Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

Dans les geôles de Deng

· Inprecor n° 349, 27 mars 1992 · p. 23 · 899 mots

Chine IVe Internationale

Liu Shanging a été libéré le 25 décembre 1995 d'une prison chinoise proche de Guangzhou, dans le département de Canton, après avoir purgé une peine de

Dans les geôles

de Deng

dix ans. Arrêté le 25 décembre 1981, il incitation contre-révolutionnaires ». Il a sans aucune remise. Gregor BENTON

Liu Shanging, âgé de 39 ans, ancien dirigeant du mouvement étudiant de Hong Kong au début des années 70, a été arrêté alors qu'il essayait de rendre visite aux familles de He Qiu et de Wang Xizhe, des dirigeants emprisonnés du mouvement du Mur de la démocratie de 1979. Durant les sept ou huit premiers mois de sa détention, il a été interrogé pratiquement quotidiennement ; on voulait l'obliger à admettre ses activités contre-révolutionnaires. Il a refusé de le faire, soulignant, au contraire, que ses activités étaient révolutionnaires. Il a demandé à ses juges de fournir la preuve de ses prétendus méfaits, mais ils en ont été incapables.

En 1985, soumis à une importante pression, Liu a écrit une lettre admettant qu'il avait commis des fautes et demandait la clémence. On lui a alors accordé quelques menus privilèges, dont une radio. Un an plus tard, il a renié cette confession et a été placé à l'isolement. On lui a aussi refusé le droit de travailler — il a donc été privé de tout exercice et de son petit revenu.

Quand ses geôliers ont découvert que Liu avait transmis à sa famille une copie de son verdict et lui avait demandé de le publier à Hong Kong, comme punition, ils l'ont enfermé dans un cachot obscur pendant un mois. En novembre 1991, juste avant la fin de sa peine, on lui a dit qu'il ne serait pas relâché tant qu'il ne plaiderait pas coupable. Il s'y est refusé, mais heureusement cette menace n'a pas été mise à exécution.

Amnesty International avait adopté Liu comme prisonnier de conscience, et ses amis de Hong Kong ont organisé des grèves de la faim et lancé des appels pour fair connaître

CHINE avait été accusé de « propagande et purgé la totalité de sa comdamnation, son cas publiquement. Son nom figurait sur la liste de prisonniers remise par le Premier ministre britannique, Jonh Major, à Li Peng lors de sa visite à Pékin en septembre 1991. Les autorités coloniales de Hong Kong ont également lancé des appels en faveur de Liu. Aucune de ses pressions n'a eu d'effet : Liu a accompli ses dix ans, contrairement à d'autres prisonniers graciés pour avoir adopté une "attitude coopérative".

Retour à Hong Kong

Liu Shanging a été fêté comme un héros lors de son retour à Hong Kong, où il continue à faire campagne pour la libération d'autres dissidents chinois emprisonnés, surtout Wang Xizhe (un marxiste révolutionnaire) et Wei Jingsheng (un démocrate libéral). Le 29 décembre 1991, à Hong Kong, 27 organisations et 116 personnes ont signé une déclaration exprimant leur « profonde admiration » pour « ce fervent et indomptable guerrier de la démocratie » et appelant au « renversement de la direction bureaucratique en Chine ».

Ce n'est pas l'ensemble du mouvement démocratique de Hong Kong qui a participé aux protestations contre l'arrestation et l'emprisonnement de Liu ; beaucoup de militants lui étaient hostiles à cause de ses liens avec les trotskystes. De retour à Hong Kong, Liu a déclaré lors d'une conférence

45*3 $100 $200 $150 de presse : « Je suis un marxiste léniniste "Trotskyste" est un terme que nos ennemis utilisent généralement contre nous. Cepen dant, c'est vrai que je partage les idées de Trotsky. »

Zhang Wenguang, membre de la direction de la Fédération patriotique des citoyens en soutien au mouvement démocratique, a exprimé ses regrets, dans le journal Xinbao de Hong Kong. « Après l'écrasement du printemps de Pékin [le mouvement démocratique de 1979, ndlr], des amis m'ont écrit que Liu Shanqing s'était rendu en Chine pour rendre visite à des membres du mouvement démocratique, et qu'il avait été arrêté. A l'époque, cela m'a surpris ; la visite de Liu en Chine semblait risquée et peu opportune. Ensuite, les amis de Liu ont organisé une campagne pour le soutenir. J'ai suivi ces activités de près, mais sans y participer. La campagne continuait année après année, isolée ; n'y participaient que des membres du clergé ou des proches des trotskystes. J'avais déjà organisé un grand nombre de mouvements sur des questions sociales, mais j'étais toujours resté très méfiant envers les campagnes des trotskystes, et je n'avais jamais voulu y participer. En repensant à tout cela, je me dis que j'ai eu tort. Mon attitude était étroitement sectaire. J'étais aveugle car, derrière nos divergences d'opinion, beaucoup de choses nous rapprochaient, comme les sentiments humains, la sincérité, un attachement profond à notre mère patrie, et les désirs de démocratie et de liberté. Le mouvement de 1989 m'a ouvert les yeux (...) ; j'ai compris que, sur la route de la démocratie, nous devions nous unir le

Liu Shanqing, qui a défié la persécution politique, est le plus récent des prisonniers trotskystes en Chine. Son arrestation a eu lieu, jour pour jour, 29 ans après celle de 2 à 300 trotskystes, le 25 décembre 1952, par le nouveau régime de Mao. En 1979, 27 ans après, Zheng Chaoling et onze autres survivants de cette première vague de répression étaient remis en liberté surveillée, avec des idéaux intacts, tout comme Liu Shanging. *

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