L'unification, ratifiée le 22 mai 1990, entre la République arabe du Yémen (Nord) et la République démocratique et populaire du Yémen (RDPY) (Sud) (voir Inprecor n° 333 du 21 juin 1991), si elle supprime une frontière créée par le colonialisme, survient dans un nouveau contexte mondial marqué par la victoire impérialiste dans le Golfe et la chute des dictatures de l'Est - dont celles de l'ancienne Union soviétique et de l'ancienne République démocratique allemande (RDA), principaux soutiens de la RDPY dans une région sous hégémonie saoudienne.
Si cette unification avait été désirée par la monarchie saoudienne, longtemps inquiétée par l'éventualité de l'extension de la révolution au Sud de la Péninsule, il n'en demeure pas moins que celle-ci n'a pas donné, jusqu'à ce jour, lieu à une absorption, comme cela a pu étre le cas en Allemagne. Il s'agit là d'un processus de fusion entre deux Etats à égalité dans la misère, mais de nature sociale différente. Cette unification, loin d'être achevée, se déroule sur un fond d'agitation tribale et/ou intégriste, manipulée par l'Arabie saoudite et par des pressions impérialistes qui font payer au nouvel Etat sa position pendant la guerre du Golfe.
Rien n'a encore été tranché au niveau des femmes : comment "fusionner" le statut des femmes du Nord inspiré par la Sharia (loi islamique), amélioré grâce à une relative ouverture démocratique dans les années 80, et de nouveau dégradé à la fin de la décennie sous les pressions saoudiennes, avec celui du Sud, où la Constitution garantissait l'égalité juridique entre les deux sexes, autorisait le divorce, interdisait la polygamie, etc. Au Sud, ce train de mesures juridiques, accompagné d'une politique sociale en matière de santé, d'éducation, d'emploi, etc., avait créé une situation inédite dans la Péninsule arabique et constituait, au vu de la réalité du tribalisme, de l'analphabétisme et de l'arriération économique, un saut qualitatif révolutionnaire pour les femmes.
Aujourd'hui, ce statut n'a pour unique "avocat" que le Parti socialiste yéménite (PSY), autrefois au pouvoir dans le Sud, qui participe au nouvel Etat et dont la politique à la fois de bradage et de défense des acquis de la révolution yéménite repose plus sur des intérêts partisans que sur des appels à la mobilisation des intéressés (femmes, paysans, etc.), même s'il utilise certains ilôts de résistance comme moyen de pression non négligeable.
C'est dans ce contexte d'un rapport de forces qui n'est pas encore tranché que se sont exprimées deux femmes yéménites Amat Al-Aleem Sousuwah et Raoufa Hassan, dont Michèle Pisigo nous a ramené le témoignage, après un voyage dans ce pays en août 1991. *
Luiza Maria
YEMEN