ils freinent et retiennent la gauche tout entière. Dans une telle situation, nous voulons engager une bataille politique ouverte dans le mouvement syndical et pas seulement au sein des confédérations. Cela ne signifie pas que nous soyons pour la formation d'un nouveau syndicat. Nous allons mener une bataille dans les structures actuelles, en lien avec ce qui existe déjà au niveau des entreprises, et proposer des initiatives.
• Comment analyser le succès remporté par la Ligue lombarde ?
La Ligue exprime incontestablement une contestation sociale qui n'a pas trouvé de débouché dans une opposition unie de gauche. C'est sur ce terrain qu'il faut intervenir immédiatement, en relançant cette perspective. Mais, il y a aussi un autre aspect. Les Ligues reflètent les tendances réactionnaires de certaines couches de la classe moyenne dans les régions les plus riches du pays. Cela peut effectivement représenter une menace majeure pour la démocratie.
• Vous avez axé votre campagne électorale autour de l'image de la continuité. Est-ce que l'ambition de renouvellement, de refondation n'a pas été mise de côté ?
Pas du tout. Nous nous efforçons d'établir un lien avec la tradition communiste, tant au niveau des idées qu'en ce qui concerne les luttes politiques et sociales. Pendant la campagne électorale, nous avons été amenés à accentuer cette idée, y compris parce que, paradoxalement, le PDS s'est placé lui aussi sur ce terrain.
Cette attitude du PDS représente un succès pour nous, car elle confirme que nous avions raison de défendre l'identité communiste. Mais, nous sommes aussi autre chose. Nous provenons d'expériences critiques différentes, à l'intérieur et à l'extérieur de l'ancien PCI.
Voilà ce qui est le plus important pour moi, et que nous devons traduire dans des initiatives concrètes d'élaboration politique et culturelle. Si on veut développer cela, il faut avoir une approche radicale face aux questions sociales. Déjà, au milieu des années 60, le PCI avait renoncé à une telle approche ; elle est réapparue, partiellement, entre 1968 et 1970, et plus tard, avec Berlinguer, en 1984 (à l'occasion de la lutte pour la défense de l'échelle mobile). Il s'agit là d'une tâche essentielle. *
Il Manifesto, 9 avril 1992
Le PRC dans
la bataille
Nous publions une interview de Livio Maitan, membre du comité politique national du Parti de la refondation communiste (PRC). INPRECOR : Beaucoup de commentateurs parlent de "tremblement de terre" pour qualifier les élections du 5 avril. Qu'en penses-tu ?
Livio MAITAN : Effectivement, il s'agit d'un événement majeur qui a surpris beaucoup de monde. Il faut surtout souligner le recul spectaculaire de la Démocratie-Chrétienne (DC). Ce parti a joué un rôle hégémonique pendant près d'un demi-siècle et maintenant il n'a que 30 % des voix. Cela pose des problèmes non seulement à la "classe politique" italienne, mais aussi aux différentes couches de la bourgeoisie, à l'Eglise catholique, à certaines directions syndicales et, bien sûr, aux alliés de l'Italie dans l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et dans la Communauté économique européenne (CEE).
• Quelles sont les causes de l'échec de la DC ?
Elle a déjà connu d'autres crises — il est vrai, moins graves que celle-ci —, au cours des années 70 et au début des années 80, qui ont provoqué des déchirements en son sein et une baisse de son influence électorale. Dans le contexte international de l'époque, et étant donné que le PCI n'était pas encore considéré comme un partenaire fiable, la bourgeoisie italienne avait continué à soutenir la DC comme un élément essentiel de stabilité et de fonctionnement du système. Aujourd'hui, beaucoup de choses ont changé. Même si la DC conserve une majorité relative, des représentants du patronat n'ont pas caché leur mécontentement, en critiquant de plus en plus ouvertement et durement le gouvernement Andreotti et le système des partis, incapables, selon eux, de résoudre les problèmes économiques et financiers du pays et qui risquent donc de compromettre l'entrée de l'Italie dans l'Europe de Maastricht. Certains secteurs patronaux ont soutenu d'autres partis tel le Parti républicain italien (PRI), qui, après avoir participé longtemps au gouvernement, était passé dans l'opposition. De petits ou moyens entrepreneurs n'ont, y compris, pas hésité à soutenir la Ligue lombarde.
• Y a-t-il, au niveau du gouvernement, des ouvertures en direction du
PDS?
Tout à fait. Outre le Parti socialiste italien (PSI), la DC s'est déclarée favorable à un élargissement du gouvernement dès l'annonce des résultats. Il est possible qu'il s'agisse d'opérations purement tactiques, en attendant le bon moment pour revenir à un "gouvernement à quatre", qui reste tout à fait possible compte tenu des résultats en sièges au Parlement. Il n'y a en tout cas plus de refus catégorique à la collaboration d'Occhetto et de son parti au gouvernement — à l'occasion de la visite du président Cossiga aux Etats-Unis, Bush lui-même a donné le feu vert dans ce sens.
• Que penses-tu des résultats obtenus par le PDS et de son orientation actuelle?
Le PDS affirme que toute comparaison avec les résultats de l'ancien Parti commu-
niste italien (PCI) est arbitraire puisqu'il s'agit d'un nouveau parti, et que le recul par rapport à ses anciens résultats est tout à fait relatif, si l'on prend en compte ceux des régionales de 1990. Ce deuxième argument n'est pas dépourvu de fondement. Toutefois, le projet d'Occhetto, en novembre 1989, était d'élargir l'influence de l'ancien PCI, en gagnant notamment ce qu'on appelait à l'époque "la gauche souterraine". De ce point de vue, l'échec est patent.
Le PDS réalise ses meilleurs scores dans les régions où l'ancien PCI était particulièrement fort depuis la fin de la guerre. Mais sa marge de manœuvre est relativement étroite. Il serait extrêmement risqué pour lui de participer au gouvernement ou même de soutenir une nouvelle coalition, alors que des mesures d'austérité vont être prises et que la concurrence du Parti de la refondation communiste (PRC) est beaucoup plus forte que prévu.
• Quels ont été les scores du PRC ?
Nous pouvons en être satisfaits, surtout si on tient compte du contexte international et national, qui n'est pas très favorable au développement d'un parti qui se veut anticapitaliste et communiste. Le pourcentage des voix du PRC est plus élevé dans certaines régions importantes du centre du pays (entre 6,7 et 10,1 %) et dans certaines grandes villes, dont Gênes (7,7%), Turin (7,3%), Florence (7,5 %) et Livourne (11,1 %).
Le parti dispose d'une influence populaire certaine et d'un poids non négligeable dans des couches ouvrières.
• Quelle est l'orientation du PRC après les élections ?
Des décisions doivent être prises lors de la prochaine réunion du comité politique national. Je pense qu'il est juste de mettre l'accent sur les revendications économiques et sociales des travailleurs et, en premier lieu, sur la défense intransigeante de l'échelle mobile. D'autre part, nous devons nous battre contre toute réforme électorale réactionnaire et contre la restriction des droits démocratiques.
Mais, nous ne pouvons pas seulement avoir une approche purement défensive ce serait une erreur, à mon sens, de centrer toute notre orientation sur la défense de la Constitution de 1948, rejetée par de très larges couches populaires, il ne faut pas apparaître comme une force accrochée au statu quo et faciliter ainsi les mystifications populistes de la droite et de l'extrême droite qui prétendent se présenter comme des forces nouvelles. Le mouvement ouvrier a toujours payé un prix très élevé lorsqu'il est tombé dans de tels pièges, par exemple, au début des années 30 en Allemagne ou, en 1958, en France, face au gaullisme.
Le principal problème aujourd'hui pour le PRC est celui de la jeunesse, secteur extrêmement faible de notre organisation. Les élections l'ont confirmé : nous n'avons eu qu'environ 40 000 voix de plus pour la Chambre des députés par rapport au Sénat, alors qu'il y a presque 4 millions de nouveaux électeurs (1).
Deuxièmement, il faut transformer l'influence populaire et ouvrière du PRC en un enracinement structuré, pesant sur l'activité quotidienne du parti à tous les niveaux. Mais, il est tout aussi urgent de surmonter un fonctionnement interne précaire et de déterminer de véritables conceptions organisationnelles, pour être, en même temps, plus efficaces et plus démocratiques. *
Propos recueillis par Claudio Giuliani, 10 avril 1992
1) Il faut avoir 25 ans pour participer à l'élection du Sénat et 18 ans pour participer à celle de la Chambre des députés.