Les années 80 peuvent être considérées comme une décennie d'or pour l'économie mondiale, mais l'on peut aussi dresser un parallèle avec les années 20, qui se sont terminées par la crise économique de 1929-1932. D'ailleurs, en ce début 1992, l'économie mondiale connaît une récession qui pourrait déboucher sur une crise économique internationale. Winfried WOLF aissons pour l'instant de
L côté les chiffres du produit
national brut (PNB) et de la production industrielle, et prenons plutôt un indicateur très éloquent sur le "capitalisme-casino". Le chiffre d'affaires des producteurs de champagne, qui a été multiplié par cinq dans les années 80 — passant de 183 millions de francs à plus de 1 milliard —, a connu sa première grosse chute depuis 1982, en perdant près d'un cinquième.
Des phénomènes semblables ont eu lieu dans d'autres secteurs de la production de biens de luxe. Dans la haute-couture, les marges de profit ont été aussi étroites que des ourlets. Le marché de l'art a été aussi catastrophique ; à l'Exposition de Cologne, il a été dit que le chiffre d'affaires de l'art contemporain avait diminué de 70%.
On laissera pour plus tard, pour un séminaire économique de haut-niveau, le soin de décider si la période qui va de 1983 à 1989-1990 peut être considérée comme un seul cycle économique.
Si tel était le cas, il s'agirait d'un cycle exceptionnellement long, comme les "sept années fastes" de la Bible. Mais on peut penser aussi que les baisses de la production industrielle, constatées dans toutes les économies en 1986 et 1987, marquaient la fin d'un cycle, suivi par un autre, plus court, qui, à partir de 1990 aux Etats-Unis, et de 1991, en Europe, a déjà débouché sur la récession. De tels zigzags conjoncturels et un tel développement en courbes de l'économie ont déjà été observés auparavant.
En 1970-1971, l'Allemagne de l'Ouest a connu une mini-récession alors que des signes bien plus évidents de récession apparaissaient dans d'autres pays.
Les chemins sinueux de la récession
Si l'on met de côté cette mini-récession, l'Allemagne de l'Ouest n'a connu aucune récession entre le ralentissement économique évident de 1966-1967 et la récession internationale bien plus marquée de 1974-1975 — c'est-à-dire qu'elle a vécu "sept années fastes". Nous rappelons cela parce que l'absence de récession en 1986-1987 a conduit à des débats au sein de la gauche pour savoir si notre compréhension antérieure du développement cyclique de l'économie et de la régularité des crises économiques était encore valable. Ce n'est pas un hasard si cette idée est apparue au moment même où le capitalisme international remportait une victoire politique et où de nombreux anciens militants de gauche renonçaient à tout objectif d'émancipation économique.
Comme toujours, et selon Business Week de la mi-décembre 1991 : « L'économie mondiale se retrouve dans des eaux bien plus agitées que ce qui avait été prévu quelques mois auparavant. Les économies de la plupart des pays industrialisés
HOUSE sont
RECES
en état de faiblesse et les économies de l'ancien empire soviétique se désintègrent à une vitesse croissante ; le danger logique d'une crise mondiale grandit » (1).
Depuis la mi-1991, la production industrielle dans les trois blocs impérialistes est en baisse par rapport à la même période de 1990. Les derniers chiffres disponibles dans ce domaine (décembre 1991) - qui, dans la mesure où ils enregistrent la production matérielle, sont beaucoup plus opérationnels que le PNB — font état de la situation suivante : en septembre 1991, la production industrielle était tombée par rapport à l'année précédente de 1,5% aux Etats-Unis, de 2,1 % au Japon et de 0,7 % dans la Communauté économique européenne (CEE). Bien qu'en moyenne la baisse pour la CEE soit insignifiante, on assiste à une chute nette dans tous les grands pays : GrandeBretagne (-1,7 %), France (-0,8 %), Allemagne (-0,5%) et Italie (-3,1 %) (2).
Si on analyse de façon plus précise la réalité, ces baisses peuvent être encore plus dramatiques. Ainsi, à la fin novembre 1991, la production d'acier aux Etats-Unis est tombée de 13 % et celle d'automobiles de 36 % sur l'année.
A la fin des années 80, le cours pris par ce cycle était tel que beaucoup espéraient que la récession internationale serait évitée, comme cela avait été le cas en 1986-1987, en utilisant les mêmes politiques à hauts risques de l'endettement croissant. Les Etats-Unis étaient déjà entrés dans la récession en 1990.
Le "médicament" de la guerre
La guerre du Golfe, une relance puissante de la plus grande machine de guerre du monde, constituait aussi un programme anticyclique pour éviter la récession, en donnant un coup de fouet à l'économie ; mais c'était tout. En plus, les Etats-Unis avaient décidé que leurs principaux concurrents, le Japon et l'Allemagne de l'Ouest, ainsi que les monarchies pétrolières, devaient payer pour
SION
cet effort de guerre. Et en fait, après la chute du début 1991, il y a eu un court sursaut du PNB des Etats-Unis, qui a provoqué des commentaires sur le thème "la récession est finie". Lorsque l'économie britannique, sur le fil du rasoir de la récession comme celle des Etats-Unis, a connu elle aussi un sursaut avec l'augmentation des exportations d'armes, au début 1991, les économistes ont commencé à attendre un miracle.
Comme le soulignait la revue nord-américaine Business Week, au début 1991, il était prévu que « la légère croissance de l'Allemagne et du Japon serait contrecarrée par une forte amélioration économique aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne — économies qui étaient déjà en récession. Finalement, l'économie mondiale pourrait profiter du fait que chacune des économies connaît des hauts et des bas dans le cycle des affaires à des moments différents ». Mais cela n'a pas été le cas, à cause de la crise prolongée des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne.
Les derniers piliers de l'économie internationale, le Japon et l'Allemagne, connaissent aussi un début de récession. Ce développement est extrêmement dangereux. Actuellement, l'économie mondiale est beaucoup plus interdépendante qu'au début de la dernière récession. Alors que la part des exportations dans le PNB des économies principales — Etats-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne et France — représentait 17 % en 1979, elle dépasse 23 % en 1991 : toutes les économies sont bien plus dépendantes de l'état du marché mondial pour vendre leurs produits.
La nouvelle récession internationale est marquée par l'existence d'un secteur financier international devenu de plus en plus faible tout au long des années 80. L'endettement qui va croissant s'appuie sur un capital d'investissements relativement inchangé ; de plus en plus de débiteurs plongent ; les groupes des pays les plus endettés, comme le tiers monde, l'Union soviétique ou l'Europe de l'Est, sont quasiment incapables de payer. La chimère de la spéculation immobilière commence à se dégonfler ; les prix du terrain diminuent en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au Japon, entraînant une dévaluation à moyen terme des avoirs des institutions financières.
Le directeur de la Banque de Bruxelles, Lambert, décrit cette situation avec des mots qui ressemblent à un discours catastrophiste de gauche : « Le danger de déflation et de dépression n'a jamais été aussi grand depuis les années 30 » (3).
SoZ, décembre 1991
1) Business Week, 16 décembre 1991.
2) Chiffres parus dans The Economist du 7 décembre 1991 et Wirtshaftswoche du 6 décembre 1991.
3) Suddeutsche Zeitung, 7 septembre 1991.