cela va de pair avec le spectre de l'instabilité. Hormis le Mexique, le Chili et la Bolivie, où, grâce à des méthodes différentes, les gouvernements ont réussi à appliquer des plans d'ajustement avec des résultats globalement positifs pour le capital, dans le reste du sous-continent, l'instabilité politique, économique et sociale est une constante, qui se reflète dans la recherche permanente de mesures économiques permettant une réelle stabilité sociale.

Les gouvernements de Chamorro, de Fujimori, de Collor de Melo, de Menem, etc., ont été obligés de remplacer les équipes arrivées au pouvoir en promettant une politique de stabilité économique et de paix sociale. Même au Venezuela, où le gouvernement social-démocrate de l'Action démocratique (AD) dirigé par Carlos Andres Perez se vantait d'être stable et démocratique, on entend des bruits de bottes.

Nous n'avons pas fini de payer

Cette instabilité n'équivaut pas à des situations prérévolutionnaires, mais elle signifie qu'il n'existe pas aujourd'hui de conditions objectives pour que la restructuration capitaliste soit menée à bien sans convulsions sociales importantes. Dans la plupart des cas, les programmes de restructuration capitaliste sont appliqués par des gouvernements ayant une faible base socia-

6) Informe Latinoamericano n° 5, 6 février 1992.

7) Voir Excelsior, 17 décembre 1991.

8) Voir Excelsior, 27 décembre 1991.

9) Voir la revue Expansion n° 57, Mexique, 11 décembre 1991.

10) La Swociété des Amériques est une organisation dont les membres détiennent 80 % des investissements des Etats-Unis en Amérique latine. Voir El Financiero, Mexico, 30 décembre 1991.

11) Rapport de la CEPAL, 1991.

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le. Dans tous les cas, les mesures de "stabilisation" adoptées par divers pays latino-américains ont besoin de davantage de temps pour se consolider, ce qui ne dépend pas exclusivement de la dynamique économique de chaque pays. Atteindre une stabilité globale est l'objectif clé, tant des bourgeoisies latino-américaines que du capital international. Si l'on avance seulement sur le terrain des accords commerciaux et si le flanc politique et social reste à découvert, alors l'intégration du bloc géopolitique promue par les Etats-Unis se fera sur un baril de poudre.

Ceux qui ont une vision optimiste de l'évolution économique de l'Amérique latine, devraient, pour être conséquents, l'avoir aussi de la crise de la dette. En obligés de passer des accords de restructuration et/ou de renégociation de leur dette nera (ou entraîne déjà) une diminution du capital, ou des intérêts ou des deux à la fois, alors que douze autres pays ont eu des retards dans le paiement du service de la dette pour une valeur de 26 milliards de dollars.

On peut se demander si, après dix ans de transfert nets de capitaux de l'économie latino-américaine vers l'extérieur, ce problème a été résolu ou, au moins, si la situation a qualitativement changé. Le rapport de la CEPAL montre qu'en 1991 cette région a enregistré des revenus dérivés des prêts et/ou des investissements supérieurs à ses dépenses. L'Amérique latine n'exporte plus de capitaux et sa dette a atteint 426 milliards de dollars. Les recettes pour la réduction de la dette (achats, restructurations, etc.), remises à l'ordre du jour avec le plan Brady, semblent produire des résultats. Cependant, selon le dernier rapport de la Banque mondiale, portant sur 1990, ces remèdes n'ont pas produit les effets escomptés. En effet, les données de la Banque mondiale montrent que sur les 26 pays étudiés « seulement six doivent actuellement moins qu'il y a cinq ans », alors que le total de leur dette atteint presque 78 % de plus qu'en 1980. Cette institution estime que, en 1992, l'Amérique latine devra débourser plus de 24 milliards de dollars pour l'amortissement du capital et 23 milliards supplémentaires pour les intérêts. Une telle hémorragie ne laisse pas beaucoup de place à l'optimisme, même si les gouvernements ont bénéficié de la réduction des taux d'intérêt internationaux en 1991.

Même si les prêts extérieurs recommencent à augmenter et si certains pays comme le Mexique ont eu de nouveau accès aux marchés financiers internationaux, la mèche qui pourrait faire exploser la bombe de la dette est toujours allumée. Les conditions internationales ne sont pas les mêmes que lors de l'explosion de la "crise de la dette" en 1982. A l'époque, l'économie capitaliste internationale était en train de sortir d'une phase de récession généralisée : des pays comme le Mexique, le Venezuela, la Colombie ou le Pérou pouvaient encore bénéficier des prix internationaux du pétrole (qui chutaient déjà) ; il y avait un effet d'accumulation dérivé de la croissance qui, jusqu'aux début des années 80, existait dans cette région ; les banques privées qui faisaient des prêts n'étaient pas protégées contre cette éventualité, etc. Aujourd'hui, la situation est tout autre : croissance moindre des pays impérialistes — voire même récession —; pénurie de capitaux ; globalisation mondiale de l'économie ; accroissement de la concurrence intercapitaliste pour attirer les capitaux ; prix des matières premières à la baisse et un sous-continent qui, durant ces dix dernières années, a réalisé un transfert brutal de capitaux vers les pays impérialistes.

Les pays impérialistes créditeurs et le FMI insistent sur la nécessité de se "serrer davantage la ceinture", ce qui, dans les faits, suppose une réduction des dépenses publiques, une dévaluation des monnaies, et une accélération des réformes fiscales et monétaires pour disposer des ressources nécessaires au paiement de la dette. Dans ce domaine, et à cause du poids de sa dette, la situation au Brésil sera déterminante ; son gouvernement vient de négocier un crédit de 2 milliards de dollars avec le FMI — qui va accroître les tensions avec les travailleurs et la population. Quel projet de domination ?

La bourgeoisie latino-américaine s'est embarquée dans un projet très risqué. Suite à la crise du régime de domination populiste et nationaliste de la fin des années 70, elle essaye de mettre sur pied un nouveau pacte social qui corresponde à ses besoins actuels — c'est-à-dire qui diminue le poids économique de l'Etat, tout en modifiant le rapport de forces face aux travailleurs et à la population dans son ensemble, et en avançant dans le processus de restructuration capitaliste pour disposer de nouvelles cartes de négociations avec l'impérialisme. Ce projet est clairement défini, et veut être une alternative au modèle en vigueur durant la période de "substitution des importations" (12). La bourgeoisie n'a que le choix de l'intégration économique et politique telle que la propose les Etats-Unis.

Les risques de ce pari résident dans une plus forte dépendance (il suffit de savoir que le seul point actuellement en discussion entre le Mexique et les Etats-Unis pour la signature du traité de libre échange concerne le pétrole), ainsi que dans le fait que l'application de la politique néolibérale détruira la base sociale antérieure de ces gouverne ments, sans que le projet actuel n'ait été consolidé. On pourrait nous répondre qu'il faut du temps, ce qui est vrai, mais le temps peut aussi jouer contre les gouvernements, comme dans la dernière décennie.

Depuis un moment, certains analystes et des hommes politiques prônent l'avènement de gouvernements sociaux-démocrates dans cette région, du type de ceux qui dirigent la France ou l'Etat espagnol (13). Ils oublient que des pays comme le Venezuela, la Bolivie, la Jamaïque ou l'Equateur sont déjà gouvernés par la social-démocratie et que les programmes d'austérité et la libéralisation des marchés y ont été appliqués de façon frénétique. Pire encore, ils négligent le fait que, en tout cas pour le moment, ces gouvernements ne sont pas les plus à même d'attirer le capital international ou les bourgeoisies locales.

Restructuration

Get dérégulation

En Amérique latine, le capitalisme essaye de se mettre à l'heure de l'impérialisme. C'est une course de vitesse à la recherche du temps perdu : le temps de la modernisation et de la restructuration capitaliste qui s'est développé en Europe, au Japon et aux Etats-Unis à partir de 1982. Les conséquences de ce choix apparaissent aussi dans les attaques frontales dont sont victimes les acquis, arrachés durant les décennies passées, des travailleurs et d'autres secteurs de la population. Il s'agit d'accroître la productivité des travailleurs à tout prix, tout en aggravant les conditions de travail ; et d'instaurer une supposée politique de "charité de l'Etat" (l'Etat solidaire) pour le reste de la population (14).

La bourgeoisie latino-américaine et l'impérialisme ont besoin d'une modification substantielle de l'ensemble des rapports qui régissent le monde du travail ; voilà pourquoi on assiste à une mue du vieux syndicalisme latino-américain dans un but essentiel : le syndicalisme né dans les années 30, utile jusque dans les années 70,

12) Informe Latinoamericano n° 2, 16 janvier 1992

13) Voir, par exemple. les déclarations du commandant salvadorien J. Villalobos, dans Inprecor n° 329 du 26 avril 1991.

14) Voir l'article de Jorge Catañeda, "Les nouveaux dogmes en Amérique latine", El Pais, 31 janvier 1992.

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ne correspond plus aux besoins du capital. Il faut réduire le poids des syndicats sur le terrain même qui justifie leur existence, c'est-à-dire en matière de contrôle de la production et de la représentation des travailleurs comme un tout. On essaye de réduire ce rôle par les cercles de qualité, I'"ouvrier universel" et la flexibilisation (15).

Derrière le licenciement de millions de travailleurs en Amérique latine (plus de 1 million d'emplois supprimés en 1991), il y a une politique qui vise les structures syndicales — et qui a partiellement réussi. Cela a provoqué l'affaiblissement du poids politique de la classe ouvrière — la masse de ceux qui vendent leur force de travail pèse de plus en plus sur le marché informel ; ils n'ont ni revenus fixes ni prestations sociales. COTE D'IVOIRE

On assiste aussi à un phénomène naissant de réorganisation de la classe ouvrière et d'autres secteurs dont dépendra, à moyen terme, la réussite du pari actuel. Les mobilisations de 1991 et de ce début d'année dans certains pays, si elles n'ont pas réussi à freiner l'offensive capitaliste — ce qui est impossible sans l'appui des travailleurs des pays impérialistes —, ne doivent pas être minimisées. Il s'agit de luttes défensives, mais qui démontrent que quelque chose

L'économie latino-américaine a connu une croissance en 1991, mais on peut douter qu'elle enregistre des données globales positives dans un avenir immédiat. La récession dans les pays impérialistes, le non dépassement de l'onde longue dépressive de l'économie mondiale, ainsi que la marge de manœuvre limitée laissée par les mesures de privatisation aggravent sa situation. Les entreprises publiques, qu'il s'agisse des banques, des mines ou du pétrole, ne peuvent être vendues qu'une seule fois. L '"Initiative pour les Amériques" de Bush et les différents accords commerciaux qui sont en cours profiteront à certains, mais sûrement pas à la population. *

13 février 1991

15) Voir Inprecor n° 329 du 26 avril 1991.

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