Inprecor 1974–2004

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ITALIE

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· Inprecor n° 351, 24 avril 1992 · p. 9 · 1 011 mots

Italie Syndicalisme

Quelle est, par contre, la nature des Ligues, et notamment de la plus forte, la Ligue lombarde ?

Il ne s'agit pas d'un mouvement avec des traits typiquement fascistes, ni même semblable au Front national de Jean-Marie Le Pen. Sa nature plébéienne et populiste a des relents réactionnaires et xénophobes très précis. C'est une force qui agit et qui va agir de plus en plus ouvertement contre le mouvement ouvrier. Son centre de gravité sociale réside dans des couches de petits et moyens entrepreneurs et commerçants. Au-delà du discours sur le fédéralisme ou sur la création d'une "République du Nord", ces secteurs visent, dans leur conflit contre « Rome qui bouffe », la défense de leurs privilèges économiques entamés par la crise, et veulent un nouveau partage du gâteau. Ils n'ont pas le courage de chercher à l'obtenir au détriment des grands patrons. Les Ligues proposent de contrôler l'allocation des ressources de l'Etat, la répartition géographique du fardeau fiscal, les solutions au déficit budgétaire.

Dans une négociation éventuelle avec la DC, la Ligue lombarde ne mettra pas les problèmes institutionnels au centre, qui ont une fonction de couverture, mais plutôt le partage du "butin", la répartition des coûts de l'unification européenne et de l'assainissement du budget de l'Etat. La dynamique future de la Ligue — soit son intégration dans le système politique en tant que force modérée, soit son évolution dans un sens carrément réactionnaire-fascisant - n'est pas jouée d'avance : tout dépendra de l'évolution de la situation économique et sociale et des affrontements politiques.

Le problème le plus sérieux pour la gauche, et notamment pour le Parti de la refondation communiste (PRC) (1), est que la Ligue a réussi à exercer son influence y compris parmi certaines couches de travailleurs. Donc, c'est aussi pour arracher ces secteurs aux dirigeants de la Ligue lombarde, et à son chef Umberto Bossi, qu'il faut relancer la construction d'un mouvement de masse.

Les jeux ne sont pas encore faits : mais il faut réussir à regrouper les forces de résistance sociale et d'opposition politique, et à gagner toutes les composantes potentielles du front anticapitaliste au combat du mouvement ouvrier. Tout ce qui bouge encore dans la société italienne, et qui se reflète aussi dans le succès électoral du PRC, indique que des forces susceptibles de contrecarrer les tendances actuelles existent toujours. *

12 avril 1992

1) Voir Inprecor n° 332 et 334 du 7 juin et 5 juillet 1991.

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Nous publions de larges extraits

d'une interview de Sergio Garavini, secrétaire national du Parti de la refondation communiste (PRC), publiée dans Il Manifesto du 9 avril 1992. Il revient sur les réformes du système électoral que le pouvoir veut appliquer et sur les résultats de la gauche italienne aux élections.

IL MANIFESTO : Quel scénario prévois-tu pour l'avenir proche ?

Sergio GARAVINI : Les quatre partis du gouvernement sortant cherchent à élargir la majorité vers le Parti démocratique de la gauche (PDS). La réponse de la direction du PDS, pour le moment, n'est pas très convaincante : elle est prête à accepter, à condition qu'un nouveau gouvernement soit formé. La tactique [de la coalition gouvernementale, ndlr] est d'adopter, d'un côté, des expressions très générales qui pourraient satisfaire tout le monde ; de l'autre, de tenter de former un bloc de tous les vaincus de ces élections, pour préparer une nouvelle loi électorale. C'est une escroquerie. Cette réforme électorale, basée sur un système uninominal ou sur un scrutin majoritaire, viserait à marginaliser les petits partis qui ont permis l'expression de la vague de protestation.

• Vous êtes contre toute réforme électorale ?

Les questions sociales continuent d'être ignorées. L'entrée dans la Communauté économique européenne (CEE) est présentée comme une fatalité imposée à la société italienne. L'Italie n'a aucune autonomie en matière de politique internationale, malgré les dangers de guerre qui existent aux bords de la Méditerranée. En revanche, le gouvernement projette de modifier la loi électorale dans le but de se renforcer. C'est un tournant autoritaire qui se profile dont une partie de la gauche se ferait complice ; cela aurait un coût social très élevé et constituerait un risque pour la sécurité du pays.

• Quelle serait votre position dans l'hypothèse d'une "unité socialiste"

avec Craxi sur des positions très différentes de celles du passé, voire avec un Parti socialiste italien (PSI)

sans Craxi?

Je ne crois pas que la tendance réelle aille dans le sens d'une alternance de gauche, alors que c'est une contestation de droite qui s'est exprimée [aux élections, ndlr]. L'idée est plutôt de constituer un centre politique avec un gouvernement et une majorité allant de la Démocratie-Chrétienne (DC) au PDS et de faire adopter une réforme électorale qui assure le contrôle du pouvoir à la DC. Certes, s'il existait un front unitaire de gauche, allant, paradoxalement, du PRC au PSI, le rapprochement entre le PSI et le PDS aurait alors une portée intéressante — mais, il me semble que l'impact d'un tel rapprochement est très différent aujourd'hui.

• Vous parlez d'une gauche unie dans l'opposition. Pourtant, toute l'opposition semble, pour l'instant, sur la défensive...

A la fin du congrès de notre parti, j'ai appelé à une "contre-attaque de la gauche", une contre-offensive démocratique. J'ai utilisé ce terme parce que nous ne pouvons pas rester sur la défensive, même s'il est essentiel aujourd'hui de défendre les acquis. Nous sommes contre le blocage de l'échelle mobile et contre l'adaptation des salaires au cadre contraignant du taux d'inflation programmé. Etant donné que les syndicats ne le font pas, nous allons avancer une proposition de réorganisation des salaires, qui prenne en compte la défense de l'échelle mobile et donne une autonomie contractuelle que les travailleurs doivent reconquérir.

• Penses-tu qu'une opposition sociale, telle que tu la présentes, puisse être menée par les syndicats ?

La perte d'influence des syndicats est l'un des éléments qui profite politiquement à la droite — bien que ce ne soit pas le seul. Les syndicats sont, aujourd'hui, d'énormes structures bureaucratisées qui trouvent leur légitimité dans les rapports qu'ils entretiennent avec les institutions et le patronat. Bref,

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