Inprecor 1974–2004

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CHINE

Le combat continue

· Inprecor n° 349, 27 mars 1992 · p. 24 · 988 mots

Chine

l'époque, il militait dans un groupe trotskyste de Hong Kong ; aujourd'hui il se

Le combat continue

Liu Shanging a passé dix ans dans les prisons chinoises, condamné pour

« activités contre-révolutionnaires » après s'être rendu de Hong Kong — où il habitait — en Chine pour visiter des familles de prisonniers politiques. A définit lui-même comme un marxiste indépendant et orthodoxe.

Inprecor l'a rencontré lors de son passage à Paris, à l'occasion d'une tournée internationale pour faire connaître la lutte des dissidents chinois.

INPRECOR : On lit souvent dans la grande presse que le gouvernement chinois a réussi à combiner avec succès un système bureaucratique, basé sur la répression avec des réformes de marché (voir l'article de L. Maitan en p. 21) et que le régime serait stable.

Liu SHANQING : Je pense, au contraire, que le gouvernement chinois n'est pas stable ; je ne crois pas qu'il puisse résoudre les problèmes économiques du pays. Le régime n'est pas socialiste et il ne peut guère avoir confiance dans les travailleurs ; il essaye de réintroduire le capitalisme en Chine, qui est tout aussi incapable de résoudre les problèmes de ce pays.

• A ton avis, les événements prendront-ils la même tournure en Chine que dans l'ancienne Union soviétique?

Le stalinisme s'effondre, c'est une tendance internationale. Lorsque le régime chinois s'écroulera, il y aura une longue période de chaos, car il n'y a actuellement aucune alternative révolutionnaire à ce gouvernement. Personne n'aime le chaos, mais il n'y a pas d'autre solution pour sortir de la situation actuelle et cela représentera donc un pas en avant.

Le peuple chinois suit ce qui se passe dans l'ancienne Union soviétique. Après le massacre du 4 juin 1989 [Tiananmen, ndlr], certains gardiens de ma prison, militants de base du Parti communiste, rendaient Gorbatchev responsable de ce qui se passait en

Chine. On discutait tous les jours des événements de juin 1989, en prison — on recevait les journaux.

• Comment les prisonniers politiques que tu as rencontrés en prison jugeaint-ils l'histoire de la Chine de ces 40 dernières années ?

CHINE

En général, ils considéraient que cela avait été une énorme erreur. Ils avaient de grandes illusions sur le capitalisme. Les choses sont différentes en Chine et en l'Europe de l'Est — il n'existe aucun soutien pour le retour à un système impérial, par exemple ; les gens rêvent du modèle américain, même pas de celui de Hong Kong. La foi dans le capitalisme est très répandue, et pas seulement parmi les intellectuels. Evidemment, les travailleurs envisagent la question de façon plus prosaïque.

• Jusqu'où sont allées les réformes capitalistes en Chine?

En ce qui concerne les rapports entre les sociétés, très loin ; mais, dans ces compagnies, il n'y a pas de propriété privée.

• Lors du mouvement démocratique de 1989, l'agitation semblait se limiter aux villes ; les campagnes paraissent indifférentes à tout cela — or, l'attitude des sones rurales est fondamentale car la majorité des soldats sont d'origine paysanne.

Personne ne parvient à mobiliser les paysans et c'est vrai que la plupart des soldats sont issus de la campagne. Mais je pense que si un mouvement est assez fort et dispose d'une bonne direction, l'armée peut se diviser.

• Dans une interview parue dans le

Wall Street Journal, du 11 février

1992, tu as déclaré que tu étais un trotskyste radical en arrivant en prison, et que c'est là que tu es devenu un marxiste orthodoxe.

J'utilise la même méthodologie que Marx dans le Capital pour analyser la réalité. Cela sert à montrer qu'en Chine il ne peut pas y avoir de transition vers le capitalisme à cause du faible niveau de la production.

Marx insistait sur la question du contrôle de la propriété — de ce point de vue, il n'y a pas de classe capitaliste en Chine.

• Les prisonniers politiques discutaient-ils de questions sociales, comme la situation des femmes?

Non, ils ne comprenaient pas ce problème. Le régime stalinien a entraîné des améliorations pour les femmes — elles peuvent travailler et sont plus indépendantes qu'avant. Il y a aussi des femmes dans les mouvements dissidents.

La prochaine étape en Chine, dans un futur proche, sera une étape démocratique. Tout le monde ici pense que le problème n'est pas le stalinisme, mais le socialisme. Les Chinois sont isolés et ne connaissent rien aux problèmes du capitalisme — il veulent un système capitaliste.

• Et Hong Kong?

La plupart des journaux et la télévision m'ont interviewé à mon retour. A Hong Kong, le problème c'est que personne ne parle au nom des travailleurs. La classe ouvrière industrielle est en train de s'effondrer — il y avait une classe ouvrière très qualifiée, il y a dix ans, mais de nombreuses industries ont déménagé en Chine. Ces ouvriers sont garçons de café, par exemple.

Il est facile de se rendre de Hong Kong à Guanxi, au sud de la Chine. A cet endroit, la mobilisation du 4 juin 1989 était très faible — les gens du Sud ont la réputation d'être plus intéressés par les affaires que par la politique. L'expérience politique est plus importante dans le Nord. Pékin est le centre de tout — c'est là qu'a eu lieu le premier mouvement de 1976, avec des manifestations pour Chou-en-Lai et le Mur de la démocratie.

J'ai l'intention d'agir dans le mouvement ouvrier de Hong Kong, et de me présenter comme candidat indépendant de gauche, aux élections de 1995.

• Qu'en est-il de ta tournée ?

Je vais à Londres ou je rencontrerai des députés et des militants démocratiques, des groupes de droits de l'homme, des Chinois exilés, etc. J'ai déjà été à Genève voir la Commission des droits de l'homme des Nations-Unies.

Pour terminer, je voudrais dire que je suis optimiste quant à l'évolution de la Chine ; je suis convaincu qu'il y aura un mouvement de masse très bientôt. *

Propos recueillis par Colin Meade Mars 1992

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