Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AVORTEMENT

La CEE contre les Irlandaises

· Inprecor n° 352, 8 mai 1992 · p. 12 · 808 mots

Femmes Irlande Europe

La question de l'avortement continue à oceuper une place importante dans les médias irlandais.

La tempête politique qui s'est levée lorsque la Haute cour interdit à une adolescente de 14 ans, victime d'un viol, de se rendre en Grande-

Bretagne pour avorter ne s'est pas calmée (voir Inprecor n° 348 du 13 mars 1992.).

Anne CONWAY

LA CRISE politique qui continue à propos de l'avortement porte sur la façon de mettre en pratique le jugement de la Cour suprême (qui a cassé celui de la Haute cour), stipulant que l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est autorisée en cas de risques importants pour la vie de la mère. La première proposition était d'amender le protocole du traité de Maastricht, qui prévient toute tentative de remise en cause de la clause anti-avortemenent de la Constitution irlandaise, à partir des lois de la Communauté européenne (CE), afin d'autoriser le droit à l'information sur l'avortement et le droit des femmes irlandaises à voyager.

Le gouvernement espérait que cela lui éviterait d'avoir à organiser un référendum séparé sur l'avortement. Cependant, après de longs débats sur la formulation exacte à utiliser, au sein des partis au pouvoir (le

Fianna Fail et les Démocrates progressistes) et avec l'opposition (Fine Gael et Parti travailliste), la majorité des autres pays membres de la CE a refusé d'accepter tout amendement, de peur que cela n'ouvre une boîte de Pandore et que d'autres pays ne cherchent à présenter des dérogations sur toute une série de questions intérieures.

Une fois l'amendement

IRLANDE refusé par l'Europe, le gouvernement irlandais a immédiatement décidé de maintenir la date du référendum constitutionnel sur le traité de Maastricht au 18 juin 1992, laissant le protocole en place, et promettant qu'un référendum sur l'information et les voyages aurait lieu plus tard dans l'année.

La décision de maintenir le protocole dans le traité et de tenir le référendum sur Maastricht a provoqué une importante opposition. Un Comité pour le retrait du huitième amendement [qui interdit l'avortement, ndlr] a récemment lancé une campagne publique, bénéficiant d'une bonne couverture des médias irlandais.

La campagne est soutenue par environ 30 groupes et organisations, dont l'Union nationale des étudiants d'Irlande et le Conseil des syndicats de Dublin. Une coalition de diverses organisations est en train de se mettre en place, avec le Conseil irlandais des libertés civiques, diverses associations, des organisations de femmes, etc. Le comité a décidé d'organiser des activités publiques importantes pour que cette campagne devienne incontournable.

Tout cela a fait pression sur les partis de "gauche", la nouvelle Gauche démocratique (scission de l'ancien Parti des travailleurs, stalinien), le Parti travailliste, et sur le nouveau Conseil pour le statut des femmes patronné par l'Etat. Ils ont tous demandé le retrait du protocole et la tenue d'un référendum sur l'information et les voyages avant le vote du traité de Maastricht.

Le principal parti d'opposition, le Fine Gael, fait mine d'être préoccupé par le droit des femmes mais, en fait, il craint surtout que le traité de Maastricht soit rejeté à cause de la controverse sur l'avortement. L'opposition à Maastricht de l'ensemble des partis de gauche et d'un grand nombre de salariés et de jeunes pourrait menacer l'adoption du traité. C'est une éventualité que la classe dirigeante ne veut pas risquer.

Les évêques sur le pied de guerre

Les évêques catholiques ont prononcé une déclaration très importante, soulignant le droit à la vie du fœtus, sans aucune référence au droit à la vie des femmes. Ils ont demandé un nouveau référendum sur le droit à la vie du fœtus et sont en train de faire passer le message auprès de tous les prêtres. On doit s'attendre à une nouvelle offensive des sermons, comme celle de 1983, quand les prêtres prêchaient le vote de l'article de la Constitution interdisant l'IVG. Leur prise de position montre déjà que si le traité de Maastricht est adopté, on assistera à une chasse aux sorcières contre les droits des

Le Comité pour le retrait du huitième amendement demande à toutes les organisations progressistes d'Europe et aux parlementaires européens d'exiger du gouvernement irlandais l'annulation du protocole ajouté au traité de Maastricht. Des Etats membres de la CE ont déjà refusé que le protocole soit amendé, avalisant ainsi, de fait, la Constitution irlandaise anti-avortement, qui interdit aux femmes d'avoir accès à toute information sur les possibilités d'IVG dans d'autres pays de la CE. Tous les pays européens qui ratifieront le traité de Maastricht dans leur Parlement soutiendront donc le déni des droits civiques les plus fondamentaux, qui est fait aux femmes irlandaises. Si les gouvernements européens pensent que cela se justifie pour les Irlandaises, des choix similaires peuvent se développer dans toute l'Europe. *

Dublin, Avril 1992 Pour contacter le comité pour le retrait du huitième amendement. écrivez à : Repeal the 8th Amendment Campaign P.O. Box 3441 - Dublin 8

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