Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

Grève générale rampante ?

· Inprecor n° 352, 8 mai 1992 · p. 8 · 937 mots

Syndicalisme État espagnol Italie

dans le but de contrôler les travailleurs les plus combatifs. D'après le témoignage de certains anciens dirigeants de l'entreprise, au cours d'un récent procès, cet organisme suivait les militants jour et nuit, écoutait leurs appels téléphoniques, organisait des accidents de la route et surtout construisait les "preuves" qui permettraient leur licenciement. Tout cela a commencé en 1987, avec l'appui de certains secteurs de l'appareil d'Etat (les carabiniers et la magistrature). Puisque les syndicats avaient désormais accepté le principe des licenciements politiques, les travailleurs se sont organisés pour lutter contre ces pratiques sur le terrain légal et avec le soutien d'initiatives de solidarité

Le conflit est très dur et la direction de la Fiat s'acharne dans sa tentative de "normaliser" Alfa Romeo, comme le prouve le fait que certains travailleurs ont déjà été licenciés et réintégrés - par décision du tribunal - sept fois de suite. Les travailleurs licenciés se présentent aux portes de l'usine, essayent d'entrer, organisent des assemblées et parfois des grèves.

Après plusieurs années d'opposition à l'intérieur du syndicat, ce noyau ouvrier a créé le COBAS d'Alfa Romeo, qui a été élu par 2 000 travailleurs ; il est parvenu à faire reconnaître sa représentativité syndicale et dispose de ses propres locaux au sein de l'usine. Il s'agit d'un organisme qui développe une activité nettement opposée à celle des centrales syndicales nationales (CGIL, Confédération italienne des syndicats libres, Union italienne du travail). Il a été capable, à plusieurs reprises, d'organiser des grèves de toute l'usine pour des revendications salariales, contre le chômage et contre les licenciements politiques.

Une syndicaliste élue

Pendant les derniers mois, les délégués du COBAS d'Alfa Romeo, dont la majorité est issue de l'extrême gauche, se sont rassemblés avec d'anciens militants du PCI pour constituer la section d'usine du Parti de la refondation communiste (PRC). Une militante du COBAS — ouvrière licenciée pour des raisons politiques — était candidate sur la liste du Parti de la refondation communiste (PRC) pour la circonscription de Milan lors des élections politiques d'avril 1992. Elle a été élue député au Parlement grâce au soutien des travailleurs d'Alfa Romeo et des autres usines de Milan, en dépit du fait qu'elle n'a pas été placée en tête de liste par le PRC. Ce succès constituera un nouvel obstacle pour les projets de la direction de la Fiat et un signal politique pour la reconstruction d'une opposition face à l'offensive des patrons dans l'ensemble du pays. *

Milan, 25 avril 1992

Grève générale

rampante ?

Les manifestations du Premier Mai ont été, dans l'Etat espagnol, l'occasion d'exprimer le rejet des projets gouvernementaux de réduction des allocations chômage. En effet, le climat social est tendu (voir Inprecor n° 348 du 13 mars 1992) ; le 28 mai, les deux principales centrales syndicales appellent à quatre heures de grève générale.

LE PLAN de convergence présenté par le ministre de l'Economie, Carlos Solchaga, et adopté par le gouvernement espagnol, prenant prétexte de la signature du traité de Maastricht, vise la réduction des dépenses sociales afin de réduire le déficit public, en privatisant certaines prestations (santé, enseignement, transport), et quelques entreprises de l'Etat.

Si on ignore encore les détails de ce plan, on sait, par des déclarations officielles, qu'il part du principe qu'aucun accord n'est aujourd'hui possible avec les syndicats et que, dans les faits, la "modération" salariale a pu être instaurée. Le gouvernement espère, en outre, que la crise économique, avec son cortège de chômeurs et de précarité du travail, l'aide à venir à bout des revendications salariales.

Le déficit public et le rôle de l'Etat dans l'économie constituent le noyau de ce plan. Le secteur des services, responsable principal de l'inflation, devrait connaître des réformes : suppression du salaire minimum dans diverses activités professionnelles ; fin du monopole de certaines entreprises ou institutions dans l'installation de l'eau, du gaz ou de l'électricité, etc.

Dans le domaine du travail, ce plan constitue une attaque en règle : dérogation des ordonnances existantes pour parvenir à une plus grande mobilité géographique de l'emploi ; réforme des modalités de contrat et instauration de la liberté de licenciement en supprimant l'autorisation préalable ; réduction des allocations-chômage, etc. En outre, le gouvernement entend diminuer le budget de la santé publique.

Indirectement, tout cela devrait exercer des pressions à la baisse sur les salaires, ainsi qu'une réduction du nombre d'emplois.

Les centrales ouvrières, l'Union générale des travailleurs (UGT) et les Commissions ouvrières (CCOO) ont longtemps hésité face à ces projets gouvernementaux, paralysées, alors qu'en leur sein les appels à la grève générale se multipliaient (1).

La coupe est pleine :

Finalement, après les déclarations du Fonds monétaire international (FMI) qui "conseillait" aux gouvernements européens de réduire les allocations-chômage, et l'adoption d'un décret en ce sens par le gouvernement du Parti ouvrier socialiste espagnol (PSOE), la direction de l'UGT a fini par prendre position. Elle déclare vouloir organiser une mobilisation graduelle jusqu'au retrait total du projet : l'UGT appelle à une demi-journée de débrayages, le 28 mai - en accord avec les CCOO -, et à une grève générale en octobre 1992. Le secrétaire général de l'UGT, Nicolas Redondo, a déclaré qu'il fallait aller vers la grève générale car « nous ne sommes pas sûrs que ce soient les dernières décisions du gouvernement contre les travailleurs ».

Le PSOE, qui n'en est pas à sa première couleuvre avalée, est immédiatement accouru au secours du gouvernement pour lui manifester son soutien dans sa politique intransigeante vis-à-vis des salaires. *

Cecilia Garmendia 2 mai 1992

1) Voir El Pais des 28 avril et 2 mai 1992 et Pagina Abierta. avril 1992.

Inprecor n° 352 du 8 au 21 mai 1992

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