Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AVORTEMENT

Pour le droit à l'avortement !

· Inprecor n° 352, 8 mai 1992 · p. 13 · 883 mots

Femmes États-Unis

Le 5 avril 1992, Washington a été le théâtre d'un des plus grands rassemblements que les Etats-Unis aient jamais connu : 750 000 personnes, venues de tout le pays, ont participé à une manifestation pour défendre le droit à l'avortement, à l'initiative de l'Organisation nationale des femmes (NOW), soutenue par 150 autres organisations. Sarah SPRINGER

AVANT la manifestation, les médias annonçaient que les partisans de l'avortement et les "pro-life", qui s'y opposent, se retrouveraient à Washington ; mais les représentants de la droite, adversaires de l'avortement, très peu nombreux, furent rapidement noyés dans la masse des manifestants.

Des dizaines d'orateurs ont pris la parole lors de ce rassemblement, dont Patricia Ireland, la président de NOW. Bill Clinton, Jerry Brown et Paul Tsongas, candidats à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle, étaient aussi présents mais il leur avait été spécifiquement demandé de ne pas prendre la parole.

La réussite spectaculaire de cette manifestation montre la colère de millions de femmes. La tentative pour remettre en cause les acquis arrachés par les femmes au cours des années 60 et 70 ne vise pas que la liberté de conception, mais aussi des questions comme l'inégalité des salaires, les problèmes d'accès à l'éducation et au travail, le harcèlement sexuel, la discrimination dans tous les domaines de la vie sociale, et l'instauration d'un système de santé et de garde des enfants accessible pour toutes.

Aujourd'hui, le mouvement des femmes est confronté à plusieurs menaces spécifiques concernant le droit à l'avortement, — Inprecor n° 352 du 8 au 21 mai 1992 dont la principale est l'éventualité que la Cour suprême annule prochainement la décision du procès Roe versus Wade, qui avait permis la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG).

La possibilité d'avorter dans de bonnes conditions et pour une somme modique a déjà été sévèrement limitée et, dans la plupart des cas, les femmes ne bénéficient plus de soins médicaux remboursés par le gouvernement — cela concerne y compris les membres de l'armée, les Indiennes qui vivent dans des réserves et les femmes pauvres qui dépendent du programme d'assistance fédéral, Medicaid. Des restrictions ont aussi été appliquées par certains Etats, qui exigent que les jeunes femmes préviennent leurs parents avant de pratiquer une IVG, que les femmes mariées avertissent leurs époux, et que les cliniques proposent des "consultations" — destinés à décourager le choix de l'avortement — aux patientes avant l'opération (1).

Silenee sur Pavortement

Les cliniques du Planning familial financées par l'Etat fédéral ont été littéralement bâillonnées : le personnel n'a plus le droit d'informer les femmes sur le fait que l'avortement est un choix possible. La Cour suprême a récemment déclaré ce règlement fédéral constitutionnel. Lors du rassemblement du 5 avril, Patricia Ireland a déclaré que « 44 millions de femmes des Etats-Unis ont déjà pratiquement perdu le droit de

Les jeunes femmes qui ont grandi après la décision Roe v. Trade sont particulièrement vulnérables à la campagne de restriction de l'avortement encouragée par le gouvernement. Le président de l'association Planned Parenthood a rappelé qu'avant cette décision de justice, plus de 1 million d'avortements étaient pratiqués aux Etats-Unis chaque année, entraînant la mort de nombreuses femmes, dont « la plupart étaient pauvres ou noires ».

D'autres orateurs ont rappelé que l'amendement Roe v. Trade représentait l'aboutissement de nombreuses années de mobilisation des femmes pour exiger le droit à une IVG légale, sûre et à un prix abordable ; et qu'il fallait préserver cet acquis afin de protéger les droits des femmes encore intacts et de récupérer ceux qui ont été per-

De nombreux orateurs ont exhorté les manifestants à transformer cette journée en point de départ de l'organisation de mobilisations à travers tout le pays pour protéger le droit à l'avortement. Certains intervenants ont demandé le soutien du projet de loi sur la liberté de choisir actuellement examiné par le Congrès. Il a également été bien sûrquestion de la préférence donnée aux candidats favorables à l'IVG à l'occasion des élections au Sénat et au Congrès et de l'élection présidentielle de novembre 1992.

Des alliés peu sûrs

Mais, il est difficile de savoir quel candidat soutient véritablement l'avortement : Patricia Ireland a souligné que le Congrès actuel est théoriquement favorable au choix. Or, en fait, durant les dix dernières années, le Congrès a été complice des campagnes de Reagan et de Bush pour restreindre le droit à l'avortement ; il a voté les deux dernières nominations de juges à la Cour suprême proposées par Bush, alors qu'il s'agissait de candidats hostiles aux droits des femmes ; il n'a toujours pas voté le projet de loi sur la liberté du droit de choisir, déposé en... 1989

Le mouvement des femmes ne peut pas compter sur de tels alliés, il doit plutôt poursuivre des actions politiques indépendantes.

Cette manifestation a clairement montré que les tentatives du gouvernement pour limiter l'IVG rencontreront des obstacles. La multitude de femmes et d'hommes, de jeunes et de plus âgés, de toutes origines ethniques et religieuses, qui était dans la rue le 5 avril, allait directement à l'encontre des affirmations des médias, qui prétendent que le mouvement des femmes serait marginal aujourd'hui, et que les objectifs du féminisme ne sont pas compris par 1'"Amérique profonde". *

Baltimore, 16 avril 1992

1) Voir Inprecor n° 341 du 22 novembre 1992.

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