ETAT ESPAGNOL / CATALOGNE avortement est interdit en Catalogne, comme dans le reste de l'Etat espagnol, sauf dans les cas de viol, de malformation du fœtus ou de danger pour la vie de la mère. Il a fait de nouveau la "une" de la presse pendant l'été 1991, lorsque le gouvernement de Catalogne a publié un rapport officiel sur la question. Marité BEIRAS
C' f
EST pendant l'été
1991, alors que de nombreuses femmes jeunes cherchaient désespérément un centre pour pouvoir avorter sans payer, un centre où pouvoir se renseigner, que le rapport du gouvernement catalan sur l'avortement a été rendu public....
« 6 000 adolescentes tombent enceintes et 1 000 pratiquent une interruption de grossesse chaque année dans notre pays [l'Etat espagnol] », selon El Independiente du 24 septembre 1992. "Une jeune prétendait avoir trouvé un enfant.... en fin de comptes c'était le sien" : des titres de ce type sont de plus en plus fréquents dans les journaux. En 1991, en Catalogne, 200 jeunes ont avorté par trimestre, ce qui constitue une hausse du nombre des avortements — environ 13 pour mille, selon les chiffres officiels, mais la réalité est bien plus dramatique. Par ailleurs, on peut constater que neuf jeunes sur dix de 18-19 ans n'utilisent aucun moyen contraceptif et que 88 % n'ont jamais visité un centre de planification familiale.
La "conseience" des médecins
En Catalogne, pendant le premier trimestre 1991, selon les chiffres officiels, seulement 3,2 % des avortements ont été pratiqués dans des centres hospitaliers — cette proportion chute dans la réalité, dans la mesure où certains centres privés ne décla-
rent pas toutes les interruptions volontaires de grossesse (IVG) qu'ils pratiquent.
Ainsi, par exemple, sur 4 876 avortements, seuls 57 ont été pratiqués à l'hôpital de Vall d'Hebron.
Pendant ces mois d'été, Virgilio Zapatero (ministre des Relations avec les Corts, le Parlement catalan) a reçu un rapport sur l'évaluation de l'application de la loi actuelle sur l'avortement et, sûrement accablé par la chaleur, il a déclaré que le Gouvernement réformerait la loi à l'automne, tout en disant que « la loi a été efficace (...) même s'il y a eu certains problèmes dans son application » (I). Il parlait sans doute de l'"objection de conscience".
Les égarements du ministre
En effet, entre 97 et 98 % des femmes avortent dans des centres privés parce que les médecins refusent de pratiquer des IVG dans des centres publics, sous prétexte d"objection de conscience". A ce sujet, Virgilio Zapatero parle de « certaines attitudes de refus ouvert (...), ce qui a donné lieu à ce que, dans certains centres publics, les professionnels qui réalisent de telles interventions soient rares, voire totalement absents (...). Les droits à la liberté des femmes ne sont pas protégés, et donc les droits des citoyens ne sont pas garantis [par la législation actuelle] » (2).
A la fin de l'été, une fois finie la canicule, le 25 septembre 1991, le même Zapatero déclarait que le gouvernement n'était pas très pressé de réformer la législation sur l'avortement...
Apparemment, les ministres de la Justice et de la Santé catalans sont opposés à toute modification : « En tout cas, avec la réforme du Code pénal nous modifierons l'article 417 bis, en laissant les attendus légaux en vigueur et en les rendant plus précis pour éviter des erreurs (...). »
Comme on pouvait le craindre, la célèbre "étude" du gouvernement ne visait qu'à "amuser la galerie", à calmer une atmosphère surchauffée par les poursuites judiciaires en matière d'avortement et à rappeler les procureurs à l'ordre pour éviter de nouveaux procès. Cela a débouché sur un rapport déposé au registre de la Chambre des députés, à la disposition de ceux qui voudraient le consulter, mais qui ne donnera pas lieu à un débat parlementaire.
Cette étude se limite à rassembler des données connues, officielles et publiques et contient de nombreuses formulations floues : « Bien que cette recherche d'information ait un but de recensement (...), il est impossible d'évaluer avec rigueur les niveaux de couverture [sociale] » ; ou « les données dont on dispose sont rares » ; ou encore « il y a de grosses difficultés à quantifier », etc., or il s'agit d'une étude officielle, faite par un ministère, avec tous les moyens à sa disposition...
Evidemment, il n'est nulle part fait référence à la réalité diversifiée de l'Etat espagnol, pas plus qu'à l'abandon progressif en termes d'assistance des grands noyaux urbains, qui ont des ressources limitées, ni au désert des zones rurales. Dans une ville comme Barcelone, on peut toujours se résigner à chercher un centre privé ; mais dans les petites villes ou dans les villages, les femmes doivent se déplacer à la "capitale" pour trouver de l'information et pour se faire
Selon des données de la Generalitat (le gouvernement autonome), 2 370 IVG ont été pratiquées en un semestre à Barcelone, contre 3 dans la ville de Lérida — 1 610 femmes venaient de Barcelone ; 161 de Gérone ; 93 de Lérida ; 156 de Tarragone et 342 d'ailleurs.
Un chapitre suggestif du rapport — "Tendances de l'opinion publique" — est expédié en quatre lignes : il explique que 80 % de la population est d'accord avec la législation en vigueur.
A la recherche des centres de planification
En parlant des structures actuelles, le rapport fait une description des centres de planification qui semble tirée d'un programme électoral du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), alors que la tendance à la privatisation ou à la transformation en centres de consultation gynécologique est de plus en plus forte : « [En 1982] le ministère de la Santé et de la Consommation, a lancé, à travers Insalud, un programme de création de centres (...) avec des équipes pluridisciplinaires de gynécologues, de sociologues,
ETAT ESPAGNOL I CATALOGNE — d'assistants sociaux, d'aides sanitaires, de personnel administratif. Leur objectif est d'offrir des méthodes de contraception, des conseils en matière de sexualité, un contrôle et un traitement des maladies sexuellement transmissibles, une orientation dans le traitement de la stérilité, et une détection précoce des cancers de l'uterus et du sein. En 1989, la prestation de la planification familiale a été totalement intégrée dans le système de santé public. »
De quoi se plaignent donc les femmes qui disent que dans leur quartier il n'y a pas de centre d'accueil ? Pourquoi 54 % des femmes qui ont avorté en Catalogne n'ont jamais mis les pieds dans un centre de planification ? Pourquoi se plaignent-elles du fait que, dans le centre de leur quartier, personne ne s'occupe d'elles parce qu'elles sont trop jeunes ou à l'âge de la ménopause et que le centre s'occupe de la "planification familia-
La hiérarchie catholique et les Pro-Life sont à l'offensive dans différents pays, en essayant d'effacer des conquêtes et d'en empêcher de nouvelles. Notre gouvernement s'arrange bien de ces forces et il est impossible qu'il fasse les réformes que la réalité sociale des femmes exige.
Demà*, janvier 1992
*Journal de Revolta, nouvelle organisation née de la fusion de la Ligue communiste révolutionnaire catalane et du Mouvement communiste de Catalogne.
1) El Pais, 1er août 1991.
2) Ibidem.