Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

Pourquoi pas la grève générale ?

· Inprecor n° 348, 13 mars 1992 · p. 26 · 909 mots

Syndicalisme État espagnol

Canaries. Les transports de Madrid et Barcelone ont été aussi paralysés, et de

Pourquoi pas la grève générale

Depuis la fin 1991, l'Etat espagnol est secoué par une vague importante de conflits sociaux. Des grèves générales ont paralysé Léon, les Asturies,

Cartagène et El Ferrol, à la fin de l'année. Ensuite, le mouvement s'est répandu comme une traînée de poudre dans la sidérurgie et la métallurgie, avec des manifestations en Cantabria, en Andalousie et même dans les nouvelles actions sont prévues en Galice et à Murcie.

Ces mouvements protestent contre les reconversions industrielles, la désindustrialisation et les licenciements mis en œuvre par le gouvernement espagnol, pressé en cela par la Communauté économique européenne (CEE).

Joaquin NIETO

CINQ CENTS mineurs de Léon viennent d'entamer une marche jusqu'à

Madrid pour demander le maintien de leurs postes de travail ; ils sont menacés par le plan de restructuration de l'entreprise minière et sidérurgique de Ponferrada. Pendant 18 jours, ils vont parcourir les 503 kilomètres qui séparent leur village de la capitale. Lors de leur passage dans différentes agglomérations, ils seront accueillis par des rassemblements solidaires et sans doute massifs. Dans certains coins, toute la population est sortie dans la rue pour les accueillir, avec une fanfare.

Pendant ce temps, un groupe de mineurs s'est enfermé, à 300 mètres de profondeur, depuis 40 jours, dès que la grève indéfinie des mines de Léon a commencé.

Cette lutte symbolise de façon exemplaire un phénomène qui se généralise — la désindustrialisation, les attaques contre l'emploi qu'elle entraîne, les protestations ouvrières qu'elle suscite et enfin la solidarité nécessaire pour imposer la principale revendication des salariés : le maintien de leurs postes de travail.

La récession économique, les effets de l'entrée de l'Etat espagnol dans la CEE, ainsi que la politique du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) au pouvoir ont provoqué une vague de reconversions dans le secteur public et privé. Cela entraîne la

ETAT ESPAGNOL désindustrialisation de zones entières et le licenciement massif de dizaines de milliers de travailleurs dans l'industrie. Les mines, la sidérurgie, le textile, les engrais, les chantiers navals, etc. : autant de secteurs durement touchés. Le gouvernement répond en disant que « la meilleure politique industrielle est celle qui n'existe pas », en refusant tout plan d'investissements publics qui pourrait atténuer la situation des secteurs les plus touchés ou qui créerait un nouveau tissu industriel.

Licenciements

Get protestations

La conséquence la plus dramatique de cette situation est le chômage. Les réductions d'emplois prévues sont énormes — entre 30 et 40 % dans les mines ou la sidérurgie. L'affaiblissement de ces secteurs entraînera à son tour la disparition d'emplois dans d'autres domaines.

Les zones frappées par la désindustrialisation sont des régions de "monoculture" industrielle, des populations entières seront victimes de ce fléau.

Dans ces conditions, on comprend la généralisation et l'importance des protestations, sous la forme de grèves générales, locales ou régionales, qui se répètent depuis six mois. La première grève générale a commencé dans les villages de mineurs de la région de Léon, elle a été suivie par une autre qui a complètement paralysé les Asturies, en octobre 1991. En décembre, c'était le tour de Cartagène ; en janvier 1992, les bassins miniers des Asturies connaissaient deux semaines de grandes mobilisations avec des affrontements avec la police, ainsi que Cartagène, où les manifestants ont brûlé le Parlement régional. En mars, c'est la région cantabrique qui prépare la grève générale et en avril ce sera le tour de la Galice.

Entre temps, 20 000 délégués des Commissions ouvrières (CCOO) et de l'Union générale des travailleurs (UGT), venus des zones sinistrées, se sont rassemblés devant le ministère de l'Industrie, à Madrid, pour exiger des solutions.

Ces conflits ont provoqué des débats importants dans les syndicats sur la perspective d'une grève générale dans l'ensemble de l'Etat espagnol. Cette idée, que défend la gauche syndicale des CCOO, est aussi soutenue par certains dirigeants ouvriers comme Marcelino Camacho, président des CCOO, mais la majorité de la direction des CCOO et de l'UGT ont écarté une telle éventualité.

Le bras de fer

Cependant, la question reviendra bientôt sur le tapis car le gouvernement du PSOE entreprend une offensive en règle sur tous les fronts : proposition de l'adoption d'une loi anti-grève, en plein conflit ; réduction des prestations sociales pour les chômeurs, en pleine hausse du chômage — plus de 17 % de la population active - ; flexibilité dans les licenciements pour faciliter les mini-reconversions des petites et moyennes entreprises, après celle des grandes entreprises.

Malgré la radicalité et l'importance des mobilisations, les principales revendications — le maintien de l'emploi et la réindustrialisation créatrice de nouveaux postes — ne seront pas faciles à obtenir, si on ne parvient pas à imposer un changement dans la politique économique du gouvernement. Cela ne semble pas réalisable, surtout si la généralisation des conflits ne débouche pas sur la grève générale — d'où l'importance de celle-ci et l'aveuglement des directions syndicales qui la rejettent.

La perspective du marché unique européen, après les accords de Maastricht, devient le prétexte utilisé par le gouvernement pour faire pression sur les syndicats dans le sens de la signature d'un pacte social. Cette idée n'a pas été très bien accueillie, pour le moment, mais elle pourrait faire son chemin.

Tout dépend de l'issue de la bataille de la reconversion en cours ; plus la résistance et les mobilisations seront fortes et plus nous écarterons le fantôme du pacte social. *

Madrid, 12 mars 1992

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