Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

REPUBLIQUE DOMINICAINE

Du plomb dans l'aile

· Inprecor n° 351, 24 avril 1992 · p. 24-26, 26-27 · 3 514 mots

Écologie Économie mondiale

LES RELATIONS entre les deux pays ont été marquées, tout au long du XXe siècle, par la solidarité des oligarchies dans leur lutte contre les aspirations démocratiques des deux peuples. En 1937, le président de la République dominicaine Trujillo, a même pu se permettre d'assassiner des dizaines de milliers d'Haïtiens sans que le président haitien de l'époque, Sténio Vincent, ne lève le petit doigt. Cette collaboration des classes dirigeantes n'a jamais été démentie, même pas lors des huit ans de pouvoir du Parti révolutionnaire démocratique (PRD, social-démocrate) en République dominicaine (1978-1986). Balaguer, ministre puis même président fantoche du régime dictatorial de Trujillo, et la bourgeoisie dominicaine, ont toujours traité comme des alliés et des partenaires la classe dirigeante haitienne et ses hommes de main militaro-macoutes.

Tout a changé, bien sûr, avec l'élection de Jean-Bertrand Aristide. Le président Balaguer a alors déclenché une vaste campagne de déportation des Haïtiens, en dépit des condamnations internationales. Il s'est même permis d'insulter sur un ton ordurier le discours du président Aristide aux Nations-Unies, en défense des droits des Haïtiens en République dominicaine, en le qualifiant de « cochonnerie » (porqueria).

Depuis de nombreuses années, les politiciens porte-parole de l'oligarchie haitienne font l'apologie du modèle de développement dominicain (2). Ils ne manquent pas une occasion de désigner la République dominicaine comme la preuve de la possibilité d'assurer un développement économique capitaliste sur l'autre partie de l'ile, en Haïti.

REPUBLIQUE DOMINICAINE

Base de repli pour de nombreux duvaliéristes, la République dominicaine a joué un rôle essentiel dans la préparation et l'exécution du coup d'Etat du 30 septembre 1991, qui a plongé Haïti dans l'horreur (1). Le sort des deux nations est assurément lié. Le Président Jean-Bertrand Aristide a trouvé une image juste, en parlant de la République dominicaine et d'Haïti : « Les deux ailes d'un même oiseau. »

En République dominicaine, le Président Balaguer n'a cessé d'accuser les Haitiens de tous les maux. Il craint que l'exemple donné par le gouvernement d'Aristide ne contamine le peuple dominicain. Mais, de son côté, la bourgeoisie haitienne présente la République dominicaine comme l'exemple à suivre.

Qu'en est-il réellement de ce "modèle" ?

Andy BROCK

Dans leur campagne, ils sont appuyés par les diplomates des Etats-Unis, très friands de ce

"modèle de démocratie". Bref, une digue idéologique construite face à lavalas. Il n'est pas inutile de dresser, même à grands traits, ce que cache ce "modèle de développement"

et de "démocratie". De ce côté-là aussi, notre oiseau a du plomb dans l'aile.

L'argument semble reposer sur le sens commun. La République dominicaine connaît des indices économiques supérieurs à ceux d'Haïti : au cours de la dernière décennie, la production par habitant a baissé en Haïti de 2,9 % par an, contre seulement

0,6 % en République dominicaine (3). A

Haïti, la production intérieure brute (PIB)

par habitant se situait à 324 dollars, en 1990, contre 716 en République dominicaine. De même, les indicateurs de développement social sont plus élevés en République dominicaine.

Cette différence de développement est un fait que l'histoire économique, sociale et politique des deux nations permet de comprendre. Mais elle ne justifie pas de prendre la

République dominicaine pour modèle, à moins de confondre niveau de développement et niveau des tiroirs-caisses du Bord de mer

(sociétés d'import-export de Port- au-Prince). C'est pourtant ce que font de "distingués économistes" et le tout Pétion-ville (la banlieue résidentielle de Port-au-Prince) qui, de retour de goguette à Santo Domingo, emplissent les salons d'exclamations d'admiration du type : « La République dominicaine se couvre de ciment, de zones franches et d'hôtels, tandis qu'en Haïti, il n'y a plus rien à faire », (entendez "affaires"). En fait, le développement économique de la République dominicaine est un décor de papier mâché. Premièrement, la République dominicaine vient de mettre un terme à une décennie de vie artificielle, obtenue grâce au crédit. L'heure n'est plus à flamber, mais à payer les dettes.

Après sa réélection en 1990, le gouvernement dominicain s'est rendu aux arguments du Fonds monétaire international (FMI). Il a dû freiner la planche à billets, qui n'a cessé de tourner depuis 1986, et qui a conduit à une inflation de plus de 100 % en 1990. Il doit aussi payer l'ardoise extérieure et se tenir éloigné de la pompe à crédit, qui a porté l'endettement extérieur à près de 4, 5 milliards de dollars.

La course au désastre

Mais, privée de ces deux stupéfiants — l'inflation et l'endettement extérieur — l'économie dominicaine est tout de suite devenue livide. Entre 1990 et 1991, sa production a subi un très important recul (de 7 % à 9 % selon les estimations). Le PIB par habitant est tombé en 1991 à son plus bas niveau depuis 1974 : calculé aux prix de 1974, il s'élevait à 438 pesos contre 476 en 1974.

Les perspectives de développement d'un pays ne se lisent pas dans quelques indicateurs économiques, à peine plus utiles qu'une boule de cristal. L'examen de la situation et des structures économiques, sociales et politiques est indispensable. De ce point de vue, le "modèle" dominicain est bien la recette de la course au désastre.

1) Voir Inprecor n° 338, 339 et 342 des 11 octobre, 25 octobre et 6 décembre 1991.

2) Voir Inprecor n° 319 du 23 novembre 1990

3) Progreso Economico y Social en America Latina, BID, Washington, 1991.

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Les seuls secteurs d'activité en expansion en République dominicaine sont les industries des zones franches, puis le tourisme et l'agrobusiness dans une moindre mesure. Or le point commun ces trois secteurs est de reposer sur une main-d'œuvre bon marché, peu ou pas qualifiée. Voilà pourquoi les autorités dominicaines vendent le pays aux investisseurs privés avec un siogan choc — « La main-d'œuvre la moins chère des Caraïbes » —, mais se soucient fort peu de sa qualification. Or, le niveau de consommation d'une communauté dépend, en large partie, de la productivité du travail humain, liée elle-même à l'investissement en moyens de production et à la qualification des ressources humaines. De ce point MEXIQUE de vue, il est aisé de constater que le "modèle" dominicain Mexico tourne le dos au développement. Désastre écologique

La lecture des statistiques du FMI illustre bien les choix de ce modèle : en 1987, la République dominicaine a consacré respectivement 1, 5 et 1,4 % de son PIB aux dépenses d'éducation et de santé, chiffres que l'on comparera à 4,3 et 1,8 % en moyenne pour l'Amérique latine, ou 5 et 5,4 % pour les pays industrialisés. En ajoutant à la santé et à l'éducation les autres dépenses sociales, les chiffres du FMI indiquent les parts suivantes des dépenses sociales du budget de l'Etat dans le PIB : 4,9 % pour la République dominicaine, contre 13,1 en moyenne pour l'Amérique latine et 17,1 pour les pays industrialisés (4). La cause est encore mieux instruite par les chiffres en valeur absolue : le budget de l'éducation est passé, en République dominicaine, de 19 pesos par habitant en 1988, à 15 pesos en 1989, puis 11 en 1990, celui de la santé de 7 en 1988 à 4 en 1990 (valeur constante de 1980). Le président Balaguer, comme son ancien patron Trujillo, préfère les constructions de prestige, dont il imagine qu'elles lui assureront une place de choix dans les manuels d'histoire pendant des siècles. Ainsi, la construction du phare de Colomb a coûté plus de 10 millions de dollars — se trompant de quelques millénaires, il pense sans doute qu'il s'agit là de la future pyramide des Amériques.

Au tournant du prochain siècle, que restera-t-il du secteur d'assemblage, face à la concurrence de plus en plus de pays, et face aux progrès de l'automatisation, qui tend à remplacer le travail humain peu qualifié ? Que restera-t-il du tourisme et de son personnel sans qualification particulière, dans un pays dont la qualité de l'environnement est en chute libre et où la délinquance croît au rythme d'une décomposition sociale accélérée ? Que restera-t-il, enfin, de l'agrobusiness sur des terres souvent appauvries par un usage intensif, et face à la destruction de l'environnement, à la raréfaction de l'eau liée à la déforestation et face surtout, à nouveau, au choix délibéré d'exploitation de main-d'œuvre peu qualifiée ?

Aucune autorité ne se préoccupe sérieusement du désastre écologique, pourtant très avancé, de la "poubelle" des Etats-Unis. Une ÉTATS-UNIS -OCÉAN

-ATLANTIQUE • D- IBAHAMA Ao Nassau -la Havane -CUBA MINICAI UBLIQ -Port-au-Prince 3o GUATEMAI /Belmopan-JAMAIQLE HAITI St-Domingue

HONDURAS Guatemala - EL SALVADOR - Tegucigalpa-

-Managua 9 NICARAGUA

COSTA-RICA Le - Panama Caracas

San Jose: -OCE A N-

- PANAMA PACIFIQUE Bogota

COLOMBIE 1000 ÉQUATEUR -

- Quito o. déclaration conjointe des organisations de défense de l'environnement a signalé, en janvier 1992, qu'au cours de l'année 1991, sept bateaux en provenance de New York et du New Jersey avaient déversé des déchets industriels en République dominicaine. Dans son discours du 27 février 1992, fête nationale de la République dominicaine, le président qualifiait les préoccupations écologiques de « fausses alarmes ».

Pouvoir d'achat :

vingt ans de déclin

Que restera-t-il enfin de l'espoir d'attirer durablement des capitaux dans un pays dont la crise sociale risque de produire des luttes politiques et des changements politiques ? Le Wall Street Journal, quotidien autorisé des intérêts capitalistes, rendait compte, en août 1991, de ce risque politique élevé en publiant un palmarès du risque des

Dans le classement établi par la branche américaine de la société de conseil International Business Communications (Londres), la République dominicaine arrive, en effet, au 80e rang, entre la Papouasie-Nouvelle Guinée et le Congo, dans la catégorie des pays à haut risque pour les affaires. On comprend dans ces conditions que les investissements ne dépassent que rarement des projets à rentabilité immédiate.

REPUBLIQUE DOMINICAINE

A l'absence de perspectives à moyen et long terme, s'ajoute une autre dimension du "développement" de la République dominicaine : une "démocratie" de pacotille et un régime politique particulièrement corrompu et autoritaire.

Une étude du Centre de recherches économiques, CIECA, révèle qu'en 1989, 57 % des Dominicains vivaient en situation de pauvreté et 30 % en situation d'indigence, contre respectivement 47 et 16 % en 1984, date des premières mesures d'ajustement recommandées par le FMI. Les données publiées par l'Institut des études dominicaines (IED) sont encore plus accablantes. En 1969, le salaire minimum le plus élevé, c'est-à-dire celui applicable légalement dans les grandes entreprises, se situait à 60 pesos par mois, soit deux tiers du salaire dit de subsistance de l'époque (87,62 pesos). En 1991, le salaire minimum applicable aux mêmes entreprises ne représentait plus, en prenant comme référence l'indice offiVENEZUELA ciel d'inflation, que 29 pesos de Georg 1969, soit seulement un tiers du salaire dit de subsistance (3 350 pesos). BRÉSIL

Catastrophe sanitaire

La Banque centrale, qui avait calculé, en 1977, que 23 % des foyers de la République dominicaine vivaient dans une extrême pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 95 pesos par mois (95 dollars au cours de 1977), a estimé qu'en 1989 la part de cette population est passée à 53 %, soit 3 876 000 personnes. Cette évolution suffirait à illustrer le cynisme des partisans en Haïti d'un développement dont la République dominicaine montrerait la voie. Il faut noter que tous les économistes reconnaissent qu'il est impossible pour une famille de six personnes de vivre décemment avec un salaire inférieur à 5 000 pesos et que le taux officiel de chômage atteint 30%.

La situation sanitaire tend aussi à se dégrader. Le docteur Mirtha Rose-Periago, représentante de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en République dominicaine, déclarait, le 6 février 1992, que ce pays est un de ceux du continent américain où la dénutrition avance le plus. De fait, une enquête de la Fondation des services de nutrition (SENUTRI) révèle des taux de dénutrition alarmants et croissants : en 1991, 89 % de la population souffre de dénutrition d'après les normes internationales (2 390 calories et 59 grammes de protéines par

4) Government Finance Statistics Yearbook, Washington, 1990.

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dications des employés du secteur public, il soutenait, il y a quelques années, que leurs salaires n'avaient pas besoin d'être aussi élevés que ceux du secteur privé, puisqu'ils disposaient de moyens pour extorquer de l'argent aux administrés. Résultat : la corruption se généralise sous la bénédiction de la plus haute autorité de l'Etat. Dans son discours à la nation le 27 février 1992, Balaguer a même proposé une nouvelle théorie : « On dit que notre pays vit immergé dans un chaos ou un désordre, ou ce que l'on qualifie comme désordre, mais on oublie que ce désordre et ce chaos sont le résultat obligatoire de la démocratie. L'histoire de notre pays nous en offre la preuve. La corruption naît en général avec l'abondance et le progrès. » Cette déclaration insensée a provoqué des protestations de nombreux secteurs, y compris celle d'un ancien gouverneur de la Banque centrale, Miguel Guerrero, qui a déclaré : « La corruption est le reflet de la décomposition éthique des institutions et de l'absence de mécanismes efficaces et exemplaires pour punir les délits d'hier et d'aujourd'hui. » Insuffisant, mais pas faux. Une nation de "boat-people"

Conséquence logique d'une telle situation économique et sociale, la population émigre vers les villes ou à l'étranger pour fuir les campagnes privées des services élémentaires, l'accaparement des meilleures terres par l'agrobusiness et la baisse des salaires réels. Cette migration explique la croissance incontrôlée de la capitale, dont la population est passée de 30 000 habitants en 1920, à plus de 2 millions en 1992. D'où l'extension régulière des bidonvilles. Elle s'est accentuée depuis le retour au pouvoir de Balaguer, en 1986, du fait de la désarticulation de zones entières à des fins d'urbanisme de prestige et de la destruction de quartiers traditionnellement opposés au pouvoir — 20 000 familles ont ainsi été délogées de force, alors que 10 000 seulement sont relo-

L'émigration prend aussi de plus en plus le chemin de l'étranger, essentiellement celui des Etats-Unis, à cause des conditions de vie de plus en plus difficiles dans les villes. Phénomène extrêmement significatif : l'écrasante majorité des Dominicains, aussi bien dans les couches populaires que dans les professions libérales, est candidate à l'émigration. Même dans les moments où la spéculation crée des pénuries de biens aussi essentiels que le sucre, les pâtes ou la farine, les queues n'atteignent pas la longueur de celle qui se tient tous les jours devant le consulat des Etats-Unis. Mais rares sont ceux qui obtiennent le visa tant rêvé, d'où un afflux de boat-people dominicains le long des côtes de Floride et surtout de Puerto

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jour), d'où la progression de beaucoup de maladies, notamment la tuberculose (qui affecte 300 000 personnes dans la seule capitale, selon le docteur William Jana), la fièvre typhoïde, la pneumonie et la dysenterie. Les médecins constatent également les dégâts croissants, physiques et mentaux, de la malnutrition infantile. Selon les dernières statistiques comparatives de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), le taux de mortalité infantile est passé, en République dominicaine, de 29,7 en 1980, à 56,6 pour 1 000 en 1985, alors qu'il n'était que de 24,3 pour 1 000 sur l'ensemble de l'Amérique latine. Le taux de mortalité maternelle est passé de 7,2 à 9,4 pour 1 000. Plus de 45 000 cas de SIDA sont déjà enregistrés. Le nombre d'enfants ayant contracté la rubéole, faute de vaccination, ne cesse de croître (692 en 1988, 1 505 en 1989, 1 706 en 1990, 7 380 en 1991).

Le docteur Fabio Cabrera Polanco, directeur du service d'épidémiologie du ministère de la Santé, déclarait, le 10 mai 1991, en parlant du choléra : « Nous avons des tonnes d'ordures dans les rues, des tonnes de mouches, des tonnes de rongeurs et un niveau d'éducation sanitaire très bas. Ce qui veut dire que les possibilités qu'il [le choléra] devienne une maladie endémique sont très élevées... Je dirais même idéales pour qu'il s'installe et se propage dans tout le pays. C'est un danger que nous ne pouvons pas contrôler. Comment allons-nous contrôler tous les endroits où atterrissent ces avionnettes pleines de coca ? Notre foi réside en Dieu. » Cynique ou candide ? En tout cas, irresponsable.

Corruption généralisée

La corruption généralisée est désormais reconnue par tous les secteurs de la société dominicaine, y compris l'Eglise catholique, pourtant aussi fidèle alliée de Balaguer qu'elle le fut de Trujillo. C'est ainsi que l'évêque de Higuey reconnaissait, le 7 mars 1992, que les organisateurs de voyages des boat-people bénéficiaient de la complicité des militaires. Balaguer n'a jamais pris de mesures sérieuses contre la corruption administrative. Bien au contraire, face aux reven-

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Rico — peut-être aussi nombreux que les boat-people d'origine haïtienne. Le chiffre des rapatriés de force vers la République dominicaine atteint certaines semaines plusieurs centaines, celui des morts engloutis dans les flots souvent plusieurs dizaines. Il ne se passe pas une semaine sans qu'une nouvelle tragédie ne fasse la "une" des journaux. Le 5 février 1992, 17 personnes qui s'étaient introduites dans un container dans la zone franche de Santiago ont été découvertes juste avant l'embarquement dans un état de déshydratation avancée.

Criminalité ereissante

Le drame des boat-people dominicains, bien que moins présent dans la presse internationale que celui des boat-people haïtiens, est tout à fait du même ordre et très révélateur du désespoir dans lequel vivent la majorité des familles. Le directeur de la Protection civile estime que

110 000 Dominicains avaient tenté de gagner Puerto Rico et les Etats-Unis clandestinement depuis 1980 avec la complicité de fonctionnaires et d'élus.

Environ 11 000 auraient péri pendant la traversée, soit 10 %, tandis que 30 % auraient effectivement atteint leur objectif.

D'après le Centre des services religieux de

Puerto Rico, environ 175 000 clandestins dominicains résident dans ce pays, travaillant pour la plupart dans la culture du café, des agrumes et de la banane, dans des conditions de "semi-esclavage"

Autre conséquence de cette destructi du tissu social du pays, la criminalité al mente à une vitesse alarmante. A moy

QUATRIE

İNTERNATi

PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSEZ • VOU

ECOLOGIE : PROBLEMES HISTORIQUES ET THÉORIQUES

CAPITALISME D'ETAT : UN DÉBAT QUI CONTINUE terme, cette situation menace même le développement touristique du pays rendait compte un article de l'édition américaine de Vogue en janvier 1992. La presse dominicaine elle-même étale tous les jours une criminalité de plus en plus violente : en une seule semaine, en février 1992, elle relatait l'assassinat d'un commerçant français (2 février), d'un expert coopérant japonais dont la femme a été, elle aussi, gravement blessée à l'arme blanche (3 février), du fils de l'ex-ambassadeur du Pérou, dont la femme a été également blessée par balle (3 février), d'une touriste suédoise (5 février) et d'une touriste allemande (8 février). Bien que les statistiques de la police n'aient sans doute qu'un rapport éloigné avec la réalité de la délinquance, dont elle est devenue elle-même un des acteurs principaux, il est intéressant de noter que cette institution annonce M QUATRIEME INTERNATIONALE NALI

N° 44 Mai/Juillet 1992 - 50 F

Numéro spécial écologie Encore sur marxisme et écologie

Tiziano Bagarolo Catégories économiques et écologie

Maria Turchetto

Biologie et débat écologique

Marcello Buiatti Deléage : une contribution magistrale à l'histoire de l'écologie

Tiziano Bagarolo

Débat : Capitalisme d'Etat

Chris Harman et Ernest Mandel

- comme en un an.

REPUBLIQUE DOMINICAINE que le nombre des délits est passé de

125 000 à 192 000 entre 1990 et 1991, soit une augmentation sans précédent de 53 % en

Une dictature de fait

Une telle "démocratie" ne peut-être imposée que par la force. Balaguer, auquel les troupes américaines ont remis le pouvoir après un simulacre d'élection en 1966, a organisé une chasse violente contre l'opposition de gauche pendant douze ans, procédant à l'élimination physique de ses principaux dirigeants. De retour au pouvoir, en 1986, après un intermède social-démocrate, il dispose de nombreux corps répressifs, entraînés et bien équipés, réprimant immédiatement toute tentative d'extension des luttes populaires.

Celles-ci se sont soldées à chaque fois par des morts, des blessés et des centaines ou des milliers

Balaguer bénéficie en plus d'une Constitution présidentielle, taillée sur mesure, qu'il n'hésite pas à violer au besoin, pour que le pouvoir exécutif ait une prééminence totale sur les pouvoirs législatif et judiciaire. Le système électoral autorise manipulations et fraudes. C'est ainsi que, d'après le président du Conseil électoral,

460 000 personnes, décédées depuis 1970, figurent encore sur les listes électorales.

Deux chiffres résument parfaitement le mode d'exercice du pouvoir en République dominicaine : 15 % de l'électorat a suffi pour mettre au pouvoir un président qui a disposé, en 1991, de 60 % du budget de la nation (6 milliards de pesos sur 10 milliards), qu'il dépense comme bon lui semble, en dehors de tout contrôle parlementaire. Par contre, la santé et l'éducation n'ont bénéficié que de 5 % du budget, et l'agriculture de

15 mars 1992

Erratum

Dans le dernier numéro d'Inprecor, nous avons commis une erreur dans l'interview en page 12, en inversant non seulement le nom et le prénom de notre interlocuteur, mais en écorchant aussi son prénom.

Il s'agit en réalité de

Muhamedim KULLASHI.

Mille excuses à l'intéressé.

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